CHANT III/XII: Escarmouches
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-Grar le Sligr?
Braham ne s´était pas trompé. Après une dizaine de minutes dans les sombres souterrains, Grar était arrivé au Purgatoire. Et c´est à ce moment là qu´il avait compris que la Terre, et Babylone, était encore bien loin.
Les salles étaient éclairés sans qu´une seule lampe ne soit allumé. La lumière venait des murs, du plafond, du sol, de partout et de nulle part à la fois. Les pièces s´ouvrait sur des corridors sans fin, les vastes labyrinthe s´échangeaient avec des salles voûtées gigantesque et déserte comme une cathédrales oublié.
Parfois, c´étaient des salles en ruines, dévastés par des millénaires d´abandons, et par des batailles plus vielles que le temps lui-même. Où alors des pièces qui ne semblaient désertés que depuis quelques heures. Grar ignorait le qui, le quand, le comment et le pourquoi des habitants du Purgatoire, mais il était sure d´une chose. Un tel labyrinthe, une telle magie, ne pouvait avoir été construit que par un dieu.
Un dieu puissant.
C´est alors que le hurlement avait retentit dans les corridors du Purgatoire. Un cri d´une force et d´une volonté effroyable, qui avait paralysé Grar sur place. « Tuez-le! ». Et Grar avait immédiatement compris que c´était de lui qu´il s´agissait.
Il s´était mis à courir dans les vastes entrailles du plan caché aux yeux du monde. Il avait parcouru les couloirs, bondi d´étages en étages, montant de plus en plus haut, grimpant dans les escaliers, se haussant sur les statues effondrés, plongés dans les placards et les couloirs. Les dalles noires défilaient devant ses yeux rougis par les feux de l´enfer. Le vent sifflait à ses oreilles, la sueur coulait sur son front. Pour la première et la dernière fois de sa vie, Grar fuyait ses adversaires.
Jusqu´à cette rencontre, là, dans ce jardin désert.
-Oui, c´est moi.
Avat même de sortir de ce dédale sans fin de corridors et de pierres, Grar avait senti la lumière blafarde éclairer les corridors. Il avait accéléré le pas, et la lueur sublime de la Lune l´avait enveloppé à l´instant même où les plantes et les arbres apparaissaient à sa vue.
Et c´était magnifique.
Des milliers de fleurs de toutes les couleurs de l´univers serpentaient sur le sol herbeux. Des arbres grand comme des montagnes (c´étaient ceux qui brûlaient dans la dominance, Grar en était certain) transperçaient le ciel noir parsemés d´étoiles. Des statues antiques décrivaient les exploits des héros millénaires, et leurs robes blanches tranchaient avec le noir des murs et la noirceur des balcons. Car les remparts de pierres enserraient le jardin aux milles merveilles comme un serpent étrangle un humain, et Grar, malgré l´espace et la liberté apparente, ne se rassura pas pour autant.
Ils étaient deux, en face de lui. Deux silhouettes qui attendaient calmement, un garçon, et une fille. Quand ils furent révélés par les constellations, Grar eut un sursaut d´horreur. Des enfants, armés, en face de lui. On avait dressé des enfants...
La jeune fille eut un mouvement de recul en apercevant Grar, mais le garçon ne bougea pas, et le Sligr sentit son malaise grandir. Était-ce ses cheveux d´ombre qui poussaient en bataille sur son visage enfantin? Ses cicatrices blafardes qui déchiraient sa peau pâle et nauséeuse? Sa longue et inhumaine tunique noire qui cachait son corps malingre? Ou alors était-ce ses yeux de néants absolu, ses pupilles de fin du monde, grandes à en avaler l´univers qui engloutissait goulûment la moindre image que leurs crocs pouvaient dévorer? Grar ne pouvait le dire, mais il sentait que ce gamin était immensément dangereux.
-J´ai ordre de vous tuer.
A l´instant même où les mots se formaient sur la bouche du jeune garçon, le sligr eut en tête l´image d´un masque de cire, un masque blanc, informe, qu´on aurait collé à son visage et à sa voix pour la rendre inhumaine, mécanique. Une barrière qu´aurait tracé l´enfant pour s´enlever du monde réelle, et de ses horreurs.
Necron Ishtar s´avança encore d´un pas, puis lentement, releva sa manche. Quelque chose brilla au creux de sa paume. L´enfant eut un sourire malsain, puis, d´un geste brusque, pointa sa main vers Grar.
Immédiatement, le Sligr reconnut le tatouage. Il ne l´avait jamais vu, bien entendu. Il n´en avait jamais entendu parler. Pourtant, il savait ce que c´était. L´évidence tomba sur lui comme un couperet sur un cou.
-Alors c´était ça... la Mort elle-même veut ma tête, fit Grar.
-Vous avez tué Lucifer, fit l´enfant d´un ton tranquille. Vous avez détruit l´enfer, libéré des milliers d´âmes de leurs tombeaux, dévastés l´esprit des démons, bouleversés la face de l´univers lui-même... Vous espériez fuir son châtiment?
Grar eut un sourire carnassier.
-Je n´ai pas peur d´elle, gamin. Je n´ai plus peur de rien, maintenant que j´ai fait ce que je devais faire. Mais ce n´est pas elle qui va me rendre à Kalrok. Pas encore.
-Vous n´êtes pas le premier à me dire ça, vous savez. Vous ne serez pas le premier à vous tromper.
Grar, ne sachant que trop bien comment tout cela allait finir, dégaina son épée. Il répugnait à l´idée de devoir se battre contre des enfants, mais il y avait une voix quelque part en lui qui lui demandait d´aller à Babylone, et il comptait lui obéir.
A tout prix.
-Je n´ai prévenu personne de notre combat, fit le jeune homme en dégainant ses deux armes, un bâton noir de magicien, et une lame magique qui brillait d´un éclat bleutée. Nous aurons tout notre temps.
La jeune fille dégaina à son tour une gigantesque faux noire, à la lame effilé comme un rasoir. Le garçon lui jeta un vague regard.
-Ankou...
-Si, je t´accompagne, fit-elle d´un air déterminé. Je suis un assassin, moi aussi, et tout seul, tu n´auras aucune chance.
Le garçon sourit. Ils se mirent cote à cote, et, au même instant, pointèrent leurs armes vers Grar l´assassin de Lucifer.
-Mon nom est Ankou Ashura...
-Je me nomme Necron Ishtar...
-Nous sommes tes adversaires, Grar le sligr!
L´assassin de Lucifer eut un petit sourire.
-Un vrai combat. Je commençais à me demander quand ça allait vraiment commencer
Pourtant, un mauvais pressentiment l´envahissait. Ce même sentiment qui l´avait pris quand Braham lui avait annoncé que des hommes en armes le pourchassaient. Il pensait avoir peur, mais il se rendit compte que c´était autre chose. Il se connaissait trop bien pour savoir que ce genre de sensation le trompait rarement.
Ce fut à cet instant qu´il brandit sa lame vers ses adversaires, et il s´élança vers Ankou Ashura et Necron Ishtar avec une effroyable idée en tête.
Ce serait son dernier combat.
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Grar abattit son épée avec une violence titanesque sur Necron. L´enfant esquiva avec grâce, et fit remonter la lame d´Altandre d´un revers fulgurant. Le Sligr bloqua l´épée avec sa main gauche, imprima une violente torsion qui fit gémir le poignet de Necron, puis ré-attaqua.
Mais déjà Ankou avait agi, et la pointe de sa faux avait frappé le coeur de l´épée de Tierak. Il y eut un bruit effroyable de métal froissé, et Grar, contraint de reculer, bondit en arrière. Les deux assassins fondirent sur lui.
Le Sligr porta un coup d´estoc à la jeune fille. Ankou décrivit un violent arc de cercle, et le bois fit valser une nouvelle fois la lame. Necron saisit sa chance, se jeta à terre et balaya les jambes de Grar avec son bâton.
Mais c´était sans compter la puissance formidable du colosse. L´enfant, peu habitué à manier son gigantesque bâton de la main gauche, sentit son bras vibrer sous le choc. Grar, reprenant le contrôle de son épée, l´abattit sur Necron. Mais Ankou bloqua une nouvelle fois la lame, la coinçant entre la faucille et le bois.
-Ca fait deux fois que je te sauve la vie! Cria-t-elle à l´adresse de Necron. Fais attention!
-je vais régler cette dette tout de suite!
La lame d´Altandre plongea dans la défense de Grar, mais fut bien vite contré par l´épée de Tierak. La faux d´Ankou tenta de se frayer un chemin, mais l´implacable chaîne de parade du sligr la bloqua elle aussi.
Les trois armes restèrent un instant en suspens.
-Je m´attendais à mieux, de la part de l´assassin de Lucifer, fit Necron.
-Tu n´as encore rien vu, répliqua Grar.
Ils rompirent.
Le sligr balaya l´air d´un mouvement horizontal. Les deux enfants se baissèrent tout deux au même moment, puis, ensemble, ré-attaquèrent. Grar ferma les yeux, et, d´un coup de poing d´une puissance fabuleuse, dévia la faux qui plongeait vers son crâne. Sa lame dansa sur le fil de l´épée de Necron, tournoya au-dessus de sa tête, et s´abattit vers Ankou. Le jeune garçon plongea dans les jambes de son amie juste à temps, et ils s´effondrèrent sur le sol herbeux du jardin.
Grar eut juste le temps de brandir son épée à nouveau que Necron, dans un bond majestueux, écrasa de son pied la tête du colosse. Le Sligr hurla,et frappa de son poing le garçon qui vola à quelques mètres de là.
-Ankou! s´écria-t-il.
Mais la jeune fille n´avait pas besoin de son appel. Elle était déjà debout, et sa faux traça dans l´air une courbe mortelle. L´épée d´un Dieu trahi rencontra la Faux d´une fidèle dans un frottement de métal sinistre. Grar rompit avec violence, et Ankou bondit en arrière pour éviter d´être renversé par la force du titan.
-Ca fait deux vies à une.
Ankou eut un petit sourire en voyant Necron arriver à ses cotés.
-J´aurais pu me débrouiller, pour ce coup-là.
-Trop facile de dire ça aprés. Ca fait deux à un, continua-t-il d´un ton toujours aussi égal.
-Tu veux pas compter ton cri, aussi?
Necron sourit à son tour.
-Ca me fait plaisir de se battre avec toi.
-De même, petit génie.
Ils réattaquérent.
En même temps.
Ils étaient parfaitement synchronisés.
Grar se concentra. Ses deux adversaires avaient beau n´être que misère à coté du combat titanesque qu´il venait de vivre, ils se battaient comme des lions, et s´accordaient étrangement bien ensemble.
Comment deux petits enfants pouvaient-ils manier l´épée avec tant de talent et d´agilité? Une sorte l´aura sinistre les enveloppaient tout deux, une aura de meurtre et de sang, d´assassinat et de complot, et Grar entrouvrit la vérité. Depuis leur naissance, ces deux enfançons, ces deux jeunes gens n´avaient pas appris à combattre, non, pas comme les gamins des casernes ou les enfants soldats de Babylone, ni même comme les jeunes guerriers sligr. Non c´était bien pire: Ils avaient appris à tuer. A l´age où bien des enfants ne peuvent s´endormir sans un baiser de leur mère, ils avaient déjà remplis leur rêves de montagnes de cadavres déchiquetés, de marchands égorgés, et de bébés poignardés. Alors, fort de cette soif de sang et de haine, de violence et de pouvoir, ils frappaient et frapperaient encore, jusqu´à ce que Grar le Sligr ne soit plus qu´un tas de chair déchiqueté par les lames, un moignon sanglant au coeur dévoré.
Bon sang, mais quel était cet endroit? Quel hideux secret conservait la Mort pour engendrer de pareilles créatures?
Ankou fit tournoyer sa faux, au dessus de sa tête, et envoya la pointe percuter la tempe de Grar. Celui-ci frappa du poing le bois revêche, se baissa, et envoya un contre majestueux à la lame de Necron. Ankou tournoya sur elle-même, et d´un mouvement latéral balaya l´espace où aurait du se trouver Grar.
Aurait.
Car le sligr avait déjà enfoncé la brèche de la défense de Necron, et s´était détourné d´Ankou par un pas de coté pour achever le jeune garçon. Ce dernier contrat l´attaque de Grar d´un balayage de son bâton, puis, d´une passe habile, changea de coté et abattit sa lame. L´assassin de Lucifer bondit en arrière.
Il avait compris que, bien qu´ils aient l´air du même rang, c´était la jeune fille nommée Ankou qui était le point faible du duo. Elle était furieusement talentueuse elle aussi, mais elle n´avait pas la vivacité et la violence qu´avait le garçon. Et surtout, elle n´avait pas dans son regard cette flamme froide et sinistre, ce masque de cire, qu´affichait sans conteste son compagnon. Elle hésitait un peu, frémissait quand Grar l´attaquait, et n´arrivait pas à calquer ses attaques avec celles de Necron; Si Grar voulait en finir vite, il devait concentrer ses attaques sur elle.
Mais, encore une fois, quelque chose l´en empêchait. Aprés tout, pourquoi ne pas profiter de ce qu´il sentait comme son dernier combat? Maintenant que Lucifer avait disparu, quel interet avait-il à tuer de nouveau?
(Je dois me rendre à Babylone. C´est là que mon destin m´attend)
Le garçon s´éleva dans les airs une nouvelle fois, et frappa de la plante de son pied sur le visage de Grar. Le Sligr contra du plat de sa main, saisit la botte de l´enfant, et l´écrasa à terre. Ankou profita de l´instant pour asséner revers du dos de la faux dans le ventre du colosse. Grar poussa un grognement en voyant son torse bleuie, et abattit son épée vers Ankou. La jeune fille n´avait aucune riposte possible.
Son compagnon, si.
Necron se releva, et, avec toute la force dont il était capable, frappa de sa lame la main droite de Grar. Le sligr dévia en catastrophe le coup pour ne pas se faire trancher le bras, et son poignet s´ouvrit quand il frôla le fil de l´épée. La grande lame donné par Tierak s´abattit dans l´herbe dans un fracas poussiéreux, et la terre se fendit sous le choc. Un lever filet de sang s´écoula de son bras.
Ankou se releva, et courut jusqu´à l´arbre le plus proche.
-Deux à deux! On est quittes! Cria Necron, essouflé.
La jeune fille enfonça la lame de sa faux dans l´arbre, et fit levier. Elle sauta, courut à la verticale, et, d´une détente extraordinaire, plongea vers l´avant. Elle imprima un fort mouvement de rotation quand elle reprit sa faux, et tournoyant dans un déluge de lame, fondit vers Grar avec la puissance d´un ouragan.
-Balle au centre! S´écria Ankou. Ad !
Le Sligr eut juste le temps de reculer d´un pas que déjà, la tornade qu´était devenue Ankou était sur lui. En désespoir de cause, il mit sa lame en protection.
-Majorem!
La faux s´enroula autour de l´épée de Grar. Necron sauta en arrière, et contempla la jeune fille utiliser la force de rotation pour s´élever dans le ciel. L´austère robe noire voltigea autour d´elle, et le jeune homme se sentit pris d´un étrange sentiment alors qu´il aperçut l´espace d´un instant les jambes de son amie.
Ankou leva la faux haut dans le ciel, dépassant les balcons les plus haut, touchant presque le ciel. La lune refléta un instant sa lumière pâle sur la lame...
-Dei!
Et la jeune fille fondit sur le sol à une vitesse prodigieuse.
-Gloriam!
Le sol trembla une nouvelle fois. La terre et l´herbe se soulevèrent sous la puissance du choc, et l´endroit où se trouvait Grar fut purement et simplement pulvérisé
Le sligr, poussé par un sentiment terrifiant, se jeta en arrière. La pointe de la faux dessina un long serpent sur sa poitrine lézardés. Le sang gicla. Grar fit une roue arrière pour éviter l´explosion et la pluie de rochers qui s´ensuivit. Un roc pas plus gros que son poing vint s´écraser sur son arcade sourcillére, et une grimace de douleur secoua son visage.
Mais déjà, il devait combattre. Le garçon nommé Necron était déjà sur lui, et son épée décrivait une courbe mortelle qui se finissait sur le cou du sligr. Grar se releva prestement, para l´attaque, et abattit son épée sur le crane de l´enfant. L´assassin esquiva, et, par prudence, recula d´un pas.
C´était plus qu´il n´en fallait pour Grar. Le sligr se déroba à ses attaques et, d´un saut en arrière, se déporta à l´abri des lames.
Il reprit lentement son souffle. Apparemment, la protection de Tierak ne faisait plus effet maintenant que Lucifer était mort. Jamais un coup pareil ne l´aurait blessé quand il avait affronté le Diable.
Mais comment cette fille avait-elle pu...
-Nous sommes des magiciens, fit Ankou. Nos deux armes ont étés ensorcelés.
-En effet, continua Necron. Notre maître posséde un arbre très spécial, enchanté il y a des millénaires par les Dieux eux-mêmes. Tout bois qui es tiré de cet arbre peut modifier la trame du temps lui-même.
Il montra la faux d´Ankou.
-C´est ce qui lui permet d´aller aussi vite et aussi fort.
Il y eut un bref silence.
-En quoi cela l´a aidé à l´attaquer? Demanda Grar. Il faudrait une force colossale pour se soulever comme ça.
-J´ai crée un espace où le temps se déroule plus lentement, expliqua Ankou d´un ton patient, et la faille temporelle a généré un phénomène d´aspiration qui m´a propulsé vers l´avant quand je me suis tourné vers l´arbre. Il m´a suffit d´inverser ensuite le phénomène une fois dans le ciel pour vous frapper avec une vitesse doublée.
-Rassurez-vous, fit Necron, sardonique. Moi non plus je n´ai rien compris. Au fait Ankou, la prochaine fois, tu lui balanceras toutes nos faiblesses et tous nos secrets, comme ça, il n´aura même pas besoin de se battre pour nous vaincre.
Mais Grar s´en moquait éperdument, du pourquoi. Ce qu´il voulait c´était savoir QUI pouvait posséder et créer des artefacts aussi puissant.
-Quel est le nom de cet arbre?
Necron eut un petit sourire.
-L´arbre d´Ozaras.
Grar eut un hoquet de surprise.
-Ozaras? Tu as bien dit Ozaras?
Necron, un peu déconcerté de la réaction du Sligr, opina du chef.
Grar revit avec une précision effroyable le village des démons en feu, et, au milieu des cadavres, le vieillard apparaître au beau milieu de nulle part. Il se souvenait très bien des paroles qu´ils avaient échangés. Comment pourrait-il l´oublier? Ca l´avait amené à deux doigts de la mort, de nouveau.
