CONNEXION
  • RetourJeux
    • Sorties
    • Hit Parade
    • Les + populaires
    • Les + attendus
    • Soluces
    • Tous les Jeux
    • Gaming
  • RetourActu Gaming
    • News
    • Astuces
    • Tests
    • Previews
    • Toute l'actu gaming
  • RetourBons plans
    • Bons plans
    • Bons plans Smartphone
    • Bons plans Hardware
    • Bons plans Image et Son
    • Bons plans Amazon
    • Bons plans Cdiscount
    • Bons plans Decathlon
    • Bons plans Fnac
    • Tous les Bons plans
  • RetourJVTech
    • Actus High-Tech
    • Intelligence Artificielle
    • Smartphones
    • Mobilité urbaine
    • Hardware
    • Image et son
    • Tutoriels
    • Tests produits High-Tech
    • Guides d'achat High-Tech
    • JVTech
  • RetourCulture
    • Actus Culture
    • Culture
  • RetourVidéos
    • A la une
    • Gaming Live
    • Vidéos Tests
    • Vidéos Previews
    • Gameplay
    • Trailers
    • Chroniques
    • Replay Web TV
    • Toutes les vidéos
  • RetourForums
    • Hardware PC
    • PS5
    • Switch 2
    • Xbox Series
    • Switch
    • Pokemon pocket
    • FC 25 Ultimate Team
    • League of Legends
    • Tous les Forums
  • PC
  • PS5
  • Xbox Series
  • Switch 2
  • PS4
  • One
  • Switch
  • iOS
  • Android
  • MMO
  • RPG
  • FPS
En ce moment Genshin Impact Valhalla Breath of the wild Animal Crossing GTA 5 Red dead 2
Liste des sujets

L'Arène des Duellistes

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
11 mars 2009 à 14:26:17

Aristimbault VS Moicesmoi
Keredrin VS Abanfir
Juge: Charly_owl

Peut-être que ce n’était pas la nuit. Peut-être que ce n’était pas la lune. Et peut-être que ce n’était pas du sang qui coulait du corps de cet homme coupé en deux.
Une brise nocturne pénétra dans la cathédrale, à travers les vitraux brisés. Un frisson d’excitation parcourut Abanfir, encore recroquevillé. Il se releva, et arracha sa double lame du corps de sa nouvelle victime.
Puis il releva les yeux. Et leur regard se croisèrent.
D’un côté, la splendeur, une lumière divine, transcendée par l’émotion du moment.
De l’autre, la froide laideur des ténèbres humaines, grandissantes sous l’extase de l’instant.
Lui, deux épées au flanc, la poitrine se gonflant de rage, enchâssée dans un veston de cuir blanc d’où pendaient des lanières beiges. Un visage doux, mais crispé par un flot de sentiments sans maître, les cheveux gris et courts figés dans cet instant où tout avait basculé.
L’autre, l’arme au poing, le corps fluet enserré dans un ensemble noir et déchiré en de multiples endroits, tâchés de sang et roussis. Une face impassible pour un meurtrier.
Abanfir fit tournoyer sa lame au-dessus de sa tête, éclaboussant de sang tout ce qui se trouvait aux alentours.
- Qui… es-tu ? Demanda celui qui lui faisait face.
La voix était claire, peut-être belle, si elle ne tremblait pas à ce point. Etait-ce de la peur ? De la haine ?
- Qu’as-tu fait !
De la haine.
Abanfir planta sa lame dans le sol, un large sourire aux lèvres. Il écarta les bras et sentit la douce sensation d’irréalité qui le prenait à chaque fois qu’il prenait la vie s’évanouir, pour laisser place à l’excitation du combat.
- Une autre âme s’envole. Quel est ton nom, humain ?
La lune l’auréola de sa lumière, sa silhouette se faisant divine sous l’effet de cette froide mère qui l’avait rejeté.
- Que je sache quoi marquer sur ta tombe.
Un nuage passant devant la lune. Sans transition, la panthère se jeta en avant et frappa. La rencontre de son arme avec le sol de marbre résonna dans la grande cathédrale abandonnée. Abanfir se mit en garde, désormais en position de faiblesse. Il s’était lancé trop vite, n’avait pas pensé que son ennemi pourrait l’éviter aussi aisément, en se jetant sur le côté. Il se dissimulait dans l’ombre, derrière une de ces colonnes fracassées, sous un de ces bancs miteux, sur cette charpente en ruine.
Abanfir se tourna vers la porte fracassée, pendante sur ses gonds. Peut-être avait-il fui ?
Il amorça un geste vers cette sortie, avant qu’un cri de rage dans son dos ne l’interrompe.
Il était là, cet homme qu’un instant plus tôt il avait voulu tranché. Cet humain aux cheveux gris, au visage beau, aux yeux dorés. Cet être qui resplendissait de bonté et de compassion.
Penché sur le cadavre du deuxième, celui qu’Abanfir avait tué. Un simple concours de circonstances l’avait amené à mourir.
Si ce mort n’avait pas été un agent du Purgatoire, organisation qu’Abanfir ne devait réellement connaître que quelques mois plus tard, s’il n’avait pas trahi les siens pour rencontrer Keredrin, rien ne se serait passé.
Si cet homme n’avait pas été autrefois Keredrin, grand dieu qui avait connu la déchéance et en recherchait la raison, rien ne se serait passé.
Si Abanfir, à la recherche d’un abri pour la nuit, n’était pas entré dans cette cathédrale où il avait donné la mort autrefois, rien ne se serait passé.
Mais tout cela était vrai. Et ce fut ainsi qu’un mortel qui se prétendait dieu et qu’un dieu qui se prétendait mortel entamèrent un duel qui devait changer leur vie.
Ils se fixèrent, leurs armes au poing. Keredrin avait dégagé ses deux épées, courtes mais tranchantes, avec cette particularité qui leur étaient propres : leur manche se terminait par deux aiguillons luisant dans l’obscurité. Ils firent chacun un pas de côté, dans la direction opposée, jugeant leur jeu de jambes. Cet avant-propos n’était rien de plus qu’une autre forme de leur duel, où ni le physique, ni la psychologie ne pouvait l’emporter sur le reste. Chacun maintenait sa garde, parfaite dans les deux cas, le tigre d’un côté, ses griffes d’acier croisées, la panthère de l’autre, ses dents brillantes et dressées.
Keredrin craqua le premier : il se détendit, s’éleva dans les airs, et, au sommet de la courbe de sa trajectoire, s’apprêta à frapper.
Abanfir le vit fondre sur lui, la lumière de la lune enserrant sa silhouette dans un carcan doré. Il ajusta ses appuis et se prépara au choc.
Les lames s’entrechoquèrent, dans une première scène : Keredrin, en l’air, la haine mutilant son visage, l’acier s’alignant sur une épée d’un Abanfir froid et réfléchi.
Autre choc, deuxième scène : Abanfir tourna sur lui-même, se dégageant et frappant de l’autre lame. Parade in extremis pour le dieu déchu, toujours dans les airs, entamant sa descente sous l’assaut.
Troisième impact, troisième scène : les épées du seigneur céleste plongèrent vers le visage du démon. Il redressa son arme, détournant l’attaque avec maestria.
Keredrin se réceptionna et reprit sa garde. Chacune des trois actions résonnait encore dans sa chair, en une vibration qui lui vrillait les oreilles. Certes Abanfir n’était pas très musclé ou fort, mais son style de combat ne le nécessitait pas. Son arme reposait sur un équilibre simple entre les deux lames, et, en ajustant cet équilibre, il pouvait donner à ses coups un élan qui compensait leur manque de puissance. Cette analyse permit à Keredrin de comprendre à quel point leur niveau d’escrime était différent : il était un dieu, et ne se battait que rarement, par conséquent. Son pouvoir était incommensurable, quiconque le défiait se retrouvait anéantit avant d’avoir pu dégainer son épée. Abanfir, lui, était un combattant sans pouvoir, seule la mêlée et les assauts de front lui convenaient.
Le démon coupa court aux réflexions de son ennemi et se jeta sur lui. L’acier croisa l’acier, dans une brève lutte de force cliquetante. Abanfir fit un pas en arrière, dégagea sa main et frappa le nez de son ennemi avec sa paume. Keredrin recula, étourdi, puis fit un pas de côté pour esquiver une fente. Il passa derrière son ennemi, et visa la nuque avec son pommeau meurtrier. Abanfir se baissa, retenta une pointe en faisant passer une lame sous son aisselle. L’estoc déchira le vide, tandis que Keredrin bondissait. Le guerrier sombre fut sur lui en un instant. Les lames se heurtèrent à nouveau, l’ancien dieu acculé contre une colonne de pierre.
Leur visage n’était qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Ils pouvaient voir leurs dents luirent dans l’obscurité, les regards exprimés toute l’intensité de l’instant, les premières gouttes de sueur perlées. Les épées grincèrent, dans cet effort surprenant de l’un essayant de prendre l’ascendant sur l’autre.
Abanfir appuyait de tout son poids, le corps de Keredrin compressé entre la colonne et son ennemi. Sa respiration commença à se faire plus laborieuse, ses poumons comprimés incapables de se remplir. Utilisant ses dernières forces, il repoussa le démon, avec un cri de rage qui résonna dans la cathédrale. Abanfir n’abandonna pas : il lança son pied en l’air, fouettant le visage de l’ancien dieu, et, une fois sa jambe au sommet de sa trajectoire, l’abattit sur l’épaule divine. D’un revers de la main, il frappa celle de son ennemi, défaisant sa prise sur son épée. La victoire au bord des lèvres, le démon se fendit, goûtant déjà le sang.
Keredrin attendait cet instant. Il s’écarta, laissant l’estoc percuter la colonne, et abaissa sa dernière épée, les deux mains sur sa garde. Abanfir dressa son arme au dernier moment.
Il recula de plusieurs pas en regardant son arme. Le sabre du dieu était passé sur le pommeau reliant ses deux lames siamoises. Elles se trouvaient maintenant séparées, deux épées jumelles sans lien distinct excepté leur propriétaire.
Keredrin effectua une roulade et récupéra sa deuxième épée. Ensuite, tout s’enchaîna. Il se jeta sur son ennemi, frappa, plus de fois qu’il ne le compta, laissant déborder sa haine contenue jusque-là. Abanfir l’avait privé de ce qu’il désirait le plus : une réponse à sa déchéance.
Le démon était acculé. Chaque assaut le faisait reculé de deux pas, ses gestes maladroits ne le protégeant guère plus que s’il s’était battu à mains nues. Cette cataracte de coups l’empêchait de reprendre ses esprits et d’adapter sa méthode de combats. Keredrin déployait tout son talent pour l’escrime, enchaînant balestra, pointe, coups de taille et bottes, tandis que son adversaire se retrouvait obligé de battre en retraite en une course arrière qui l’amènerait bientôt à sa mort.
Tout s’arrêta : décidant d’en finir avec cette lutte inutile, le dieu déchu prit son ennemi en tenaille, une épée de chaque côté, le prenant dans une tenaille de scarabée. Abanfir para avec le peu de moyens qui lui restait, une arme dans chaque main, le visage crispé sous l’effort.
Ils se firent face, l’un la victoire au bout des bouts, l’autre en face à face avec la mort, des étincelles réunissant ces antithèses. Tout les opposait : l’apparence, les qualités au combat, la vie, la mort. Pourtant, à cet instant, tout d’eux étaient animés par la même volonté de vivre qui tient chaque être vivant.
Abanfir poussa un cri en jetant ses armes, et desserra la tenaille. En vain, puisque celle-ci se referma presque instantanément sur le démon désarmé.
Un cri de souffrance retentit dans la nuit lorsqu’Abanfir arrêta les deux assauts avec ses mains, l’acier découpant sa chair et s’arrêtant lorsqu’il atteint l’os. Le tout grinça, horriblement, tandis que de fins filets de sang empourpraient le sol.
Le démon releva le visage, avec un sourire où se mêlait la folie, la souffrance et la joie. Ses mains s’illuminèrent et s’embrasèrent, des flammes les recouvrant. Elles s’en allèrent lécher les deux épées, et remontèrent vers le dieu.
Keredrin réagit juste à temps : il rompit son assaut et s’avança avec les aiguillons de ses pommeaux en avant. Les deux aiguilles déchirèrent le cou flasque du démon, creusant deux sillons d’où un torrent de sang s’échappait.
Un mur de flammes les sépara, à la surprise du dieu, reculant par instinct. Keredrin attendit qu’il se dissipe, le feu perdant soudainement de sa vitalité, pour s’approcher de son ennemi.
Abanfir l’attendait, les épaules légèrement prostrée, haletant.
- C’est la fin pour toi.
Le démon cessa de souffler, et regarda Keredrin comme s’il le voyait pour la première fois.
- Tu es trop blessé pour combattre.
- Idiot.
Abanfir leva ses mains, tandis qu’un étrange halo rouge le recouvrait. Ses stigmates se refermèrent, sous les yeux ébaubis de son ennemi. Les plaies sanglantes de son cou firent de mêmes, ne laissant que deux larges cicatrices qui semblaient avoir un million d’années.
- Je suis un démon. Mon peuple est un peuple de guerrier qui guérit de ses blessures plus vite que vous, mortels.
Il referma ses mains en faisant craquer ses os.
- Un tel mécanisme prend naturellement plusieurs jours avant d’être réellement efficaces, mais…
Il se redressa, droit et fier comme la corde d’un arc, son aura sanguine éclairant l’obscurité par son oppressante lueur de souffrance.
- … il existe quelques astuces pour accélérer le processus.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
11 mars 2009 à 14:26:29

Il bondit sur Keredrin. Pris au dépourvu, il se jeta sur le côté, laissant la forme mêlant l’éclair rouge et noir qu’était Abanfir passer à côté de lui. Le démon heurta une colonne de pierre, stoppant sa course, mais rien dans son expression ne laissait présager qu’il en ressentait une quelconque souffrance. Au contraire, il en repartit d’autant plus violemment, prenant appui sur la pierre. Sa jambe atteignit le ventre du dieu, avant que son deuxième pied ne percute la mâchoire divine, le démon effectuant ainsi une culbute parfaite. Sans prendre le temps de toucher le sol, il asséna quelques coups de poing au plexus, suivant d’une manchette qui arracha un cri étouffé de douleur. Un coup de pied circulaire envoya Keredrin mordre la poussière, haletant et toussotant.
Abanfir rit à gorge déployée, la moquerie et le goût de la victoire se mêlant dans un rugissement inhumain. Il poussa un cri suraigu semblable à celui des chauves-souris, avant de s’affaisser. Le marbre sous ses pieds sembla onduler, puis se fissurer lorsqu’il se détendit, s’envola. Il effectua une rotation, mettant sa tête en bas et ses pieds vers le plafond. Il le percuta avec fracas, créant de nouvelles crevasses dans la voûte ravagée.
Keredrin, allongé sur le sol, les bras en croix, brisé par les derniers assauts beaucoup plus puissants que tout ce qu’il avait dû endurer jusque-là, ce faux dieu impotent donc, regarda son ennemi, en haut, son rire fou encore sur le visage, les yeux exorbités. Il savait que ce qu’il s’apprêtait à lui faire subir allait signer sa mort… Et pourtant, lorsqu’il vît ce regard, lorsqu’il lut la haine et la démence, il sut qu’il devait vivre.
Abanfir bondit, sa force et la gravité amorçant une chute vers son ennemi sans défense. L’air siffla à ses oreilles comme les trompettes retentissent à celles des vainqueurs, le souffle lui fouettait le visage comme un jet de sang éclabousse celui des meurtriers, la peur de l’approche du sol lui soulevait le ventre comme l’excitation s’empare de celui des guerriers.
Keredrin attendit le dernier instant, l’instant qui le séparait du lui vivant, et du lui mort.
Il roula sur le côté, un fracas lui annonçant qu’Abanfir n’avait pas pu dévier sa chute. Le démon rebondit plusieurs sur le sol, arrachant des dalles poussiéreuses sur son passage, en soulevant un épais nuage grisâtre, avant de percuter le mur. Il glissa lentement sur le sol, toussotant, son aura de puissance disparaissant.
Le dieu se releva et bondit, les armes en avant. Il n’avait qu’une poignée de secondes avant qu’Abanfir ne reprennent connaissance, et il devait les exploiter. Il n’était qu’à quelques mètres du démon lorsqu’il entendit un craquement au dessus de sa tête. Instinctivement, il bondit sur le côté, esquiva in extremis les décombres du plafond.
Abanfir se reprit. Il plongea par-dessus les restes de la voûte, sans attendre que la poussière se dissipe. Son talon fouetta l’air, à la recherche de son ennemi. En vain.
Keredrin avait disparu. Le démon était désormais seul dans la grande cathédrale, entourée dans l’obscurité omniprésente. Pourtant, il ressentait encore l’incroyable fièvre du combat qui battait dans ses veines. Il savait que son rival était encore ici, qu’il n’avait pas fui. Il se dissimulait dans les ombres, attendant son heure. Triste pour un représentant de la lumière divine.
Les oreilles d’Abanfir frémirent, et transmirent l’information à son cerveau avant même de la traiter. Il réagit au quart de tour, et ordonna à ses jambes de bondir sur le côté. Juste à temps : la flèche érafla l’épaule du démon, sans entamer la chair. Il se tourna vers l’endroit d’où partait le trait, avant d’esquiver un deuxième qui venait de la direction opposée. Quelques instants de répit suivirent, avant qu’une forme ne passe devant la porte, et d’où deux pointes fondirent sur le démon.
Les flèches succédaient aux esquives, les esquives aux flèches. Le dieu n’était plus qu’une forme indistincte mais toujours mouvante parmi les ombres, assaillantes retournées contre leur maître, et le guerrier sombre connaissant maintenant la peur de toutes les bêtes acculées. Et comme toutes les bêtes acculées, comme tous les loups qui rongent leur patte quand ils sont pris dans un piège, il savait ce qu’il devait faire.
Cinq sphères enflammées apparurent, crépitantes et ardentes, puis partirent, dans toutes les directions. Elles raflèrent les murs, les tentures, les bancs, les poutres,… tout ce qui pouvait être brûlé. Le feu infernal prit vie, et se répandit, partout où il le pouvait, sautant dans les quatre coins de la citadelle de Dieu. L’immense brasier transperça l’obscurité, détruisant la ruse de Keredrin.
Il fit face au démon, troquant son arc contre ses deux épées. Son visage ruisselait de sueur. Bien sûr, le brasier croissant devait y être pour quelque chose, mais ses efforts précédents, dont la course dans l’obscurité, d’où il décochait des flèches, en étaient la principale raison. En comparaison, Abanfir semblait en pleine forme. Il était droit, sa peau pâle reflétant les flammes, ses yeux brillants dans la lumière des enfers. Il tenait ses deux lames, et, d’un geste lent exprimant tout le désespoir du dieu déchu, il les mit côte à côte et les forgea, à neuf, usant du feu qu’il maniait aussi aisément qu’une épée.
Pourtant, Abanfir était épuisé. Il se tenait droit, mais son esprit vacillait, tremblait, sa vision floue lui donnant une idée approximative d’où se trouvait son ennemi. Il souriait, mais c’était uniquement un rictus bluffeur qui ne servait qu’à retenir le sang qui lui montait dans la bouche. Il n’avait qu’une envie : finir ce duel. Toutefois, ses pieds étaient de plomb et ne semblaient plus répondre à ses ordres.
Keredrin maudissait sa faiblesse. Depuis qu’il avait été déchu, il n’y avait pas un jour où il désirait retrouver ses pouvoirs divins. Pourtant, jamais cette envie n’avait été aussi grande qu’à cet instant. Il ferma les yeux, respira profondément la cendre et écouta les craquements de la cathédrale qui s’effondrait. Et il se décida.
Il bondit, quitta le sol, oiseau de proie fondant sur une cible dépourvue de volonté. Abanfir le regarda s’élever, pointer ses armes vers son cœur, et fondre sur lui, amorphe.
Il se jeta en avant, au dernier moment, effectua une roulade. Keredrin déchira le vide, et s’apprêta à se retourner pour le transpercer dans le dos, mais Abanfir fut le plus rapide. Les flammes les séparèrent, et une haute barrière incandescentes entoura le dieu déchu. Un cri suraigu retentit, lorsque le feu prit la forme d’un gigantesque oiseau. Il s’éleva, en une colonne de flammes tourbillonnante, avant de disparaître dans les airs, en étendant ses ailes difformes composées de plumes ardentes.
Keredrin mit genou à terre, sévèrement brûlé, en toussant, comme l’odeur de sa propre chair calcinée lui prenait la gorge. Il leva le visage vers un Abanfir déjà satisfait de l’avoir tué, une boule de feu au creux de la main. Il la dressa et s’apprêta à donner la mort. Keredrin ferma les yeux, prêt à la recevoir.
Une seconde s’écoula. Puis une autre. Et encore une autre. Et encore dix autres. Le temps filait, sans que le dieu ose rouvrir les yeux. Pourtant, il sentait que quelque anormalité s’était passée : le feu diminuait d’intensité, et la haine d’Abanfir se faisait moins tangible.
Ses paupières s’écartèrent. Le démon était là, devant lui, couché sur le sol, un couteau planté dans la nuque. A l’autre bout de la cathédrale, en ruines, en flammes, l’agent se dressait, le bras encore figé dans le geste qu’il avait fait pour sauver le dieu. Cet agent, qui était censé être mort, dont la plaie suintante et purulente luisait dans la vive clarté du brasier, cet homme, qui avait été à la base de la rencontre de ces deux mortels, venait de conclure ce duel, à sa façon.

« Et c’est la fin ». Conclut le ménestrel.
Un grand silence. Le bar était plein à craquer, d’hommes, de femmes, d’enfants ; de marchands, de soldats, d’ivrognes,… Pourtant, tous se taisaient. Personne n’aurait cru que ce jeune ménestrel aveugle, aux doigts noués autour d’un bâton, aurait pu tenir sa promesse d’il y a une heure : raconter la mort du fléau de l’humanité : Abanfir. Et pourtant, il l’avait fait.
- Mais… c’est impossible ! S’écria Aron, au premier rang.
L’enfant était connu pour être le plus impulsif mais également le plus rêveur de tout le voisinage. Chaque soir, il était là, écoutant les histoires du ménestrel, qui semblait avoir parcouru le monde beaucoup plus de fois que n’importe qui.
- Le gars était censé être mort au début, coupé en deux par Abanfir, et puis, comme la cathédrale était en feu, il aurait dû brûler aussi, et, comme il était blessé, il aurait pas pu lancer sa dague comme il l’a fait et…
Le ménestrel l’interrompit en lui assénant un coup sur la tête avec son bâton. Ni violemment, ni méchamment, juste ce qu’il fallait pour le faire taire.
- Ménestrel, commença un des nombreux chasseurs de primes du comptoir, est-ce que cette histoire est vraie ?
- Bien sûr. Si vous ne me croyez pas, vous pouvez aller vérifier dans les ruines de la cathédrale, à trente kilomètres au sud d’ici. En fouillant, vous devrez certainement y trouver les ossements d’Abanfir.
Le chasseur usa du crachoir, puis sortit, avec plusieurs de ses associés.
Le ménestrel ébouriffa les cheveux du jeune Aron, un sourire satisfait aux lèvres.
L’enfant, lui, ne l’était pas. Il était certain que la dernière scène était fausse, qu’Abanfir était vivant. Il y avait trop d’incohérences, dans ce mensonge. Et puis, qu’est-ce qu’il en savait de la mort du seigneur des démons, ce ménestrel blafard avec deux cicatrices sur le cou…

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 11 mars 2009 à 22:27:28

Le dieu incarné, en un instant, fut debout, à l'instar de son adversaire qui avait fait quelques pas en arrière avant de se rétablir. Les deux combattants avaient piteuse allure : la mâchoire d'Abanfir pendait légèrement, sans doute partiellement déboîtée, et sa main droite était couverte de sang. Quant à Keredrin, il ruisselait littéralement d'écarlate, sur sa cuisse, son cou et son bras. Aucun des deux ne savait vraiment ce qu'allait faire l'autre, aussi restaient-ils dans l'expectative. Soudainement, l'hybride brandit au-dessus de sa tête sa double lame de façon parfaitement horizontale et... la lança dans un large mouvement de buste et d'épaule. Comme un parfait javelot, droit vers le haut de la poitrine du dieu incarné. Ce dernier, devant la vivacité du geste, n'eut le temps que de s'écarter légèrement. La pointe d'acier lui frappa la clavicule gauche de plein fouet, laissant une profonde blessure, la double épée rebondit sur l'os et fusa en une large trajectoire tourbillonnante, avant de se planter dans un arbre équidistant des deux belligérants. S'échangeant un bref regard, ils accoururent tous les deux afin de récupérer l'arme désormais sans propriétaire. Le dieu incarné, un rien plus rapide, commençait à glisser ses mains autour de la lame qui pointait vers l'extérieur en direction de la poignée, les deux mains libérées, ayant rangé ses épées dans son dos. Abanfir, tenant à récupérer sa seule arme, empoigna directement la poignée noire et tira d'un coup sec. Dans la secousse, la lame faillit empaler nettement Keredrin, mais se contenta au final de lui laisser deux longues stries sanglantes jumelées sur les mains.

Fixant tour à tour ses paumes rougies et Abanfir qui replaçait ses mains sur le manche de son épée en prenant compte de son doigt amputé, le dieu incarné sut ce qu'il devait faire. Et sans plus s'interroger, il lui décocha un puissant crochet du droit, qui heurta la pommette avec brutalité. Surpris par ce coup sauvage au corps à corps, le semi-démon recula quelque peu et lâcha derrière lui son arme, qu'il venait à peine de reconquérir. Enragé par ce succès soudain, Keredrin poussa son avantage en lançant son autre poing droit vers le nez de l'hybride. Un bruit écœurant se produit lors du contact, alors que des filets de sang s'échappaient des narines qui fuyaient le cartilage rompu. Dans un hurlement de rage auquel se mêlait un étrange fond sonore de succion, Abanfir lança un horion violent droit dans l'arcade surmontant l'œil droit de son adversaire. Ce dernier, alors que la douleur atteignait pourtant son summum, et que le liquide vital coulait par-dessus la paupière en dévalant la chair tuméfiée sentit que tout se stoppait autour de lui. Comme si le monde était soudainement figé dans un bain glacé. Ses sens semblèrent soudainement saisir instant par instant tous les évènements qui se produisaient dans la cathédrale, l'aidant à calculer la trajectoire de son futur coup. Alors qu'il l'initiait, le temps s'accéléra soudainement, reprenant sa vitesse normale : mais cet instant de délicieuse transe avaient suffi pour lancer un mouvement dévastateur. Ses deux pieds quittèrent le sol, parfaitement joints, et heurtèrent Abanfir droit au milieu de son plexus solaire. Il recula de quelques pas, alors qu'un léger craquement se faisait entendre, signe qu'une côté avait été fêlée dans la manœuvre.

Keredrin termina sa rotation et retomba au sol sur ses deux pieds, dos opposé à Abanfir qui titubait en arrière, assommé par les multiples coups qu'il venait de recevoir. Le vertige l'envahissait et la chaleur envahissait de façon étourdissante ses tempes. Il fit quelques pas hésitants avant de retrouver son équilibre et de pouvoir se retourner pour considérér son adversaire. Ce dernier était adossé à une colonne, chuchotant, l'air abattu. Sans doute avait-il été précipité non loin de la mort par la précédente rafale de chocs que lui avait asséné le dieu incarné. Peut-être une côte s'était-elle repliée en un mortel éperon droit vers son cœur. Dans les derniers soubresauts de l'agonie, il s'était alors levé, titubant, tête penchée, vers Keredrin. Celui-ci était resté immobile, prêt à empaler d'un seul geste l'hybride mourant. Mais ce dernier, à quelques dizaines de centimètres seulement du dieu incarné, sembla soudainement bien moins affaibli. En un geste triomphant, il ouvrit les bras et cria avec ardeur « Infernam Tes ! ». Le sang du dieu incarné se glaça à nouveau, le soumettant à un sentiment d'écœurement et de migraine qui était bien moins agréable que la toute-puissance d'il y a seulement une minute. Mais à nouveau, son corps agissait seul, dans une parfaite harmonie. Le temps semblait là encore comme ralenti, même s'il ne s'agissait que d'une maigre illusion de son esprit désormais dix fois plus rapide que le monde réel. Abanfir s'auréolait d'un halo de plasma incandescent qui se décomposait lentement en 5 grumeaux éclatants dans cette vue d'esprit, mais à une vitesse incroyable dans une perception normale.

Avec une souplesse et une détente impressionnante, Keredrin se propulsa dans les airs, alors que les cinq sphères ignées se formaient et irradiaient leur chaleur au point d'atténuer le froid. Dans une rotation parfaite, il tomba finalement juste derrière Abanfir. Il s'attendait à voir les sphères enflammées se disperser en un bosquet ardent. Erreur. Les cinq petits soleils, émergeant à peine de l'aura qui leur avait donné naissance, se retournèrent droit vers leur cible. Mais un obstacle se dressait entre les deux : le semi-démon lui-même, toujours entouré de l'ardente magie qui avait donné naissance au missile. Le choc fut terrible. Une puissante tempête de feu enroba l'hybride, se nourrissant de l'irradiation flamboyante de son incantation. La déflagration saisit Keredrin que la migraine poignante avait empêché de faire quoique ce soit en réaction à cet événement, et l'envoya voler dans les airs comme s'il avait été frappé par un poing puissant. Deux instants plus tard, il terminait sa course dans un buisson au pied du chœur. Quoiqu'étourdi par son vol plané, la corruption suintante de la transe qui l'avait saisi s'était dissipée, lui laissant les idées plus claires. Une odeur de roussi émanait du dos du dieu incarné, qui se dégagea des taillis, se réceptionna sur l'escalier du chœur, et constata qu'une large partie de son flanc droit derrière lui avait été brûlé. Quoique le cuir eut atténué la force de langue de flamme qui l'avait seulement frôlé, une douleur lancinante calcinait maintenant sa peau. En un instant, il songea à nouveau à son ennemi. Si le contact de ce qui était presque une caresse l'avait blessé ainsi, qu'avait pu devenir son adversaire, percuté de plein fouet par les cinq sphères ignées ? Aussi passa-t-il à côté du buisson en rangeant ses lames et vit-il la nef s'étendre devant lui.

Les cinq sphères ignées étaient devenues folles. Des balles rougeoyantes qui émergeaient alors en bourgeonnant timidement du corps de l'hybride, c'était maintenant cinq terrifiants boulets de canon jaune au cœur bleu qui créaient comme un nouveau jour dans la pièce. Leur couronne de lumière brûlante incendiait peu à peu la végétation qui avait envahi le bâtiment. Alors, les boules de feu semblèrent briller de plus belle. Le timide jaune se mua en un blanc éclatant qui semait des étincelles, puis en un bleu indigo dont le déplacement déformer l'air. Leur traces ignées rebondissaient, virevoltaient et crépitaient en des spirales haletantes. Leur mouvement entropique se heurtait tantôt contre une colonne, la noircissant jusqu'au coeur, avant de raser un mur dont les pierres explosaient sous le choc thermique. Leur danse se fit alors plus rapide, et leur forme moins définie. C'est alors qu'elles semblèrent fuser vers le haut et l'extérieur, tourbillonant mutuellement. Leur contact simultané avec le haut de la cathédrale fut terrible. Dans un bruit de fin du monde, soumises à la torture du froid et de la chaleur ardente en simultanée, les arches se tordirent et se rompirent par le centre, leurs blocs qui semblaient inébranlables ayant cédé dans un terrible gémissement qui résonnait toujours dans les oreilles du dieu incarné.

Finalement, tout l'avant de la nef n'était plus que des ruines éparses : seule la tour, le transept, ainsi que le chœur, étaient toujours debout. Keredrin, éperdu devant ce spectacle de dévastation, consentit à regarder où en était son adversaire. Et, grande surprise pour lui, ce dernier était... debout. Il se rapprochait, apparemment en parfaite santé hormis les blessures qu'on lui avait déjà infligé. Keredrin le contemplait du haut des marches du chœur. L'autre était en bas, et déclara, d'une voix déformé par les ruptures conjuguées de sa mâchoire et de son nez :

« Joli coup, le cabri. Mais que croyais-tu ? Je ne suis pas de ta pâle et mortelle constitution. Mon sang est ardent des flammes de l'outre-monde autant que le tien est terreux et souillé de gadoue.
- Ta langue est bien acérée, rejeton maudit qui erre au clair-obscur, déchiré par la fatalité que charrie tes veines. Mais pourtant, ce n'est qu'une hérédité morcelée qui confère à ta chair sa résistance impie ; tu ne possèdes pas le fiel pur des élégants princes démons, mais n'es qu'une ombre dégénérée. La fange qui te couvre et te dénature délaye tes attributs dans une faiblesse humaine ; la brûlure cuisante d'un volcan ou de l'orage rugissant te réduirait en cendres fumantes aussi bien que le plus humble des servants.
- Je te concède ce dernier point. Mais au fond, es-tu capable de susciter n'importe laquelles des forces de la nature que tu évoques ? Evidemment, non. Hormis tes acrobaties et tes vantardises, tu ne m'a pas démontré grand chose de nature à pouvoir m'abattre...
- Eh bien, petit démon fanfaron, vous vous flattez donc bien. Hélas, je doute que vous puissiez vous soigner de votre mort future au dépend de votre propre verbe.
- Sans doute pas de mon verbe, et je crains que la mort ne soit quelque peu hors de ma portée. Mais regarde donc... »

Le dieu incarné, ayant consenti à cette trêve sous forme de joute verbale, considéra le corps de l'hybride. Nombre de ses plaies avaient guéri, et la seule trace de leur existence était le sang maintenant bruni sur l'habit noir. Un cri de protestation puérile s'arrêta net dans la gorge de Keredrin. Car son ennemi était repassé à l'attaque. En un terrible moulinet offensif, il avait bondi par-dessus les marches, forçant alors Keredrin à faire une esquive de justesse. Puis, continuant à manier sa double lame en une véritable tempête de lames, son ennemi ne pouvait qu'esquiver les horions violents en une danse qui se confondait avec le murmure hypnotisant de l'arme virevoltante, d'autant qu'il avait rangé ses deux épées dans son dos dans un geste de négligence. Cherchant à la déséquilibrer, Abanfir asséna un coup surprise en direction des jambes du dieu incarné, qui s'en tira à bon compte avec une balafre sur le mollet. Keredrin bondit, se retrouvant à pied joint sur l'autel, ou, plus exactement, sur l'abdomen de l'homme qu'il était originellement venu chercher. Un bruit mou et écoeurant retentit, distrayant pendant un instant le dieu incarné qui, dans un réflexe aussi atavique qu'idiot, baissa les yeux. Toujours aussi offensif, l'hybride frappa avec une extrême violence de façon horizontale en direction du torse de son adversaire, profitant de l'ouverture qui lui laissait. Le dieu incarné ne fut pas assez rapide à se reculer et la pointe d'acier s'enfonça légèrement dans son plexus solaire. Cet aiguillon inattendu le fit basculer en arrière.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 11 mars 2009 à 22:30:09

Et pourtant... La cloche bougeait. Quelques secondes plus tard, elle roulait même, dévoilant une silhouette dont les traits n'étaient pas perceptibles mais dont Keredrin devinait trop bien la nature. Et elle se mit alors... à s'élever. Le gonflement qu'avait perçu le dieu incarné tout à l'heure était en réalité la marque d'ailes, qui n'avait été que légèrement ouvertes, mais qui maintenant se déployaient de toute leur envergure. Malheur supplémentaire, Abanfir avait été loin d'être désarmé, tenant toujours sa double épée, plus éclatante que jamais, nettoyée du sang qui la maculait par la pluie. Keredrin était trop faible. Ses muscles étaient vidés de toute force et il se savait incapable d'agir. Son sentiment de vulnérabilité le rongeait plus que jamais, et il se sentait près, pour la première fois depuis qu'il avait adopté sa fragile enveloppe, à pleurer. Son esprit, son savoir, son ancienne omnipotence, semblaient prêtes à s'envoler cruellement, stupidement, sous une lame dérobée. Reprenant ses esprits, la boule de l'amertume lestant toujours son abdomen, il constata que le semi-démon semblait handicapé par les bourrasques de vent, et décida de s'octroyer le plus de chance possible, en montant sur le toit, où la tempête était la plus violente. D'un petit saut, il réussit à se hisser sur la pente très aiguë de la flèche, que surmontait une sorte de paratonnerre pointu près duquel il s'assit. Alors qu'un éclair tout proche éclatait, dissipant la pénombre imposée par la double obscurité de la nuit toute neuve et du manteau nuageux, et que son tonnerre rugissait presque instantanément, Keredrin s'aperçut qu'Abanfir était entouré d'un halo rougeâtre. Sans doute une quelconque magie... Quelle importance, maintenant ? Son destin ne faisait pas de doute, et quelque soit la force qui l'achèverait, la résultat serait fort semblable au final.

Abanfir s'éleva dans le ciel, dépassant encore la flèche, dévoilant cette fois en détail à Keredrin de vastes ailes de cuir ainsi que la lumière malsaine qui filtrait de son corps, dégoulinant dans l'air, accrochant les gouttes de pluie et souillant le vent de son empreinte luisante. Une fois arrivé au plus haut de sa course, précisément à la verticale de Keredrin... il se laissa tomber. Tout son poids, toute sa force était concentré dans cette chute terrible, conçue pour transpercer net le dieu incarné; Celui-ci sentait des visions d'horreur exploser dans son crâne alors qu'une peur panique l'envahissait. Révulsé par l'idée de se voir ainsi éviscéré, c'est dans un dernier geste de résistance qu'il relâcha tous ses muscles. Pendant un instant, il fut ainsi en chute libre, ses doigts et ses pieds ne le retenant plus aux plaques de la flèche, et le vent le soulevant de toute sa force. La seconde suivante, il reprenait contact avec force avec les ardoises, roulant sur celles-ci avant de réussir à se freiner in extremis au bord du toit, juste avant une chute de trente mètres à laquelle, privé d'ailes, Keredrin ne survivrait pas. Il braqua alors ses yeux vers le haut de la flèche, où Abanfir heurtait la surface du toit et plantait son épée dans un espace vide, là où se trouvait l'abdomen de son ennemi il y a quelques instants. Dans un cri de rage, l'hybride poussa de toute sa force sur ses jambes, se projetant plusieurs mètres dans les airs, prêt à fondre sur un adversaire à présent dénué de toute force. Il brandit sa double lame dans la noirceur de la nuit, triomphant.

Puis ce fut comme si le ciel s'était abattu sur la cathédrale. Le monde entier sembla passer en négatif pendant quelques instants sous la lumière implacable et surpuissante de la foudre. Un immense éclair s'était formé, filant du ciel au paratonnerre tout en dirigeant un tourment d'arcs électriques vers Abanfir qui poussa alors un cri de souffrance, prolongé et poignant, qui se brisa en une tonalité inhumaine. Cette scène ne dura qu'un instant, durant lequel tout sembla stoppé ; une seconde après, le haut de la flèche explosait, projetant des fragments d'ardoise surchauffée vers les airs, faisant fuser un paratonnerre court-circuité, chauffé à blanc et fragmenté en une poignée de courses folles qui laissaient des trajectoires illuminées sur la rétine de Keredrin. Le semi-démon, qui semblait jusque là flotter dans les airs, bras écartés et jambes jointes tel un crucifié, chuta soudainement à travers le cratère laissé par le choc de la foudre qui avait aujourd'hui vaincu le vieux paratonnerre rouillé et usé. Etourdi par ce spectacle incroyable, le dieu incarné resta figé quelques minutes ainsi, avant de se décider à redescendre de ce toit maudit. Se pendant au rebord de la flèche maintenant décapité, il se balança avant d'atterrir sans aucune grâce sur la rampe de bois qui avait accueilli leur combat tout à l'heure.

Levant les yeux vers la charpente qui soutenait la flèche, il vit qu'Abanfir avait échappé à la chute jusqu'au sol à présent entièrement brûlé de la cathédrale. En réalité, il pendait au-dessus du vide, rattrapé de justesse par deux épieux de métal qui avaient à moitié fondu à cause de la combustion spontanée du bois sous le coup de la chaleur de la foudre. Les branches acérées de métal avait transpercées ses ailes, le maintenant ainsi de justesse au-dessus du vide. Son corps avait subi des dommages presque mortels. Comme il l'avait lui-même plus ou moins avoué, la foudre pouvait le brûler. Il n'avait manifestement pas menti. Son bras droit, sa tête ainsi que son torse étaient dévastés. Son cuir chevelu s'était entièrement consumé, transformant le haut du crâne en un vague plasma sombre. L'œil droit avait ainsi presque fondu, transformé en une boule vitreuse de matière organique fondue. La peau de son visage, noircie, était par endroits parcourue de stries noircies et profondes, marque de larmes salées de souffrance qui n'avaient fait que la déchaîner encore plus. Son nez, déjà tuméfié, n'était plus qu'un vestige de cartilage carbonisé, à moitié arraché et laissant entendre les souffles rauques d'une respiration laborieuse, d'autant que la bouche de l'hybride n'avait pas subi un sort meilleur, ses lèvres disparues dans une même rosace de tissus morts. Son cou et son torse n'étaient plus que de vastes landes de chair à vif, l'épiderme brûlé desquamant instantanément. Quand à son bras, il n'était plus qu'une excroissance torturée dont les doigts avaient disparu, et qui laissait visible des morceaux d'os à vif au niveau du coude, qui pendait selon un angle totalement anormal.