«Par quelle diablerie es-tu arrivé sans que je ne te voie, Démon? »
Mais c´était impossible...
« Le Bâton d’Ozaras recèle bien des secrets, mon ami... »
Que faisait Aknamenra au milieu de tout ceci?
-Il y a un problème? Demanda Necron. Ce nom vous dit quelque chose, peut-être?
Grar garda le silence quelques instants, puis...
-Non, rien. Absolument rien.
Necron comprit immédiatement qu´il mentait. Sa surprise n´avait pas été feinte, et il avait vraiment eut connaissance du nom d´Ozaras. Peut-être cet arbres faisait-il partie de légendes ou de mythes locaux. Après tout, l´arbre lui-même tait bien plus vieux que le Purgatoire. Mais si jamais il y avait eu des fuites sur les pouvoirs de la Mort...
-Ankou...
-Oui?
-Tuons-le.
Les deux enfants chargèrent avec une soudaineté et une violence prodigieuse. Grar se tint droit, et, préparant l´assaut, mit son épée en position verticale. Puis, d´une botte majestueuse, il s´élança.
La faux, l´épée de Tierak et le bâton du temps, les trois armes s´élevèrent dans les airs, brandies par leurs terribles propriétaires. Les lames dansèrent un instant, puis s´abattirent, tout trois en même temps.
-Arrêtez! Ne bougez plus!
Immédiatement, les trois combattants se figèrent. Des silhouettes étaient apparus sur les balcons qui entouraient le jardin.
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Chant IV/XII: Traître.
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Grar comprit instantanément.
-Tu m´avais dit que personne ne viendrait! Tu n´avais prévenu personne! cria-t-il à Necron dans un halètement furieux.
L´enfant eut un sourire glacial.
-J´ai menti, bien sur. Tu ne nous croyais pas idiots à ce point là ? Tu es l´assassin de Lucifer, Grar, et je n´ai pas envie de mourir dans un combat « à la loyal ». Nous voulions seulement te ralentir.
Le Sligr sentit ses poings se serrer.
-Sale lâche!
-Je remplis ma mission, c´est tout. L´honneur, c´est bon pour les combats entre le bien et le mal. La Justice Divine est au-dessus de ça.
Tandis qu´il disait cela, Grar vit son regard se troubler, et ses poings se serrer. Il n´en était peut-être pas si sur...
-Tu as bien raison, mon fils.
Grar leva la tête. Accoudé au balcon de pierre, un colosse le fixait de ses yeux livides. Il avait la peau d´un noir pur, et de puissants muscles jouaient dans son armure d´acier obscur et de granit. Dans son dos, deux ailes blanches immaculées battaient régulièrement, et une immense colonne de pierre dépassait de sa nuque. Une colonne qui ressemblait bien trop à une garde d´épée...
-Gloire à Dieu, Grar le Sligr est vaincu!
Altrael Ishtar n´était pas seul. Cinq ou six assassins s´étaient dispersés dans les balcons, tous en équipement de combat, la main droite marquée par le si terrifiant tatouage de mort. Leurs robes noires volaient dans le vent, et la lune brillaient dans leurs visages impassibles. Shism était parmie eux, mais deux d´entres eux lui étaient inconnus.
Mais d´autres silhouettes étaient encore posté sur les balcons, et Grar comprit instantanément que c´étaient d´elles dont ils devaient vraiment se méfier. Car si les autres, malgré leur apparence effrayante, avait l´air encore un peu humaine, les dizaines d´armes braquées sur lui n´avait plus rien de vivant.
C´était des statues de métal et de pierre, de platine et de bronze. Toutes parfaitement calibrés, crées à l´identique et à l´infini, vaguement humanoïde, mais sans coeur et sans visage. Leurs yeux vides et braqués étaient pendu à de mystérieux tuyaux de cuivre qui surgissait de leur torse. Elles avaient la main tendue -la droite, bien sur- vers le Sligr, et au creux de leur paumes une intense lumière bleue brillait avec la vivacité d´un Dieu.
L´homme à l´armure noire les désigna du pouce.
-Ce sont les âmes du Purgatoire, fit-il avec un sourire. Toutes celles qui n´ont pas réussi à trouver le chemin de l´Enfer et de l´Elysée, ou ceux qui n´en ont pas voulues. Certaines sont plus vielles que le monde telles que nous le connaissons, mais leurs haines sont encore vivaces... L´énergie vitale qu´elles dégagent en se consumant peut détruire un petit village... Tu n´as plus à te battre pour ta survie, Grar. Tu n´en as plus besoin.
Le sligr ne répondit pas. Les poings serrés, l´épée encore à la main, le visage baissé, il resta emmuré dans le silence de la haine et de la rage.
-On aurait pu s´en occuper, fit Necron en levant la tête. Vous n´étiez pas obligé d´intervenir.
-Je me dois de réduire les risques, répondit Altraël. Il ne doit pas nous filer entre les doigts.
-Vous vous êtes très bien débrouillés, fit une voix timide mais enthousiaste. Ankou, ta technique était magnifique!
La jeune fille se tourna vers les balcons, un peu gêné.
-Merci, Morrigan. Ca me touche, tu sais.
Le jeune homme d´une douzaine d´années aux cheveux roux et au visage parcourue de taches de rousseur rougit violemment, et Necron sentit une pointe d´agacement naître en lui. Un agacement d´autant plus irritant qu´il n´en connaissait que trop bien la cause.
-Ravissant, pitié, qu´on en finisse, psalmodia-t-il, les yeux au ciel. Pére, je...
Mais soudain la lame d´Altandre, qu´il tenait toujours, se mit à frémir.
Il y eut un immense flash lumineux, un océan de lumière bleue électrique, et la garde de l´épée émit un hideux bruit de succion. La terre se mit à trembler. Plusieurs colonnes s´effondrèrent dans un grand fracas, et un balcon, miraculeusement désert, s´´affaissa dans le jardin, arrachant arbres et herbes, fleurs et lumières. Les gardes animés tanguèrent sur leurs jambes de granit comme des poupées secoués par une petite fille. L´ange de la peste et les assassins s´accrochèrent à la balustrade. Ankou cria, mais Necron, trop occupé à garder l´équilibre, n´y fit pas attention.
-L´esprit de Minrar de Babylone! S´écria un des assassins. Il s´est échappé de l´Enfer et a traversé le purgatoire!
A peine avait-il prononcé ses mots que la lumière diffuse se concentra dans l´épée d´Altandre dans un chuintement acceleré. Les vibrations s´arrêtèrent, et des vagues d´énergies rebondirent sur les murs pour s´imprimer sur la lame.
-C´est l´épée qui l´a attiré! Cria Schism. Ishtar, pourquoi as-tu pris Altandre? Bon sang, elle aurait du rester prés de sa dépouille!
Les vibrations s´affaiblirent, et s´évanouirent aussi soudainement qu´elles étaient apparu.
-je... J´ai perdu mon poignard durant mon combat contre Abanfir, je voulais le remplacer, se justifia Necron.
L´épée d´Altandre eut encore quelques ultimes frémissements, puis se tut. La lumière bleutée de la lame s´affaiblit, jusqu´à ne devenir qu´un mince halo à peine visible.
Que signifiait cette révolte? L´esprit de Minrar ne voulait pas que Necron soit le propriétaire de cette épée?
« Il faut que tu trouve la réponse par toi-même… »
Non, ce n´était pas possible... Il avait cru...
-Excusez-moi d´interrompre votre charmant débat, mais...
Altraël sursauta, et mit instinctivement la main sur la garde de sa gigantesque épée. Les assassins eurent un soupir de surprise. Les yeux obscurs de Necron croisèrent ceux de Grar le Sligr, et s´agrandirent sous le choc.
L´assassin de Lucifer était debout, le regard fier, le sourire déterminé. Il avait retrouvé espoir. Dans ses bras, une jeune fille se débattait vainement, une lame aussi tranchante qu´un rasoir posé sur sa gorge découverte.
-... je crois que les rôles viennent d´être redistribués.
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Grar n´avait eu aucune seconde d´hésitation quand la lame s´était bleuie. Il avait compris que c´était sa dernière chance, la dernière de ses solutions, son ultime atout.
La jeune fille que les autres appelaient Ankou s´était tourné pour parler à ce Morrigan; Elle était maintenant de dos, non vigilante, l´arme rengainée. C´était une erreur de jeunesse, que Grar n´aurait commis sous aucun prétexte, et il fut un peu soulagé de voir enfin des signes d´inexpérience. Même ici, dans ce labyrinthe oublié où dormait un homme chagriné au milieu de flammes hautes comme des châteaux et de sabliers multicolores au nom humain, où des enfants de douze ans tuaient comme d´autres pleuraient, où des automates de métal possédés par des esprits errants brandissaient leurs mains bleutés et enfin où des cinglés en armure noire s´amusait de la mort prochaine du héraut des dieux, les débutants faisaient toujours des erreurs. Ce n´était pas vraiment rassurant, mais au point où il en était...
Grar s´était élancé au moment même où les tremblements commencèrent. Sa main avait couru sur son épée, l´avait ramassé au vol, et d´un coup sec, il avait prit la jeune fille. Ankou avait poussé un cri de frayeur quand elle avait découvert qu´elle était prise au piège, mais c´était déjà trop tard.
Il avait gagné.
Necron serra les poings.
-Et vous appelez ça être un guerrier? S´écria-t-il. Je croyais que le sens de l´honneur des Sligr interdisait ce genre de pratique.
Grar sourit férocement, et le fil de l´épée frôla la gorge d´Ankou. La jeune fille gémit dans une grimace de peur. Ses jambes maigres s´agitaient convulsivement au-dessus du sol.
-Tu m´as menti tout à l´heure. Ca n´a plus rien à voir avec un combat, cette fois-ci. Alors “le sens de l´honneur des Sligr” se passera de moi, cette fois-ci.
Sa voix devint impérieuse.
-Jetez vos armes!
Necron jura.
-Vous avez gagné, soupira-t-il.
Il jeta à terre son bâton et son épée dans un grognement. Il aurait pu essayer de remonter le temps, mais il savait qu´il n´avait pas assez de temps pour l´empêcher de prendre en otage Ankou. C´était inutile.
-Je veux un guide qui me montre le chemin jusqu´à Babylone, cria Grar, pour être sur que l´homme à l´armure noire l´entende bien. Je la garderai avec moi jusqu´à ce que je ne sois plus à portée de tir de vos gardes. Je répète: jetez vos armes.
Personne ne bougea. Les quatre assassins présents restèrent la main sur leur lame. Dans la paume des gardes animés, les flammes bleues brillaient de plus belle, n´attendant qu´un ordre pour dévorer, tuer, déchiqueter. L´homme en armure noire, que le garçon appelait son père eut un vague sourire.
-J´ai dit: Jetez vos armes!
De longues secondes s´égrenèrent.
-Euh, il nous a dit de....
-J´ai parfaitement entendu, Necron, je te remercie, fit l´Ange de la Peste sans cesser de sourire.
Il prit appui sur la balustrade, et se mit à marcher sur les balcons circulaires. Grar et Necron le suivirent lentement des yeux, pendant qu´il parlait.
Altraël poussa un soupir.
-Grar le Sligr, je crois que tu nous as sous-estimé.
Il se mit à parler d´un ton égal, complètement vide, comme si il récitait un discours depuis longtemps appris.
-Nous sommes les mains de Dieu. Le Dieu de tout les Dieux. Nous sommes ses doigts qui jouent sur l´orgue de l´avenir, la symphonie de la Destinée. Nous sommes les os et les chairs de sa volontés, les lames de ses rêves les plus fous. Nous sommes les gardiens des Psaumes, les envoyés de la Mort elle-même, venu pour faire régner dans ce monde la Justice Divine, les Plans de Dieu. Nos pouvoirs dépassent ceux des héros, des légendes, des races et des guerres. Car nous sommes partout, et personne ne sait qui nous sommes. Nous sommes les habitants du Purgatoire, nous sommes les mains de Dieu.
Son sourire se tordit, et ses yeux brûlants foudroyèrent Grar. Car, ce que vit le Sligr dans ses pupilles blanchies, vides comme une tombe, ce ne fut hideuses ambitions et effroyables folies.
-Penses-tu vraiment qu´une simple lame posé sur une gorge innocente peut se mettre en travers de notre chemin? Du chemin de Dieu, Grar le Sligr?
-Père! S´écria Necron. Vous ne pouvez pas...
-Tu es l´assassin de Lucifer, Grar, continua l´ange de la Peste d´une voix implacable, et nous ne pouvons pas nous permettre de te laisser une seule chance de t´échapper. Rien qu´apparaître en cet endroit à signé ton arrêt de mort, car nul ne doit voir le Purgatoire, si ce n´est Dieu. Et nous faisons partie de Dieu!
-Vous êtes fous... murmura Grar dans un mouvement de recul.
-Attendez! Attendez! Cria de nouveau le garçon. On se calme!
Il avait l´air complètement paniqué, mais malgré cela, sa voix restait toujours aussi indifférente et mécanique. Grar comprit alors à quel point il ressemblait à son père, et il eut une grimace de dégoût.
-Il y a forcément une autre solution! Nous pourrons le tuer une fois qu´il sera à Babylone, ou bien s´en occuper en route. Nous avons des agents partout, prêt à intervenir, et à le tuer si...
-Tu ne sais pas de quoi tu parles, Ishtar, intervint Schism. Si Grar arrive à Babylone et que les Démons survivants ont déjà propagé la nouvelle de son exploit, la population se soulèvera en quelques jours. Et si ils apprennent l´existence du Purgatoire, nous pouvons dire adieu à notre toute-puissance.
-Tu veux qu´on ait droit à un second Byblos? Lança un des agents, drapé de pied en cape par une immense cape noire. Tu oserait prendre ce risque? Assumer la responsabilité d´un tel massacre? De ton massacre?
Necron se tourna vers l´adolescent du groupe.
-Morrigan! Tu sacrifierais Ankou, toi? Hein? Tu irais jusque là?
Le rouquin se mit violemment à trembler. Ses yeux s´emburent, mais sa voix fut clair et sans hésitation.
-Si c´est la volonté de Dieu, je le ferais.
Necron lui jeta un regard brûlant de haine. Puis, il leva les bras au ciel, prenant au parti les étoiles.
-Il doit y avoir un autre moyen! Dans l´absolu, on peut même en informer le seigneur Bra...
-C´est la règle, Necron.
Le garçon se tut immédiatement. C´était Ankou. Elle paraissait si petite et si fragile dans les bras du titan... Le sourire aux lèvres, les yeux brillant, elle releva la tête. Sa chevelure brune vola autour d´elle.
-Si jamais les interets du Purgatoire passent par la mort d´un de ses agents, ainsi soit-il, continua-t-elle. J´ai fait preuve de faiblesses, je me suis fait prendre. Il est juste que j´en assume les conséquences.
-Juste... murmura Necron.
Il allait rajouter quelque chose, mais la voix douce l´interrompit.
-Ca m´a fait plaisir de te connaître, Necron. Vraiment.
Elle lui adressa un sourire qui aurait fait pleurer n´importe qui.
-Deux à deux, score final. On se quitte quand on est quitte.
Le souvenir frappa Necron avec la puissance d´un ouragan. Fracassé, le visage devasté par la surprise, il resta sans mot dire.
Ankou se tourna vers l´Ange de la Peste. Son regard se fit déterminé.
-Seigneur Ishtar, dites à mon Père que je l´aime. Et aussi que je connais l´existence de la Confrérie des Anges Noires. Juste qu´il fasse attention pour son prochain fils.
-Je le ferai, sois-en sur, répondit Altraël d´un ton solennel.
Il se tourna vers les assassins.
-Vous devriez prendre exemple sur elle! Cette jeune fille bien plus jeune que vous nous montre un modèle de loyauté et de bravoure que bien d´entre vous serait incapable d´égaler! Gloire à Dieu!
-Gloire à Dieu! S´écriérent les assassins d´une même voix.
-Gloire à Dieu! Gargouillérent les statues animés.
-Gloire à Dieu! Cria Ankou.
Grar jeta un regard à Necron. Le garçon resta étrangement silencieux...
-Merci pour ton sacrifice, Ankou Ashura, conclut l´ange de la peste. Ainsi soit-il.
Et Schism donna l´ordre de faire feu.
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CHANT V/XII: Ankou
http://www.radioblogclub.com/open/153273/listen_to_your_heart/DHT%20-%20Listen%20To%20Your%20Heart%20%28Techno%29
-Hé! Regardez! C´est le fils du Seigneur Ishtar!
-On joue avec lui?
-Tu es fou? T´a vu sa tête? Et si jamais il pleure, le Seigneur Ishtar nous puniras, et...
Bien sur...
Necron ne se souvient plus trop. Il devait avoir huit, peut-être neuf ans. Peu importe, après tout. Les souvenirs restent rarement ancrés dans le fleuve du temps. Ils se contentent de flotter au gré des courants, et, parfois, de s´accrocher aux berges de notre conscience.
Cela faisait maintenant plusieurs mois qu´il était arrivé au Purgatoire. Quelque mois, depuis l´ambitieuse mission de Byblos, qui avait amené tant d´honneur et tant de gloire à l´agent Altraël et qui avait poussé la Mort à le nommer Seigneur du Jugement. Quelque mois que ce dernier l´avait pris sous son aile, et qu´il était devenue pour tous les enfants du purgatoire le fils redouté de l´ange de la Peste.
Ça ne le gênait pas excessivement, d´être ainsi mi à l´écart. Il n´aimait la compagnie des enfants de son âge, trop faible, trop stupide, toujours à vouloir se battre et à se comparer les uns aux autres. En vérité, il n´y avait qu´une personne qu´il pouvait supporter à part lui-même: Son père.
Comment avait-il pu oublier?
-Euh... Salut Ankou!
-Bonjour Morrigan, tu va bien?
-Qu´est-ce qu´elle est belle! C´est la plus belle de toutes les filles...
-Bien sur, Morrigan! C´est la seule fille de notre âge dans le Purgatoire! La seule fille qu´on ne doit pas tuer!
C´était il y a tellement longtemps....
Les corridors du Purgatoire du Sud, le domaine des enfants, tremblait sous les premiers affrontements des apprentis assassins, sous leurs jeux innocents, et leurs bagarres idylliques. Ils s´imaginaient les héros de Dieu, mimaient mort sur mort, meutre sur meurtre, avec l´enthousiasme des fanatiques. Sur le visage de chacun, un superbe sourire, ce sourire reservé à ceux qui, de leur vie, n´avait jamais vu le sang...
Mais Necron, lui, pendant les horraires libres où ils étaient laissés à eux-même, ne partageaient pas les jeux des autres enfants. Renfermé, inquiet, ombrageu, il restait appuyé contre une colonne, à regarder ses camarades jouer. Dans son esprit, le sang et les ombres dansaient, et les spectres de Byblos le dévoraient de leurs yeux sombres et horribles. Dans son âme, se bâtissait déjà, brique par brique, poutre par poutre, la muraille qui le séparerait du monde, le masque de cire qui l´éloignerai de la vie.
Et puis elle était venue vers lui.
-Tu t´appelle Necron, c´est ça?
Pas fils du Seigneur Ishtar. Pas le fils d´Altraël, pas l´enfant venu de Byblos, non, rien. Juste Necron. Son prénom. Après coup, il avait compris qu´elle avait demandé son nom directement à son père. Qui d´autre aurait pu le lui donner?
-Pourquoi tu restes toujours tout seul? Tu ne veux pas jouer avec nous?
Necron n´avait pas répondu. Il lui avait tourné le dos, et s´était renfermé encore plus. Elle, comme les autres, ne valait rien.
-Tu pourrais au mois répondre! D´où tu viens, pour être comme ça?
Necron resta emmuré dans son silence. Ankou, vexée, lui avait tournée le dos dans un grognement si typique des enfants, et était repartie à grands pas rejoindre Morrigan et les autres. Elle ne vit pas le regard noir du garçon se tourner furtivement vers elle, et vers son beau ruban bleu qu´elle utilisait pour attacher ses cheveux bruns.
-Ah! C´est Oncle Faust qui arrive!
-Il est avec le Seigneur Ishtar! Demandons si il veut jouer avec nous!
-Oui!
Altraël et Faust passait beaucoup de temps ensemble, à cette époque, et Necron trouvait cela très étrange. Il avait pleine confiance en son père, bien sur, mais... c´était étrange, c´est tout. Et il commençais à se méfier.
-Bien sur que je veux jouer, sales gosses! Planquez-vous vite! Sinon je vais vous attraper!
Les enfants s´enfuirent en riant.
-Faust, un Seigneur ne devrait pas s´abaisser à jouer avec les enfants!
-Et pourquoi pas, Altraël? Si personne ne joue avec eux, comment arriveront-ils à être heureux, aprés?
L´ange de la Peste resta de marbre.
-Ils ne sont pas ici pour être heureux, tu le sais bien.
-Toi alors...
Le vieil homme jeta un regard en arrière, et découvrit, à quelques mètres de là, caché derrière une colonne, un petit garçon aux cheveux et aux yeux noirs qui les regardaient avec insistance.
-Il ne parle pas beaucoup, ton fils. Tu sais ce qu´il a?
-Necron? Oui, il m´épie beaucoup, et n´arrête pas de me suivre. Je crois qu´il n´apprécie pas trop les autres enfants. Il est très refermé sur lui-même, et je n´arrive pas à savoir à quoi il pense.
Il poussa un long soupir.
-Après ce qu´il a vécu... On ne peut pas vraiment lui en vouloir.
-Attention, voilà Oncle Faust! Il va nous attraper!
-Héhé, faites attention, les enfants! Je suis un méchant mort-vivants échappé de l´Enfer! Les assassins me cherchent, mais je suis bien trop fort pour eux! Ils doivent fuir, fuir!
-Aaah!
Necron, adossé à l´écart comme à son habitude, ne vit pas la jeune fille lui rentrer dedans au hasard d´une poursuite.
-Fais attention où tu vas! S´écria-t-il, agressif.
Ankou releva la tête, complètement prise au jeu. Son ruban bleu volait derriére son dos.
-Viens, on va se cacher par là!
Elle le prit sans ménagement par la manche, et commença à le tirer.
-je joue pas à vos jeux idiots! Lâche-moi!
Ankou n´arrêta pas moins de tirer. Necron, déstabilisé, manqua de tomber, et fut contraint de la suivre. Une dizaine de métres plus loin, la jeune fille l´envoya valser sans ménagement dans un couloir étroit et plongé dans l´ombre.
Necron se souvient avoir vu Faust passer devant eux, feignant visiblement de les voir. Il se souvient du regard en coin du vieillard, ainsi que l´ombre d´un sourire qui était apparu sur son visage ridé. Il se souvient l´avoir haï à ce moment-là, ce vieillard stupide et sénile, qui ne savait rien du pouvoir de Dieu. Il se souvient de ses mains qui se crispaient sur son bâton, dans son dos, et l´envie irrépressible qui le prenait de s´en servir, et d´abattre « l´oncle Faust » dans une mare de sang.
-Tu es folle? J´ai dit que je ne jouais pas!
-Alors pourquoi tu n´as rien dit? Fit elle fièrement.
Necron ne répondit rien. Elle continua.
-Bien, ça nous fait un à zéro!
-Hein?
-Quoi, tu connais pas? C´est pourtant connu. Quand quelqu´un sauve la vie à quelqu´un, on dit que ça fait « un à zéro ». L´autre doit alors payer sa dette un jour ou l´autre.
Necron ne trouva pas ça drôle.
-C´est idiot. Je vois pas l´interet de ce genre de jeu. Je préfère rester tout seul.
La jeune fille s´énerva de nouveau.
-Fais comme tu veux, alors! Moi, je m´en vais!
Et, comme la première fois elle lui tourna le dos, et alla rejoindre ses compagnons. Necron la suivit lentement du regard, ses yeux noirs dardant de rancoeur. Il était furieux, il en voulait mortellement à Ankou de l´avoir ainsi ridiculiser, et pourtant, il s´en voulait à lui-même. Et il ne savait pas pourquoi. Bon sang, il n´avait pas été furieux depuis...
Depuis...
« Attention, un éboulement! Une partie du Purgatoire s´effondre!
-C´est la partie la plus au sud qui est touchée! Prés des appartements du Seigneur Faust!
-Dieu nous protège!
-Où est le Seigneur Ishtar? Où est-il? »
-Sécurisez le périmétre, fit la voix d´Altraël, et demandez à Noctal de prévenir le Seigneur Suprême! Je demande à dix hommes de venir avec moi aider ceux qui y sont restés.
-Empêchez les enfants de s´approcher! C´est dangereux pour ceux qui n´ont pas la force de manier le temps!
-Vite!
Les plafonds s´effondraient les uns sur les autres. Les colonnes de granit se cassaient, se deversaient, dans un torrent de poussiéres et de roc. Les lumiéres fluorescentes clignotait convulsivement. Dans ce chaos de clair-obscur, la silhouette d´Altraël Ishtar tendit la main à un vieillard.
-Faust! Tu t´en est tiré!
-Altraël, ma fille! Je ne sais pas où elle est!
Une minuscule silhouette courait parmi les gravats. Zigzagant entre les pierres, plongeant par dessus les rochers, esquivant les jets de plâtres et de granit, elle hurlait de peur et d´horreur. Derriére son sillage, des gouttes de sang la poursuivait comme des dragons avides de guerres et de massacres.
Elle ne vit pas la gigantesque colonne de métal surgir du néant poreux au-dessus d´elle. Elle ne le vit pas s´approcher d´elle. Mais elle sentit soudain un bras autour de sa taille, un courant d´air effroyable venant d´un bâton de bois tenu par une main blanche, une voix tourmentée au-dessus d´elle (« tu es vraiment lente ») et une lumière gigantesque alors que le temps l´emportait, elle et son sauveur, loin de tout danger.
Quand elle rouvrit les yeux, Ankou était en sécurité, dans les bras de son père.
-Papa!
-Ma chérie, tu es blessée! Ca va aller? Tu es sure?
Ankou rémua faiblement. Elle eut un petit sourire.
-Tout ça pour une apprentie agent qui n´est même pas capable de se sauver toute seule... soupira Altraël, ignorant le regard furieux de Faust.
Une voix s´éleva.
-Elle s´est sauvée toute seule, Pére.
C´était Necron. Tout seul, assis sur un tas de gravats, il assistait à la scène des retrouvailles.
-Je l´ai vue. Elle s´est évanouie juste devant la porte, avant que vous ne la voyez. Mais avant, elle a courue jusqu´ici sans problème.
Altraël et Faust s´échangèrent un regard, puis tournèrent leur attention vers Necron. Soudain, une voix surgi de nulle part tonna à travers les décombres.
-Il a raison, mes enfants. Elle est très rapide pour son âge!
Faust fit un bond.
-Sei... Seigneur Suprême! Vous étiez là?
-Bien sur que j´étais là. Je suis désolé pour ce qu´il s´est passé. Le Purgatoire commence à tomber en ruine. Attendez... encore quelques années.
Et ce sera fini...
-Ne t´enfuis pas, Necron. Je sais très bien que c´est toi qui m´as sauvée.
-...
-Je sais aussi que t´aime pas parler. Mais... Merci. Vraiment. Je s´rai morte sans toi.
Necron se tourna vers elle, et son masque de cire la foudroya de ses yeux noirs.
-Comment dit-on?
-Hein?
-Dans votre jeu idiot, sur les vies, tout ça... Comment dit-on, quand on a sauvé chacun autant de vie à l´autre?
-Ah...
Elle eu un grand sourire.
-On est quitte quand on se quitte! C´est comme ça qu´on dit, c´est marrant, hein?
-On est quitte quand on se quitte...
Necron se tourna vers elle. Et, pour la première fois depuis son arrivée au Purgatoire il y a des mois, il essaya de sourire.
-Ouais. C´est marrant.
Et le temps s´écoula...
-Les résultats du concours d´entrée au titre d´agents sont les suivants: Premier: Necron Ishtar, huit ans. Second: Morrigan Delgado, dix ans. Troisiéme, Ankou Ashura, neuf ans...
...Bouleversant...
-... comme l´indique la loi divine, les membres de la promotion recalés seront exécutés.
...Innocences et amitiés...
-Vous avez entendu la nouvelle? Le fils du seigneur Ishtar a vaincu sa première cible!
-C´est impossible! D´habitude, les nouveaux agents doivent fuir plusieurs combats avant de pouvoir tuer! Quelle était sa victime?
-Un certain elfe des cendres nommé Ariamis!
...Certitudes et doutes...
-Mon premier mort, Necron. Mon premier mort... C´était un viellard, perdu dans une ville. Ce fut tellement facile... Tellement simple... C´est si rapide, de tuer?
-Ne t´inquiéte pas, Ankou. Le premier des assassinats est toujours dur à encaisser. Tu iras mieux aprés, j´en suis sur.
-Merci.
...Combats et victoires...
-Ankou?
-Il paraît que tu as du prendre la fuite contre ton combat contre Pallas...
-Je ne le sentais pas... je n´ai pas réussi à la tuer...
-Que t´arrive-t-il?
...Defaites et chagrins...
-Si tu ne le fais pas pour la Mort... Fais le pour ça...
...Dieu et hommes...
-J´ai reçu ton ordre de mission. Ton prochain adversaire est Minrar de Babylone.
Ainsi soit-il!
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CHANT VI/XII: Soixante secondes.
http://www.radioblogclub.com/open/148536/nightwish/nightwish%20-%20nemo
-Ainsi soit-il!
-Tirez! S´écria Schism. Tirez, et tuez Grar! Tuez l´assassin de Lucifer!
Et les gardes animés tirèrent.
En l´espace d´une seconde, tout ne fut plus que vacarme, flammes, et sang. Des mains brillantes surgirent des flammes bleutés hautes comme des montagnes, qui s´élevèrent dans le ciel noirs. Les rayons des étoiles dansèrent dans les rayons, et explosèrent en une immense sphère de feu qui dansa dans les nuées comme un deuxième soleil. Le jardin paradisiaque brusquement illuminé prit des allures d´enfers, et les flammes de la fin du monde plongèrent vers leurs cibles.
Elles rebondirent dans les balcons, et les lamentations des esprits détonnèrent dans les arcanes du Purgatoire. C´étaient des hurlements de damnées, des cris de désespoir frénétique, des syllabes martelés par des sanglots infinis. Les spectres momifiées par des millénaires et des millénaires d´errance crachaient leurs haines. Des flammes bleutées émergèrent les Esprits Errants, les fantômes oubliées par les Étoiles et par les Dieux, et leurs visages décomposés, décharnés, putrides, se fissurèrent sous la puissance de leur propre célérité. Ils hurlèrent encore une fois, puis, dans un chuintement épouvantables, les quatre-vingts trois esprits des gardes animés présent autour de Grar le Sligr et d´Ankou Ashura fusionnèrent en une armée de rayons.
Et bondirent à une vitesse inimaginable.
Droit sur leur cible.
Puissantes.
Imparables.
Mortelles.
Un instant, Necron crut que ce cauchemar allait s´arrêter. Que l´Ange de la Peste allait ordonner aux esprits d´annuler leur attaque, et qu´il en profiterais pour tuer Grar, une bonne fois pour toute. Mais son père resta muet, et les rayons de mort percutèrent la seule femme que Necron Ishtar n´aimera jamais dans un dernier chant de désespoir.
Une lumière immense, infinie, envahit la salle. Necron aurait aimé s´enfuir, pour éviter d´être blessé à son tour par les flammes, mais ses jambes lourdes refusèrent de bouger. Ses yeux refusèrent de se fermer. Et alors se grava dans la salle comme dans la mémoire du jeune garçon une image qui le hantera pendant des années: La silhouette hirsute de Grar et celle fine et élancé d´Ankou, enlacés dans une funeste étreinte,brûlant dans un bûcher plus ardent que les plus ardentes abîmes de l´Enfer.
Une détonation rauque et brève tonna dans les entrailles du Purgatoire: Elle se répercuta dans chacun des couloirs, de la Grande Salle vidée de ses habitants aux ruines perdues engloutis par le temps, des longs corridors où couraient les assassins en armes aux infinies volutes des flammes de la Dominance, et même dans l´espace immense et vide du Multivers sidéral. Morrigan se jeta à terre en geignant. Les autres assassins détournèrent la tête. Schism lui-même se protégea les yeux. Mais ni Necron ni Altraël ne bougèrent. Tout les deux, le Seigneur du jugement et le Génie du Purgatoire, l´ange noir et l´ombre blanche, sur le balcon et dans le jardin, vue du ciel vue de la terre, vue de l´homme vue de Dieu, tout deux regardèrent jusqu´au bout l´oeuvre infernale des esprits errants du Purgatoire, et, ensemble assistèrent aux derniers instants de Grar le Sligr et d´Ankou Ashura.
Voilà.
(Soixante...)
(Cinquante-cinq...)
Altraël fut le premier à parler. Il savait qu´il était temps de mettre un point final à ce combat.
Un point final qui n´avait pas besoin de commentaire.
-Sowl, envoyez les apprentis nettoyer tout ça. Cela fait au moins vingt ans que personne n´a été tué dans l´enceinte du Purgatoire, et il faut bien quelqu´un pour s´en occuper. Au moins, ils s´habitueront à l´odeur de la mort.
-A vos ordres, Seigneur Ishtar, fit l´homme à la cape noire.
Il disparut dans un des couloirs;
Une dizaine de gardes animés, ceux qui n´avaient plus d´âme à brûler, s´effondrèrent dans un chaos métallique. Le reste recula un peu, jusqu´au mur, observant la scène de leurs yeux vifs et précis, pendus à leurs antennes. Altraël entendit un gargouillement, et ne pris pas la peine de tourner la tête. Morrigan venait de se jeter par-dessus la balustrade, et la bile s´était jointe aux larmes sur son jeune visage.
-« Tout ça »? Fit Schism avec une moue dégoûté. Vous voulez dire ce qui reste...Quelle boucherie...
Altraël poussa un soupir d´exaspération, et tourna son attention vers son fils, toujours en contrebas.
D´un saut, il se jeta dans le jardin calciné. Les milliers de fleurs et d´herbes qui jonchaient son sol n´étaient plus que ruines et cendre fumantes. Les arbres brûlés étendaient leurs branches maigres vers le ciel noir, secouant leurs feuilles brûlés dans un torrent de braises enflammés. Au milieu d´eux, comme un enfant dans un berceau, reposait les restes d´Ankou et de Grar.
(Quarante-six...)
Ce n´était plus qu´une carcasse d´os et de viandes, de sang et de viscères. Il n´y avait plus de visage, plus de membre, plus rien de reconnaissable dans ce chaos de rouge et de gris. Il n´y avait que la mort la plus horrible et la plus cruelle qui soit. Des êtres qu´elle avait embrassée de son froid baiser, il ne restait plus rien.
Une sorte de sang noir, carbonisé, brûlé, avait éclaboussé à des mètres à la ronde, baignant les arbres brûlés d´une hideuse coque fumeuse. Quelques gouttes étaient allés se perdre dans une petite main blanche comme la neige, un peu plus loin dans le jardin.
Necron la contemplait, fasciné. Ses yeux noirs brûlaient d´un feu ardent qu´Altraël ne connaissait que trop bien. C´étaient ceux avec lequel il l´avait vu un soir, quelque part dans une ferme de Byblos.
Avec une lenteur macabre, l´assassin porta la paume de sa main jusqu´à son front. Le sang dessina une trace noire perdu dans ses cheveux de ténèbres. Necron Ishtar leva ensuite les yeux vers son père.
-Je croyais que tu serais triste pour ton amie, fit Altraël d´une voix douce.
Il fallu quelques secondes pour que Necron réponde, et quand il le fit, ce fut d´une voix mécanique, inhumaine. Un ricanement rauque qui montait et descendait au besoin, aucune intonation, aucun sentiment. Un masque de cire parfait.
-Non. Je ne suis pas triste.
Il attendit visiblement que l´ange rajoute quelque chose, puis:
-Juste...
-Hein?
-Elle a dit juste... Elle a dit que c´était juste ce qui lui arrivait...
(Trente-trois...)
L´ange de la Peste durcit le ton. Il fallait qu´il comprenne. Même si il fallait qu´il souffre plus qu´il n´ai jamais souffert, même si il fallait qu´il pleure une éternité sous son masque de cire, il fallait qu´il comprenne.
-C´était juste, Necron. Elle s´est fait avoir par Grar par un coup en traître. Nous n´aurions pas été là, elle serait morte de toute façon.
Les yeux de Necron brillèrent d´une lumière effroyable.
-C´est « juste », ça? C´est ça, la Justice?
-Nous sommes les gardiens du plan de Dieu ! Ceux qui sont faible ne méritent pas l´honneur qu´ils ont eu de naître dans nos rangs! Nous sommes les bourreaux du tribunal de la vie!
(Vingt-neuf...)
-Réponds à ma question, Altraël Ishtar: Est-ce là la Justice?
Le tutoiement surpris l´ange de la Peste, mais il ne devait pas se laisser impressionner. Ce n´était qu´un petit enfant de douze ans, submergé par son chagrin et par sa colère.
-C´est la volonté de Dieu, Necron! Du Dieu de tout les Dieux! Nous sommes ses serviteurs, et nous devons accomplir sa volonté.