Keredrin comprit rapidement quel supplice atroce pouvait subir l'hybride. Au delà de ses terribles brûlures, ses ailes tiraillaient ses omoplates vers le haut, la gravité entrainant le reste du corps vers le bas. Quoique la forme en fut peu orthodoxe, les souffrances de la mutilation devaient s'ajouter à celle de la crucifixion. Une asphyxie lente secouait le semi-démon, qui pouvait durer des jours. D'autant que son don de régénération le déservirait plus cruellement que jamais. Les orages allait dans doute frapper pendant des jours, voire des semaines, rouvrant les plaies à peine refermées par le pouvoir du sang démoniaque. En effet, la foudre allait naturellement frapper l'immense catalyseur. Peu à peu, cette souffrance perpétuelle allait saper totalement son énergie ; mais peut-être pourrait-il survivre assez longtemps pour gouter toute l'ignominie de cette torture atroce. S'éloignant tranquillement en descendant le long de l'escalier circulaire afin d'attendre la fin de l'incendie qui commençait déjà à manquer de carburant en contrebas, Keredrin commença à siffloter un air gai, appris par une petite fille, sur le rythme des râles d'agonie d'Abanfir.

Un nouvel éclair frappa.

------

Commentaires : très beau texte de ta part, j'ai beaucoup aimé, notamment le twist final très bien vu. Note amusante : nous avons un dialogue de début très semblable en une réplique, ce qui est entièrement fortuit vu que celui-ci a été écrit très tôt et n'a pas été remanié depuis. Bref, Charly : à toi (et courage !)

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
12 mars 2009 à 01:11:28

Le juge délibèrera DEMAIN dans exactement 24 heures. Préparez-vous.

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
12 mars 2009 à 23:53:20

Alors voili voilou le moment final de délibération.

Je tiens à dire que vos deux textes m’ont tous deux donné deux bonnes heures de plaisir à lire et relire (dans le métro et pendant les cours, mais c’est un détail). Chacun des textes a des petites fautes qu’il est un peu inutile de mentionner, mais leur qualité était dans chacun des cas très très bonne.

Pour faire durer le suspense (sadique, si, si), je commencerai par commenter ma lecture du texte de Moicesmoi.

Excellent texte, efficace, bien tourné. Bien rythmé, technique par moments mais encore là assez simple pour que l’action coule en de violents torrents spectaculaires. J’ai beaucoup aimé la lecture, bien dosée de descriptions. On sent qu’y’a un peu de Kaim qui transpire dans ce texte, notamment au côté des descriptions techniques de la partie du duel aux épées. Le début commençait rapidement, donnant le coup de gong assez net au duel. Néanmoins j’ajouterais que les circonstances ont été particulièrement bien résumées avec ces « si (raison x), rien ne se serait passé ». Le ton est épique, savoureux par moments et les répliques sont justes « badass » par instants. Une que j’ai particulièrement appréciée est le « … il existe quelques astuces pour accélérer le processus ». Juste wroarw comme je le dirais. Cependant, je dois admettre que par instants ton texte semblait manquer de couleurs. Je veux dire, on n’a pas d’image très claire des personnages en tant que tel. Mais on imagine bien les scènes quand même. La fin, et le fin mon ami, m’a glacé le sang. J’ai tout simplement adoré le revirement, et la sinistre réalité qui s’immisce entre les pages d’un conte tout écorné par les siècles. Très très bien mené, comme je l’ai déjà dit. Cependant, malgré le côté épique côté scénaristique, je vais t’avouer que côté stylistique j’ai trouvé que ça manquait un peu de richesse par endroits.

Passons à Ari maintenant.

Alors là côté longueur tu m’as pondu un foutu roman toi. Ça commence lentement. TRÈS lentement. Mais côté style les descriptions sont tout simplement superbes. GORGEOUS. On sent le Ari qui a travaillé derrière ça, crois-moi, surtout quand tu nous décris la gigantesque cathédrale, transformé en véritable champ de bataille infernal. On aime ça, ici sur JV, les destructions. Surtout des beaux machins qui font beaucoup de bordel en s’effondrant. M’enfin. Ton duel à toi semblait aller sur un ton beaucoup plus « tolkienien », voire même shakespearien français. Le style est riche, soit, mais tes descriptions du duel sont très très volumineuses en termes de mots, de phrases, tout ça. Ça a tendance à élonger un peu pour rien par moments. Les moments de tension, de stress, sont très bien rendus. Et ton duel est riche à souhait. Y’a de la magie, du tir à l’arc et des balles-pétards, de l’escrime, du corps-à-corps. J’ai adoré la variété, et on suivait toujours sans vouloir perdre un seul instant ou action tellement ça allait vite par moments. Les répliques, par-contre, m’ont un peu laissé sur ma faim. Beaucoup de soutenu. Répliques cinglantes mais un ti-peu intellectuelles, shakespeariennes comme j’ai dit. La montée au toit de la cathédrale est probablement ma scène préférée. En même temps que le duel avec l’arc, je veux dire. Et la fin est tout simplement sublime. Abanfir qui fonce droit pour réduire en cendres Keredrin, lui qui bouge au dernier moment. Et le résultat d’Abanfir crucifié victime de sa puissance qui souffre. ROAAAH cruel à souhait, comme j’ai aimé. N’empêche que c’est une fin assez originale pour un duel , de laisser son adversaire crever… lentement… « Et l’éclair frappa ». Su-per-be. Ça a valu le coup d’œil, l’heure et quelqu’ passé à m’écorcher les yeux là-dessus.

Et maintenant passons aux résultats. J’ai comme critères 3 aspects de votre texte.
1- Le style
2- La chorégraphie du duel
3- Les montées émotionnelles

Alors pour un résultat sur trois points chacun, je donne :
1 point pour le style à Ari, la verve c’est ton fort décidément.
1 point à Ari et Moicesmoi chacun pour la chorégraphie du duel. Chacun de vos textes m’a beaucoup impressionné quant au duel, plein de rebondissements, mais de façons plutôt différentes. Un revirement incroyable pour Moicesmoi, et une fin tragique, cruelle et gore (œil fondu = miam) à souhait pour Ari.
1 point pour les montées émotionnelles de Moicesmoi. Son duel était plus court mais on ressentait une émotion différente, je sais pas, mais j’ai entré plus dans ses personnages que dans ceux d’Ari.

Donc 2 à 2 pour Moicesmoi et Aristimbault. Hum, draw? Naaaa, je déteste les matchs nuls et en plus les cliffhangers ils me filent la nausée. Alors comme dernier point je vais le donner en fonction d’un critère bien particulier : la phrase qui TUE! Bah oui on aime ça des phrases tape-à-l’œil. Alors la phrase que j’ai choisi pour clôturer ce foutu jugement est…

« Keredrin maudissait sa faiblesse. Depuis qu’il avait été déchu, il n’y avait pas un jour où il désirait retrouver ses pouvoirs divins. Pourtant, jamais cette envie n’avait été aussi grande qu’à cet instant. Il ferma les yeux, respira profondément la cendre et écouta les craquements de la cathédrale qui s’effondrait. »

Eh oui, Moicesmoi l’emporte. Par très peu je dois dire. J’ai beaucoup hésité et je comptais mettre un match nul. Cette phrase t’a fait gagner, car j’ai imaginé, je sais pas quoi, mais une connexion s’est faite dans mon cerveau à ce moment précis et j’ai eu en tête la plus folle scène à la Diablo II, celle d’un moment de tension déchirante, le summum d’un duel digne de ce nom. Alors vainqueur : Moicesmoi. Abanfir triomphe du démon Keredrin.

Bravo à vous deux, vous m’avez donné des frissons. Très belle plume à Ari, et impressionante cinématographie qui émane de ton style, Moicesmoi.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 13 mars 2009 à 00:07:39

Bon, échec, mais demi-fail au final, pour un premier duel je m'estime tout à fait satisfait du jugement. Ca me donne envie d'en refaire un, faudra que je me récrée un personnage (je suis fondamentalement incapable de réécrire deux fois avec le même, ça se répéterait trop). Très beau duel, où je suis finalement tombé par là où j'ai très nettement ressenti ma faiblesse en lisant le duel de Moicesmoi : l'émotion et le côté frappant de certaines phrases, de certaines tournures. Bravo à mon concurrent, et merci au juge.

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
13 mars 2009 à 00:24:14

Tout le plaisir fut pour moi. Mais je dirais pas que c'est un échec car j'aurais déclaré match nul si j'avais pas eu la flemme d'avoir la flemme.

Neg_
Neg_
Niveau 3
13 mars 2009 à 14:56:31

(Bon, last time que je post sur le 15-18 avec mon pseudo principal: J'ai répondu a un type qui voulait se suicider. 31 jours de galére...)

Bonus:
-Il se moque de nous...
Un peu plus loin, dans un coin obscur du bar, trois hommes attablés murmuraient. Leurs yeux sombres fixaient le menestrel avec une rage dissimulée.
-Salopard, murmura l'un d'eux. Tu faisais moins d'effet de style quand le petit Ishtar te faisait la peau, hein?
-Calme toi, Yama. Ca ne sert à rien.
La silhouette la plus grande, le visage couvert de tatouage, se tourna vers la troisiéme, envellopée dans une cape noire.
-Sowl, tu es sur qu'il s'agissait d'un agent?
-Oui, même si il ne faisait pas partie des assassins. C'est un récolteur, un bureaucrate. Et Abanfir l'a tué, ca ne fait aucun doute.
-Il avait la Marque?
Sowl hocha la tête.
-Ce n'est pas sur qu'il l'ait vu, Schism. Avec la cathédrale qui brule, et son combat... Mais tout est peut-être un mensonge depuis le début, peut-être qu'il a fait le lien avec Ishtar junior, peut-être qu'il a relu les grimoires de Lucifer pour vérifier l'existence du Purgatoire. Et peut-être que là, en ce moment, il nous tend un piége pour voir notre réaction, en gardant surement deux ou trois sorties de secours.
-... Ou peut-être qu'il veut simplement se faire passer pour mort pour continuer son petit travail de sape sans être dérangé par personne, répondit le plus grand. Dans tout les cas, on ne peut rien faire pour l'instant.
La premiére silhouette, la plus petite et la plus nerveuse, sursauta.
-Quoi? Alors on va le laisser nous provoquer devant tout le monde sans qu'on bouge?
Sowl le foudroya du regard.
-On a aucune réputation à défendre, et Abanfir est beaucoup plus intelligent qu'il n'y paraît. Si c'est volontaire, c'est forcément un piége.
Il se tourna vers Schism.
-Que fait-on?
-On fait notre rapport à Ishtar. Mais y a quelque chose dont j'aimerais m'assurer avant...
-Quoi?
Schism jeta un regard en coin à Yama, qui tremblait de rage. Il fit un rapide signe de tête à Sowl, se leva et s'éloigna prés du comptoir.
-Ne dis rien à personne. Je le fais parce que je te fais confiance, Sowl.
-Qu'est-ce que tu raconte? Je sais bien, mais y a pas de secr...
Schism lui fit signe de se taire.
-Je ne peux pas te dire exactement de quoi il en retourne maintenant, mais j'ai des raisons de croire que cette prise de contact du Purgatoire n'est pas l'oeuvre du seigneur Suprême. Si cet agent s'est retrouvé là-bas, c'est de sa propre volonté. Si Ishtar nous a demandé de ne pas en parler, c'est bien pour une raison.
Sa voix devint sifflante.
-Va à la cathédrale, retrouve le corps et le nom de l'agent, et informe-moi. Pas un mot, à personne. Je veux découvrir ce qu'il se passe.
-Parfait. Et toi?
Schism sourit, carnassier.
-Je vais voir ce que nous cache Face de Craie.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
13 mars 2009 à 17:29:30

Bon, hé bien, merci beaucoup, mais félicitations à Ari pour son magnifique duel :)

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:39:10

Bon, le DdP volant tout les topics, je pense qu'il serait un peu abusé de relancer le Projet en ce moment.
Voici donc un truc qui dort dans mon doc word depuis mi-juin. Ca m'étonnerait que quelqu'un lise ça au final, peut-être Moicesmoi, ou Mutako, si il est curieux de voir ce que j'ai fait de son Ozara. :-)

So, ça fait 30 pages, ça se passe trois ans aprés la chute de Lucifer, dans le royaume d'Altalia.

Petit Résumé:
Le Purgatoire est une organisation secréte fondée il y a dix mille ans par Braham de la fin du Monde. Par assassinats sucessifs, ils manipulent l'Histoire du monde, pour accomplir le "Plan de Dieu", objectif légué par le Créateur Suprême au fondateur, la véritable raison de la création du monde. Mais les plans du Purgatoire semblent menacé depuis que Lucifer, Seigneur des enfers, s'est fait assassiné par Grar le Sligr et du pouvoir de Tierak, le Dieu des orcs, et depuis qu'un de leurs meilleurs agents, Necron Ishtar, le fils du bras droit de Braham, a trahi le Purgatoire et s'est enfui dans le monde des hommes.
Souhaitant se retirer d'un monde qu'il juge trop violent, il s'installa dans un petit village, à la frontiére de l'ancien royaume Orc de Krasnia, pour y couler une vie tranquille.
Par ailleurs, le monde continua de bouger. Tierak, intrigué par les circonstances de la mort de Grar, demande à Kalrok, son Dieu, de pouvoir l'interroger. Kalrok refusa d'abord, mais l'armée Orque se faisant plus que menacante, il se vit dans l'obligation d'accepter. Grar révéla alors l'existence de Necron à Tierak, qui se mit à sa recherche.
L'histoire commence ici...

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:39:50

LA PAYSANNE

Trois ans a passé...

Village de Fermin, forêt de Krasnia, Royaume humain d'Altalia.

-C'est à ce moment-là que le gars s'est tourné vers moi; il m'a demandé de vous faire passer le message, quoi. Il y a bien une armée orque qui se dirige par ici.
Il y eut un bref silence. Devant le visage vieux et ridé du paysan, une petite dizaine d'adolescents se jetérent des regards lourds d'incompréhension.
-Pardon? Tu veux dire, une armée... une troupe?
-Non, une armée. Huit milles soldats, qu'il m'a dit. Avec héraults, tambour, chef d'armée, tout ça... Enfin, il me semble, hein.
Autour d'eux, la plaine verte des champs s'abîmait dans les ténébres. Le soir et sa chappe grise s'était déjà abattue autour des quelques silhouettes qui peuplaient la campagne. Tia sentit le souffle du vent frais sur sa nuque et elle frissonna d'avantage.
Le Vieux n'avait pas particuliérement l'air touché par la nouvelle. A vrai dire, il ne semblait pas y croire lui même, et même l'alcool qui volait de ses lévres ne semblait pas avoir réussi à le convaincre de l'imminence du danger.
-Mais... Ils feraient quoi ici? Demanda la jeune fille. Les orcs sont plus revenus à Krasnia depuis le passage du Grand Démon. Je croyais qu'ils étaient partis au nord, et même... Enfin, ils sont même pas à Babylone.
Le vieux claqua sa langue, irrité.
-J'en sais rien, ma petite. On m'a dit qu'il y avait des orcs qui revenaient par ici. La géopolitique du monde, c'est pas mon patois.
Il fit un vague mouvement de la main.
-Allez les jeunes! Dites-ça à vos parents, faites vos bagages, priez un coup, je sais pas, moi, quelque chose dans ce genre...
Les adolescents restérent sans rien dire, paralysés. Ce n'était tout simplement pas logique. Plusieurs d'entre eux passaient leur vies à boire à la taverne des villages environnants, et Tia n'avait jamais entendus parler d'un orque depuis cinq ans. Alors cinq mille hommes...
-Excuse-moi de te faire encore perdre du temps, viellard, mais... Le sergent dont tu nous parle... Il a dit quelque chose d'autre?
La voix venait d'un des jeunes assis sur la barriére. Distinguée, glaciale, et pourtant chevotante, hésitante par moment, comme si elle s'affrontait elle-même. Les mains gantés posés sur la rembarde de bois, les cheveux noirs, la peau blanche, trop blanche pour quelqu'un du coin, les yeux rouges et embrumés, on aurait dit comme un enfant travesti en adulte.
Le vieil homme lui jeta un regard agacé.
-Qu'est-ce que j'en sais? Il a dit plein de trucs, je me souviens d'à peu prés tout, mais c'est long...
-Il t'a dit qui orc dirigeait l'armée?
Nouvel instant de reflexion.
-Euh... Oui, je crois. Il s'agit de Za...zarocha?
-Zaroshka Oeil-de-Cendre?
-Oui, c'est ça. Bravo, petit.
-Et elle combat qui, en ce moment, son armée?
-Ben, justement, c'est ça qui étonnait le sergent. Il a recu aucun ordre de défense. C'est pour ça qu'il m'a demandé de vous prévenir, comprenez? Histoire qu'on se fasse pas...
-Okay. Merci.
Le vieux haussa les épaules et repartit.
L'adolescent sauta de la rembarde. Tia sentit son regard d'aigle se poser sur elle.
-Vous voyez? Il suffit de poser les bonnes questions.
-Ca voulait dire quoi, tout ça, Raph? Demanda l'un des plus grands de la bande. Tu as compris quelque chose?
-Si on veut. Ecoutez, je suis pas sur de ce que je dis, mais l'idéal reste quand même que tout le monde parte se réfugier dans les bois avec sa famille. Apportez peu de nourriture, parce que ça me surprendrait qu'ils s'arrêtent prés du village.
-Qu'est-ce qui te fait dire ça?
-C'est pas une armée. C'est une délégation.

-Qu'est-ce qui t'a fait dire ça, tout à l'heure?
Raphaël mit quelques temps à répondre. Cela faisait trois ans que Tia le connaissait-et plutot bien- et pourtant elle n'avait jamais compris ces longs silences, et cette étrange façon de sourire quand on lui posait une question.
Tout les deux, seuls sur le long chemin qui les ramenait chez eux, aprés les quelques heures de cours que leur donnait le clerc. Il y en avait eu, des questions sur lui. Et il avait répondu à presque toute, en mentant, à presque toute aussi, Tia le savait. Il n'avait pas pensé à avoir de passé cohérent, il se contentait d'inventer au fur et à mesure.
Aujourd'hui, c'était peut-être un nouveau mensonge qui allait se déployer aprés les silences et les sourires.
-Zaroshka Oeil-de-Serpent n'est pas un général ordinaire, chez les orcs. Tu sais, d'habitude, ils sont plutot des petites troupes de cinquante ou de cents qui fonctionnent à celui qui hurle le plus fort, mais Oeil-de-Serpent est particulier. Un prophéte qui aurait le pouvoir de parler à Tierak, le seigneur du chaos, et qui veut unifier toutes les tribus orcs. Si il a réussi à rassembler huit mille soldats, c'est qu'il est sur le point de réussir. Il veut probablement parlementer avec le royaume humain.
Devant eux, la colline entourée d'arbre, où reposaient leurs maisons communes, où dormaient leurs familles. Les ombres s'estompaient peu à peu avec l'obscurité.
-Ouah, bien pensé... fit Tia, impressionné. Je n'avais même jamais entendu parler de lui.
-C'est quand même étonnant qu'ils passent par Krasnia. C'est un endroit sensible, pour les orcs. Je pensais qu'aucun d'entre eux n'oserait y revenir.
-Raphaël?
Le jeune homme se retourna. La jeune fille semblait hésiter. Autour d'eux, les arbres bruissaient sous le vent noir du nord, et leurs formes s'étendaient et masquaient les champs. Un peu plus loin
-C'est quoi, la vérité?
-Quelle vérité?
-Comment tu sais tout ça? Vraiment? Tu n'as pas quitté les alentours du village depuis que tu es arrivé, et tu connaissait déjà tout ça... t'essaye d'être discret, mais...
Elle haussa les épaules.
-Mais ça ne marche pas. Je suis navré, mais ça ne marche pas. Les gens parlent dans ton dos, et... Enfin, je me demande toujours d'où tu viens.
Raphaël était arrivé une nuit d'automne. Ses vêtements étaient en lambeaux depuis des jours, et sa peau maigrie était constellé de blessures, par miracle parfaitement saines. Ses vêtements étaient tachés de sang qui n'était pas le sien.
On l'avait trouvé dans une grange, endormie, serrant entre ses mains gantés un bâton noir et une épée. Quand il s'était reveillé, il n'avait rien dit, avait tenté de se lever, et s'était de nouveau effondré. Il refusa les mains qui voulaient l'aider pendant une bonne heure avant de s'abandonner et de se faire porter jusqu'à une chambre.
Une fois reposé, il raconta une vague histoire aux habitants, où il n'était qu'un étudiant du clergé de Babylone qui avait été expulsé. Personne ne l'avait cru, mais il était quand même resté. Il y avait une famille dont le fils ainé avait été tué, deux ans auparavant. Quand on lui proposa de le remplacer, il n'osa pas refuser. Pour quelques jours.
Ca faisait deux ans.
-Peu importe d'ou je viens. L'important, c'est ce que je suis, non?
Tia ne répondit rien. Le jeune homme s'approcha d'elle.
-Ecoute, je vous ait déjà tout dit. Qu'est-ce que je pourrais rajouter de plus?
-tu ne comprends jamais rien, hein?
Elle tourna les talons avant qu'il puisse répondre, à moitié furieuse, à moitié riante. Dans l'ombre, deux yeux noirs et fixe la regardait sans mot dire. Elle savait qu'il allait finir par lui dire. Par tout lui réveler. Il suffisait d'attendre.

Il suffisait d'attendre.
Et c'est ce que fit la jeune fille, avec la patience d'un prédateur. Tapi dans l'ombre, elle attendit.
Il suffisait d'attendre, et c'est ce qu'elle avait fait durant trois ans. Ronger son frein, noyer sa haine, sa rage et sa fureur dans le sang et la violence, tuer, tuer, tuer, jouer de sa faux et de son charme pour se tailler un chemin en Enfer, combattre, recevoir des ordres, les éxecuter, enchainer les amants et s'en débarasser ensuite, pleurer, un peu, et de nouveau tuer, tuer, tuer.
C'était sans doute la définition d'attendre pour Ankou Ashura.
Depuis sa nomination au service particulier de Braham de la Fin du Monde, elle avait sans doute massacré et tué plus qu'aucun autre agent dans toute sa carriére, à l'exception d'Altraël lui-même. A la mort de Lucifer s'était engagé une course contre le sang ou chaque démon, chaque esprit un peu trop incontrolâble, chaque monstre qui avait un jour avant sa mort croisé la route du Purgatoire, devait mourir à nouveau, et de la maniére la plus discréte possible. Et ceux qui voyaient, par la marche funeste du destin, les signes de leur passages, devaient passer sous la faux, encore et encore, hommes, femmes, enfant. Tuer, tuer, tuer. Et attendre.
Car Dieu était entré en guerre contre son propre monde.
La porte s'ouvrit. Caché derriére le battant, Ankou sentit ses poings se serrer sur sa faux, et son coeur s'accelera quand le froid de la lame bloqua le visage de celui qu'elle avait eu l'erreur d'aimer.
-Ca fait un bail, hein?
Le jeune homme parut franchement surpris, et il le laissa paraître. Il avait bien changé depuis la derniére fois, mais c'était lui, il n'y avait pas de doute. La même tignasse noire, la même peau pâle. Ses traits étaient plus marqués par les larmes et la douleur, plus vivants, sans doute, et ses yeux avaient perdus de leur intensité, mais c'était le même gamin qu'il y a trois ans, il n'y avait aucun doute.
-Qui êtes-vous? Demanda-t-il.
-Oh, je t'en prie, nous avons tout deux passé l'age. Tu savais que nous finirions par te retrouver. Les Psaumes, tu te souviens?
-Je ne vois pas de quoi vous... Où sont mes parents?
La piéce éclairée était deserte. Pas de trace de lutte.
-Rassure-toi, je n'ai pas eu l'autorisation de les éliminer. Inutile de faire des victimes innocentes. Ils sont tout siplement parti se réfugier des orcs, comme la plupart des autres larves.
Raphaël tenta un mouvement, mais la lame se posa sur son cou.
-Ne te fatigue pas. Tu sais très bien que tu ne peux rien faire contre moi. Trop de temps a passé.
-Raphaël! Il se passe quelque chose.
Ankou sourit, meurtriére.
-Sortons.
Elle aussi avait changé en trois ans. Ses méches brunes et sauvages couvrait les épaules d'un corps de femme presque achevé. Sa cape noire amplifiait la majesté et la violence de ses mouvements, malgré sa petite taille. Si elle était belle? Elle était surtout vénéneuse.
D'un mouvement sec, Ankou poussa Raphaël dehors, sans entrave. Il n'avait pas encore amorcé un seul geste de résistance, et elle se demandait quand il le ferait. Il s'était affaibli à ce point-là?
-Il n'y a personne chez moi, est-ce que...
La silhouette qui courait vers eux s'arrêta brusquement. Le sourire d'Ankou se transforma en rire rauque.
-Oh, ca, j'en avais rêvé sans oser y croire. Ta petite amie, hein? Enfin, elle me ressemble j'imagine, je devrais plutot bien le prendre.
Elle donna un violent coup de poing dans le ventre de Raphaël, qui tomba à genoux.
-Ecoute, cracha-t-il aprés un silence. Je ne vois pas de quoi tu parles, je ne sais même pas qui tu es.
Un instant, Ankou sembla hésiter. Elle n'avait pas prévue cette réaction, et ça semblait l'agacer. Puis, soudain, un sourire s'alluma sur ses lévres
-Oh? Et ben je vais vous expliquer. En réalité, je fais partie d'une organisation mondiale très puissante, qui assassine et tue tout ceux qui se dresse sur son chemin.
-Tia, n'écoute pas.
Mais la jeune fille n'en fit rien, paralysé par la surprise, et les yeux brillants de soif de comprendre.
-Une organisation dont le minable à genoux ici faisait partie, il n'y a pas si longtemps. Sauf que d'un seul coup, et bien, il...
-Arrête.
La voix avait claqué. Froide, glacé, meurtriére. Tia ne la connaissait pas. Ankou en avait peuplé ses rêves.
Et avant que les deux jeunes femme puissent amorcer l'ombre d'un mouvement, les mécanismes de mort et de haine endormis depuis deux ans se reveillérent.
Raphaël se mit sur ses pieds, et se projeta en arriére, droit sur Ankou. Ses deux poings manquérent de percuter le visage de la jeune fille mais elle se baissa à l'ultime instant, abattant avec souplesse sa faux sur Raphaël. Celui-ci envoya son coude dans la manche de l'arme, qui, destabilisé, perdit sa trajectoire et s'abattit dans le sol. Tournoyant, Raphaël frappa le tranchant de la faux de sa main droite, déchirant le cuir et les chairs. Il grimaca. Ankou envoya son pied percuter le visage du garçon. Raphaël encaissa le choc, et, dans un reflexe surhumain, empoigna le manche de la faux du Temps, et sa paume déchiré frappa le bois d'Ozaras.
Il y eut soudain une lumiére vive, et Raphaël disparut.
-Je ne jouerais pas à ça, si j'étais toi... grogna Ankou encore sous le choc de la surprise.
Elle s'avanca vers une Tia pétrifiée.
-J'ai pas encore fini mon histoire, tu sais.
-C'est inutile de la continer.
Toujours cette voix glacée. Ankou frissonna en se retournant.
-Utiliser le tatouage pour prendre mon propre pouvoir... Intelligent. Contente de voir que tu es toujours le même.
L'ombre de Raphaël se découpait dans les lumiéres de la chaumiére. Dans sa main droite, une épée glacée où pulsait des flammes bleues et vives.
-Je ne suis plus le même.
Ankou s'approcha en souriant.
-C'est faux. cc L'amour, la haine, où est la différence, finalement? En servant, en fuyant, en combattant, dans les montagnes d'Alinos, dans les corridors du Purgatoire, ou même ici, au fond de tes cauchemars, tu n'as fait que vivre pour nous.
Raphaël ne répondit rien. Ankou n'était plus qu'à un ou deux pas de lui. Avec douceur, elle approcha son visage du sien.
-Tu penses que la belle épée de Minrar te protégera contre moi? Chuchota-t-elle. Contre Dieu? Mais nous sommes immortels, mon ami. Nous bâtissons l'eternité. Et aujourd'hui, on revient te demander des comptes, pour avoir brisé tes propres serments.
Et au même instant, les armes s'interposérent entre les coeurs, se posérent sur les gorges.
-Ainsi soit-il, Necron Ishtar.

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:40:29

LE TRAÎTRE

Tia se mit à courir à travers le bois. Elle devait trouver quelqu'un, vite, très vite. Elle ne savait pas qui était cette fille, mais elle irradiait la mort et la violence. Raphaël, et tout le village, était en danger.
Mais quand elle sortit du bosquet d'arbre et qu'elle s'avanca dans la plaine, Tia apercut au loin, au sud, une lueur rouge qui s'avancait dans le ciel, et qui irradiait les champs. Elle s'arrêta, médusé. Il y eut comme un bruit sourd, puis un autre, puis encore un autre.
Des tambours de guerre.
Les orcs arrivaient déjà.
Elle serra les poings, et se remit à courir.

Raphaël et Ankou se fixait depuis longtemps déjà. Et chacun tentait de percevoir chez l'autre ce qu'il avait connu, trois ans auparavant. Au même instant, les deux adolescents se mirent à tourner, tout en gardant l'autre sous sa menace. Les cercles, naturellement, s'agrandirent.
-Comment m'avez-vous retrouvé? Articula Raphaël
-Ce n'était pas compliqué. En réalité, nous ne t'avions jamais perdu. Tu as laissé des traces, depuis Babylone, et il nous a suffit de les suivre. C'est Sowl et le Seigneur Wagram qui avec leur pouvoir combiné, ont pu saisir ton essence et arriver juqu'ici, à Krasnia.
Ankou renifla.
-C'est amusant, j'ai attendu ce moment pendant une eternité. Et pourtant, j'ai toujours été persuadé qu'il arriverait. Parce que ça devait arriver dés le départ, n'est-ce pas?
Raphaël la dévisagea avec lenteur.
-Peut-être. C'est votre credo, de croire qu'on a jamais le choix.
Soudain, les lames bondirent en arriére, remontérent, se frappérent.
-Et toi, c'est quoi ton crédo, Necron? Il t'a apporté quoi, le choix? Une ferme, une vache à traire, peut-être?
-Vaut mieux régner en Enfer que servir au Ciel.
-Ca répond pas à la question.
Une nouvelle fois, les lames plongérent. Au même instant. Et puis une fois encore. Et encore, et encore, et encore...
Raphaël et Ankou, face à face, testaient le tempo de l'autre, calquaient leurs rythmes et leurs fracas, scrutaient les différences et les failles. On aurait dit deux enfants qui jouaient avec des batons de bois. C'étaient deux assassins tendus au maximum, prét au moindre instant à attaquer et à détruire. Ce qui s'écrivait dans leurs âmes, c'était le combat tel qu'il s'écrirait, les bottes et les parades, les attaques et les éclats, les blessures et les souffrances. Et peut-être dans le déluge des coups à prévoir et à contrer, comme deux joueurs d'echecs surdoués, voyaient-ils qui allait mourir.
-Ou peut-être que si, fit Ankou en riant. Parce que le Purgatoire n'a rien du Ciel. Et qu'il n'est pas question de régne dans ce monde. Juste de Dieu.
L'épée d'Altandre rompit le rythme, plongea en avant dans un coup d'estoc fulgurant. Ankou bascula sur le coté, tournoyant sur elle même, abattit latéralement sa faux. Raphaël para le coup et maintint l'épée, puis, du poignet, agrippa de nouveau la faux. La jeune fille le frappa au visage, Raphaël grimaça, làcha prise. Ankou poussa son avantage d'un puissant coup de pied. Le jeune homme encaissa de nouveau, contre-attaqua du revers de son épée. Mais d'une torsion foudroyante, la faux s'abattit, bloqua la lame, la cloua au sol. Ankou décrocha une droite formidable, et Raphaël recula, sonné.
-Tu t'es affaibli, continua-t-elle, impertubable. Qu'est-ce que tu as fait de ton talent, Necron?
Elle ne pouvait que gagner, et ils le savaient tout les deux. Il y a trois ans, cela aurait été différent, pas parce qu'Ankou était moins rapide, ou moins forte, mais parce que Necron possédait une telle aura de terreur et de mort qu'il pouvait triompher de n'importe qui.
Mais tout avait changé, Necron Ishtar n'était plus que Raphaël fils de Steven, un simple garçon de ferme, et il n'avait tué personne depuis la mort de Grar, et Ankou trainait derriére elle une masse de cadavres illustres et inconnus, tous plus violents et puissants les uns que les autres. Ils n'appartenaient plus au même monde.
Tout cela, Raphael l'avait compris, et il avait aussi compris que si il voulait s'en tirer vivant, il lui faudrait ruser, profiter d'une faille dans l'arme absolue qu'était Ankou Ashura, avant que celle-ci ne se lasse et décide de l'achever.
Il se releva doucement, et fit danser son épée d'une main à l'autre.
-Il arrive, rassure-toi.

Zaroshka Oeil-de-Cendre voyait le village et les plaines, les maisons, et même au loin, les châteaux et les complots, les meurtres et les haines qu'avait porté Krasnia. Il voyait les humains, et leurs douces mains qui affaiblissaient la terre autre fois battues par les bottes de ses fréres. Car Zaroshka, l'Orc Noir était l'envoyé de Tierak, et il avait hérité de ses pouvoirs.
Mais ce qu'il voyait, avant tout, c'était la marque du Sacrilége.
Cela faisait plus de sept ans que les forces orcs avaient été massacrés par le Démon aux pouvoirs titanesque, et déchiqueté par sa longue lame. Les rares récits qui revenaient de ces nuits d'horreurs semblaient comme des cauchemars en rouges et noirs, des ombres deformés par des éclats de flammes et de lumiéres. Le Sacrilége, le démon qui avait vaincu Grar le Sligr, plus puissant peut-être que Lucifer en personne, était arrivé, simplement, comme il l'avait toujours fait, et il n'avait laissé que sang et mort. Et c'était ce même sol que celui qu'il avait fouillé. Les guerriers restaient très nerveux.
-Nous arrivons bientôt à Fermin, précisa un capitaine orc à coté de lui.
Juchés sur le Traîneau des prophétes avec lui, Klir, le serviteur personnel de Tierak, hocha la tête.
-Fermin. C'est le nom que Tierak vous a transmis? C'est là ou « il » se cache?
Klir haussa les épaules, et se servit une rasade de vin.
-Il n'en sait rien. D'aprés nos indications, il est fort possible que l'agent se soit retiré vers l'est de Krasnia. Mais rien n'est moins sur. Il faudra faire de nombreuses enquêtes avant de determiner de qui il s'agit.
-Il faudra laisser faire les humains.
-Ils ont autant à gagner ou à perdre que nous, Zarosh. Si ce qu'a raconté Grar le Sligr à Tierak est bien vrai, alors la découverte de cet enfant peut être un gain capital dans la bataille que nous menons.
-excusez-moi, mais j'ai peur de ne pas comprendre... De quelle bataille parlez-vous?
Klir sourit.
-Celle qui va bientôt commencer, Zaroshka. Celle qui opposera les deux Fondations de notre monde. Si Tierak a raison, si le témoignage de Grar est vrai, alors cette guerre sera sans doute la plus importante que nous ayons jamais eu à mener.
-Ca concerne l'Histoire des orcs?
-Ca concerne l'Histoire du Monde.

Le combat continua.
Ankou avait nettement l'avantage. Elle paraît, contre-attaquait, plongeait dans des bottes et des parades d'une ingéniosité incroyable, jouait avec sa lourde faux comme avec un jouet. Alors que Raphaël restait campé sur ses pieds, tentant de contenir les assaults frénétiques, elle tournoyait, volait, dansait autour de lui, jamais là où il l'attendait, enroulant sa faux contre sa lame, parant, esquivant, et puis, au moment propice, attaquait avec une force redoublé.
Raphaël, pourtant, se sentait de mieux en mieux. Au fond de lui, bouillonnant comme jamais, il restait le rythme, ce battement de coeur et d'épée, ces rythmes de sang de muscles, de lames qui frappaient et frappaient la terre et les corps, il restait son instinct limé dés sa petite enfance, et son génie indiscutable. Pendant trois ans, il avait enfoui ce rythme au fond de lui, il l'avait caché sous de la peur, de la fuite, de l'amour et du raisonnable. Mais tout ceci s'échevelai désormais, tout était remis en cause, et peu à peu la réalité froide et vigoureuse du sang et du combat reprenait ses droits.
Il bloqua la pointe de la faux d'ankou qui plongeait sur lui, la fit coulisser sur sa lame jusqu'au-dessus de sa tête, se aissa, frappa du coude. Ankou lanca son genou en avant, bondit. Necron eut un mouvement de tête salvateur, son épée remonta en fléche. Mais la faux s'illumina, verdâtre, et Ankou bondit dans les airs, vive comme l'éclair.
Elle atterit au sommet d'un arbre. Au loin, on entendait les tambours de guerre se rapprocher. Ankou se tourna vers le sud, et son visage sembla comme couvert de sang sous la lumiére des orcs et des flammes.
Elle sourit.
-Et bien? C'est tout ce dont tu es capable? Vraiment?
Elle lui fit un signe de la main.
-Viens.
Raphaël hésita un moment. Puis, il ferma les yeux. Il y eut un horrible bruit de succion, et dans son dos deux ailes d'anges apparrurent. D'un coup puissant, il plongea sur l'arbre.
Les deux lames se rencontrérent à nouveau. Raphaêl dépassa ankou, se retourna, frappa de sa botte. L'agent esquiva, bondit en arriére à sa poursuite, son arme tracant dans l'air un arc de cercle mortel est iplacable. Au dernier instant, pourtant, les ailes de Raphaël battirent, et il s'envola plus haut encore dans le ciel noir. La faux brilla, et Ankou se posa sur l'air, comme en lévitation.
-Waow, fit-elle, les yeux brillants. Des ailes, hein? Tu n'es pas un humain?
Ce fut à Raphaël de sourire.
-Vous ne savez pas encore tout sur moi.
Mais un violent coup de vent le destabilisa soudain. Il cria tandis que le courant l'emportai brusquement vers le sol. Ankou bondit à sa rencontre, la faux levé. Raphaël battit des ailes, mais il ne sentit ni vent, ni souffle. En jurant, il se roula en boule, et la lame d'Ankou traca dans son dos une lame sanglante.
Raphaël ne se rétablit qu'à quelques métres du sol. Il jeta un regard furieux à la jeune fille qui lévitait au dessus de lui.
-Comment es-ce que tu...
Mais ses yeux s'agrandirent.
-Tu modifie la vitesse des vents en accélérant ou en ralentissant le déroulement du temps. Tu fige l'air en dessous-de toi, tu l'accélére dans mes ailes...
Ankou étendit les bras dans la nuit.
-Comme tu le vois, mon pouvoir a énormément d'application possible. Tu es intelligent, Necron.
Raphaël semblait presque choqué.
-Comment? Il y a trois ans, tu peinais à ralentir une arme qui s'abattait, et tu était incapable de marcher sur l'eau. Aujourd'hui tu...
Sa blessure au dos sembla soudain se rappeller qu'elle existait. Il grogna. Autour de lui, l'air devenait soudain instable.
-Toi aussi, tu ne sais plus grand chose sur moi.
Et Ankou se laissa tomber, droit sur Raphaël, comme un mortel et noir éclair descendu des cieux.