-Sa volonté... fit Necron en échos.
Il se mit à lentement approcher d´Altraël. Pendant qu´il parlait, l´ange sentit sa colère et sa fureur se boursoufler, monter crescendo, redescendre. Il compris que Necron se battait pour maîtriser sa fureur.
En vain.
(Vingt-trois...)
-Un Dieu sans bien ni mal...Un Dieu qui veut que le héros Minrar de Babylone repose sans sépulture dans une tour en ruine... Un Dieu qui a besoin d´Abanfir le démon qui continuera à massacrer et à tuer tant qu´il n´a pas accompli son but... Un Dieu qui pourchasse et tue celui qui défia son maître pour sauver les démons du joug de Lucifer... Un Dieu qui massacre une petite fille de douze ans parce qu´elle s´est fait avoir par surprise... Un Dieu qui fait régner la mort et la terreur en envoyant ses chiens détruire des royaumes entiers! Qui voudrait de ce Dieu? Qui voudrait de cette Justice?
(Dix-neuf...)
-Necron Ishtar! S´écria Altraël. Ces paroles sont un odieux blasphème! Excuse-toi imm...
Et Necron explosa.
-Je me contrefous de ces blasphèmes! Non, père, je ne suis pas triste, je suis furieux! Je refuse qu´un tel Dieu puisse nous gouverner, je refuse une telle Justice qui compte les morts comme on compte les étoiles! Je refuse qu´on puisse tuer un héros comme un assassin, qu´on détruise la vie par pur plaisir mégalomane! Je REFUSE QU´ANKOU MEURE D´UNE FACON AUSSI STUPIDE!
(Douze...)
-Ishtar! Cria Schism.
-Gravez-bien ces paroles dans votre esprit, Pére, car je ne me répéterais pas.
(Dix...)
-Necron... murmura Morrigan.
-Je renie votre justice!
(Neuf...)
-Tu ne sais même plus ce que tu dis... soupira l´assassin à la cape noire.
-Je renie vos règles!
(Huit...)
-Ainsi soit-il! chantonna une voix quelque part dans le Purgatoire.
Une voix battue par des flammes gigantesques et par le grincements des sabliers...
-Je renie votre Dieu!
(Sept...)
Il y eut un silence stupéfié d´un instant, unique, bouillonnant d´ardeur et d´angoisse. Mais...
(Six...)
-...tu ne peux rien faire, Necron, lança l´Ange de la Peste en ricanant. Pourquoi te désavouer? Ankou est morte, et tu n´y changera rien!
Et...
(Cinq...)
Necron s´approcha de la mixture infâme et sanglante. Une de ces bottes glissa, et s´écrasa...
-Non... Rien n´est irréversible en ce monde...
(Quatre..)
...sur le médaillon qu´Ankou portait toujours au cou. Un médaillon où scintillait une balance noire devant un oeil doré...
(Trois...)
L´ange de la Peste comprit soudain avec une clarté effroyable. Bien sur. Il avait raison. C´était réversible... Et alors...
-Tirez! Hurla-t-il. Tirez! TUEZ-LE!
Mais déjà Necron avait ramassé son bâton, et...
(Deux)
Alors que les gardes animés survivants, sans attendre l´ordre de Schism, faisaient filer leur rayon de mort à une vitesse fabuleuse, alors que Altraël, soudain terriblement lucide, comprenait que l´enfant l´avait mené en bateau depuis le début, alors que les assassins, trop surpris pour réagir, contemplaient la scène, effarés... alors que le garçon avait déjà activé le pouvoir le plus puissant et le plus craint du Bâton du Temps,
(Un...)
La botte noire de Necron Ishtar fils d´Altraël, autrefois nommé Raphaël fils de Steven, fracassa d´un coup sec le médaillon de la Justice.
Et le temps s´envola...
Zéro.
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(´Foiré mon découpage, ça devait arriver XD)
-Ainsi soit-il!
-Tirez! S´écria Schism. Tirez, et tuez Grar! Tuez l´assassin de Lucifer!
Et les gardes animés tirèrent.
Les rayons de mort scintillèrent de leur lumière bleutée, puis plongèrent sur leur cible. Il y eut soudain une lumière ardente, blanche, irradiante, puissante comme un soleil, qui se mit à briller dans le jardin du Purgatoire. Tous bondirent en arrière pour se protéger de la lueur funeste qui les rendraient aveugle en une fraction de seconde. L´Ange de la Peste comprit.
Il y eut un long silence, long comme une éternité. Puis, enfin, les assassins se décidément à regarder ce qui avait provoqué cette lumière divine.
Ils ne furent pas déçus.
Les esprits étaient à terre. Leurs spectres momifiées et bleuie par les années étaient agenouillé devant les bottes noires d´un petit garçon...
Necron Ishtar était là, debout, interposé entre les rayons de mort et Grar. Les esprits suppliaient leurs morts, sanglotait devant ses pieds. Dans sa main, le Bâton du Temps, haut et fier, dessinaient des courbes mortelles qui tranchaient et tranchaient un par uns les esprits à terre. Le regard obscur du garçon rencontra celui blanc et livide de l´Ange de la Peste.
-A quoi tu joues, gamin? fit la voix bourrue d´un sligr dans son dos.
-Necron!
L´enfant du lutter contre l´envie de se retourner et de revoir le visage de celle qu´il croyait avoir perdu. Au lieu de cela, il fit fièrement face à son père.
-Les Esprits Errants sont aux ordres de tout les membres du Purgatoire, je peux donc tout à fait les arrêter. Vous l´aviez oublié, Pére?
-Ishtar! Dans quel camp es-tu? S´écria Schism.
Altraël ne dit rien. Necron jeta un regard en arrière, et dans ses yeux obscurs se mélérent joie et détermination.
-Suivez-moi Grar. Je vais vous emmener à Babylone. Je vous le promet.
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CHANT VII/XII: La Théorie des Psaumes
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L´ange de la peste réagit en un instant;
-Tirez à nouveau! Tuez les! Je suis le Seigneur du Jugement, esprits oubliés, je vous sommes de m´obéir!
Et les gardes animés lui obéirent. Une seconde fois, les mains se mirent à briller, prêtes à se changer en quelques secondes en esprits errants, en impitoyables rayons de mort consacré à détruire, à détruire et à mourir.
Necron cria:
-Grar! Suivez-moi! Je connais le chemin pour aller à Babylone! Nous pourrons les semer!
-Si c´est de nouveau un piège, gamin je peut me dire que tu me le paieras cher, grogna Grar en prenant sans ménagement Ankou dans ses bras.
Ils s´élancèrent. Necron bondit dans les champs de fleurs, son bâton continuant sans relâche son oeuvre macabre. Les esprits rebellés tombaient sous ses coups, parsemant son sillage de fumées bleutées et sanglotantes.
-Necron, tu... commença Ankou.
-N´avancez pas plus loin.
Il y eut un claquement sec, et l´homme à la cape apparut devant eux, une lame effilés dans chaque main.
Necron jura, et, d´un bond prodigieux, sauta au-dessus de l´assassin. Son pied tendu rencontra une des épées. Le bâton du temps fendit l´air, mais déjà l´autre lame s´était interposé au-dessus du capuchon, et le garçon, impuissant, vit l´homme se fendre d´un sourire.
-Tu es trop...
Mais l´homme à la cape n´eut pas le temps de finir sa phrase. Frappé de plein fouet par une manchette de Grar, son corps valsa à travers le jardin. Necron eut un petit sourire, et ils continuèrent leur course.
Les rayons de mort plongèrent à leurs rencontres, et cette fois, ce fut les épées d´Altandre et de Tierak qui les déchiquetèrent. Necron bondissait, tournoyait, dansait, tranchant les chairs éthérées, déchiquetant les lumières vielles. Sa lame, alors qu´il avançait, semblait dirigé par une entité divine, incontrôlable, comme si le porteur lui-même ne dirigeait pas les funestes coups; Grar, lui, alourdis par une Ankou complètement prise au dépourvue, se contentait de les dévier et de les parer du dos de sa lame, tenue à une main. Autour d´eux, les sphères bleutées explosait dans une apothéose de cris et de pleurs, et la terre pure du Purgatoire, pour la première fois depuis des siècles, tremblait sous les chocs d´une bataille.
Necron avisa une porte, à une centaine mètre d´eux, qui rentrait sous les balcons.
-C´est là où nous devons aller, ne vous arrêtez pas!
-C´est à l´autre bout du jardin! S´écria Grar, suivant malgré tout Necron dans sa course.
Altraël cracha.
-Shemal! Yama!
-A vos ordres, Seigneur Ishtar!
Les deux assassins bondirent de leurs balcons respectifs. Il y eut le bruit d´épées qu´on dégainait du fourreau, et deux ombres foncèrent de leurs cotés pour arrêter leur course.
Grar ne prit pas l´attention de voir ni leur apparence, ni leur visage. Il n´avait pas le temps. Immédiatement, ses yeux de veterans se concentrèrent sur leurs armes.
Deux disques de métal du coté droit.
Une lance gigantesque du coté gauche.
-Necron! Tu prends celui avec les disques! Je m´occupe de l´autre! Quoiqu´il en soit, on ne s´arrête pas de courir!
-Ca marche!
Les deux épées bondirent de leur fourreau.
Grar sentit l´air vibrer au-dessus de lui. Il n´eut que le temps de se mettre en garde, et la lance métallique percuta la lame de Tierak dans un fracas gigantesque. Sans s´arrêter de courir, tenant Ankou par son bras gauche (son petit corps s´accrochait à lui, désormais), il rompit en tournoyant et sa lame fonça droit vers l´ennemi. Il y eut un reflet argenté dans le ciel bleu et la lance tournoyante arrêta souplement son attaque. Grar bondit, l´assassin réattaqua sans une seconde de répit. Grar entendit de nouveau un bruit derrière lui. Il se jeta à terre, l´arme mortelle vrombit à quelques centimétres de son crane. A l´aveuglette, le Sligr fit plonger son épée vers l´arrière. Il entendit de nouveau la lance fouetter l´air, et, prévoyant le contre de l´assassin, Grar retira sa lame, et s´enfuit sans demander son reste.
Necron, d´un bond, abattit son épée sur son adversaire. Les disques de métal se croisèrent à une vitesse fabuleuse, et rencontrèrent la lame d´Altandre dans un torrent d´étincelle. Necron frappa de son pied le visage de l´assassin; Son adversaire esquiva souplement le coup, bondit à son tour, et sa main tranchante plongea vers le buste du garçon. Necron tournoya dans les airs, fit scintiller son épée dans le ciel bleu, et contra l´attaque. L´autre disque vrombit vers son crane. Dans un réflexe fabuleux, la main gauche de Necron s´abattit sur le poignet de son adversaire. Il y eut un craquement sinistre, suivit d´un cri de douleur, et le garçon continua de courir.
La porte n´était maintenant plus qu´à quelques mètres. Schism, sur le balcon un peu à leur gauche, les regardait en souriant, les bras croisé sur son torse musculeux. Morrigan, à ses cotés, était bien trop surpris pour réagir.
Restait Altraël, au dessus d´eux.
Lentement, le Seigneur du Jugement leva la main droite. Son tatouage funeste brilla d´une lueur grise, surnaturelle. Une fumée incolore, sinistre, s´éleva tout autour de lui. Le ciel paru soudain plus pale, et Grar se sentit pris d´un terrible sentiment.
-Gomorrhe.
Un vent violent, puissant, inéluctable, les frappa dans le dos. Les deux assassins Shemal et Yama bondirent en arrière, pour éviter de se mettre à portée. Grar contempla, effrayé, les arbres perdre leurs couleurs et leurs vies. Les feuilles devenaient d´un gris incandescent, puis se désagrégeaient sous le mouvement du vent. La poussière et la cendre tourbillonnaient dans le ciel blanc, et rejoignaient la paume noire et glacée de l´ange de la Peste. Les bois et les fleurs s´animèrent soudain, et leurs branches, et leurs épines, secoués par des spasmes sinistres, plongèrent pour attraper les fugitifs.
-Courez! S´écria Necron. Nous n´avons aucune chance!
Et Grar se mit à courir, de toute ses forces, comme si les dieux eux-mêmes le poursuivaient. Leurs pas précipités écrasaient l´herbes grisâtres et les arbres noircis, zigzaguant pour éviter les tirs mortels des esprits errants, bondissant parfois pour éviter une racine sournoise, une butte funeste, leurs lames déchirant le bois pervers qui fouettait l´air. Une douleur immense, gigantesque, explosa dans l´esprit de Grar et il sentit un sifflement au niveau de son crâne. Il poussa un hurlement, et ses jambes accélérèrent encore le rythme, si elles le pouvaient encore.
La botte noire de Necron percuta enfin le pavé froid du palier, le soleil disparut dans les voûtes du corridor. Dans un cri il se jeta à terre, et sa main gauche frappa un coup sec sur le levier à ses cotés.
Il y eut un crissement, puis les engrenages mystérieux qui régissaient le purgatoire coulissèrent. La porte du couloir s´abattit, et les ténèbres les entourèrent de leurs manteaux protecteurs.
Après le chaos, le calme.
Un silence pesant s´abattit sur le jardin défiguré. Pendant d´éternelles secondes, personne n´osa bouger, encore stupéfié par la soudaineté et la violence de la bataille qui venait de se dérouler. Altraël, lentement, referma la main, et le tourbillon de poussière grise s´arrêta aussi mystérieusement qu´il était apparu. Sowl, l´homme à la cape, se releva en grimaçant. Yama rangea sa lance. Shemal fit coulisser ses disques dans son dos. Morrigan, pétrifié, contemplait la porte referma comme si elle signifiait la fin du monde.
Un rire rauque éclata soudain dans ce silence de mort.
-Ils se sont envolés! A notre nez et à notre barbe! Ce Necron Ishtar n´est vraiment pas n´importe qui!
-Ce n´est pas drôle, Schism, fit Altraël.
-Ton fils est doué, continua l´Ombre sans cesser de rire. Et même drolement doué! Avec l´aide du sligr, il a quand même réussi à tenir en échec trois assassins expérimentés! On n´avait plus vu ça depuis des années!
Il ria encore, et l´écho de ses exclamations parcouru le jardin défiguré. Puis, son rire se figea en un sourire exultant.
-Le Seigneur Suprême ne sera certainement pas très satisfait d´apprendre que vous ne savez plus tenir votre fils, Ange Noir.
Altraël en avais visiblement assez, car sa voix glaciale et sèche claqua comme un coup de fouet.
-C´est ce que tu espères, n´est-ce pas, Schism? Mais où ai-je commis une erreur? Qu´aurais-tu fait à ma place? C´est vrai qu´il n´y a pas si longtemps, tu y étais, à ma place...
Soudain, le sourire de Schism se volatilisa. Un rictus de haine s´afficha soudain sur son visage dévoré par l´ambition.
-Et j´y serais encore, ange noir, si...
-Si une malencontreuse erreur de Jugement de ta part n´avait pas causé le plus grand fiasco de toute l´histoire de la terre, agent.
Il avait dit agent comme une insulte, un signe suprême de l´infériorité de Schism. L´ombre eut un mouvement de recul, comme si on l´avait frappé.
-C´est moi qu´on a envoyé pour réparer tes erreurs. C´est moi qui ait du réparer les dégâts. Tu n´étais pas là, régnant sur ton trône doré, quand j´ai noyé sous le sang la terre des humains, et je peux te promettre, Schism, que cet échec là, n´a rien avoir avec celui qui t´a coûté ta place, il y a des années. Sois juste satisfait que le Seigneur Suprême t´ait laissé la vie, car si il n´en tenait qu´à moi, tu serais mort et enterré depuis bien longtemps. Alors donne-moi seulement une occasion de te tuer, et je le ferais, sois-en sur.
Il y eut un silence tendu. Les quatre assassins présent avaient les yeux rivés sur Schism, attendant sa réaction, prêt, si il le fallait, à le tuer sans autre forme de procès. Quand l´ombre prit la parole, ce fut d´une voix déchiré par la haine.
-Un jour, nous nous affronterons, Ange Noir. Je ne sais pas comment, ni même pourquoi, mais je sais que nous combattrons. Et je prendrai un plaisir immense, gigantesque, colossal, à réduire votre vie à néant, et à vous rendre au Dieu de votre race impie, vous avez ma promesse.
Altraël se détourna, un petit sourire au lèvres.
-Fais attention, alors. Car ça arrivera peut-être bien plus tôt que tu ne l´imagines.
Son regard livide tomba dans le jardin.
-Sowl! Y a-t-il un moyen de les poursuivre?
-Je crains que ce soit impossible, Seigneur Ishtar, fit l´homme à la cape. Votre fils a choisi un couloir indépendant qui débouche directement à la nacelle de Babylone. Apparemment, il avait coutume d´aller se balader ici avec la fille du Seigneur Faust. Il connais très bien les lieux.
-Nous pouvons faire un détour. Au pas de course, combien de temps mettrons nous?
Sowl resta un instant à réfléchir. Sa main gantée s´agita spasmodique ment dans l´air, et les pouvoirs du temps se déployèrent autour de lui.
-Une petite demi-heure si nous courons vite. Peut-être un peu plus.
-Parfait. Allons-y.
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Encore soufflé par la violence de leur fuite, Grar et Necron restèrent quelques instants, protégé par la lourde porte de métal, à souffler et à récupérer. Ankou, visiblement choqué par la soudaineté de la bataille et la prévision de sa mort, gisait inanimé, à coté d´eux.
Le sligr regarda autour de lui. C´était un long couloir, aux murs éclairés faiblement, si bien que la fin restait tapie dans la pénombre. Comparé aux lumières mortelles du jardin enflammé, ces ténèbres là paraissaient bien rassurante.
Necron se releva en premier.
-Gamin, je... commença Grar.
Il se sentait un peu gêné de la manière dont c´était arrivé. Cet enfant l´avait sauvé, après tout. Il voulait lui dire quelque chose, peut-être pour le réconforter, le rassurer, mais il ne sut pas quoi.
Ce ne fut pas nécessaire.
-Que les choses soit clair, Grar le Sligr. Je n´ai pas trahi le Purgatoire. Mon âme reste pour toujours au service de la Mort. Si j´arrive à ramener votre tête au Seigneur Suprême, Sa Miséricorde me pardonnera.
Ses yeux noirs brillérent.
-Et ce que j´ai fait, je ne l´ai pas fait pour vous.
En était-il certain lui-même? Croyait-il encore au Purgatoire? Voulait-il toujours en faire partie?
« Je renie votre Dieu! »
Ces paroles-là, personne ne pouvait s´en souvenir. Les plus grands guerriers, les plus grand magicien, son père et peut-être Dieu lui-même, personne ne les avaient entendus, et ne les entendrais plus jamais.