-Il faut l'aider!
Tia avait rejoint la cachette, au fond de la forêt. La nouvelle colonie humaine ne l'avait utilisé que comme cachette possible en cas d'invasion, et auparavant, elle n'avais pour ainsi dire jamais servi. Là s'était réfugié dés les premiers bruits de tabours et les premiéres lueurs tout le petit hameau, au maximum une centaine de personne, éclairé par des feux rudimentaires.
-Vous comprenez? Il va se faire tuer, si personne ne fais rien.
-Elle a raison! Cria un homme dans la foule. Raphaël fait partie de notre village, quelqu'un doit aller l'aider.
Une femme cria.
-Cela fait deux ans qu'il est chez nous, c'est un enfant parfait. Même si j'ai du mal à croire que nous avons été manipulé, je ne me souviens pas avoir quitté la maison. Et ça peut être des adversaires pour tout le village.
-Parfait, lanca Tia, confiante. Qui vient avec moi?
Soudain, un silence s'abattit au milieu des cris. Il y eut une voix, plus hésitante.
-On ne sait pas d'ou vient cette fille dont tu nous parle. Mais ce n'est pas tant elle le probléme. Le temps qu'on parte là-bas, qu'on lui régle son compte, et qu'on revienne, les orcs seront là, tu comprends? Je ne donne pas cher de notre peau si ils nous voient.
-Il n'y a pas de cachette, prés de là-bas?
-je ne crois pas, cria une autre. De toute façon, c'est trop tard. Quand bien même Raphaël arriverait à la battre, ce dont je doute -d'aprés ta description, c'est une, euh... une professionnelle-, il n'arriverait pas à se cacher assez vite. Les orcs sont là!
Tia frémit.
-Vous allez abandonner un des nôtres parce que vous avez peur de ne pas pouvoir aller plus vite qu'une armée? C'est stupide.
-Nous allons l'abandonner car le temps que nous y allions, il sera déjà mort.
Dans le silence de la grotte, les tambours résonnérent, plus fort. Le silence se fit pesant.
Mais une voix claire le brisa sans une hésitation.
-Parce que vous pensez que vous êtes en sécurité, ici?
Tous se retournérent vers l'entrée de la grotte, camouflé par des buissons. Une ombre se coulait devant eux, une ombre que personne n'avait jamais vu auparavant.
-Cette grotte a été utilisé par les orcs de Krasnia pour conserver leurs histoires. C'est un territoire sacré, vous savez? Si vous allez au fond, vous pourrez voir des écritures sur les murs. Et des dessins. Je crois même me souvenir qu'une partie entiére est à l'honneur de Grar. Oh, cette guerre contre les Sligr a été une véritable calamité, quand on y pense.
-Qui t'es, toi?
-Ouais, t'es qui?
L'ombre s'avanca à la lueur des flammes. Un humain. Un simple humain, jeune, vêtu d'une tunique blanche d'ambassadeur. Il avait les cheveux roux, d'un roux flamboyant.
-Je sais que je n'en ai pas l'air mais... je suis de l'armée orc. Un porte-parole pour vous prévenir de nos intentions.
Il eut un petit rire, et des murmures d'incompréhension passérent dans la foule.
-Comment tu nous a trouvé?
-Eh bien, y avait un vieux qui ricanait, sur la place du village. Je lui ait demandé où vous étiez, et il m'a très bien expliqué. Il m'a même fait un croquis, en fait.
-Tu n'es pas un orc, non? Fit un paysan, médusé.
-Si j'en était un, ou bien vous auriez fui, ou bien vous m'auriez tué. Ce n'est pas ce qu'on demande d'un diplomate, n'est-ce pas?
Il n'avait pas tort, et le silence se fit à nouveau.
-Bref, c'est pour vous dire que justement, vous ne risquez rien. Nous ne sommes pas venus vous envahir, bruler vos fermes, tuer vos cochons. En réalité, nous venons juste voir le roi d'Altalia, et faire une enquête dans les villages de Krasnia. Nous cherchons quelqu'un. C'est tout. Nous ne vous ferons aucun mal.
Il sourit.
-La fille dont vous parlez ne fais pas partie de notre armée. Vous pouvez aller l'aider, même si nos soldats seront probablement là à temps.
Les hommes se regardérent, ragaillardi.
-Bien, fit l'un d'eux. Allons-y.
Le jeune homme s'approcha d'eux.
-Je dois aller prévenir les villages voisins, mais faites bien comprendre le message si vous en croisez d'autre.
-Monsieur?
Il se retourna. Tia n'osait pas le regarder dans les yeux.
-Je vous remercie beaucoup, mais... Raphaël m'avait dit que les ambassadeurs humains chez les orcs étaient très rare. Et qu'ils avaient tous un impressionnant tatouage au niveau du cou.
Elle attendit qu'il dit quelque chose, mais il n'en fit rien. Elle leva les yeux.
-Vous n'êtes pas de l'armée de Tierak, n'est-ce pas?
Il haussa les épaules. Il y avait quelque chose de très particulier qui émanait de lui, quelque chose de froid et pourtant d'attirant, quelque chose de rigide, dans son corps et dans son esprit, qui le tringlait et le serrait. Un homme aussi droit pouvait-il être dangereux?
-Quoiqu'il en soit, mademoiselle, je vous assure que les orcs ne feront rien. Allez sauver votre ami.
Elle hésita un instant.
-Merci, finit-elle par dire, monsieur...
-Delgado. Morrigan Delgado.

:-)

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:41:12

-Tu ne t'inquiéte pas?
Deux silhouettes, perdu quelque part dans une des multiples étoiles de l'univers. Il y en avait une, calmement assise sur un large fauteuil, massive et noire, le dos traversé par une épée gigantesque et par deux ailes blanches. L'autre, petite et courbé, faisait les cents pas, tremblante de nervosité. Devant eux, c'était le multivers infini, avec son chaos enflammé, ses ténébres impassibles et ses abominations colossales.
-Pas spécialement.
La nerveuse se retourna brusquement vers le néant, où un continent de lave s'étirait paresseusement en milles éclats de lumiéres. Ses traits tirés, ridés par cinq ans d'angoisse était caché par une épaisse barbe blanche. Ses yeux bleux, pourtant, n'avait jamais perdu ni de leur malice, ni de leur ruse.
-Enfin, Altraël, je te rappelle ce qu'il se passe? Ta fille est en train de combattre ton fils dans un duel à mort, chacun déchiré par la haine et la deception amoureuse. Je vois difficilement une issue favorale, tu pige?
-Je pige, mais ce n'est pas à toi de la trouver, cette voie.
Le Purgatoire était une organisation puissante et influente, mais elle ne pourrait rien accomplir sans yeux, sans regard pour lire l'avenir. Faust était sans doute l'un des meilleur oeil qui ait jamais existé en dix mille ans de visions et de rêve. Repéré très jeunes pour ses fortes intuitions mediumniques, il savait déchiffrer la trame des Psaumes, et en tirait le nom des gorges à trancher pour que l'Histoire suive son cours. C'était son travail. Acessoirement, c'était aussi le pére d'Ankou.
-Qu'est-ce que tu veux dire? Fit Faust en tordant ses mains.
-Que Dieu va trouver une solution à notre place. J'ai une théorie, tu sais.
La gigantesque silhouette avait les yeux rivés sur les lumiéres. Son corps, d'un noir absolu, de néant, sembla s'enflammer et se tordre un instant sous les reflets, mais l'effet d'optique se dissipa et il ne resta plus que ses muscles de granit. Sa voix était glacé, calculatrice, sombre, et sans pitié.
-Tu ne m'en a pas parlé, grogna Faust.
-Je ne t'en ai pas parlé parce que je n'en était pas sur. Quand le maître suprême a donné l'ordre de tuer Necron, j'en ai immédiatement eu la certitude.
-Comment ça?
-Reflechis, Faust. Le Dieu des orcs, Tierak, n'a jamais été aussi determiné. Il a fait la guerre aux Sligr pour obtenir le témoignage de Grar et le nom de Necron. Il ne suffira pas au Purgatoire de supprimer mon fils, tu comprends? Il remue trop de choses, il finira par trouver une preuve. Depuis que je suis au service des assassinats, j'ai vu monter la derniére génération, et crois-moi, ils n'ont rien à voir avec ceux d'il y a un siécle. La soif de la rectitude a disparu au nom de la soif du sang: des massacres ont été commis, souvent sous mes ordres, et Braham ne pourra pas tout faire disparaître comme il a fait disparaître Byblos.
« Nous allons entrer en guerre, d'une maniére ou d'une autre. Si ils trouvent notre étoile, ils briseront les Psaumes. Si ils ne la trouvent pas, alors Tierak s'arrangera pour mettre assez de chaos dans le monde pour qu'on ne puisse plus rien prévoir. Brouiller un maximum les cartes. Si nous n'avons pas vu arriver Grar, nous ne verrons pas grand chose.
-Tout le monde ici a fait ce raisonnement, fit Faust. Nous aurons peut-être le temps de rattraper les choses, tu sais. Le Purgatoire est là depuis dix mille ans...
-Non. Braham a dit qu'on entrait dans la phase finale du plan, et je le crois. Pourtant, nous n'avons jamais été autant en difficulté de toute notre histoire, la crise de Byblos inclus. De là, il y a deux moyens de voir les choses: ou bien le Purgatoire a échoué...
Archaël, Seigneur du Jugement, deuxiéme homme le plus puissant du monde,et pére de Necron Ishtar, sourit, et son sourire n'était que haine.
-Ou bien son echec fait partie du Plan.

Le ciel. Le vrai ciel. Celui d'étoiles et de lunes. Celui de l'espace et des étoiles, des multivers et du paradis. Quand Raphaël n'était encore que Necron Ishtar, il avait entendu dire que la place exacte du Purgatoire était dans une de ces lumiéres, quelque part dans la Constellation de l'oeil. C'était Faust qui lui avait raconté cela. Une des étoiles, celle rouge de Lucifer, avait déjà disparu depuis deux ans, et il se demanda si un jour, ce serait au tour de celle, toute blanche, du Dieu créateur, celle du Purgatoire, celle d'Ankou, d'Altraël et de Braham, et celle de toutes ces larmes et ce sang abattus sur la terre depuis dix mille ans, de s'éteindre.
Il émergea des nuages en sifflant, et s'éleva dans les étoiles. Le sang coulait de ses blessures, mais il ne s'en inquiétait pas outre mesure: Les plaies ne mettraient qu'une ou deux minutes à se refermer. Le combat contre Ankou tournait franchement à son désavantage, mais il y avait tout de même de bonnes raisons d'espérer. Aussi puissants que paraissaient les pouvoirs d'Ankou, ils restaient limités et l'épuiseraient à long terme. Plus il irait haut dans le ciel, moins les masses d'airs seraient denses, et plus les volumes qu'elle devra manipuler seront important. Elle finira par faiblir.
Ankou émergea soudain des nuages, d'un bond gigantesque. Sa silhouette mince et terrible se découpa dans la lune pâle.
-Tu penses te cacher derriére la Lune?
Elle se jeta sur Raphaël à une vitesse folle, la faux en avant. Il chargea. Les deux lames s'entrechoquérent, se croisérent, s'échappérent. Les deux adversaires plongérent dans le ciel noir. Ankou pivota immédiatement, Raphaël s'envola vers les étoiles. Il décrivit une large boucle, passa au-dessus d'elle, et, d'un coup violent, plongea vers elle. La lame d'Altandre tournoya de main en main, cherchant la faille.
A l'ultime instant, la faux du temps s'arrêta, et le choc des deux armes projeta Ankou dans l'abîme. Raphaël s'élanca à sa suite, et, poursuivan son avantage frappa, frappa, frappa.
Pendant quelques secondes comme au ralenti, les deux silhouettes chutérent vers la masse nuageuse, leurs lames frappant et parant au même rythme parfait et régulier, leurs coeurs uni par le son et le choc du métal et de l'acier. Ankou Ashura et celui qui avait été necron Ishtar se regardérent, et dans les yeux de chacun, ils virent et comprirent.
C'était aussi simple que cela.
Mais au dernier instant, alors qu'ils allaient s'enfoncer tout deux dans les ténébres des nuages, la faux d'ankou s'enroula autour de l'épée de Raphaël, son pouvoir se remit en action, et elle le catapulta à plusieurs dizaines de métres d'elle. Le paysan tournoya, tenta de reprendre l'équilibre. Mais soudain des nuages émergérents des mains blanches qui s'ouvrirent devant lui pour l'engloutir. Il cria, frappa l'air léger de ses ailes, partit en vrille, en esquiva une, deux, une troisiéme le frappa. Il gémit de douleur quand la vapeur glacé par le temps et l'altitude le traversa. Une nouvelle fois, il manqua de perdre le contrôle, mais un reflexe inhumain le replongea dans le vide de l'atmosphére. Raphaël se retourna, chargea Ankou en hurlant.
Ankou étendit la main gauche. Cinq rayons de lumiéres explosérent dans sa paume. Raphaël oscilla vers la gauche pour esquiver le premier, frappa de son épée le deuxiéme. Le troisiéme passa quelques centimétres au dessus de son visage. Il vrilla, l'épée brandie, et à l'instant ou les deux autres sphéres le depassaient; il frappa Ankou.
La jeune fille, surprise, se jeta en arriére, mais c'était trop tard, et elle le savait. Il y avait une demi-seconde de décalage entre le moment où elle leva sa faux et où Raphaël la frappa. Le coup fut paré, mais il restait un avantage d'un demi-ton, impossible à franchir.
Le paysan poursuivit sa course, entrainant Ankou dans une pluie de coups qu'elle peinait à contenir. Une premiére botte fit valser sa faux, une deuxiéme la toucha à la cuisse. Elle tenta de reprendre l'avantage, mais la vitesse à laquelle volait Raphaël ne facilitait pas les choses. Un deuxiéme coup la blessa au bras. Elle gémit. Elle allait perdre.
-Abandonne, souffla Raphaël. Je ne... veux... pas te tuer.
Mais soudain, tout ne fut que flamme et haine dans l'esprit d'Ankou Ashura, et ses yeux brulérent. Les mains de Dieu. Ils étaient les mains de Dieu. Il les avaient trahis.
Il l'avait trahi, elle.
Et tout le ciel de ses yeux se déchira.

:(

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:42:35

L'ANGE

-Félicitation pour la mort du Raïsline Rawr, Ankou.
Braham avait l'air vraiment heureux, et c'était rare, très rare chez lui. Ses yeux brillaient d'un éclat qu'elle ne connaissait pas. C'était comme de la fierté... ou de l'espoir.
C'était six mois avant qu'elle ne parte affronter Necron, et elle était déjà reconnue dans tout le Purgatoire comme l'une des meilleures agentes de l'Histoire.
-Non, vraiment... je ne pensais pas que tu y arriverais.
« Ou alors tu le savais » pensa Ankou. Depuis longtemps, elle avait compris que le Purgatoire n'était qu'un élément du plan de Dieu, et qu'il les contrôlait autant qu'il contrôlait l'Histoire. Braham était confiant, très confiant, depuis la mort de Lucifer. Trop confiant. Il avait annoncé la phase finale de l'accomplissement des Psaumes, et rien, ou presque, n'avait changé. Les morts étaient juste devenus plus nombreux.
-Il a été perdu devant mes pouvoirs. Isolé, il a tenté d'appeller son Dieu, mais Kalrok n'est pas venu. Je l'ai tué sans trop d'ennui.
Braham mit les mains dans ses poches et s'approcha d'une table. Elle n'était pas là il y a trois ans. La Dominance n'était qu'une grotte sans meuble ni lit. Un monde d'exil nu et solitaire. Mais Braham recevait de plus en plus de monde, semblait changer, lui aussi. S'ouvrir. Ankou n'arrivait toujours pas à compre$ndre les émotions qu'elle ressentait envers lui, un mélange d'admiration, de curiosité, de répulsion, et puis peut-être d'affection, aussi, aprés tous ces mois. Il y avait des jours où elle pouvait parler avec lui pedant des heures, dévorant ses paroles sur le Monde et sur l'Histoire, les aventures des anciens héros du Purgatoire, les crises qui avait bouleversé le monde, sur le fonctionnement du passé, du futur et de la trame du temps.
-Kalrok n'est pas venu, hein? Oui, j'imagine. Aha, il a refusé de l'aider, il a du penser qu'il devrait... s'aider lui même. C'est tellement beau. Dommage que tout cela finira par disparaître.
-Seigneur, fit Ankou, excusez-moi d'être directe mais... -elle chercha ses mots-. Pourquoi le tuer? Ca va considérablement affaiblir l'armée Sligr.
Cela faisait plusieurs mois que Kalrok et Tierak étaient entrés en conflit direct, et le nombre infinitésimal des orcs ne laissaient aucun doute sur le futur vainqueur.
Comme le Purgatoire l'avait craint, les dieux avaient trouvés suspect la mort de Grar. L'explication d'une attaque des démons de l'Enfer en avait convaincu certain, mais Tierak n'abandonnait pas. Il avait deandé l'accés au paradis des sligr pour pouvoir parler à Grar. Kalrok avait refusé, et, par ce geste, avait condamné sa race à sa derniére guerre.
-Je sais, fit Braham. Mais je ne fais que suivre la voie des Psaumes. Quand bien même, Grar ne convaincra pas les autres Dieux. Il faudrait qu'il voie le tatouage -il souleva sa manche, et montra le signe de la Mort dans sa paume- pour qu'ils le croient. Le temps que Tierak arrive à nous piéger... Enfin! Il faut fêter ça.
Il s'approcha d'un sablier qu'il retourna.
-Il est temps que tu en apprenne un peu plus sur la nature des Psaumes, Ankou.
La jeune fille se retourna. Elle n'était pas surprise.
-C'est vrai, aprés tout, tu es une Juge depuis deux ans, n'est-ce pas? L'Ange de la Mort l'agent spécial, le « joker » du Seigneur Suprême. Il est peut-être temps que tu apprenne ce que tu dois savoir.
Il s'approcha des flammes.
-Bien, alors pour com...
-Excusez-moi, Seigneur, mais...
Il se retourna, surpris. Il avait senti quelque chose d'étrange dans la voix d'Ankou.
-La tradition veut que le pouvoir de manipuler les Psaumes eux-mêmes nous soit transmis quand on a accompli une action de valeur, qui marquera l'Histoire. Pour mon pére, ce fut l'assassinat de Lear, le bras droit de Dämon. Et il était Seigneur des Visions depuis cinq ans. Pour le Seigneur Altraël, ce fut un peu particulier, car l'exceptionnelle réussite de l'Opération Byblos vous a poussé à lui donner tout de suite les clés des Psaumes, mais...
Braham sourit.
-Tu ne penses pas que la mort de Rawr soit importante? Quand il apprendra cet assassinat-mystére, Tierak va s'enrager encore plus.
-Je m'imaginais... autre chose. J'ai toujours pensé que vous tueriez Aknamenra... Et puis, Abanfir sait aussi beaucoup de choses, bref, vous voyez de quel type d'homme je veux...
-Necron, n'est-ce pas?
Ankou s'arrêta, soudain honteuse. Braham eut un sourire enfantin.
-Tu tiens encore beaucoup à lui, non?
-Seigneur, je...
-Ne t'inquiéte pas, fit Braham. TU l'auras. Mais qu'est-ce que tu ressent, au fond? Tu le hais, tu lui en veut? C'était un ami qui te manque? Ou bien tu l...
-Ca ne vous regarde pas.
Ce fut au sourire de Braham de disparaître. La voix d'Ankou était soudain devenu séche, nerveuse. Un instant, ils s'affrontérent du regard. Puis, Braham sourit, vaincu.
-Je peux rien refuser à ces yeux-là. Mais je tiens à te montrer ton pouvoir dés maintenant, Ankou. Tes ennemis vont devenir beaucoup plus forts, à partir de maintenant. Certains seront même plus puissants que les dieux eux-mêmes. TU en aura besoin, de toute façon.
Son regard triste et noir frappa Ankou.
-En échange... Je te donnerai Necron.

« Voici l'une des vingt-et-unes clés des Psaumes, main de Dieu »

Les yeux d'Ankou s'ouvrirent, mais ils ne virent ni Raphaël, ni le ciel noir, ni même l'épée qui frappait et frappait ses flancs. Le vent ne siffla plus à ses oreilles, et le sang cessa de couler. L'odeur des flammes et des nuages, et même la haine qui la dévorait, tout, tout cessa.
Et Ankou Ashura vit dans les yeux de Dieu.

-Ils sont presque là.
-Je sais.
En face, il y avait vingt mille orcs armés jusqu'aux dents, qui marchaient en masse. Le bruit des bottes qui frappaient la terre meuble de la forêt, les colonnes et les cris, les torches et les oriflammes. L'odeur de la sueur et du sang, les effluves des essences brulés. Et les trompettes de Shar'Omar, le royaume mythique qui retentissaient dans la vallée de Krasnia.
De l'autre coté, assis sur une barriére, il y avait un vieil homme, à quelques métres seulement de la maison de Tia. Il machonnait un brin d'herbe en ricanant.
Et il y avait quatre agents du Purgatoire.
-Dommage qu'mes yeux soient pas aussi bon qu'à l'époque... soupira-t-il. Y a quelle tribu?
-Hol'Sris, Natamunra, les Orcs du Nord dont j'ai oublié le nom, les Anciens Krasnians, les Fréres de Tierak... Il y a même un étendart des Humains et assimilés, et un drapeau de Babylone. Zaroshka est vraiment très doué, fit un homme enveloppé de pied en cape par une robe noire.
-Tu parles, machonna la fille aux cheveux blonds. Ils sont, quoi, quinze mille? Et ils sont quand même nerveux, reprit un jeune homme, le corps envellopé dans une large tunique noire. Un vrai chef les aurait conforté. Là, je suis sur qu'à tout les cinq, on peut les mettre à terre.
Le vieil homme cracha.
-Regarde-les avec respect, Samara. Ils n'sont que dix mille, déjà, en enlevant les bêtes et les sauvages. Et Sacrilége n'est vraiment, vraiment pas n'importe qui.
Il sourit. Quelque chose de noir brilla dans le creux de sa main.
-Quand je pense que cette armée nous recherche...
-J'avoue, on est dans la merde, vieux.
Le troisiéme agent était un nain à la peau mate, qui caressait ses tresses longues et noires dans ses doigts calleux.
-Le plan est très mal parti... Ce salopard d'Ishtar a vraiment pas manqué son coup.
-Que vous croyez, fit le vieil homme. C'est le Purgatoire qui a manqué son coup, cette fois-ci. On a même pas vu la mort de Lucifer arriver, alors là...
-La vérité, c'est que Braham commence à ne plus être dans le coup. La « derniére ére », c'est des conneries pour faire croire qu'il maitrise la situation. On contrôle plus rien, en fait.
-Ca ne serait pas arrivé si le Seigneur Altraël était Seigneur Suprême intervint la jeune femme. Avec lui, on dirigerait la terre entiére.
Sowl, l'homme à la cape jeta un regard derriére lui. Schism, perdu dans ses pensées, ne disait rien.
-J'crois que tu sous-estime un peu Braham, cette fois-ci, Samara. Il a sans doute un plan.
-M'ouais, grogna le nain. Espérons que ça se passe bien, cette fois-ci.
Sowl sursauta et porta la main à son front.
-Il y a un probléme.
-Qu'est-ce qu'il se passe? Fit Schism.
-Des humains. Une petite vingtaine. Ils se dirigent vers la maison de Necron. C'est la gamine qui s'est enfui tout à l'heure qui les dirige.
-Ankou n'était pas censé s'en occuper?
-Non. C'est juste que les paysans ne devaient pas revenir.
Le nain cracha par terre.
-Merde! On fait quoi?
-Ashura et Ishtar sont dans le ciel, en train de se battre. Mais c'est plutot serré. Je pense pas qu'Ankou ait besoin d'adversaire supplémentaire.
-On a pas le temps de prévenir Altraël intervint Schism. Faut qu'on s'en occupe par nous-même. De préférence, sans les tuer.
-Ah ouais? Fit la jeune femme. Et les orcs, tu en fait quoi?
-Laissez, fit finalement le viellard. Je m'en occupe.
Il tourna la tête vers Sowl.
-Toi là. Je te fais confiance. Retarde-les jusqu'à ce qu'Ankou finisse son travail.
Thoriak le nain écarta les yeux de surprise.
-Vous allez y arriver? Je veux dire...
Le viellard sourit.
-T'inquiéte pas gamin. J'ai encore quelques surprises dans mon vieux sac de paysan.
Et l'Hermite, Seigneur des Aubes et Maître des Rêves, Juge Douziéme du Purgatoire, s'approcha de ses proies.