Personne sauf lui.
Et elles l´avaient bouleversés.
A ce moment-là, alors qu´Ankou et que Grar gisaient déchiquetés sur le sol calciné du Jardin, il avait senti sa fureur et son chagrin prendre le contrôle de lui-même. Il n´avait pu les réprimer plus, et l´assemblée entière avait entendu ses odieux blasphèmes. Maintenant qu´il y réfléchissait, il savait qu´il aurait du avoir honte, affreusement honte. Mais... si ces pensées résumaient vraiment son âme, alors...
-Je sais que tu ne l´as pas fait pour moi. Inutile de te justifier plus avant. Amènes-moi jusqu´à Babylone, et je relâcherais ton amie. Après...
Grar s´était relevé. Dans ses bras, Ankou gisait, inerte. Necron eut un sourire, mais sa voix resta toujours aussi indifférente et métallique. Un grincement de machine derrière un masque de cire.
-Très bien, fit Necron. Allons-y.
Ils marchèrent quelques minutes en silence. Leurs pas résonnaient dans le corridor obscur.
Le regard de Necron finit par dévier vers Ankou. Un sombre sourire apparut dans son visage pale.
-Elle est si belle quand elle dort...
Grar hocha la tête. Que pouvait-il faire d´autre? Il avait tant tué, tant massacré, il avait tant combattu, il avait été seul pendant tellement longtemps... Comment pouvait-il se souvenir de ce que les mortels appelaient la beauté? Ankou était vulnérable, fragile, il lui suffirait de serrer le poing pour la tuer. Ca, il le savait. Après? Il l´ignorait totalement.
Il chercha quelques instants quelques chose à rajouter.
-Elle s´est évanouie juste aprés la bataille.
-C´est compréhensible, après tout, continua Necron. Elle m´a soigné pendant plusieurs heures, combattu pendant prés de vingt minutes. Elle s´est fait prendre en otage, et elle a vu les esprits errants l´entraîner dans la mort. Qui ne s´évanouirait pas?
« Moi » pensa Grar. Moi, je ne m´évanouirais pas, j´ai affronté bien pire.
Mais il dit:
-Elle a l´air beaucoup plus jeune, maintenant qu´elle est endormie. Beaucoup plus fragile... Quel âge avez-vous, tout les deux?
-On ne connaît pas exactement notre âge. Disons que nous avons entre onze et quatorze ans, mais je ne peux pas être plus précis.
-Si jeune... murmura Grar.
Il se tourna soudain vers Necron:
-Qui êtes vous vraiment? Je veux dire... Où sommes-nous, ici? Vous êtes au service de la mort, mais... Pourquoi vous battez-vous? Combien êtes vous? Quel Dieu adorez-vous? Miséricorde, que se passe-t-il ici?
L´enfant sembla hésiter quelques secondes avant de parler. Puis, il prit une grande inspiration.
-Grar, ce que je vais vous dire est le plus grand secret que porte ce monde. Personne ne doit savoir. Absolument personne. Si je vous le dit, c´est parce que je sais que vous allez mourir bientôt, et que jamais les mortels ne l´apprendrons par votre bouche, j´en suis certain. Et puis...
« Il faut que tu trouve la réponse par toi-même. »
Grar hocha la tête, et Necron commença son récit.
-Comme vous le savez certainement, avant que le monde, le Multivers, les Dieux et les mortels n´apparaissent, il n´y avait que le néant absolu. Le noir, l´obscurité, les ténèbres, le vide, l´abîme. Et, au milieu de ce Rien originel, il y avait un Dieu, un seul.
-Le Dieu Premier, opina Grar. Je connais ça. C´est lui le Dieu des Dieux, le seigneur du monde.
-Il est connu sous les noms Eru, Yahvé, Allah, Shiva, Odin, Noüt, Dieu des Dieux, Maitre des Plans, Voyageur eternel, Seigneur de la Terre, Pére Suprême, ou tout simplement Dieu, à travers les univers et les cultures, mais tous ces mots ne désignent que notre chef à tous, que nous adorons et à qui nous obéissons au Purgatoire.
Il leva son bras au ciel.
-Nous sommes ses mains, ses doigts qui jouent sur l´orgue du futur. Mais j´y viens.
Il rabaissa sa main, et repris d´un ton égal.
-Comme vous le savez aussi, c´est lui qui a crée les Dieux. Ensuite, avec leur aide, ils ont bâti le monde, et les différents plans. Puis, il a de nouveau disparu dans le néant, aussi mystérieusement qu´il était apparu. Mais il y a une chose que vous ignorez.
« C´est que Dieu, quand il a construit le monde, avait un rêve. Un but à accomplir. Et la Terre était le moyen pour lui de réaliser son rêve. Quel était cet objectif? Personne ne le sait. Mais c´était un plan ambitieux, terrible, magnifique et effroyable à la fois, un plan qui concernait le Multivers entier. C´est avec ce but suprême en tête que le Dieu des Dieux créa Kalrok, Tierak, Lucifer, Gilgamesh, et c´est encore avec ce mystérieux objectif qu´il disparut du monde des divinités comme des mortels, il y a de ça des milliers d´années. Nous sommes ses agents. Les gardiens de ce rêve.
Grar se retourna vers lui.
-Les Gardiens? Comment ça?
Necron rassembla ses pensées pendant quelques secondes.
-Il y a maintenant dix mille ans, Dieu est revenu sur terre, et sous la forme d´une gigantesque lumière, qui a éblouit le monde entier. On en parle encore dans certaines légendes. Il a alors consulté en rêve un modeste magicien qui dormait à la belle étoile, celui qui est, aujourd´hui encore, notre Seigneur Suprême.
« Dieu lui a parlé, et lui a révélé le secret de la création. Il lui a dit que son plan était menacé par le libre arbitres des mortels et des Dieux, et que, si il ne laissait pas ses serviteurs assister à l´accomplissement du plan, ce monde échouerait, et n´aurait plus de raison d´être. Il devrait retourner dans le néant créer un nouvel univers, en rêvant à son grandiose objectif, et le monde serait alors abandonné par son créateur. Dieu lui a dit que c´était à lui, et à lui seul, que revenaient la tâche de créer le Purgatoire. En échange, il recevrait l´immortalité, et un pouvoir incommensurable. »
-Mais... Attends... Comment votre chef peut-il savoir ce qui sert ou dessert à l´objectif du Dieu des Dieux, si il ne connait pas son « plan »?
-Il le connais. Et c´est ça d´ailleurs qui le rend si fort.
« Lors de la création du monde, Dieu a crée un champ magique d´une puissance infinie qui quadrille le Multivers dans son ensemble. Ce champ note et retient toutes les actions, touts les événements, du plus infime au plus gigantesque, du plus secret au plus connu, qui se déroule dans notre temps et notre espace. Il surveille le monde et il est le monde. C´est un oeil immense, immortel, éternel, rivé sur chacun de nous depuis l´aube de la création, un oeil qui suit et observe le moindre de nos mouvements et de nos actes. En ce moment même, il nous observe, et sait ce que nous allons faire. Cet oeil du Présent, du Passé, et du Futur, ou plutôt ces milliers des yeux, nous les appelons les Psaumes. »
« Les Psaumes sont partout, mais bien peu ont pu les utiliser. Il faut avoir les clés pour pouvoir les voir, pour pouvoir les consulter, et pour pouvoir calculer ce qui va se passer en fonction des actes présents. Car le passé est la clé pour connaître le futur, et il suffit de connaître l´ensemble des Psaumes pour pouvoir prédire l´avenir. Ils ne sont pas infaillibles, certes, car le libre arbitre des mortels reste imprévisible, mais ils savent ce qui sert la justice et ce qui la dessert avec certitude. »
Il s´arreta quelques instant, reprenant son souffle.
-C´est donc avec ça que vous pouvez prévoir le futur... murmura Grar. C´est impressionnant.
Necron eut un petit sourire.
« Ce ne se sont pas leurs seuls avantages... Ceux qui connaissent une partie des Clés du Purgatoire peuvent manipuler la réalité même. Ce n´est pas de la magie, pas même des pouvoirs divins, non, c´est bien plus fort que ça. Ils s´infiltrent dans la trame de l´espace et peuvent en modifier les règles à leurs guises. Vous vous rappelez de ce qu´a utilisé mon père, tout à l´heure? »
-Quand il a étendu la main? Fit Grar en frissonnant. Je n´avais rien vu de pareil. On aurait dit qu´il absorbait la vie, la matière elle-même. C´est ça?
-En effet, c´est les pouvoirs des Psaumes. Évidemment, bien qu´il fasse partie du Conseil Suprême du Purgatoire, il ne connaît qu´une infime partie des clés. Chacun des vint-et-un Juges en possède un fragment qui donne ce genre de pouvoir. Je vous laisse imaginer la puissance du Seigneur du Purgatoire, Grar, maintenant que vous avez vus mon Père.
Grar hocha la tête. Oh oui, il imaginait très bien. A coté d´un tel pouvoir, Lucifer et son armée semblait comme une assemblée de poupée faible et fragile.
-Et comment dirige-t-il le monde, alors? Il utilise son pouvoir?
-Non, répondit Necron. Ils nous utilisent nous. Vous savez, ça peut paraître étrange de le présenter ainsi, mais la meilleure façon de changer les choses est de tuer. Pas de témoins, pas de trace, un crime élucidé comme il y en a des millions dans cette ère si meurtrière. Personne ne sait que nous existons. Et puis, rien n´est plus définitif que la mort. Le libre arbitre d´un mortel ne peut plus rien changer, si le coeur de ce mortel est transpercé par une lame. C´est pour ça que la majorité des actions du Purgatoire sont des assassinats. Nous intervenons par petite touche, par petite impulsion au bon moment, pour que le monde ne quitte pas la route que Dieu a tracé pour lui.
« Quand Dieu lui a confié les Psaumes, il a commencé à recruter des disciples, puis à les envoyer dans un plan parralléle, là où nous sommes, le Purgatoire. Voilà ce que nous sommes, Grar: Nous tuons, massacrons, détruisons, mais nous ne faisons qu´accomplir la Justice Divine, et nous aidons à la réalisation du plan le plus ambitieux que la terre ait porté. Nous ne sommes que les mains de Dieu, et peut-être y a-t-il d´autres organisations comme la notre, caché dans les ténèbres, prêt à prendre la reléve si nous échouons. Pour parler cru, disons que c´est nous qui faisons le sale boulot, mais, de toute manière, il faut bien que quelqu´un le fasse. Nous sommes le bourreau de ce monde, Grar. Mais nous sommes avant tout un mal nécessaire. »
Grar hocha la tête, l´air grave, mais l´âme rempli de question. Et lui? Avait-il été été manipulé? Sa quête, magnifique, grandiose, mais aussi terrible et sanglante, son génocide démoniaque, ses combats innombrables, la mort de Lucifer, tout cela avait-il été prévu à l´avance, et de longue date, par un dieu omniscient, infini et tyrannique, qui n´a disparu de la surface du monde que pour mieux le contrôler? Bien sur, le Purgatoire le pourchassait, mais n´étais-ce pas un tour de ce seigneur suprême, prêt à tout pour accomplir la volonté de son maître, même à tuer ses propres fidèles?
Quel rôle jouait-il, lui, Grar le Sligr, dans cette partie d´échec entre Dieu et les hommes? Un joueur?
Ou un pion?
Pas maintenant. C´était inutile de se poser des questions. Il avait fait ce qui devait être fait, avec l´aide des dieux, certes, mais surtout grâce à ses convictions. Peu importait le pourquoi du comment des puissants du Multivers, car le Diable était mort. Aprés cela, plus rien n´avait vraiment d´importance.
Il se tourna vers Necron.
-Et toi? Comment est-tu arrivé dans ce Purgatoire? Pourquoi te bats-tu avec eux?
Le garçon semblait s´être préparer à toutes les questions possibles et imaginables. Mais pas à celle-là. Il sursauta violemment comme si on l´avait mordu, et répondit avec la hargne d´un animal blessé.
-Hein? Pourquoi me posez-vous la question? C´est... C´est...
-Oui, d´où venez-vous, tous? D´après ce que j´ai vu, il y a beaucoup d´humain ici, mais pas seulement, il y a des orques, des elfes, des ombres... même des démons, et je n´avais jamais vu un être semblable à celui que tu appelle ton père. Alors?
Necron s´efforça de reprendre son calme. Sa respiration ralentit. Quand il parla, ce fut d´une voix plus maitrisé.
-Il y a deux types de personne qui travaillent au Purgatoire. Les premiers sont ceux qui ont grandis içi. Quand un assassin tue, et qu´un enfant de moins de cinq ans se retrouve sans famille, la coutume veut qu´il l´adopte. Ce n´est pas une obligation, bien sur, mais la plupart d´entre nous le font quand ils ont la possibilité, pour avoir ne serais-ce qu´un semblant de famille. Ce n´est pas grand-chose, mais c´est déjà ça.
Il tourna son regard vers Ankou, qui dormait dans les bras de Grar.
-Ankou fait partie de ceux-là. Avant elle, Faust avait déjà un fils, mort en combat depuis. Alors, quand, dans une mission dans le sud, il a tué toute sa famille, il a trouvé Ankou, encore dans le berceau. Elle l´a attendrie. Il l´a pris. Elle a alors, dés ses deux ans, rejoint le Purgatoire.
-Et toi? Tu en fais aussi partie? Necron?
Le garçon sursauta une seconde fois à l´appel de son nom. Puis, il poussa un soupir résigné. Pourquoi pas, aprés tout? De toute façon, il finirais par mourir, Necron ne risquait pas grand chose. Et puis... Il avait envie de se confier. Peut-être à cause de ses doutes, et de ses paroles, tout à l´heure.
Il ne savait plus.
-Non, je ne suis pas de ceux là. J´appartiens à la deuxième catégorie, bien plus rare. Ceux qui ont rejoint volontairement le Purgatoire après avoir prouvé leur loyauté.
Il prit son inspiration, et son explication devint confession.
-Avez-vous déjà entendu parler du royaume de Byblos, Grar?
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Necron Ishtar regarda la plate-forme se faire engloutir par le Multivers. Il y eut un grand flash quand la silhouette de Grar disparut dans l´entre-deux-monde, et un fracas d´apocalypse résonna dans les salles désertes du Purgatoire. Un instant, les ténèbres se déchirèrent dans un rictus hideux, et Necron, et Ankou, purent découvrir la bouillie immonde et éternelle de cet infini, l´affreux breuvage coloré qui servait de ciel, de mer et de terre au Néant primordial.
Puis, l´obscurité démente de l´abîme se referma, et il ne furent plus que deux.
Necron sourit.
-Très bien. Les Mains de Dieu seront là dans quelques minutes, j´ai peu de temps.
Il se dirigea vers le panneau de commande et manipula quelques leviers. Un bruit sourd et mécanique se fit entendre, un bruit qu´en un autre monde on aurait identifié comme celui d´un moteur au démarrage.
-Necron? Tu vas le poursuivre?
-Hors de question qu´il s´en tire comme ça. C´est trop facile! Je vais le combattre, et je vais le tuer, avant même qu´il n´attire l´attention sur lui à Babylone. Comme ça, ce sera réglé une bonne fois pour toute.
Le bruit s´amplifia, et il y eut un nouveau flash. Cette fois-ci, Necron détourna les yeux. Un clic mécanique tonna, et une plate forme, tiré par l´autre fil, apparut. Le garçon s´approcha, fit rapidement le tour des commandes, mais Ankou ne le laissa pas aller plus loin. Elle se planta devant lui, bras croisé, le regard fier et calme. Ses yeux bleu brillait d´un éclat d´océan.
-Je viens avec toi.
-Non.
La voix de Necron était douce, mais résolue, et Ankou écarquilla les yeux de surprises. Ce n´était plus sa voix. La voix mécanique, le masque de cire, s´était retiré. Bien sur, il restait, tapi au fond de sa gorge, prêt à revenir à tout les instants. Mais... c´était peut-être la première fois qu´il parlait ainsi.
Qu´il lui parlait comme ça.
Ankou senti un étrange frisson lui traverser l´échine.
-Non, tu ne viens pas. Il n´y a que deux plates formes, et elles ne sont faites que pour les missions solitaires. Et c´est bien trop dangereux...
Il eut un sourire douloureux, et, Dieu merci, Grar n´était plus là. Car le sligr Tueur de Dieux aurait remarqué, au fond de ses yeux sombres, une lueur qui l´aurait terrifié, une lueur qu´il avait déjà croisé auparavant. Et alors peut-être tout aurait été différent car, cette lumière, c´était celle de...
« C´est beau la liberté, c´est beau, mais ça n´existe pas... »
Ankou baissa les yeux.
-Je ne peux rien faire pour t´aider... Pour régler ma dette?
-Dis à Altraël que je reviens rapidement avec la tête du Sligr au bout de mon bâton. Ca suffira pour cette fois.
-Très bien... fit Ankou d´un air triste.
Elle ajouta très vite, très mal à l´aise.
-Et merci pour tout à l´heure, mais, tu sais, ce n´était pas nécessaire, j´étais prête à mourir, et...
-Non, la coupa Necron. Personne n´est prêt à mourir. Personne n´est jamais prêt à mourir, tu le sais. Nous avons suffisamment versé le sang pour le savoir...
Il ajouta, un sourire enfantin au visage.
-Bah, ca ne fera que trois à deux, et encore, je compte pas le moment où tu m´as soigné. Tu te rattraperas plus tard, et je suis sur que c´est toi qui gagnera la partie, au final.
-Arrête, Necron. Tu sais très bien que ça n´avait rien avoir. Le Seigneur Ishtar...
Le garçon continua sa marche. Sa main se posa lentement sur l´épaule d´Ankou alors qu´il la dépassait.
-Peut-être... Mais si c´était à refaire, je le referai, encore et encore, sans la moindre hésitation. Et peu importe ce que dira mon père.
Il monta sur la plate-forme. Au loin, ils entendirent des bruits de pas précipités, des cris. Les hommes d´Altraël se rapprochaient.
Ankou resta prostré un instant. Puis, toujours le dos tourné.
-Necron?
-Oui? Fit-il avec patience.
-Tu... Tu vas revenir, hein?
Necron, surpris, ne répondit par tout de suite.
-Écoute, continua Ankou, je sais que c´est stupide, mais... Je sais pas, j´ai un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment... Je... J´ai l´impression que je ne te verrai plus, que tu vas mourir contre Grar, ou alors que tu... que tu...
Elle se retourna soudain. Ses yeux bleus étaient embués de larmes.
-Reviens.