Raphaël continua ses coups sans s'arrêter un seul instant. Tout en lui s'était enflammé dans une sorte de rage immense. Quelque chose commencait à l'emporter, et il le sentait. Ce n'était même pas le mouvement des corps, ni le fracas des épées qu'il n'avait pas vécu depuis quatre ans. Ni même le souffle de la mort et du danger. C'était l'émotion de sentir le regard de Dieu posé sur soi, l'immense orgueil de se croire porté par un destin plus grand que l'univers. Se sentir tout-puissant, serviteur ou ennemi de Dieu.
Comment avait-il pu vivre aussi longtemps sans sentir ce souffle sur sa nuque?
Concentré, il envoya un puissant coup d'estoc sur Ankou, qui se laissa porter sur le coté. Ses yeux s'étaient fermés. L'épée D'altandre frappa latéralement, droit sur son dos, mais la jeune fille envoya sa faux derriére elle, parant la lame.
Se laissant complétement à découvert.
Raphaël donna un coup de pied droit dans son ventre. La jeune fille n'eut pas le temps de se plier sous le choc que déjà l'épée d'Altandre revenait en un arc de cercla magistral. Il frappa du fourreau le visage de la jeune fille, qui repartit en arriére. Désarmé, sous le choc. Vulnérable.
Sans véritablement réaliser ce qu'il faisait, il abattit la lame droit sur Ankou.
Mais les yeux de l'Ange de la Mort s'ouvrirent à cet instant.
Ankou brandit sa main droite, paume ouverte, contre la lame d'Altandre. Sa faux sombra dans les nuages en sifflant. La chair frappa la lame, sa main s'ouvrit, et le noir du tatouage fut recouvert par le sang. Mais elle était en vie.
Avant que Raphaël eut le temps de réaliser ce qui se passait, elle s'était accroché à la lame, enroulé comme un serpent. Deux coups de pieds l'envoya dans les ténèbres en dessous d'eux.
Ankou plaqua deux pupilles blanches et révulsés sur sa main sanglante. Elle ria, et deux immenses ailes noires de corbeau surgirent de son dos, brisant les lignes claires de la lune.

Gromsk n'aimait pas son prénom. Il le trouvait trop évident, trop exagéré. On aurait dit un simple grognement, un babillage dans les crocs d'un petit orc. C'était trop évident. Cela lui donnait le sentiment d'être commun. Pourtant, derrière chaque vie, il y avait un destin exceptionnel, non?
Il marchait au milieu de sa troupe, ne voyant que les lignes de casques devant et derrière lui, et le ciel noir au dessus de lui. Parfois, un éclair passait dans les nuages, et il pensait à sa famille, à cette fille qu'il avait rencontré et pour qui il avait juré de se battre. Il se sentait prisonnier de cette délégation. En vérité, il trouvait ça absurde. La vie valait trop pour que l'on se batte pour des choses temporelles. Seul comptait l'instant, et la transcendance de sa condition d'être consommateur. Il faudrait penser à se créer une personnalité nietzschéenne, tiens.
Et puis, le vide se fit devant lui, et tout redevint nettement plus concret.
Il s'arrêta de marcher. Au milieu de la foule, un cercle de cinq mètres était tracé, et personne n'osait le franchir. Gromsk sentit derrière lui des armures qui se figeaient, des murmures qui s'étouffaient. Lentement, tous se tournaient vers la créature qui marchait, le sourire aux lèvres, au milieu des guerriers.
Un visage d'insecte.
Des jambes arquées.
Des yeux blancs, exorbités.
Un longue épée en dent de scie.
Sacrilège.
Sacrilège.
Sacrilège.
Sacrilège.
Il éclata de rire.
« Oh! Seigneur comme le vent est froid
Pour l'armée de Tierak qui marche dans Krasnia
Les étendards et les épées brandit par Zaroshka
Ne m'empêcheront, hélas, de dévorer mes proies ».
Gromsk hurla de terreur. L'Ecorcheuse de Sacrilége plongea dans les rangs, traçant cadavres et sillons sanglants, comme dans un cauchemar.
Et l'armée toute entière fut prise de panique.
Plus loin, au centre de la délégation, Klir tourna la tête vers la masse de soldats qui refluaient vers eux.
-Qu'est-ce qu'il se passe? Demanda-t-il
-C'est Sacrilège! Sacrilège! Il est là bas!
Klir bondit de son trône. Ses yeux tentèrent de percer le noir et les cris.
-C'est impossible! S'écria Zaroshka. Sacrilège a été tué il y a huit ans par les Paladins Noirs!
-Il a peut-être réussi à s'enfuir alors que l'Enfer s'écroulait, il y a quatre ans, et à trouver le moyen de revenir en ce monde. C'est improbable, mais c'est possible.
Zaroshka écarquilla les yeux d'horreurs.
-Qu'est-ce qu'on fait?
-Retenez les deserteurs. Serrez les rangs. Empêchez-les de s'enfuir.
-Nous allons nous faire massacrer! On ne peut pas arrêter un démon comme lui.
Klir resta un instant perdu dans ses pensées. Autour d'eux, le désordre croissait.
-Ce n'est pas lui, trancha-t-il soudain. On se moque de nous.
-Vous venez de dire qu'il était possible que...
-J'ai travaillé sous les ordres de Lucifer. Attaquer une armée de front, ce n'est pas son style. Il y a quelque chose qui veut visiblement nous empêcher d'avancer, et qui se fout de nous.
Quelque part dans la campagne déserté, un vieillard et un démon ricanaient en choeur, et leurs éclats de rires se faisaient de l'écho...

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:43:15

Quand Raphaël retrouva son équilibre, il se trouvait au milieu des nuages et des ténèbres. Il allait replonger vers le ciel quand soudain, une brusque bourrasque de vent lui fit perdre tout ses repères. En jurant, il tenta de se laisser tomber. En vain. Surpris, il replia ses ailes. Il ne sentit ni vent, ni gravité. Ses bottes marchaient sur une sorte de solide, qu'il n'osa pas toucher. Elle était aussi puissante que ça?
-A ton avis, Necron: je suis où, maintenant?
Son épée devant lui, il avança de quelques pas.
-Tu arrive à me voir, toi, n'est-ce pas?
-Évidemment. Pourquoi aurais-je figé le nuage, sinon?
La lame d'Altandre brilla d'un reflet bleuté, illuminant le visage de Raphaël. Il n'arrivait pas à voir à deux mètres devant lui, mais c'était déjà ça.
-Qu'est-ce que tu viens de faire, Ankou? Je veux bien croire que ton pouvoir de figer le temps a pris des proportions gigantesques, mais tu n'as influencé ni moi, ni toi. C'est un autre pouvoir que celui de la Faux, n'est-ce pas?
Il y eut un vague reflet verdâtre à sa gauche. Il se garda de tourner la tête. Doucement, il trouva la fiole d'huile qu'il avait dans sa poche, fit couler le liquide sur l'épée.
-A croire que toi non plus, tu ne nous connais pas.
-Tu as pris du grade.
Il fit un pas en avant au moment même où il entendit le sifflement. La faux du Temps caressa son dos. Il envoya son épée d'un revers puissant de la main, puis sa botte fouetta l'air.
Deux coups en vain.
-Trois ans, c'est très long, tu sais... murmurai la voix d'Ankou.
Cette fois-ci, Raphaël ne sentit rien venir. Seul un réflexe étrange, du sans doute plus à ses anciens pouvoirs qu'à ses propres capacités, l'empêcha d'avoir le bras gauche entièrement sectionné. Il gémit, mais s'abstint de bouger.
Il n'aurait pas de troisième chance.
-Et tu n'es pas le seul à avoir changé!
Derrière lui.
Raphaêl se retourna, éblouissant de vitesse. Le fil de sa lame percuta la pointe de la faux, se frotta sur le bois. L'épée d'Altandre s'enflamma soudain.
Ankou ne fut guére surprise. Elle pivota, changa de main, tenta de frapper. Mais Raphaël s'élevait déjà dans les airs, frappant et tournoyant comme un diable ailé. Elle se baissa, et à la lumiére des flammes, deux ailes de corbeaux dansérent dans son dos.
-Hein?
Raphaël atterit dans les ténébres. L'épée enflammée para le premier coup qui fonçait sur lui, repoussa la faux, trancha les ombres. En vain. Deux autres coups le firent vaciller.
-Ils t'ont nommée juge?
Une lumiére verte explosa derriére lui. Ankou éclata de rire, ses traits déformés par les ombres, la faux illuminé dansant dans ses mains, les ailes noires enserrés autour d'elle.
-Je t'avait dit que j'avais changé.
Raphaël n'osa pas la regarder.
-Depuis quand?
-Ton départ. A la mort de Pluton, dans les enfers. Je suis devenu l'Ange de la Mort. Le joker de Braham. La carte numéro 13.
Raphaël serra les poings. Il ne comprenait pas pourquoi, mais quelque chose en lui avait gémit: Toute son enfance, il en avait rêvé. Son ambition la plus haute, devenir l'assassin suprême, celui qui n'avait de comptes à rendre à personne d'autre qu'a l'envoyé de Dieu. Mission Secréte. Massacres et assassinats par milliers. Liberté d'action et pouvoir d'influenc sur le monde. Et solitude absolu, avec, dans le coeur seulement, les cris et les rythmes des lames qui s'entrechoquent. C'était horrible, et c'était magnifique.
Pour la premiére fois depuis qu'il avait quitté le Purgatoire, il se mit à douter.
-C'était donc ça, les yeux blancs, hein? La clé des Psaumes.
Le visage d'Ankou se crispa.
-Bien sur. Je vois tout, Necron. Tout. Les causes, les conséquences, et ces milliards d'atomes et de particules qui régissent l'univers. Je vois les mouvements du ciel, et de la terre, je vois le temps qui s'écoule. J'admire Dieu à chaque instant de mon existence, et je le comprend toujours un peu plus.
Il sourit comme un mort.
-Dans ce cas, prouve-moi que je ne peux rien faire contre toi.
-A ton service, amour.
Les ténébres se dissipérent.

-C'est par ici!
Tia était à bout de souffle, mais elle refusait de se laisser distancer par les hommes. Au loin, ils entendaient la clameur des orcs qui traversaient les champs et les forêts, qui foncaient sur eux. Elle avait beau avoir une sorte de confiance absurde en ce Morrigan, l'armée risquait de compliquer le probléme plus que de le simplifier. A eux tous, ils vaincraient cette femme sans aucun probléme. Il fallait juste se dêpecher.
Mais dans le noir, devant eux, deux silhouettes se dressérent.
-Je suis navré, mais vous ne pouvez pas approcher, dit la premiére ombre. Il est inutile de faire d'avantage de victime.
Le vieil homme, celui qui avait recueilli Raphaël lors de son arrivée, ne réfléchit même pas. Il dégaina son épée.
-Vous êtes avec la fille, hein? Vous lui voulez quoi, enfin?
-Votre... ami... fit l'ombre la plus agé en choisissant ses mots, a été impliqué dans de nombreuses affaires d'assassinat à Babylone. Il doit être poursuivi par nos services, et executé.
Tia sentit soudain son coeur se serrer. Elle leva les yeux au ciel où hurlaient les fureurs inconnues et terribles de Dieu, les sommets infinis où se décidait l'Histoire. Elle crut voir deux silhouettes enlacés danser au fond des éclairs et des apocalypses une valse magnifique et mortelle. Un horrible pressentiment la pris.
-Vous n'paraissez pas de Babylone! Z'avez un très drôle d'accent! Cria l'un des jeunes. Laissez-nous passer! Vous n'êtes que deux!
-Quatre, en fait. Ils vous encerclent depuis tout à l'heure, et vous n'ave rien remarqué. Soyez raisonnable.
Mais tout les hommes dégainèrent leurs épées.
-Il fait partie de notre famille. Nous ne l'abandonneront jamais. Il n'est plus comme vous, vous savez.
Mais Tia ouvrit la bouche, et murmura, couverte par les éclairs, le petit murmure des Psaumes qui la traversa.
-Mais il n'est pas comme nous non plus. Il n'est de nulle part. Il est tout seul. Pour toujours.

Raphaël frappa du plat de son épée la faux qui fonçait sur lui.
-Tu ne m'aura pas comme ça!
Un éclair traversa le ciel à quelques mètres de lui, et il sentit ses plumes roussir. Ankou se jeta en arrière. Autour d'elle, il n'y avait plus que chaos et tonnerre.
-Tu te perds au coeur de l'orage, petit? Fit-elle en riant.
Sa faux s'illumina, et un autre éclair surgit du ciel, passant entre eux dans un éclat assourdissant. Raphaël plongea droit vers elle en hurlant, l'épée levée.
Le choc les projeta tout deux à deux bouts de ciel. Ankou leva la main. Les nuages explosérent dans un apocalypse de lumière, se laissa tomber. Raphaël virevolta entre les éclairs, plongea entre les coups de vent, replia ses ailes, fondit vers elle, les pieds joints en avant. Elle tounoya dans le vide autour de lui, tracant dans le ciel des arcs blancs et mortels. Il para avec vitesse, sans perdre pied, enchaîna une attaque. Les épées enflammées dansèrent dans le ciel noir. Mais elle fut plus rapide, et une terrible douleur au flanc le fit hurler. Fou de rage, il retenta une frappe. Elle contra, réataaqua du pied. Il arrêta son vol, chuta, contra. Elle attaque. Il défendit. Botte. Parades. Elle. Lui. Elle. Hargne. Vie. Mort. Ils.
Et ils chutérent, épée contre faux, brillant comme des torches, dans un fracas épouvantable, droit vers le sol froid et mortel, vers la Terre et ses malédictions.
-Tu y crois encore, Necron? Tu crois que tu arrivera à nous échapper? Regarde-bien. L'enfer est à ta porte.
Raphaël frappa du pied, mais Ankou bloqua le coup avec son bras. Sa main s'accrocha à son cou, et, enlacé, corps contre corps, chair contre cher, ils sombrérent dans l'abîme. Ankou la tête dans le ciel. Raphaël dos à l'abîme.
Et à cet instant, vingt-et-un éclairs comme autant de Psaumes et de Juges surgirent des cieux et des terres enfiévrées. Plongérent dans les néants de la nuit, et tournoyérent autour d'eux en rugissan. Illuminant leurs silhouettes à eux, petits humains perdus dans leurs combats et leurs passions, en cents éclats dorés et silhouettes de calcites.
Et les suivirent dans leur chute.
Droit vers le sol.
-Adieu, Raphaël fils de Steven, celui qu'on nommait autrefois Necron Ishtar. Je t'aime.
Raphaël comprit alors qu'il n'y avait plus qu'une seule alternative. Une seule chance de s'en sortir. Mais aussi une chance de vaincre. Car pour la premiére fois, il voyait les erreurs et les faiblesses, les failles et les abîmes ou il pouvait se faufiler, il ressentait Ankou comme un adversaire aussi commun que les autres, que tout les autres, et il comprenait enfin que dans la puissance absolue du Purgatoire, se cachait sa propre faiblesse. Et qu'au final, il était possible de vaincre Dieu.
Il dévia ses ailes, et ils plongérent droit vers sa propre maison. Il n'aurait qu'une infime fraction de seconde. Une seule, ou tout serait décidé.
Les yeux bruns de Raphaël fils de Steven se fermérent.
Il sentit distinctement le toit se briser sous son échine. Il sentit la douleur qui lui déchira le dos, qui lui brisa les os, et lui echarpa les ailes. Il sentit les flammes brûlantes des éclairs qui se rapprochaient d'eux. Il compta, lentement, au fin fond de son crâne, et, avec une rapidité stupéfiante qui sembla lui durer une éternité, il étendit la main. Sur le haut de son placard, là, où personne ne pouvait accéder. Et à l'instant même ou ses doigts tordus par la vitesse touchérent l'arme de ses massacres passés, le Bâton du Temps, il sentit revenir en lui le souffle glacé et la beauté sauvage des aventures, les combats mortels et les danses dans les jardins infinis, les lourds couloirs et le sang des humains, la voix de son pére et les baisers d'Ankou, le regard de Dieu et le masque de cire.
Et les yeux noirs qui s'étaient refermés sur une aube de Babylone s'ouvrirent. Necron Ishtar s'éveilla.
Flash.
Le temps se figea, l'espace d'un éclair. Il savait déjà ce qu'il devait faire. Il tourna sur le coté, fit pivoter Ankou sur le dos, sauta de tout son poids sur elle, et s'envola, le bâton noir et l'épée bleutée dans les mains, les ailes blanches des Dieux posés sur son dos comme le signe implacable de son destin.
-Je t'aime aussi.
Il atteignait le Ciel quand la maison explosa, et avec les flammes s'élevérent les cendres de toutes ses vies, passées et futures.

:(

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:43:55

LA PROMESSE

Une aube blanche se leva dans Krasnia. Les ombres de Sowl et de Schism s'imprimérent dans l'herbe verte, et leurs silhouettes noires auréolés dansérent dans les yeux des villageois.
Mais Tia ne les apercut même pas. Ses yeux brûlés se gorgérent de larmes.
-Raphaël...
Sowl se retourna en poussant un cri de surprise, couvert par le fracas horrible du vent et des flammes. Les paysans se cachérent les yeux. Schism ne manifesta aucune émotion.
-Ishtar Junior a rejoint ses rêves, constata-t-il sans plaisir. Ainsi soit-il.
Sowl ne répondit rien. Dressé contre les flammes qui brulaient les arbres et la maison, il resta un instant, concentré, à sentir le vent de psaumes qui foncait vers lui. A les analyser. A les comprendre.
-Non... C'est impossible...
-Quoi? Qu'est-ce qu'il se passe?
Mais il n'eut pas le temps d'expliquer que la jeune fille les avait déjà dépassé en courant.
-Hé! Attends!
-Sowl! Qu'est-ce qu'il y a?
Il se tourna vers Schism. A la lumiére des flammes, son visage encapuchonné semblait bouleversé.
-Je ne suis pas sur... Je vais la rattraper. Occupes-toi de ceux-là!
L'homme tatoué, sans un mot, fit craquer ses poings. Il n'y avait visiblement plus le temps de tergiverser.
Le pére adoptif d'Ishtar fut le premier à s'effondrer.

Sacrilége s'enflamma et disparut.
Ce fut si soudain que l'armée en déroute ne comprit pas tout de suite. Ebloui par la lumiére, assourdie, chacun des coeurs crut d'abord cesser de battre. Puis, vingt milles yeux battirent, et Zarochka comprit enfin.
-Ce n'était qu'une illusion! Quelqu'un nous a dupé! Une simple hallucination!
Sous les feux et la lumiére, l'armée semblait intacte. Il n'y avait ni massacre ni violence. Le Sacrilége n'avait tout simplement jamais existé.
Zaroshka pointa la maison enflammé.
-Le meneur doit-être là. Arrêtez-le! Détruisez-le!
Klir bondit de son siége; les yeux pleins de flammes. Il n'avait aucun don de médium. Mais il avait passé vingt ans de servir un Dieu, et il avait appris à reconnaître les pouvoirs du ciel
-Allez! Montrez aux humains qu'on ne se moque pas des Orcs de cette façon!
Il lui fallait ce pouvoir.
Vivant.