C´est un de ces instants figés, pétrifiés par les dieux, c´est l´un de ces instants d´éternité où les coeurs se gèlent, où les horloges s´arrêtent. Un moment où tout se cristallise, ou tout s´arrête, une de ces éternelles secondes qui décident du sort du monde, qui choisissent un destin. Qui écrivent une légende.
Necron et Ankou sont là. Face à face. Deux fous perdus dans la folie meurtriére d´une Justice infinie. Dans la main tourbillonnante de sang d´un Dieu suprême et invisible.
Necron est sur la plate-forme branlante. Sa main droite, celle de l´épée, est cramponné à l´une des barres. Ses yeux noirs et tourmentés frémissent.
Ankou, au pied de la plate-forme, le regarde. Ses poings se serrent, et ses longs cheveux bruns coulent dans les ténèbres. Elle à les larmes aux yeux, et elle ne sait pas pourquoi. Elle a peur, bien plus peur que tout à l´heure, quand, dans les bras de Grar, elle a vu la mort en face. Bien plus peur même qu´il y a des années, quand le quartier Sud s´est effondré autour d´elle. Oui, elle est terrifiée, car elle sait que ses pressentiments se revélent souvent, trop souvent juste. Peut-être est-ce la Faux du Temps, où peut-être est-ce Dieu, ce Dieu des Dieux qui président au destinée de l´univers, et qui lui fait dons de réponses et d´avertissements. Peut-être est-ce tout simplement le fruit de son imagination. Son idiotie la fait sourire, et les larmes tentent de forcer le barrage de ses yeux avec d´avantage de force.
Et alors que ses paupières allait abandonner la lutte, alors que Grar le Sligr, en route vers Babylone, approche lentement de sa perte, alors qu´Altraël, Schism, Morrigan, Sowl, et une armée de gardes animés courent vers eux, alors que Dieu lui-même, sur son trône d´ivoire, trace l´histoire tragique des deux assassins, Necron descend de la plate-forme.
S´approche.
Prend Ankou dans ses bras.
Elle est tellement surprise qu´elle en oublie de pleurer. Elle se laisse faire pourtant, et bien vite, un baiser se pose sur son front calme.
-Oui, je reviens tout de suite.
(C´est beau la liberté...)
-Tu... tu me le promets?
(C´est beau, mais...)
-Oui, je te le promet.
(Ca n´existe pas.)
Necron remonte sur la plate-forme. Lui sourit.
-Alors, à tout à l´heure? Fit-il.
-A tout à l´heure, répond Ankou, et elle se force à sourire.
Necron Ishtar donne un coup sec.
La Nacelle s´active, et elle commence sa descente. Soudain, Ankou, se décidant enfin, se retourne, et lui crie;
-Moi aussi je...
Mais un flash aveuglant et un fracas d´apocalypse couvre ses paroles. Le Multivers s´ouvre une nouvelle fois.
Necron disparaît dans les ténèbres. Ankou se volatilise dans la lumière.
Ombre noir. Ange Blanc.
Quand ils se revirent, des années avaient passés.
Et Dieu les avaient séparés pour l´éternité.
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CHANT X/XII: Le Bien et la Justice
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Soudain, les ténèbres s´enflammèrent.
L´obscurité épaisse qui s´étaient accrochés à leurs ombres quand ils avaient foncés dans l´étoile se consumèrent en un instant. Elles grésillèrent, puis s´enfuirent dans des cris et des lamentations d´horreur.
Des lumières boursouflés et rosâtres explosaient autour d´eux, leurs lueurs et rayons voltigeant dans l´improbable et absurde ciel de l´Etoile Centrale. Il y avait des ruines qui flottaient prés du labyrinthe des cordages, des ruines qui pouvaient être vielle de deux ou cent milles ans. Ils étaient au milieu du Multivers, dans sa trame même, dans son coeur et dans son âme.
Necron gisait à terre, à genoux. Un flot de liquide vermeil s´écoulait à gros bouillons de son aile, recouvrant les plumes blanches, les tachant, les piétinant. Son épaule semblait avoir été sur le point d´être tranché en deux.
Grar, en face de lui, avait pris son épée, prêt à tuer de nouveau.
-Abandonne, fit-il, glacé. Tu ne peux rien contre moi, et tu le sais. Tu es sans conteste l´un des guerriers les plus talentueux que je n´ai jamais vu, mais même ton talent ne pourra rien contre toutes les années que j´ai passé à combattre.
Il y eut un puissant son de cor, puis des milliers d´orgues d´argents et de trompettes de platines tonnérent dans un chaos effroyable. Il y eut comme un choeur d´hommes, une voix venu du plus profond de la création, ce que Necron identifia soudain comme le souffle colossal de son maitre, qui passa autour d´eux, tournoya, s´accrochant à leurs vêtements et leurs épées. Un instant, il s´arrêta, comme en suspens, étrangement accroché, scannant le moindre des atomes, la moindre des molécules qui bouillaient en eux. Puis l´oeil et le souffle des Psaumes se dissipa, son étreinte se relâcha, et Dieu disparut dans la lumière.
-Pas question, fit Necron, haletant. Une telle défaite condamnerait le monde à l´apocalypse. Et je serai exécuté.
Il eut un moment d´arrêt.
-Je ne veux pas un second Byblos, Grar. Si Babylone tout entière apprend l´existence du Purgatoire, ce sera la fin du monde. Je ne veux pas revivre le cauchemar qui m´a engendré.
-Et... Si je ne dis rien? Fit le sligr.
Necron éclata de rire, d´un rire de fou, et Grar comprit qu´il était trop tard pour lui. Jamais il ne redeviendrait un enfant comme les autres. Son corps ensanglanté, ses yeux de déments, ses ailes brisés, l´oiseau décharné et effrayant qu´il était s´était bien trop enfoncé dans le meurtre et le sang.
Il y a des choses contre lequel même le temps ne peut rien.
-Pour qui me prenez-vous? Je sais quel genre d´homme vous êtes, Grar. Vous avez trahi votre propre dieu pour affronter Lucifer! Tierak, Kalrok, vous les avez trompés, tous, pour accomplir votre désir de sang...Vous voudriez que je vous croie, et que je mette en danger l´Univers même sur votre simple parole?
Grar recula comme si on l´avait frappé; Ses yeux bleus flamboyèrent.
-Tu sais pourquoi j´ai fait ça. Tu le sais parfaitement. J´ai libéré les démons! Ma quête n´aura pas été vaine!
-Votre quête?
Necron bondit avec une vivacité et une puissance surprenante. Son bras blessé grinça, et la lame d´Altandre plongea droit vers le coeur de Grar en un fabuleux coup d´estoc aérien.
Mais le sligr fit un pas de coté, et son pied frola les limbes de l´abîme. Il abattit son épée droit sur Necron. L´enfant para avec application, accroupi, puis se releva lentement;
-Vous voulez dire votre vengeance. C´est Sacrilége, n´est-ce pas? C´est lui que vous aviez en tête pendant tout ce temps, non?
Il rompit, sa lame tournoyant au dessus de sa tête. D´un revers virevoltant, il traça dans l´air un trait droit et mortel. Grar recula, coupant le coup avec son poing titanesque. Necron bondit de sa fabuleuse détente, et passa souplement au dessus de lui.
-Une vengeance? S´écria Grar. Tu te trompes, gamin. Désormais, le monde sera moins sombre! Le bien va régner!
Il se baissa, et l´épée d´Altandre glissa sur le sommet de son crane sans tailler la chair. Necron atterrit dans un grognement au bord de l´abîme. Ses ongles s´enfoncèrent dans le bois quand il se réceptionna. Puis, son bras imprima un puissant mouvement, et l´assassin jeta sur Grar avec une violence décuplé. Ses ailes battirent.
Le Sligr bondit, et, une nouvelle fois, la lame d´Altandre manqua son coup.
Ce ne fut pas le cas du sligr.
Le poing de Grar percuta violemment le visage de Necron. L´enfant, stoppé durant sa course folle, frappa de plein fouet le bord de la plate-forme. Sans un cri, son visage percuta le bois dur dans un affreux craquement.
Il y eut un long silence. Grar, glacé, sentit un feu parcourir ses entrailles, aspirant le sang qui battait dans ses veines. Necron, étalé sur le bois fissuré, ne bougeait plus.
-J´ai oeuvré pour le bien de la Terre, Necron. J´ai ôté l´épine qui transperçaient le coeur des démons, de tout les mortels, mêmes. Plus jamais, un massacre comme celui de Krasnia ne se reproduira!
-Peut-être...
Et là, sous le regard de Grar, Necron se volatilisa purement et simplement.
Le sligr n´eut pas le temps de crier. Déjà, une lame lui laminait l´épaule, traçant un sillon mortel dans sa fourrure grise. L´acier glacé brûlait dans ses entrailles.
Grar remercia Kalrok d´avoir ôté la douleur aux peuples des sligr. Sans lui, il se serait déjà évanoui avant que le sang ne gicle. Dans un mouvement de fureur, lança son poing par derrière son épaule. La lame s´arracha immédiatement à sa chair dans un sifflement.
Le sligr se retourna. Necron était là, debout, le visage en sang, haletant, mais un sourire aux lévres. D´un réflexe prodigieux, il récupéra le bâton du temps qu´il avait lancé. Une lumiére noire et intense s´en échappai.
-Mais nous n´oeuvrons par pour le bien. Ni pour le mal. Nous sommes la Justice. Et Dieu nous a légué ses pouvoirs.
Grar eut un juron.
-Sale gamin!
Necron ne se laissa pas troubler. Son épée plongea dans la garde de Grar. Le Sligr para souplement, absorba le choc, et, d´un violent coup de pied, catapulta Necron hors de la nacelle. L´enfant s´accrocha à une des poutres, tourna autour d´elle, tenta un autre assaut. Grar contra, porta un coup d´estoc. Le Bâton du temps s´interposa, et Necron tomba au sol. Sa lame balaya les jambes du sligr, mais déjà, Grar avait bondit. Une lame siffla dans l´air, un corps roula de nouveau, se jeta dans le vide.
Necron plongea sous la nacelle. Ses ailes rougies battaient spasmodiquement, alors qu´elles luttaient pour rester à la même allure. L´épée d´Altandre frappa les planches où se trouvaient Grar, les transpercèrent. Le Sligr, s´y attendant à moitié, bondit en arrière. Les coups de lames firent trembler la plate-forme, et Grar comprit qu´elle allait bientôt céder. Il poussa un grognement.
Necron commença à fracasser méthodiquement la moindre des planches, le plus petit des bouts de métal. Bien vite, une des premières lattes céda, et il ria à nouveau, du rire froid et effroyable qu´il avait gagné il y avait quelques heures, et tout autant d´éternité.
Ishtar piqua soudain en flèche jusqu´à une ruines, un peu plus loin dans l´étoiles. Puis, au dernier moment, se redressa, et ses ailes, tordues par la vitesse, remontèrent en chandelle droit vers la plate-formes.
Imparable.
Implacable.
Mortel.
-Adieu, Grar le Sligr! Hurla-t-il de sa voix inhumaine.
Puis, son rire, celui d´Abanfir, celui de la douleur et de la folie, se métamorphosa soudain en un cri de terreur. Il freina brusquement alors qu´au-dessus de lui, une ombre gigantesque masqua une partie du ciel.
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Ca ressemblait vaguement à un serpent. Un serpent gigantesque, gros comme un pays, long comme le monde, à la peau translucide, et aux organes palpitants. Des milliers de tentacules s´écoulaient dans un chuintement sinistre de son corps cyclopéen. Des centaines yeux avides fixaient la nacelle autour d´une bouche béante et hideuse, déversant des mers de larmes rosâtres.
Il y eut un rugissement d´une puissance colossale, et les entrailles de l´univers tremblèrent dans leurs fondations. Les lumières vibrèrent quand les crocs de l´abomination s´allongèrent dans une absurdité effroyable, et elles semblèrent s´éteindre quand les serpents d´ivoire fondirent sur la plate-forme pour la déchiqueter comme autant de tête d´une hydre gigantesque.
Grar se tourna vers eux. Ferma les yeux. Utilisa son épée.
Il bondit sur la première dent, frappa la seconde, se laissa glisser. Sa lame fendit une nouvelle fois l´air, et deux crocs d´ivoires se retractérent en frissonnant. Il se mit à courir le long de la dent gigantesque, tranchant les serpents de pierres qui fondaient sur lui, les esquivant, les frappant au dernier moment. Puis, d´un bon colossal et inhumain, il s´éleva dans les airs, et le monstre cyclopéen passa au dessous de lui dans un sifflement et percuta la nacelle. La plate-forme fut fracassé par la violence du choc.
Pas les cordes de Dieu.
Ils se tendirent un peu quand la gueule béante du monstre les traversèrent. Mais, plus dur que le diamant, ils tinrent bon. Il y eut un nouveau rugissement, mais de douleur et de haine cette fois-ci, quand le palais palpitant du titan se déchira en deux.
Grar atterrit sur la mâchoire et se mit à courir, alors que sous ses pas, la masse informe et horrible du monstre primitif se déchirait. Il sentait la matière et les organes glisser et couler des plaies de la créature qui n´étaient déjà plus qu´un cadavre evulcéré.
Necron n´hésita pas longtemps. Ses ailes continuèrent la chandelle, fonçant vers le monstre déchiqueté. Les tentacules tournoyaient, s´agitaient par spasmes, dans le ballet grotesque de la mort. L´une d´elle, de la taille d´un tronc d´arbres, claqua juste à coté de lui. Il grinça des dents, virevolta, alors que les spasmes s´intensifiaient et que les fouets organiques se déchaînaient autour de lui. Il esquiva de peu l´une d´elle, tourna autour de l´autre, trancha la troisième dans un jet de sang verdâtre, passa juste en dessous d´une dernière. Les lames se ressérérent, et il se fraya un chemin dans la gigantesque muraille de tentacules autour de lui, jusqu´à l´instant final, où, dans une ultime esquive, il dépassa le monstre.
Grar vit soudain se matérialiser devant lui Necron Ishtar, le sourire aux lèvres et l´épée à la main. Dans un grognement la lame de Tierak bondit de son fourreau, et les deux adversaires se rencontrèrent à nouveau, arme contre arme.
-Un monstre des abysses, hein? J´en avais entendu parler, murmura Grar.
-D´habitude, on ne se fait jamais attaquer par eux, répondit Necron. Ils rôdent plutôt autour de l´enfer... Quelque chose a du les faire fuir, pour les amener si prés d´içi...
Il rompit dans un soubresaut, tournoya, abattit son épée dans les jambes de Grar. Le sligr sauta, la lame dans son dos. Mais le sabre de Tierak ne mordit que la chair du monstre, et Necron roula sur le coté. Sa botte fondit vers le visage de Grar, l´épée contra le cuir. Le bâton tournoya dans sa main, frappa une fois, à gauche, deux fois, à droite, cinq fois, au milieu. Grar contra avec application toute les attaques, attendant le bon moment, puis se fraya un chemin dans la garde de Necron d´un coup précis et dévastateur. L´enfant fit une roulade arrière, hors de portée.
Au dessous d´eux, le cadavre du serpent s´affaissa, et, tendu par la corde glissa vers l´autre coté de l´étoile. Vers le monde. Vers Babylone.
-Vous ne m´échapperez pas! Hurla Necron.
D´un coup de bottes, il balaya les jambes de Grar. Le sligr recula, abattit son épée. Mais Necron était déjà au-dessus de lui, frappant d´un revers fulgurant la tête de son adversaire. Le héros se baissa, déséquilibré, et la lame passa au-dessus de lui.
Necron atterrit dans son dos. L´enfant se retourna le premier, et le bâton du temps meurtrit les côtes du sligr. Grar, dans un grognement, frappa de nouveau. Necron esquiva d´un pas de coté, sa lame fondit vers le héros. Grar para en reculant.
-Jamais vous ne foulerez le sol de Babylone!
Necron leva le bâton du temps au dessus de lui. Une immense lumière se mit à briller derrière lui, et Grar tourna la tête.
-J´en fais la promesse!
L´enfant frappa avec une violence accrue; Sa lame fondit à une vitesse fabuleuse vers Grar. Le sligr para avec violence. Des deux épées jaillirent des étincelles
L´assassin et le héros restèrent un long instant face à face, épée contre épée, visage contre visage.
-C´est inutile, haleta Grar. Je me suis battu pendant des décennies. J´ai lutté contre milles et unes armées, des centaines d´ennemis. J´ai vaincu des dizaines d´adversaires, que j´ai tué avec respect. J´ai tué un Dieu, gamin! Toi, qu´as-tu pour me vaincre?
-La volonté du Dieu des Dieux...
Soudain, sa main gauche se serra sur son bâton. Grar écarquilla les yeux. Non. Il n´avait plus la force pour...
-Et...
Le Bâton du Temps, celui forgé dans l´arbre d´Ozaras, se mit à briller de nouveau de sa puissance obscure. Son pouvoir s´activa une dernière fois. Grar sentit soudain son épée s´échapper de sa main.
-Une promesse!
L´épée de Tierak s´envola sous une force invisible. Elle tournoya dans le ciel tourmenté. Se planta dans la chair du serpent, à des empans d´eux.
Grar eut un hoquet de surprise.
-Tu as de nouveau arrêté le temps? Mais... Il te reste autant de force?
Necron apparut en face de lui, l´épée d´Altandre brandie. Ses yeux noirs étaient devenus l´incarnation de la mort.
-Je vous l´ai dit, Grar le Sligr: je ne peux pas perdre. Tout est joué à l´avance.
Il s´approcha lentement
-Une dernière volonté?
Grar ne dit mot.
-Trés bien, fit Necron.
Il fondit sur Grar. Le Sligr n´avait aucune possibilité de parade, d´esquive, de réplique.
-Adieu, assassin de Lucifer.
La lame traça une courbe mortelle, pivota, et, d´un mouvement, fondit droit sur le coeur de Grar.
Imparable.
Implacable.
Mortel.
Il y eut un violent flash lumineux. Une intense lumière surgi de nulle part. Puis, un glissement, un ricanement sinistre, et enfin, un son métallique. Des étincelles jaillirent du néant, et une silhouette s´interposa entre eux.
Necron bondit en arrière, surpris. Ses yeux noirs luirent d´un éclat de fin du monde.
-Qui es-tu?
La silhouette ricana, se mit sur ses longues jambes. Son épée interminable dansa dans la lumiére rosée...
-Le temps s´est écoulé, depuis cette nuit,
dans la fôret de Krasnia, et cette mortelle agonie.
Le temps s´est écoulé, le soleil s´est déjà levé
Sur les brumes de mon âme damné.
Grar, il est temps de payer le meurtre qui m´as sauvé
Désormais, ne sera plus pour ton coeur cette douce épée!
Grar recula en arrière, bouleversé. Non, ça ne pouvait être lui... ça faisait si longtemps, non...
Mais sa voix le trahit, et il s´écria, dans un hoquet de surprise:
-Sacrilége!
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CHANT XI/XII: Le Choix de Grar
http://fr.youtube.com/watch?v=Md4cz7i3Ij8
Les couloirs du Purgatoire projetaient leurs ombres menaçantes. La lumiére tamisée des tunnels brillaient faiblement dans le ténèbres.
Deux silhouettes accoudés au mur, au fond de l´obscurité, au fond de leur propre silence, attendait. A quelques labyrinthes d´eux, Schism et Sowl se chargeait d´affréter une autre nacelle, pour la poursuite de Necron.
-Altraël? Commença l´une des ombres. Altraël? La mort de Lucifer change beaucoup, beaucoup de choses, et...
-Elle ne change absolument rien, Faust. Nous continuerons comme nous l´avions prévus.
Le Seigneur du Jugement jeta un vague regard pour vérifier que personne ne les écoutait.
-Mais... commença Faust.
-C´est inutile. Nous sommes aller trop loin pour reculer. Le Seigneur Suprême est peut-être déjà au courant.
-Et si, justement, c´était un message? Si le Sligr rebelle faisait bel et bien partie de la volonté de Dieu, et si ce putain de Seigneur des Seigneurs nous envoyait un message par ce crime? Pour montrer qu´ils nous ont blousés depuis bien longtemps? Le Seigneur Suprême est le représentant du Dieu des Dieux, après tout.
-Si c´est le cas, il ne nous reste que quelques heures à vivre, fit Altraël en levant les bras aux cieux. Schism se ferait un plaisir de donner l´ordre de nous tuer, le Purgatoire fêtera notre mort, et tout rentrera dans l´ordre. Nous ne pouvons plus rien y faire. Si tu as vrai, Faust, nous sommes déjà condamné.
Le vieillard soupira, résigné. Altraël tourna la tête vers lui.
-A propos... Juste avant que Necron se jette sur les tirs, Ankou a dit quelque chose...
-Quoi?
-Elle est au courant pour la Confrérie des Anges Noirs. C´est ce qu´elle a dit. Et ça m´étonnerai qu´elle ait menti.
Faust frissonna.
-Ne me dis pas que...
-Non, répondit l´ange de la Peste dans une grimace de mépris. Elle est peut-être aussi fidèle qu´une chienne, elle te considère comme son père, et...
-Je suis son père! S´écria soudain Faust, toutes dents dehors.
L´ange lui jeta un regard noir.
-Pardon! Murmura le vieil homme en plaquant sa main devant sa bouche.
Altraël poussa un soupir résigné.
-Sa mort risquerait d´attirer l´attention, continua-t-il. C´est la seule femme de sa génération, et beaucoup sont attachés à elle. Necron et Morrigan sont plus ou moins amoureux d´elle, et le Seigneur Suprême pourrait jusqu´à ouvrir une enquête. Non, il vaudrait mieux avoir Ankou dans notre camp. Elle ne dira rien, à mon avis. Elle est bien trop attaché à toi.
Faust hocha la tête.
-c´est peut-être une tête de mule, mais elle sait garder un secret. Elle va se contenter d´accomplir ses missions, et de gravir les échelons. Si elle l´a révélé, c´est pour me mettre en garde.
-En effet, elle n´a eu aucun mal à remarquer tes actions.
-C´est ma fille, Altraël! Elle et moi formons un truc génial qui s´appelle une famille, c´est tout à fait normal qu´elle soit au courant! Ce n´est pas comme toi avec Nec...
-N´essaye même pas de finir ta phrase, Faust.
Et, par miracle, Faust se tut.
-Très bien, continua Altraël. La mort de Lucifer ne me pose pas de problèmes, il suffit juste de bien choisir son successeur. Nahash est au courant de nos plans, mais sa haine du purgatoire l´aveuglera. Si nous l´eliminons, la place de Dieu des Enfers devrait revenir logiquement, ou à Belias, ou, avec un peu de chance, à Abanfir. Il sera tellement facile de le rallier à notre cause, avec sa haine infernale de...
Faust sursauta soudain. Un bruit de chute résonna dans le dos d´Altraël. Il tourna la tête.
Morrigan était là, tremblant, le visage couvert de sueur, à moitié caché dans l´ombre du couloir.
-je... excusez-moi, j´ai surpris votre conversation, et... Je ne voulais pas, je...
L´ange de la peste eut un soupir. Avec douceur, il s´approcha de Morrigan, et un sourire franc apparut sur son visage.
-Ne t´inquiète pas. Tu as eu parfaitement raison d´écouter. Nous pourrions comploter contre la volonté de Dieu, n´est-ce pas?
Morrigan, rouge de honte:
-Non, je suis désolé, vraiment... Vous, vous parliez des Anges Noirs, non? Vous...
-Ne t´inquiète pas, répéta Altraël en avançant, son sourire brillant de sincérité aux lévres. Tu n´as rien à craindre. Absolument rien...
-Je... Vous en faites partie? Ce n´est pas possible... je dois informer le Seigneur Suprême Bra...
Il n´eut pas le temps d´en dire plus. Altraël était déjà sur lui.
Il y eut un gargouillement étouffé, que ni Schism ni Sowl, ni Yama ni les gardes animés n´entendirent. Il y eut un petit cri de douleur, que Dieu n´écouta pas. Puis, un flot rouge vermeil, le bruit d´une gorge qu´on tranche, et un esprit de plus qui hantera le Purgatoire jusqu´à la fin des Temps.
-Morrigan Delgado, dit Altraël Ishtar, un sourire visqueux aux lèvres. Tu est immédiatement envoyé en mission prés des falaises de Tharos, pour tuer une petite famille vivant dans les bois. Mais l´ombre Vadrim passera par là au même moment, au même endroit. Pas de chance, à croire que Dieu n´était pas avec toi...
Il donna un coup de pied au corps encore chaud de l´enfant.
-Mort en mission. Personne n´en parlera, car personne ne veut en parler. Tu sais pourquoi, Morrigan? Parce que le Purgatoire entier a peur de moi. Et ce roi fantoche de Seigneur Suprême plus que n´importe qui. Ils savent bien que tu n´es pas la premier a en savoir trop. Mais ils ne veulent pas connaître nos noms, notre force, notre nombre, ils ne veulent pas connaître l´étendue de notre influence. C´est notre force, petit. Emporte ce secret dans ce qu´il reste de l´enfer.
Il leva la main.
-Gomorrhe.
Quelques minutes après, quand Schism apparut pour signaler l´arrivée de la nacelle, il ne restait en ce monde nulle trace de Morrigan Delgado.
-Très bien, fit Faust. Altraël?
-J´y vais.
Alors qu´il sortait du couloir, l´Ange de la Peste, Altraël Ishtar le Seigneur du Jugement eut un froid sourire.
-La prophétie va se réaliser bientôt, Faust. L´Apothéose de tout ces millénaires de massacres va enfin éclater au visage de ce monde impie.
La nacelle de Babylone apparut devant eux.
-La confrérie des Anges Noirs va revivre !
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-Sacrilége!
Des jambes de sauterelles, remontés comme sur des ressorts. Des bras infiniment long, pendant, ballant. Des énormes cornes en formes d´antennes qui tournoyaient dans l´air du Multivers. Un visage d´insecte, yeux exorbités, sourire de démon. Une épée immense et courbe, rouillé par le sang et par l´horreur. Le Sacrilége, le Démon des Temps ancien, était débout, quelque part entre Grar le Sligr et Necron Ishtar, en l´ordre du bien et la justice divine, l´arme brandie, prêt à de nouveau verser le sang.
Le Sligr recula, bouleversé. Pour la première fois peut-être depuis Krasnia, sa vue et ses sentiments s´étaient rouverts. Il avait retrouvé son âme en même temps que son éternel rival.
-Co... Comment? Articula-t-il avec peine.
Necron fronça les sourcils.
-Les âmes des Enfers... C´est eux qui ont fait fuir les Abyssaux...
Il pointa son épée sur le Sacrilége.
-Tu es le légendaire démon qui a volé la vie de milliers d´innocents, n´est-ce pas? Krasnia, Lorens, Alinor... Joli retournement, pour un tel tueur...
Le Démon eut un sourire carnassier.
-La mort de Lucifer nous a changé uns par uns
des moins infectés, aux esprits possédés comme le mien
Nâmaric Alkionson m´a peut-être tué, humain
Mais la fin des Enfers à brisés nos liens!
Necron haussa les épaules en souriant.
-Ca veut dire que tu veux remercier ton « sauveur », démon? Le Sligr qui est derrière toi, et qui a tué ton maître et milles mille de tes congénères?
-Ca veut dire que tu vas mourir.
L´Ecorcheuse déchira le ciel rosâtre. Un coup de tonnerre explosa quelque part dans le Multivers infini.
Necron para avec souplesse. Il fit un bond en arrière.
-Ainsi soit-il, dit-il gravement.
L´assassin pivota, frappa avec violence Sacrilège. Le démon recula, eut une grimace de mépris, balança de nouveau son épée. Necron para avec son bâton, sa lame tranchant dans l´azur. Sacrilège arrêta le coup de sa main gauche, et un sourire inhumain éclaira son visage.
-Tu compte me tuer avec ça, mortel?
J´ai arpenté la terre tout entière,
Mon âme damné a versés malgré elle
plus de sang que tu n´en verras jamais!
Il arma son épée, et elle fusa droit vers le crâne de Necron. L´enfant tenta de se baisser, mais sa lame, prise dans la poigne surnaturelle, le bloqua. Il poussa un petit cri de frayeur, mais déjà l´épée fusait vers lui et...
-Arrête, Sacrilége.
Le démon se figea instantanément. C´était Grar. Il avait récupéré son épée, et la tenait fermement en face de lui.
-Necron est mon adversaire. Je sais au fond de moi que c´est un de mes derniers combats... mais si jamais je ne l´affronte pas, je sais que je ne pourrais pas rencontrer mon destin, à Babylone. C´est le chemin que je dois faire.
Sacrilége resta un instant sans mot dire, puis, lentement, dessera son étreinte. Necron rompit enfin avec une grimace d´impuissance.
-Ca veut dire que tu veux mourir?
Que tu veux rendre ton âme valeureuse
aux dieux, ces étoiles qui t´admire?
Abandonner le destin d´une vie glorieuse?
Grar sourit.
-Si tu veux. Mais je veux tuer Necron avant tout. Sinon, tout ce que j´ai accompli depuis la mort de Lucifer, la visite dans la Dominance, la fuite dans le Purgatoire, le combat contre tout ces assassins... Si je ne l´affronte pas, je sais que tout cela n´aura servi à rien. J´ai passé ma vie à suivre les voix des Dieux. Ce n´est pas maintenant que je vais changer.
Il baissa la tête. Necron eut un petit soupir épuisé, et regarda devant eux. Le cadavre du monstre des abysses avait lentement glissé sur les câbles, et ils étaient désormais presque arrivé à Babylone. Il serra le poing. Il y avait encore une chance... Si il arrivait à le supprimer discrètement, et à brûler son cadavre, tout le monde oubliera Grar le Sligr. Il connaissait suffisamment les humains pour ça...
Sacrilége éclata de rire:
-Aha! Comme c´est amusant!
Le mythique grar, le sanguinaire, le violent
Veut mourir comme les étoiles du Firmament!
Le héros des dieux! Ah, le destin est dément!
Très bien, tu l´auras voulu, sligr maudit
Je te laisse avec ton adversaire,
Dans les yeux duquel tu mourras, cette nuit!
Il s´éloigna de Grar, toujours en riant. Puis, d´un éclair, il jeta son épée dans le ciel. Elle disparut en tourbillonnant vers les nuées rosâtres.
-Adieu, lança-t-il, et merci.
Puis, il plongea dans le vide.
Grar eut un drôle de soupir. Ferma les yeux. Etendit les bras.
Sa lame rencontra celle de Necron dans un fracas gigantesque.
-Pas mal, comme apparition éclair, ricana l´enfant en rompant. Mais il ne t´a pas sauvé pour autant, Grar le sligr. Tu n´as plus aucune chance.
Grar sourit.
-Je crois que tu vas un peu trop vite.
Il recula, frappa sur le coté Necron. L´enfant, avec une agilité surhumaine, s´enroula autour de l´épée, se rétablit, trancha l´air. Grar bondit en arriére
Son sourire s´agrandit.
Il tendit la main.
Il y eut une ombre noire et fugace, qui passa juste à coté d´eux. Le poing de Grar se referma, et le sligr parti avec la nacelle.
Necron poussa un hurlement de rage. Pas maintenant! Il bondit, et s´accrocha à Grar. L´enfant, serrant dans ses bras le torse blessé de Grar, écumait. Il ne pouvait se permettre de s´envoler, la nacelle le sèmerait en un instant. Il ne pouvait absolument rien faire. Ils allaient arriver à babylone.
Grar avait gagné la manche
-Ce n´est pas encore fini, Grar! Hurla Necron.
-Non, pas encore, murmura doucement le Sligr.
Pourtant, il en avait l´intime conviction. Ils rentraient dans l´ultime acte de leur combat, leur dernier affrontement. Et Grar savait qu´il allai perdre. C´était son dernier combat. C´était son destin.
Mais il était mort il y a déjà bien longtemps. Et, même après être plongé dans les enfers et dans les massacres, il avait pu voir le visage de son assassin avant de disparaître.
Il allait mourir heureux.
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CHANT XII/XII: Requiem pour Babylone
http://www.radioblogclub.com/open/138983/red_hot_chili_peppers_snow/Red%20Hot%20Chili%20Peppers%20-%20Snow%20%28Hey%20Oh%29
Nous sommes le 120 Fari de l´année 1280.
Le soleil se léve sur Babylone.
L´ange de la peste sent le souffle brûlant du multivers le traverser. .Ses ailes gigantesques tout autour de lui comme une longue tapisserie sanglante, il survole les explosions, les nacelles et les monstres abyssaux. Il sait déjà que Grar foule du pied le sol de la Terre, et que son fils gît certainement dans les abîmes de l´étoile centrale, un point sanglant à la place du coeur. Il sait que c´est maintenant à lui d´affronter l´assassin de Lucifer, que c´est à lui d´épargner ce monde qu´il hait tant de la fureur du Purgatoire.
Mais un éclat métallique l´interrompt soudain. Devant ses yeux, un démon cornu et grotesque se matérialise, avec, à la place d´un sourire, un rictus tiré et absurde.
-Toi, tu n´es pas dans leur camp?
Tu as le même tatouage que l´enfant!
L´épée gigantesque d´Altraël Ishtar bondit du fourreau, et un fracas métallique titanesque retentit dans le purgatoire.
-Je n´ai pas le temps, fit l´ange de la peste avec sa froideur habituelle. Pars, si tu tiens à la vie.
Le sourire du Sacrilége s´élargit.
-Ca tombe bien. Parce que je suis déjà mort.
Dans le Purgatoire, c´est l´effervescence. Des esprits errants encerclent le plan, attaquant de toutes parts, rongeant le spectre de la réalité. Les longs corridors sont secoués par d´interminables explosions qui ébranlent les bases même du monde des assassins.
Faust, Sowl, Schism et Thanatos se tiennent devant la nacelle, debout. Les tatouages mortels brillent froidement au sein de leur paume.
-Où est passé Morrigan? demande Sowl. Ca fait un moment que je ne l´ai pas vu.
-Apparemment, il s´est vu confier une mission par le Seigneur Ishtar, répond Faust. Il a du partir immédiatement.
Un profond grondement, comme un coup de tonnerre, éclate dans la salle. Faust manque de tomber à la renverse, mais Sowl, silencieux, le rattrape d´une main.
-Lucifer est décidément tenace, grimace-t-il. Même mort, il continue à s´opposer à la volonté de Dieu.
-Vous sous-estimez les Psaumes, soupira Schism. Dieu va bientôt nous prouver sa force...
Il écarte les bras.
-Le seigneur suprême va entrer en action...
Soudain, une silhouette apparaît dans l´ombre d´un couloir.
-Vous voila! S´écrie une voix féminine.
-Juge Némésis!
-J´ai pour ordre de vous ramener dans la salle du jugement. Le Seigneur Suprême convoque les vingt-et-uns Juges et tous les Agents Supérieurs. Le plan de Dieu approche de sa phase ultime. Tenons-nous prêt.
Les terres des dieux s´éveillent calmement dans l´aube grise. Mais, quelques parts, des cris errants rebondissent de mur en mur, de divinités en divinités, de paradis en firmament. Et mettent en route la roue du Destin.
-Grar le Sligr! Grar le Sligr! Il est revenu! Il est à Babylone!
Tierak, le Dieu des orcs, regarde le ciel rose du Paradis. Assis à une chaise, dans son palais du panthéon, accoudé à la fenêtre, il contemple cet univers sans Enfer, ni diable. Cette nouvelle ére qui s´annonce.
Quand un de ses serviteurs lui annonce la nouvelle, un étrange sourire apparaît sur son visage. Il murmure lentement...
-Il a réussi à s´enfuir? Mais ça fait des heures que l´enfer a été détruit! Le voyage entre les mondes aurait pu durer si longtemps?
Ou bien...
-Je descend sur Babylone, annonce-t-il à son serviteur. Préviens les autres dieux de la nouvelle. Grar l´assassin de Lucifer est arrivé sur Terre, et il a mis plus de temps que prévu. Dis-leur aussi qu´il sait quelque chose que nous ignorons, mais que nous devons savoir à tout prix.
-Quelque chose à propos de quoi, Seigneur?
Tierak regarde un dernier instant le ciel. Le soleil apparaît soudain dans les nuages roses, et aveugle son regard. Ses yeux se plissent, et se couvre d´inquiétude.
-Quelque chose à propos de ce que nous avait dit Lucifer, il y a cent cinquante mille ans...
Son sourire disparaît.
-Quelque chose au dessus de nous... Au dessus de l´univers même. Quelque chose du Dieu des Dieux...
Kalrok, silencieux, regardait les immenses montagnes du Nord. Là où, entre les terrifiants dragons et les valeureux elfes, les derniers Sligr s´éteignaient paisiblement. Dans la mer de vert et de blanc, parfois, des cratères rouges et béants s´ouvraient. Les démons sombraient dans une transe de folie et de désespoir.
Kalrok restait soucieux. Certes, Lucifer avait perdu, et la guerre de l´enfer allait s´achever. Mais les Démons, cette race impie, cette race qui avait massacré tant des leurs, demeurerait, et maintenant, elle serait traité avec le même égard que les autres races! Tant que le Diable était en vie, les autres Dieux avaient comme priorité le génocide des Fils de l´Enfer, mais maintenant...