Douleur.
Ankou Ashura ouvrit les yeux avec peine. Le goût du sang brûlé dans sa bouche était horrible. Sa peau brulée sentait comme de la viande, et elle sentait que son corps ne récupérerait jamais de ses blessures.
Elle s'assit, et une douleur atroce la fit crier. Autour d'elle, la maison s'effondrait en milles éclats de lumiéres et de flammes. Ankou sut qu'il ne lui restait que quelques secondes, si elle voulait vivre.
Si elle voulait vivre.
Elle posa la main sur sa faux. Au dessus-d'elle, une poutre s'enflamma. Lentement, elle rassembla ses forces. Ankou ne savait pas si elle e était capable. Tout son corps lui hurlait de laisser tomber, mais au fond des chairs brûlés et des os brisés, il y avait encore un petit coeur qui battait et pulsait sa haine et sa rage dans les réseaux du monde entier. Il lui fallait essayer.
La poutre s'abattit sur elle.
Mais à l'instant où Ankou allait relacher les pouvoirs du Purgatoire, à l'instant où ses derniéres energies allait surgir de ses mains pour sceller la fin d'une non-vie, ou le commencement de siécle de souffrance, quand Dieu allait jouer au fond de ses yeux de Psaumes son rôle dans l'univers, une ombre fila à travers elle, et la projeta en dehors.
-Tu es vraiment trop lente...

Tia arriva dans l'ancienne clairiére.
Tout n'était plus que flammes et cendres. Les deux maisons s'effondraient dans des gémissements de colosses brisés. Autour, des arbres brulés, déjà noircis par les éclairs, pétrifiés, morts. L'herbe n'était plus qu'un tissus gris qui volait au vent. Elle poussa un gémissement de désespoir.
Mais soudain, une silhouette émergea des flammes. Elle cru un instant que c'était un ange ou un démon, à cause des ailes gigantesque qui lui donnait l'air d'un Dieu déchu dans les ténébres et le feu. Mais c'était Raphaël. Sa tunique déchiré par les lames et les flammes, bléssé et sanglant, mais vivant. Tenant une ombre dans ses bras.
Elle allait crier et fondre sur lui, mais elle se figea. Elle reconnut la jeune fille si noire et si inquiétante. Dans ses bras, les cheveux à moitié brulé, le visage sanguinolent. Ses bras étaient atrocement noirs.
Comment? Que se passait-il?
Son horrible pressentiment lui intima de se taire, et d'observer. Ses mains se crispérent l'une contre l'autre, et, silencieusement, elle se mit à prier.
Raphaël, épuisé, se jeta à terre, faisant rouler Ankou dans la cendre. Il tomba à genoux, replia ses ailes. L'ombre porté par sa silhouette disparut, et il sembla soudain aussi vulnérable et humain qu'il l'avait toujours été.
Ankou s'éveilla dans une crise de toux horrible. Elle se remit sur ses genoux, lentement, mais un spasme la projeta en avant. Il y eut un horrible bruit de gargouillement, et du sang éclaboussa la cendre. Raphaël ne fit rien, la regarda siplement.
Ankou ashura, l'ange de la mort, le fixa de ses yeux bleux engorgée de larmes et de sang.
-A quoi tu joue, putain?
Raphaël eut un petit rire gêné. Ses yeux bruns étaient revenus.
-Ca fait trois à trois maintenant, hein?
Ankou se releva lentement.
-Le score était à ton avantage, Necron. Ca fait quatre à deux.
-Je sais.
Elle tremblait de rage.
-Pourquoi t'as fait ça? Comment t'as OSE faire ça?
Elle étendit la main, et une sphére de flamme emergea de sa paume, fondit sur Raphaël. Au dernier instant, il fit jaillir sa lame, et elle explosa en une nuée d'étincelle sans même le toucher.
Ankou eut un nouveau spasme. Elle s'écroula.
-C'était... C'était mon combat. Ma vie. Je voulais te tuer, tu comprends? Te tuer! Me venger de tes mensonges...
Elle s'appuya sur sa faux, se releva lentement.
-J'allais te tuer, et... tu m'as sauvé. Ca n'a donc aucune importance pour toi, tout ça? Je te hais!
Ankou bascula vers l'anvant, fonça vers Raphaël. L'ancien agent se releva doucement, attendit qu'elle approche. Il bloqua la lame à quelque centimétres de son visage avec un calme absolu.
-Tu ne devrais pas te déplacer dans ton état...
-Comment oses-tu me dire ça? Ricana Ankou. Réponds-moi! Pendant deux ans,, j'ai rêvé de ce combat, j'ai tout fait pour te battre, pour te rencontrer, pour te revoir. Et tu viens de tout gacher! De briser nos rôles!
Elle rompit, abattit sa faux sur le coté. Raphaël fit un saut en arriére, accompagna l'arme de la lame d'Altandre. Ankou réattaqua avec une fureur décuplée.
-Je me suis entrainée. Je suis devenu l'Ange de la Mort. Braham m'avait promis ta tête. Dieu me l'avait juré! C'était notre destin! Et toi, tu as fait comme si c'était un jeu, comme si ça n'avait aucune importance!
Raphaël para un dernier coup, et la repoussa. Elle s'accroupit pour reprendre son souffle.
-Tu... m'avais promis, putain. Tu DOIS mourir. Personne ne se moque des mains de Dieu! Tu m'avais promis!
Raphaël haussa un sourcil.
-Qu'est-ce que je t'ai promis?
Elle planta ses yeux bleux dans les siens.
-Que tu reviendrais.
Il eut une sorte de rire. Même dans ses pires souvenirs, Ankou ne l'avait jamais vu aussi inhumain, aussi indifférent, aussi cruel. Aux yeux noirs de la passion et de la haine s'était coulé ceux du paisible paysan qui ne voulait blesser personne, gentil et stupidement heureux. Dieu, comme elle le haïssait...
-C'est vrai, mais... Je suis désolé, je ne pouvais pas. Je devais partir.
Ankou ricana.
-Oui, j'imagine, t'avais des paysannes à parcourir et t'en avait marre de te salir les mains, hein? Tu as refusé le destin grandiose qui s'offrait à toi. Tu nous a tous horriblement décu, toi qui était si droit, et si fort... Mais en fait, t'as fini par avoir peur de toi-même, n'est-ce pas?
-Peut-être. Je n'en avais plus la force.
Ankou poussa un cri d'impuissance.
-Je te deteste!
Elle se jeta à nouveau sur lui avec la puissance du desespoir. Mais Raphaël fut une nouvelle fois plus rapide. Il se baissa, esquiva le coup, et d'une torsion de lame, désarma Ankou.
-Je suis désolé.
Et l'embrassa.

Tia n'eut pas le temps de serrer les poings. Pas eu le temps de réaliser la souffrance qui s'insérait en elle. Pas le temps de réaliser que Raphaël, par ses mensonges et ses secrets, avaient amenés sur la terre de Krasnia son passé tout entier, avec toute cette violence et cette haine qui détruisait son présent. Non, elle ne pensa à rien, car Sowl était déjà derriére elle, et les poings de Dieu avaient déjà endormis ses sens.
Mais le corps lourd qui s'effondrait était déjà glacé d'incompréhension.

Cela ne dura qu'un instant. Un instant que ni l'un ni l'autre n'oubliérent jamais. Un instant où ils oubliérent qui ils étaient et pourquoi ils se battaient, un instant ou Dieu et le monde ne comptérent plus. Puis la haine d'Ankou reprit le dessus, et elle se dégagea avec violence. Raphaël ne fit rien pour l'en empêcher.
-Alors c'est ça... fit-elle doucement.
Elle était plus calme, mais sa determination n'avait pas disparu, et il comprit que le combat n'était pas encore terminé.
Ankou Ashura éclata de rire.
-C'est comme ça que ça aurait du se produire, il y a trois ans. C'est comme ça que c'était prévu, au départ! Qu'est-ce que tu essaye donc de faire? De rattraper le passé?
Une quinte de toux la fit tomber à terre. Sa faux gisait aux pieds de Raphaël.
-C'est trop tard. Et en plus, c'était nul.
-Et toi? Lanca Raphaël. Tu ne peux plus rien faire contre moi, maintenant. J'ai gagné.
Ankou eut un rictus de haine.
-Gagné? Mais gagné contre qui? Contre moi? Je ne suis rien, Necron. C'est la colére de Dieu que tu as attiré. Et personne n'échappe à Dieu!
-Si, on le peut.
Il étendit les bras.
-Enfin, regarde, Ankou. Regarde où vous êtes tombés. Vous n'êtes même pas des hommes. Vous pensez dirigez le monde? Mais c'est le monde qui vous dirige. C'est cette terre qui guide le sang que vous versez. Et vous en êtes réduit à suivre les ordres d'un taré qui décide qui doit mourir et quand il doit mourir.
Un arbre s'enflamma à coté de lui, illuminant son sourire fier et violent. Ankou ne lui avait jamais connu un tel sourire.
-Vous vous dites les régulateurs de ce monde. Mais c'est vous, l'erreur. L'aberration. Vous luttez contre la liberté de ce monde. C'est vous qu'il faut éliminer.
-Et comment saurons-t-il...
-Ankou, dans moins de cinq minutes, Zaroshka et les dix milles orcs qui l'accompagnent seront là, et, à moins que je ne me trompe, je serais encore vivant. Il me suffira de tout raconter pour vous condamner, sans espoir possible.
-Il nous restera toujours Dieu!
-Braham n'est pas Dieu, et il ne le sera jamais. Les pouvoirs des Psaumes sont immenses, mais ils n'égaleront jamais les Dieux. En réalité, vous avez déjà perdu. C'est écrit.
Raphaël s'approcha d'elle.
-La survie du Purgatoire n'a toujours tenu qu'à ma volonté. Même ici, perdu dans ce village, entouré de fermiers, j'ai été plus puissant que vous tous réunis. Morrigan, Schism, Sowl, mon pére et le tien, toi, Braham... vous étiez tous dans ma main, et je vous ai laissé faire vos crimes sans intervenir. Il reste une derniére solution, Ankou.
Il planta le bâton du temps dans la cendre. La tête irradia de noirceur.
-Tu peux partir avec moi maintenant. Je ne veux plus jouer dans cette cour, je ne veux plus décider de l'Histoire. Je veux juste vivre heureux et tranquille. Rejoins-moi, et quittons cet endroit. Ils ne nous retrouverons jamais.
Au loin, dans les ténébres, Sowl dégainait ses lames avec une lenteur calculée. Ses yeux noirs ne quittaient pas les deux silhouettes lointaines perdus dans les flammes. Et son esprit surdoué ne laissaient échapper ni les murmures ni les âmes.
Ankou eut un étrange sourire.
-Comment je pourrais te croire? Tu m'as déjà trahi une fois. Qu'est-ce qui t'empecherai de recommencer?
Raphaël bloqua. Elle continua.
-Tu m'as laissé tomber. Tu es parti sans me prévenir. Tu as préféré... cette vie, à celle que nous avions rêvé tout les deux. Tu m'as menti depuis le départ. Je refuse.
Ses yeux bleux irradiérent.
-Et vu que tu as l'air lancé pour détruire ceux qui t'ont crée, voici quelques souvenirs en cadeau d'adieu...
Ankou étendit la main droite, et un de ses doigts brulés retraca une partie du tatouage mortel. Cinq cerles noirs s'ouvrirent autour d'eux dans un coulissement organique. Raphaël récupéra immédiatement son épée et voulut rejoindre Ankou, mais la jeune fille s'était déjà mise soigneusement à distance. Les vortex encerclérent l'ancien agent, et soudain, silencieusement, des ombres en sortirent.
-Mais...
-C'est ça que tu veux détruire?
Raphaël serra les poings. Face à lui, cinq apprentis agents, une fille, quatre garçon avancaient, glacés. Aucun d'entre eux ne semblaient maîtriser son arme. Et aucun d'entre eux ne dépassait la dizaine d'année.
-Bonjour, Necron Ishtar, fit le premier, un enfant albinos aux yeux rouges brulants. Il est temps de mourir.
Les autres enfants tremblaient, et c'était visible. Leur entrainement n'était pas terminé. Mais lui... Non, il ne ressentait rien. Et Raphaël comprit alors que l'enfant portait LE masque, et il voulut s'enfuir.
-Ashura!
Ankou s'était accoudé à un muret brulant. Elle tourna sa tête sanglante vers les ténébres d'où Sowl venait d'emerger.
-Ah, Sowl. TU n'était pas censé ne pas intervenir?
-Il y a eu un imprévu. Mais qu'est-ce qui te prend? Ils vont se faire massacrer.
-Bien sur que non.
Elle replongea son regard vers Raphaël.
-C'est un lâche, maintenant. Il est incapable de se battre contre eux.
-Et si il se bat quand même, tu va causer la mort de cinq des nôtres. Ce sont des enfants!
-Je prends le risque.
-Ankou, il est interdit par les régles du Purgatoire de menacer la vie des membres inutilement. Rappelle-les immédiatement, si tu ne veux pas perdre ton titre!
Les yeux bleux d'Ankou foudroya Sowl.
-Je te demande pardon? Je te rappelle que depuis que j'ai mes pouvoirs, c'est toi qui dois m'obéir, et pas le contraire.
-Je peux le vaincre, intervint l'homme encapuchonné. Il est épuisé, et tu sais que je suis bien plus fort que toi. Braham va être furieux!
-Rien à faire. N'intervient pas.
Raphaël se crispa sur son épée. Le premier des enfants s'approcha, un fléau appuyé sur son épaule. Ils s'affrontérent un instant du regard, et dans celui du petit garçon, Raphaël vut ce qu'il avait été pendant huit ans de sa vie.
Au même instant, ils s'élancérent. Le petit fut trop lent. L'ancien agent arracha le fléau de ses mains, et, d'un même geste, abattit sa lame sur le visage frêle.
Imparable.
Implacable.
Mortel.
Mais il y eut un ultime éclat de lumiére, et Dieu arrêta la main d'Abraham.

:ouch:

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:44:47

LE MISERICORDIEUX

-Bon...
Samara, l'agent aux longs cheveux blonds, fit tournoyer les anneaux dans ses mains. Deux orcs tombérent devant elle, la tête tranchée. Devant eux, une troupe d'une centaine de soldats les fixaient silencieusement. Un général en armure avait déjà ordonné aux archers de pointer leurs arcs sur eux.
-Ou es passé l'Hermite?
-Il est parti arrêter les troupes à l'autre bout de la colline. Au pire, il n'aura qu'à dégager par les tunnels.
Schism arriva derriére eux.
-Je me suis occupé des humains. J'ai du les tuer. Il restait la petite, mais Sowl a du la rattraper maintenant
-Et Ankou?
-Pas de nouvelles depuis l'éclair. Je pensais que le cas Ishtar était reglé mais visiblement c'est plus compliqué que ça.
-Eh merde... gémit le nain. Qu'est-ce qu'on fait? On va mourir, là.
Schism sourit. Ses tatouages brillérent.
-Allons, mains de Dieu. Nous valons mieux que ça. Prouvons-nous que c'est nous qui dirigeons l'univers!
Samara sourit.
-Ca faisait un bail, patron.
Thoriak cracha dans l'herbe.
-On y va?
Le général abattit son bras. Vingts fléches s'élevérent dans le ciel, droit vers les trois agents. La femme bondit en avant, les disques tournoyant dans ses mains, et, lentement, commenca un mouvement rotatif. Les traits se fichérent devant elle.
Shism et Thoriak s'élancérent en coeur. Les orcs posérent leur bouclier devant eux. L'ancien juge continua de courir, bondit au dernier moment à plusieurs métres de hauteurs. Son corps tourbillona dans les cieux noirs, puis il chuta avec la violence d'un cyclone. Sa main accrocha le crâne d'un orc, et le broya d'un même geste. Son pied en avait déjà envoyé trois au tapis qu'il aterissait, les tatouages brûlants les armes et les visages.
Le nain stoppa sa course et jeta sa hache contre les boucliers. L'arme fondit à une vitesse extraordinaire, et le choc fit trembler la terre. Une dizaine d'orcs valsérent sous le choc. Thoriak se remit à courir, ramassa prestement une épée tombée dans l'herbe, frappa, frappa et frappa. Un orc l'attaqua par derriére, et il eut juste le temps de se retourner et de parer le coup. Les crocs du monstre s'ouvrirent, prêt à l'engloutir. Un autre d'entre eux plongea sur lui. Mais soudain, venu du ciel, la hache traca au niveau des têtes un chemin mortel, brisant le cou et la vie des orcs. Thoriak sourit.
Le général recula brusquement.
-Previens Zaroshka! On a un probléme ici! Cria-t-il.
-Tss tss... personne ne bouge.
Une humaine superbe venait d'apparaître devant lui. Elle dansait doucement au rythme d'une musique impalpable. Deux anneaux brillaient dans ses mains.
-Au fait, on m'appelle Personne. Alors ce massacre reste annonyme, okay?

Sowl était un des meilleurs agents du Purgatoire depuis plus de dix ans. Peut-être même le meilleur. Sa premiére mission avait été de seconder Archaël lors de l'affaire Byblos. Depuis lors, l'Ange de la Peste lui avait toujours confié les missions les plus difficiles. Ils ne s'appréciaient pas, et peut-être même qu'ils se haïssaient -trop différent et trop semblable- mais ils avaient l'un pour l'autre un profond respect, et une confiance absolue en leurs puissances. Archaël lui avait toujours confié les missions les plus difficiles, les plus impossibles. Il avait massacrés des pays, tués les démons les plus sauvages du monde, combattus des Dieux. C'était lui qui s'était débarassé de Nâmâric lors de l'affaire des Paladins noirs. Mais jamais, jamais, il n'avait vu une chose pareille.
L'épée d'Altandre brillait de milles feux, à quelques milimétres du spectre pâle de l'enfant. Mais une main s'était posé sur le poignet de Raphaël fils de Steven, et maintenait calmement la lame hors de la chair et des os. L'ancien agent restait là, fixant sans trop y croire les doigts blancs qui l'éloignaient de l'échéance. Puis, lentement, il remonta les yeux sur une tunique noire et une peau pâle, sur un visage triste et des cheveux longs, sur un sourire étrange et sur des yeux noirs.
Il se dégagea dés qu'il comprit, et bondit en arriére. Ses mains tremblaient de façon spasmodique. Ankou ne disait rien, mais son visage oscillait entre la surprise honteuse et l'horreur pure.
L'enfant baissa les yeux. La main blanche caressa doucement ses cheveux jaunes.
-C'est bien, Abel. Tu as été courageux. Cache-toi, maintenant.
-Ou... Oui...
Et il courut se réfugier dans les ténébres.
La Main droite de Dieu redescendit doucement, et Braham de la Fin du Monde, Créateur du Purgatoire, maître des Psaumes et Incarnation de Sa Volonté, sourit avec tristesse.
-Il fait bien noir ici... Les flammes s'éteignent, et bientôt, y aura plus que de la cendre... C'est un peu effrayant.
Il jeta un coup d'oeil derriére lui.
-Ankou...
La jeune fille sursauta.
-Oui maître?
La voix de Dieu devint dure.
-Tu as agi en fonction de tes sentiments et non pas de ta logique. Tu as mis en danger l'avenir de nos enfants pour ta simple satisfaction personnelle. Décois-moi une nouvelle fois, et j'ordonne ton execution.
-Mais...
Sowl lui donna un coup d'épaule.
-Par pitié, ferme-là.
Ankou se refrogna. Braham se tourna vers Raphaël.
-Ca faisait longtemps... Necron, c'est ça?
Le jeune homme le foudroya calmement du regard.
-Je préfére que l'on m'appelle Raphaël maintenant. Je ne suis plus de votre bord.
Braham haussa les épaules, et mit les mains dans ses poches. Sous sa touffe de cheveux noirs, ses yeux brillérent.
-La derniére fois que je t'ai vu, c'était lors des éboulements, il y a... Combien, cinq ans, six ans?
-Sept ans, seigneur, fit Raphaël doucement.
Braham sourit.
-Six ans, huit mois, quatre jours et dix-sept heures, si on considére le temps du Purgatoire. Ca doit faire un peu plus ici. Tu avais risqué ta vie pour sauver Ankou. Je me dois de te remercier, c'est une excellente ange de la mort. Et une amie précieuse.
-A votre service, fit Raphaël froidement. C'est un grand honneur que l'envoyé de Dieu se déplace en personne pour s'occuper de mon cas.
-Maître! Appella Sowl. Excusez-moi, mais le temps presse. Schism et les autres sont en train de retarder les orcs, mais je ne pense pas qu'ils puissent tout les contenir. Ils ne devraient pas tarder à nous rejoindre. Et si Tierak tombe sur Ishtar...
Ce fut à Raphaël de s'avancer, un drôle de sourire sur le visage.
-Ce n'est pas grave. Autant en finir tout de suite. Je vais m'occuper de vous, et je serais enfin en paix.
Sowl faillit éclater de rire. Vaincre Ankou avait rendu cet imbécile bien trop confiant. Il s'avanca, l'épée à la main. Braham l'arrêta.
-Laisse, s'il te plait. Je m'en occupe.
-Je vous fait confiance, fit Sowl. Mais êtes-vous sur que vous pourrez le vaincre?
Le bras droit de Dieu lui jeta un petit regard triste.
-Et bien, je n'ai pas vraiment le choix, n'est-ce pas?
Raphaël ricana. Son épée jaillit dans sa main.
-Ainsi soit-il, alors. Adieu, Braham de la fin du monde.
Et il s'élanca.

Braham ouvrit la main, et des éclats d'ombres dansérent autour de sa paume, tracant le trait d'un bâton glacé et blanc comme la neige. Il sourit d'un sourire d'enfant.
-J'ai tellement attendu ce moment...

Raphaël bondit, et abattit son épée à une vitesse ahurissante. L'Epée d'Altandre et le Batôn du Néant se rencontrérent. L'ancien agent rompit, son regard brun plongé dans le néant des yeux de Braham, porta un coup d'estoc. Le Seigneur du Purgatoire esquiva souplement, sans amorcer un seul geste d'attaque. Raphaël lanca son pied droit sur lui, trancha l'air de sa lame. Braham se jeta en arriére.
Raphaël poussa un cri de rage, et se jeta sur lui.
Braham contra la pluie de coup qui s'abattait sur lui avec une facilité déconcertante. Il n'était pas particuliérement rapide, ou particuliérement fort, mais au dernier instant, il parvenait toujours à esquiver, ou à parer. Et sans jamais que son regard ou son sourire ne trahisse aucun effort. Raphaël gémit. Les coups encaissés durant le combat contre Ankou commencait à se faire sentir.
Il se fendit soudain en avant, et dégaina le bâton du temps de sa main gauche. Braham bondit en arriére, suivit de prés par les deux armes. Il ferma les yeux...
Et se laissa tomber au sol. Le Bâton du temps et l'Epée d'Altandre continuérent leurs courses dans le vide, pendant qu'il bondissait sur ses mains, les pieds jetés sur son adversaire. Raphaël pivota, et sentit les deux pieds nus du Seigneur du Purgatoire percuter son dos. Braham donna un violent coup de rein, pris appui sur son adversaire, et s'éleva dans le ciel.
Raphaël continua sa course et brandit sa lame à la rencontre de son adversaire. Le Dieu n'avait aucune chance de le contrer, ainsi perdu dans les airs. Il ne pouvait plus contrôler son élan.
-C'était si simple?
Braham sourit.
-Hélas non.
Et l'absurde se produisit. Raphaël manqua son coup. Braham se rétablit, son pied traca une courbe lente, et doucement, se posa sur son adversaire.
Choc.
Raphaël fut projeté contre un arbre à la vitesse du son. Il y eut un horrible craquement, et un arbre implosa sous le choc. Le corps brisé du jeune homme valsa encore de quelques métres, à coté du torrent de flamme qui hurlait autour d'eux.
Ankou sourit d'un air mauvais.
-Il est vraiment incroyable...
Braham ouvrit sa paume, et le bâton de lumiére disparut.
Sowl croisa les bras.
-L'Homme le Plus Puissant du Monde... Je ne l'avais jamais vu se battre. Mais il est...
-Invincible... Dieu est grand.
-Dieu est grand.

Raphaël tenta de se relever, mais la douleur le terassa. Il se tordit de douleur. Plusieurs de ses cotes s'étaient déjà fêlé lorsqu'il avait arrêté le temps. Cette fois-ci, il pouvait presque sentir leurs débris couler le long de son corps.
Braham arriva doucement vers lui, les mains dans les poches. Son visage semblait perdu dans une profonde detresse.
-Tu vois? Fit-il dans un petit rire. Tu ne peux rien contre la volonté divine, Necron. Tu ne peux rien contre ton destin.
Raphaël gémit.
-Co... Tu prédit l'avenir?
-Ce n'est pas exactement ça, en réalité. Disons que je suis l'avenir. Je le construit pour que l'univers ressemble à ce que je veux.
L'ancien agent sourit avec difficulté. Du sang coula de sa bouche.
-L'Avenir n'existe pas. Nous sommes libres.
-C'est beau ce que tu dis, répliqua Braham en souriant gaiment. Mais c'est faux, malheureusement. La liberté n'existe pas. Tout est condamné à se répeter. Un jour, tu comprendras ce que je veux dire.
Il se pencha vers Raphaël.
-Ne bouge pas, murmura-t-il.
-Que... Comment?
-Ne bouge pas.
Il y eut un sifflement. Une fléche se ficha à quelques centimétres du crâne de Raphaël. Braham eut un petit rire.
-Tu vois, je t'avais dit.
Il y eut un immense chant de cor qui emplit le ciel, et les flammes se dissipérent. Autour d'eux, l'armée de Tierak avancait.

-Sowl!
L'agent se retourna. Schism et Thoriak courait vers eux. Dans les bras de l'ancien juge, Samara gisait inconsciente. Une blessure percait son flanc.
-Il est vraiment temps de partir, là! C'est maintenant ou jamais!
A une centaine de métre derriére lui, un cheval blanc, avec sur son dos Klir, l'envoyé et le serviteur fidéle de Tierak. A sa suite, une armée entiére dont on ne voyait pas la fin, qui avancaient, rang serrés
-Seigneur Braham? Fit Thoriak, médusé.
-On vous expliquera plus tard, cria Sowl. Ankou, les gosses sont rentrés?
-Oui, ils connaissaient les portails. Je leurs avaient enseignés.
-Parfait. L'Hermite?
-Je suis là, fit une voix qui sortait d'un arbre. Partez, je me débrouillerais.
Raphaël tourna la tête, et vit les silhouettes du Purgatoire commencer l'incantation pour le portail.
-Comme au bon vieux temps...
Braham se releva.
-Tu regrettes cette époque? Tu peux revenir quand tu veux, tu sais.
-Vous n'allez pas me tuer?
Le Maître des psaumes leva la tête vers le ciel.
-Les voies de Dieu sont impénétrable, tu oublie? Tout sert les Psaumes.
-Braham...
Raphaël agrippa la main de l'homme. Ses yeux noircis par le sang rencontrérent ceux du Néant.
-La prochaine fois qu'on se verra, je vous tuerais.
-Je l'espére, Main de Dieu. Je l'espére.
Il y eut un éclat de lumiére, et braham de la fin du monde disparut.

-Ankou? Essaye de ralentir la zone où ils vont arriver, j'ai encore besoin d'un peu de temps.
-D'accord.
Il y eut comme une brûme de chaleur qui recouvrit les silhouettes qui s'approchaient. Ca leur laissaient encore un peu de temps.
Sowl tourna la tête vers l'endroit où Braham avait disparu.
-Va falloir qu'on s'occupe encore de son cas, à lui.
Il marcha à grandes enjambées vers le corps de Raphaël.
-Tu sais, Ishtar, j'était avec ton pére, à Byblos. Je me souviens de toi, quand t'avais tué la ville entiére, juste pour le pouvoir... Tu était déjà pourri dés cette époque, j'en ai toujours été persuadé. Ce qui naît du malheur ne peut qu'engendrer le malheur.
Il dégaina ses deux épées, et les posa sur sa gorge.
-Une derniére volonté, Necron Ishtar?
Raphaël se contenta de fixer sur lui des yeux brulants de haines. Des yeux qui semblaient s'emplir de ténébres. Sowl, caché derriére son capuchon de ténébre, resta un instant fasciné par le spectacle de celui qui avait été, un temps, son ami, puis haussa les épaules.
-Que la volonté de Dieu soit faite.
-Non! Ne lui faites-pas de mal!
Le cri déchira les clameurs guérriéres, et la bulle temporelle qui les maintenait sous protection. C'était la jeune paysanne, qui venait de se réveiller. Elle marchait vers eux, un couteau de cuisine dans la main.
-Tia! S'écria Raphaël. Sauve-toi! Ils vont te tuer!
Mais Tia n'écouta pas. Pas cette fois. Elle claudiqua vers Sowl, la lame brillant dans le noir, s'agrippant aux cendres de sa maison et de ses rêves.
L'agent à la cape lui jeta un long regard.
-Ankou? Demanda-t-il. Cette jeune fille a-t-elle entendu qui nous sommes?
-Non! Non! Hurla Raphaël. Elle ne sait rien! Elle était déjà partie avant que le combat commence! Et elle n'a rien entendu! Rien!
-Ankou?
La jeune fille resta un instant sans répondre.
« Oui, je te le promet. »
-Ankou! Je t'en supplie, dis-leur! Cria Raphaël. Elle n'y est pour rien!
« Qu'est-ce que je t'ai promis? »
Ankou sourit soudain, d'un sourire qui avait vu le diable.
-Elle nous a entendu. Tout à l'heure. Elle sait qui nous sommes.
Raphaël hurla, tenta de se lever. Mais une nouvelle vague de douleur le paralysa, et il s'effondra en sanglotant. Sowl dégaina ses deux épées, et avanca vers Tia.
-Ainsi soit-il.
Le sang coula dans les yeux de Raphaël, et bientôt il n'y eut plus que les ténébres et la haine, et la haine, et la haine.
Comme en écho à une promesse abandonnée.
Il y eut un dernier cri de desespoir, et le dernier masque de bonheur et de calme où s'était terré l'assassin de Grar se brisa.
Le temps se figea, des ailes se déployérent.Et quelque part dans le ciel ou se renaissait l'Aube, sous les ailes d'un ange, le noir recouvrit le brun, et Raphaël fils de Steven, l'enfant paysan doux et souriant qui avait tués ses deux familles, disparut pour toujours, engloutit par les flots d'un remord qui jamais, jamais, ne se tarirait.

:snif:

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
03 juillet 2009 à 16:45:18

L'ASSASSIN

-Je peux vous demander de me répeter ça?
Altraël attendait, les bras croisés, le visage calme et froid comme de la glace, assis sur son trône noir de Juge des assassins. Derriére lui, Faust affichait le visage pâle des mauvais jours. Thoriak, mal à l'aise, dansa sur ses pieds.
-Et bien...
Ankou prit la parole.
-Nous l'avons perdu, Seigneur. Il s'est échappé.
Altraël leva la main.
-Que je comprenne bien. Vous étiez six, dont un ancien Juge et un vrai Juge, l'Ange de la Mort et l'Agent considéré par tous comme le numéro 1. Vous avez encerclé sa maison, vous l'avez attiré dans un guet-apent, et vous n'étiez censé ne lui laisser aucun moyen de s'échapper. En cours de route, le Seigneur Suprême, la volonté de Dieu en personne, intervient pour vous aider, parce que toi, Ankou, tu es incapable de vaincre un fermier qui n'a affronté que des vaches depuis une demi-décennie sans mettre en danger la génération future. Il vous le laisse à moitié mort, la colonne vertébrale brisée, et vous trouvez quand même le moyen pour le perdre?
Sowl se mordit la lévre.
-Il avait encore le Bâton du Temps dans son dos. Au moment où il a essayé de s'enfuir, j'ai lancé mon épée vers lui, mais... Il lui restait encore assez de force pour s'élancer dans le ciel, visiblement.
-Tout aurait du se dérouler selon le plan, intervint Samara. Mais les humains sont arrivés, et on a du se séparer. Aprés, il y a eu les éclairs, qui ont ameuté l'armée vers nous, et... On a manqué de temps.
-Tu as quelque chose à rajouter, Schism? Intervint Faust, doucement.
L'homme au tatouage fit non de la tête.
-Bien... fit finalement Altraël. Normalement, un tel débauche d'incompétence devrait tous vous mener au peloton d'exécution. Seulement, la moitié d'entre vous est au même niveau de hierarchie que moi, si bien que je peux difficilement punir les uns sans condamner également les autres. Schism, Sowl, Thoriak, Samara, vous êtes donc tirés d'affaires. Mais à la moindre erreur, je vous promet que vous allez directement nourrir les poissons dans le Multivers! C'est compris?
Ils hôchérent tous la tête, et s'inclinérent. Saif Schism. L'Ancien Juge défia du regard l'Ange Noir. Altraël ne releva pas.
-Quant aux deux autres, je ne suis pas en droit de vous dire quoique ce soit. Si vous avez des comptes à rendre, ce sera au Seigneur Suprême de les régler. Néanmoins, sachez que je suis profondément décu de votre attitude. Particuliérement toi, Ankou. Tu as cruellement manqué de sang-froid cette fois-ci, et sous mes ordres, ce n'était jamais arrivé.
Il s'assit profondément dans son fauteuil.
-Quand Necron nous balancera à Tierak -ce n'est plus une question de si, mais une question de temps-, le Purgatoire connaitra sans doute la plus grave crise de son Histoire. L'Affaire Byblos, la Mort de Grar, n'ont été que ls prémices de cette catastrophe sans précédent. Messieurs, Dieu risque sans doute d'entrer en guerre contre ses enfants. Et pour être franc avec vous, la victoire est loin de nous être acquise. Vous pouvez disposez.

Une fois seul, Altraël se massa les tempes.
-Alors, soulagé? Lanca-t-il à Faust. Tout se passe parfaitement, mieux même que nous l'avions espéré. Nos enfants réciproques sont vivants, et nourrissent encore une haine tenace l'un pour l'autre. Braham est devenu complétement fou. Il est complétement décridibilisé, le Purgatoire entre en guerre contre les orcs et j'imagine que bientôt l'ensemble des Dieux se liguera pour nous anéantir. A ce rythme, dans moins d'un mois, les Psaumes sont à nous...
-Trés bien, tu avais raison, concéda le vieillard en grattant sa barbe. Mais évite de méler ma fille à tes plans, la prochaine fois. Et le fait que Mister Apocalypse intervienne pour empêcher Ankou de massacrer notre maternelle m'intrigue. Avec une telle série d'erreur, elle devrait avoir été condamné depuis longtemps.
Le visage noir d'Altraël se fendit d'un rictus d'albâtre.
-Tu sais quoi? Je pense que Braham s'est entiché de ta fille. Et ca, c'était sans doute la meilleur chose qui pouvait nous arriver.
-Pardon? S'étouffa Faust.
-Depuis combien de temps il n'était pas descendu sur Terre? Lors de la crise de Byblos, il est resté ici et m'avait envoyé régler le probléme. Lors de la fuite de Grar, il ne s'est même pas manifesté. Et là, son Ange de la Mort, bléssée griévement par ses propres coups, décide de franchir les régles et il intervient? Sans la punir? C'est trop énorme.
Faust grommela.
-Ou alors, comme tu l'as dit, tout n'est qu'un élément du Plan. Et dans ce cas, nous aussi.
-En effet, c'est fort possible. Et il faut trouver le moyen de briser ce determinisme.
Altraël regarda par dela les verriére. L'espace infini du multivers se déchiquetait lentement.
-A ton avis, Faust... Dieu joue-t-il aux dés?

-J'ai fait ce que vous aviez demandé, Seigneur.
-C'est parfait.
Braham, les mains dans les poches, les yeux perdus dans les flammes de la Dominance, regardait le monde se bâtir lentement.
-Le moment de gloire approche, Morrigan. Si tu savais comme j'ai hâte...
Le jeune homme aux cheveux roux baissa la tête. Il ricana.
-Votre plan a marché à la perfection. Comme prévu, Altraël a massacré le village pour éviter les fuites. Et personne ne saura jamais que je suis intervenu. Vous êtes décridibilisé dans tout le Purgatoire par l'échec éclatant d'Ankou, et sa nomination paraît d'autant plus absurde, Tierak convoque le Conseil des Dieux pour leur prévenir de notre existence... Tout semble partir à votre désavantage, et pourtant c'est vous qui l'avez provoqué.
Braham ne répondit rien sur le moment.
-Comment va Ankou?
-Assez mal, fit Morrigan. Elle passe son temps à ressasser ses souvenirs et sa haine. Je crois qu'auu fond, elle s'en veut d'avoir échoué. Enfin, comme d'habitude avec elle, la Haine reprendra le dessus.
-Appelle-là. J'ai une mission à lui confier. La Guerre va commencer, Morrigan. La grande guerre, la derniére. J'ai un salut à adresser à mes adversaires.

-Ca va très mal... soupira Sowl. Ishtar profite clairement de la victoire de son fils. Il n'aura même pas besoin de bouger qu'une révolte se créera spontanément pour le porter au pouvoir.
Devant eux, les plaines Krasnia se réveillait lentement d'une nuit de cauchemar.
-Et je ne peux rien faire, maintenant, fit Schism. Altraël se doute qu'il s'est passé quelque chose avec Abanfir. Si je me fais prendre à l'espionner, il lui suffit de faire une enquête, et je suis bon pour le peloton d'execution.
Sowl cracha par terre.
-Putain de Necron. Il nous a eu...
-Il est où, maintenant?
-Quelque part au milieu des orcs, en train de narrer toute notre histoire, j'imagine. C'est la merde, Schism. Vraiment.
Ses mains tremblaient.
-Merde, c'est la guerre qui arrive. On ne pourra jamais les vaincre. Putain, on serait gouré?
-Sowl...
Schism posa une main sur la cape noire de son ami.
-Aie la foi, Sowl. Pour l'instant, le chemin semble obscurci, et menacé par les ombres. Mais le plan de Dieu a toujours un coup d'avance, et Braham sait ce qu'il fait. J'en suis persuadé.
Il ferma le poing et le brandit vers le ciel.
-Un jour, ce monde connaitra la paix et la grandeur. Et ce sera grace à notre foi. Face aux machinations d'Ishtar, face à Necron, et face à tout ces mortels qui veulent nous tuer, il reste la volonté de Dieu, Sowl, et elle finit toujours par triomper. Ne l'oublie jamais.

-Continuez à fouiller! Arrêtez tout ce qui n'est pas vert et qui a l'air doué de conscience!
Zaroshka doutait sérieusement qu'on puisse retrouver la trace des hommes qui avaient mis ses troupes en déroute hier soir. Mais il ne voulait ignorer aucune piste.
Klir, épuisé, récupérait dans le camp de fortune qu'ils avaient dressé.
-J'ai prévenu notre Dieu que nous allions nous arrêter ici pour quelques jours. Au départ, nous étions là pour un simple recensement, mais cette agression révéle bien qu'il existe un adversaire. Redoutable, sans doute, mais qu'il est possible de battre.
-Comment réagit-il? Demanda le prophéte.
Klir eut une grimace.
-Il est consterné et enthousiaste à la fois. Mais il continue de garder sa voix de Guide pénétré, et je lui fait confiance. Il veut que nous retrouvions les assassins.
-Nous ne les retrouverons pas. Ils sont partis en fumée quand nous sommes arrivés à la colline en flamme.
-C'est ce que je lui ait dit. Mais il m'a dit de tout mettre en oeuvre pour les retrouver, et...
Une ombre dans le ciel.
Klir n'eut pas besoin de bouger. Une dizaine d'arcs s'étaient déjà tendu, droit vers l'ange qui fondait sur eux.
Ses vêtements étaient en lambeaux, et de son dos suintait du liquide noir. Il tenait un corps de jeune fille dans ses bras. Lentement, il descendit à leur niveau.
-Seigneur Zaroshka?
-C'est moi-même.
L'ombre sourit, d'un sourire étranger à lui-même. Il atterit à coté de Klir. Le sang qui coulait sur son visage semblait fait de flammes et de cendres. Dans ses bras, le corps sans vie d'une jeune fille., déchiré en deux par les lames de Dieu. L'Ange posa le corps de Tia dans l'herbe, doucement. Il savait que, quelque part dans une fosse commune, reposait le corps de ses parents adoptifs, et c'est tout ces coeurs arrêtés et tout ces futurs brisés qui lui fit ouvrir la paume, et la brandir au ciel.
De la colline et des forêts, les orques, les hommes et les bêtes s'approchérent. Les arcs se baissérent, et les cris se tarirent. Personne, de sa naissance à sa fin, n'oublie le signe de la mort. Inscrit dans chaque cellule de chaque être, bon ou mauvais, libre ou esclave. Parce que tout est écrit. Parce que la liberté n'est qu'une illusion, un don repris, volé, transgressé par l'Orgueil absurde du Créateur.
Un serviteur de Dieu peut renier Dieu, mais il ne fera que le combattre, avait dit Ankou. Il comprenait, maintenant. Il comprenait que toute ces années, à fuir et à oublier, il n'avait fait que mentir à lui-même. On n'échappe pas à son destin. Qu'on le combatte, qu'on l'oublie, qu'on l'enterre sous une vie d'apparat, on ne fait que s'y conformer. On ne fait que fuir.
On n'échappe pas à ses promesses.
Et il allait les tenir. Je vais revenir, Ankou. Attend-moi, j'arrive. Je vais venir au Purgatoire, je vais revoir Braham et Altraël, Faust et Sowl, et les jardins suspendus à des abîmes infinis, et tout ces serments et ces massacres que j'ai tenté d'oublier. On va se revoir, Ankou.
C'est beau la liberté, mais ça n'existe pas.
On n'échappe pas à son rôle.
Necron Ishtar referma la paume, et dans ses yeux noirs comme dans le monde entier, la guerre entre Dieu et ses créatures commenca.

:banzai:

Et oui c'est fini :-)

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 03 juillet 2009 à 16:52:00

tl;dr.
(non sérieusement, je n'ai pas tout relu, mais je préfère la fin comme ça)

Sous forums
  • Montage vidéo
  • Modélisation 3D
  • Arts Graphiques
  • Ecriture
  • Modélisme
La vidéo du moment