Soudain, dans le champ infini de son esprit, une étoile apparut. Kalrok se concentra d´avantage, et, dans une marée de lumiére, le nom de l´assassin de Lucifer s´imprima dans son esprit.
Le Dieu ferma les yeux, le visage grave.
-Comme tu voudras, Grar, revient vivant... Mais sache qu´un Dieu n´oublie jamais ceux qu´ils l´ont trahi...
Nous sommes le 120 Fari de l´année 1280 de la cinquiéme ére.
Nous sommes le 120 Fari de l´année 1 de la sixiéme ére.
Babylone se réveille.
Les hauts palais millénaires brillent de milles feux, sous les hautes couleurs du royaume de la Tour. Leurs pierres jaunes serpentent jusqu´aux immenses jardins suspendus, où coulent ruisseaux, herbes et animaux en tout genre. En dessous d´eux encore, les maisons d´albâtres, de craie et de brique de la ville basse s´étendent à perte de vue. Puis, enfin, le désert, le rude désert du centre du monde, brûlant et atroce.
Tout içi respire le gigantisme, soupire l´immensité. Les statues, les jardins, les arbres, semblent tout autant de cathédrales que le temps à bâti, puis lézardé. Les maisons les plus pauvres semblent construites depuis des éternités, et mêmes les torrents de boues qui engloutissent les taudis semblent dépoussiérés par le temps.
Et puis, il y a la Tour.
Elle se dresse, là, debout, droite et raide, épaisse comme un monde, grande comme un univers. Ses escaliers en spirale fusent comme un éclair, grimpe comme un lierre étrangleur autour de sa base. Ses pierres jaunes déchirent le ciel de sang en deux, transpercent les plus hauts palais de ce second enfer si humain qu´il en est horrible. Elle n´est pas encore achevée, il manque encore des étages et des étages, des briques et des briques, pour pouvoir, enfin, toucher le monde de Dieu. On raconte qu´au sommet, la ville de Babylone apparaît toute entière, et qu´on peut apercevoir jusqu´aux ruines de la mystérieuse Byblos, et de la forêt tuméfié de Krasnia.
Mais aujourd´hui, personne, même le tyran-roi Androlach, ne contemple le sommet de la Tour de Babylone. Tous sont dans la haute-ville, à fêter, ou à pleurer, la fin du Dieu Lucifer. Les tambours du royaume battent en cadence, les épées sont rengainés, l´alcool coule à flot. Babylone oublie l´espace de quelques heures la terrible guerre civile qui la secoue.
Pourtant, si ils savaient, ils dégaineraient immédiatement leurs armes. Si ils savaient, ils se rueraient vers le centre de la ville, les épées brillant dans le ciel rouge. Mais ils ignorent que leur héros, un Sligr dénommé Grar, va combattre et mourir en haut de la Tour de Babylone. Que Necron Ishtar, son assassin, se détournera à tout jamais du chemin du sang, et cherchera, dans sa fuite éperdue, une rédemption. Que ces deux antagonistes, Grar le Sligr, Necron Ishtar, le survivant de Krasnia, le traitre de Byblos, l´assassin de Lucifer, le serviteur de la mort, celui qui a trahi son Dieu, celui qui l´a toujours servi, se rencontrent une dernière fois, sous le ciel de la terre où leur vie s´est joué et se jouera, et que l´un des deux puissent sortir vainqueur de ce long, très long combat.
Ainsi soit-il.
Nous sommes le 120 Fari de l´année 1 de la sixième ère.
Et le soleil réchauffe le futur du monde.
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http://fr.youtube.com/watch?v=7PxBGHjABnU
Tout en haut de la tour de Babylone, il y avait une plate-forme, de trente mètre de circonférence, et qui surplombait le monde entier. Une vague plate-forme remplie de matériel de construction, et de briques inachevés, éclairés par le ciel pâle, au centre même du monde. A l´est le soleil n´est pas encore apparu, mais déjà résonnent les trompettes impériales, qui tonnent dans la cité rouge. Les tambours de la victoires explosent dans les villes basses, et la foule en liesse hurle à la mort de Lucifer.
Deux silhouettes apparurent soudain d´un coté et de l´autre de la plate-forme.
Grar grogna de surprise.
-On ne chute pas, il n´y a pas de porte de retour? Interrogea-t-il.
-Pas vraiment..., répondit Necron.
Son visage était résigné, mais aussi étrangement serein. Le rictus de haine qui l´avait marqué dans leur combat dans le multivers avait disparu.
-...une fois l´étoile principale passée, un portail nous amène immédiatement au plus haut endroit de Babylone. De là, avec nos pouvoirs, on peut s´arranger pour aller le plus rapidement possible à n´importe quel endroit de la ville. La Nacelle du retour se trouve dans un coin de la ville basse, pour que personne ne la découvre.
Il eut un petit sourire.
-Je connais bien Babylone, j´y allait souvent quand j´étais enfant, et je sais très bien comment ça va se passer. Il y a un mécanisme particulier qui s´active dans la tour selon le mouvement du soleil. Quand il se séparera de la terre, une délégation de l´empereur viendra ici.
Il prit lentement l´épée d´Altandre. Sa lumière bleutée brilla comme une étoile dans le ciel rougeoyant.
-Si vous n´êtes pas mort d´ici là, vous aurez gagné la partie, Grar.
Grar acquiesça silencieusement.
-La rumeur de mon combat a du arriver aux oreilles des Seigneurs de Babylone. Si ils nous voient, ils te tueront, et me porteront en héros... Peut-être même jusqu´au trône...
-Les Dieux, alors, se poseront des questions... Vous avez passé une dizaine d´heure au Purgatoire, et l´Enfer doit être détruit depuis bien longtemps. Comment auriez-vous pu survivre? Ils regarderont dans votre esprit...
-...et découvriront l´existence du plan de Dieu, continua Grar. Une guerre titanesque commencera entre les Dieux et votre empire, pour la domination du monde...
-Cette ville, comme Byblos avant elle, sera englouti par notre purge salvatrice. Cette terre tout entière ne sera qu´un long fleuve de sang et de cendres... Mais le monde sera débarrassé de l´étau du Purgatoire, et il sera enfin libre.
Grar sourit. L´épée de Tierak, rouge comme le sang, refléta la lumière de l´aurore.
-En revanche, si tu gagnes, tout restera comme avant, n´est-ce pas?
-Oui, répondit Necron. Vu que j´aurais réussi à vous tuer avant que vous parliez, ma rébellion sera pardonné, et je pourra rejoindre de nouveau le camp du Purgatoire. Avec le trouble de la mort de Lucifer, nous n´aurons aucun mal à diriger l´univers vers la voie que nous lui avons choisi... Pour la très sainte volonté du Dieu des Dieux.
-L´issue de ce duel décidera donc du sort de la terre...
-Vous comprenez vite.
Il y eut un long silence. Les deux adversaires, Necron Ishtar, Grar le Sligr, se jaugèrent du regard, les vêtements en lambeaux, le sang gouttant de leur plaie. Les ailes de l´assassin pendait lamentablement autour de lui, apparemment perdue pour toujours. La poitrine de Grar saignait abondamment. Tout deux, ils luttaient pour ne pas s´évanouir, tout deux posaient déjà le pied dans leur tombe, et pourtant, ils souriaient.
-Ce fut un beau combat, Grar le Sligr, dit Necron.
L´assassin de Lucifer ferma un instant les yeux, et, pour la première fois de sa vie, il se sentit heureux. L´air raréfié par l´altitude qui sifflait dans sa poitrine, le poids lourd de son épée dans sa mains, et le regard noir de son adversaire en face de lui, et son destin qui approchai enfin... C´était pour ça qu´il était né. Pas pour tuer. Mais pour combattre. Le visage de ces adversaires défila dans son esprit, et, dans chacun d´eux, il senti la même volonté de lame et d´action, de sueur et de rivalité. Bob, Narian, Abanfir, Vadrim, Akhnamenra, Lucifer. Et bien sur, le Sacrilége...
Avait-il eu une belle vie?
Et alors que la réponse arriva au fin fond de son âme, il eut une révélation. Il compris alors quel était son rôle, quel était sa vie. Quel était le destin qui l´attendait à Babylone. Il l´apprit, avec une précision effroyable, et il l´accepta dans l´instant. Car il avait fait ce choix-là depuis bien longtemps, le jour où une épée avait traversé son coeur, dans la foret de Krasnia...
« Veux-tu vivre? »
-Oui, murmura-t-il. Oui, ce fut un beau combat.
Il ouvrit les yeux.
-Necron? Dis-moi... quel est ton nom? Le vrai nom, celui que t´as donné ta mère, avant le massacre de Byblos? Celui qui ne rime pas avec la mort?
Ishtar sembla frappé par la foudre. Il recula.
-Mon nom? C´est...
Et alors, il sentit quelque chose se tordre en lui. Une résistance naquit dans son âme, et, malgré tout ses efforts, elle refusait de céder. Le masque de cire retenait ses souvenirs.
-Je... Je ne m´en souviens plus, Grar. J´ai du le tuer à Byblos, lui aussi. Comme tout le reste.
Le sligr approuva gravement.
-Très bien.
Le soleil apparut soudain à l´est.
Les deux épées se rencontrèrent une toute dernière fois.
Lame bleue contre lame rouge.
Necron Ishtar contre Grar le sligr.
L´épée d´Altandre pivota la première. Une puissante torsion la fit tournoyer, et elle plongea sur le flanc de Grar. Le sligr bondit en arrière, et arrêta l´épée avec la seule force de sa main. Abattit son épée. Mais Necron se dégageait déjà, tournoyant comme un enfant autour du colosse. La lame d´Altandre visa le torse de Grar. Le sligr para une nouvelle fois, et, avec une puissance titanesque, fit reculer son adversaire. Sa lame dansa une nouvelle fois, et passa à quelques centimètres du visage de Necron. L´assassin, d´une souple roulade, passa derrière Grar, et frappa.
Les épées dansait dans la lumière de l´aube. Au dessus d´eux, le ciel se teintait d´une nouvelle lueur, rosé et douce. Les cris de joies tonnaient autour d´eux, maintenant. Mais rien n´aurait pu faire dévier l´attention de Grar et de Necron. L´un et l´autre, perdus dans la danse de leurs épées, dans la longue valse du sang et de l´acier, avait perdu toute notion du temps, tout sentiment. Il n´y avait dans leur esprit qu´une sérénité absolue, un calme mortelle, qui avait remplacé toute la haine et la rancoeur qu´ils avaient gardés l´un pour l´autre. Leurs âmes avaient cessés de se tourner vers le duel, désormais, leur corps et leurs lames frappaient pour eux, puisant dans leur coeur la force et la technique nécessaire. Le bruit de l´eau qui descendait des montagnes coulait désormais dans les muscles de Grar, le murmure des forêts frappaient sans relâche, et les cris de Sacrilége brillait dans la lame encore taché du sang d´un Dieu. Les murmures du Purgatoire, et les sanglots de l´enfance, dansaient à la place de Necron. Et dans son coeur, il n´y avait plus que le chant d´Ankou, qui battait la mesure comme la plus belle des musiques.
Necron frappa dans le dos du Sligr, qui se baissa juste à temps. La lame cueillit délicatement quelques poils rougis par le sang, mais soudain l´enfant dut bondir, car le pied de Grar balaya le sol. L´assassin de Lucifer pivota, et sa lame plongea vers le corps de l´enfant. Necron se baissa, et, d´un mouvement fabueux, frappa la pointe de l´épée avec son bâton. La lame d´Altandre fonça déjà sur le sligr alors que, déséquilibré, il n´eut d´autres choix que de plonger en arrière. Necron manqua une nouvelle fois son coup et, alors qu´il voulait poursuivre son mouvement, l´épée de Grar se fendit en sifflant au-dessus de son crâne. Il bondit plusieurs mètres en arrière.
Ils étaient tout les deux au bord de l´abîme. Derrière le dos de Grar, Necron pouvait apercevoir les ruines de Byblos. Dans celui de Necron, Grar voyait le forêt verte et merveilleuse de Krasnia. L´un et l´autre face à leur massacre. L´un à l´autre face à leur peine, celle qu´ils porteraient jusque dans leur dernier souffle. Chacun face à ses responsabilités.
-C´est terminé! Hurle Necron.
Grar ne répondit rien. Il lui jetta un dernier regard.
Puis, au même instant, ils se mirent à courir l´un vers l´autre.
En haut de la plate-forme, au lieu le plus haut de la terre, ils se rencontrèrent.
Leurs lames se caressèrent une toute dernière fois.
Puis, le sang gicla.
Necron et Grar poursuivirent leur course. Un dernier instant, le souffle de la vie resta dans leurs deux âmes, et ils se tinrent debout, lame dégainé, prêt à revenir sur leur pas et à combattre encore et encore.
Mais le poussière lourde de la Tour se souleva sous le poids d´un colosse.
Necron Ishtar avait gagné.
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http://fr.youtube.com/watch?v=Ca-7ORJmcNY
Cette histoire pourrait se finir par cette image. Ces deux silhouettes, l´une, petite et chétive, debout, face à l´aurore, l´autre, immense et effondré comme un pantin cassé, perdu dans les ténèbres encore présente. Cette histoire pourrait s´achever sur la victoire de Necron, à la fin de ce long, très long combat, depuis les jardins du Purgatoire, jusqu´à la Tour de Babylone. Cette histoire pourrait s´achever ici, au plus haut sommet du monde, sur la mort de Grar. Cette histoire pourrait bien se finir bien.
Necron se serait retourné, aurait longuement regardé le corps du Sligr. Il aurait eu une dernière pensée pour cet adversaire qu´il avait combattu avec tant d´ardeur, et qu´il respectait, malgré tout. Puis, il aurait descendu la Tour, en évitant les gardes, et la délégation qui célébrait la mort de Lucifer. Il aurait entendu leur cris étouffés, leur murmures déçus, et il aurait retrouvé Altraël.
Ils seraient revenus au Purgatoire, et Necron aurait demandé pardon. Il se serait agenouillé devant le Seigneur Suprême, aurait placé sa vie entre ses mains, et alors, il aurait été acquitté. Bien entendu, il ne pourrait plus monter dans les échelons, mais au moins, il serait encore en vie. Il y aurait même eu une fête, pour célébrer la mort d´un des plus grands dangers qu´à connu le Purgatoire, et la grande victoire du Seigneur Suprême sur les âmes damnées. Peut-être même, Ankou se serait isolé, et, pour la première fois, ce serait Necron qui l´aurait rejoint. Peut-être l´aurait-elle remercié, une nouvelle fois, du fond de son coeur, et peut-être Necron lui aurait pris la main. Oui, cette histoire aurait pu se finir comme devrait se finir tout les histoires, avec un titan, un chevalier noir au masque de cire, et une jeune princesse. Cette histoire aurait pu se clore sur un baiser.
Mais Grar n´a jamais été un titan, et Necron n´a jamais été un prince. Et ce duel qui opposa deux écrivains n´a jamais été un conte. Car, au plus profond des enfers engloutis dans le chaos du Multivers, la volonté de Lucifer continuait de régner. Car, il y a de cela trois mois, dans un combat avec un autre titan, Necron avait scellé un autre de ses nombreux destins. Le destin de celui qui ferait tomber le Pugatoire. De celui qui défia Dieu.
Ainsi soit-il.
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Grar ne sentit pas la mort venir.
Les secondes passaient, mais l´acier n´avait pas encore transpercé son corps. L´épée d´Altandre n´avait pas encore fracassé son crâne. Surpris, il ouvrit les yeux.
Necron était au-dessus de lui, la main crispée sur la garde de son sabre. Sa paume droite, elle, serrait si fort la lame qu´un filet de sang s´écoulait sur la lumière bleue et immaculée. Son visage, figé par la douleur et la surprise, était celui d´un mort.
Soudain, il rejeta sa tête en arrière et poussa un long hurlement. On aurait cru un damné, un fou comme un autre, qui criait pour celébrer l´aube qui venait baigner le sol de ses rayons sanglants. Un loup perdu. Un porc qu´on égorge.
-Je... Ne peux pas! Je ne peux plus! Non! Haleta-t-il.
Il se jeta sur le coté. Son visage était baigné de larmes.
-Je ne peux plus... Je ne veux plus tuer... Plus pour Lui...
Grar, surpris, le regarda sans rien dire. Puis, au prix d´un effort douloureux, il parvint à s´asseoir.
Necron reculait, pétrifié. Son visage n´avais plus rien avoir avec celui qu´il était avant. C´était le visage d´un enfant perdu, d´un gamin apeuré, qui voit le croquemitaine de sa vie apparaître sous le forme de son père nu et ivre. Lentement, ses pas approchèrent de l´abîme qui descendait jusqu´à Babylone. Il trébucha sur une planche, et s´effondra sur le dos.
-Necron? Demanda Grar.
Il eut soudain une horrible quinte de toux, et du sang coula du fond de sa gorge. Il n´en avait plus pour très longtemps.
Necron resta silencieux un instant, ses cheveux noirs devant les yeux. Puis, lentement, il murmura.
-Raphaël...
-Hein?
-Mon nom... c´est Raphaël. Pas Necron. Raphaël. C´est comme ça qu´on m´appelait... A Byblos... avant que... avant que...
Il eut un sanglot.
-Papa... Maman...
Grar ne dit rien.
Un long silence s´écoula de nouveau. Puis:
-Je suis désolé, Grar. Je n´y arrive pas. Je ne peux pas vous tuer. Vous ne méritez pas ça.... Vous... Vous avez débarrassé le monde de l´étreinte de Lucifer... Vous avez combattu bravement, toute votre vie, au service des plus faibles... Comme Minrar... Je ne peux pas vous tuer...
Grar baissa les yeux.
-Si tu ne me tue pas, dit-il gravement, cet homme en armure noire, le guerrier aux tatouages, et même ton amie et tout les autres te rechercheront. Tu ne seras plus des leurs si tu me laisses m´échapper.
-Peu importe... Je ne veux... Je ne veux plus... je ne peux plus...
Il sanglotait toujours, mais semblait avoir retrouvé un peu de contenance.
-Je... Je vais partir...
« Si tu ne le fais pas pour la Justice, alors fais-le pour ça »
-Partir? Demanda Grar. Mais partir où? Tu n´as nulle part où aller.
-Non, répondit Necron en se relevant, le visage baigné de larmes. Je n´ai nulle part où aller. Mais je ne peux pas rester. Je... Je ne peux plus. Maintenant que je me souviens, je... Je n´arrive plus à être comme j´étais. Avant.
Il eut un bref frisson.
« Il vaut mieux que tu trouve la réponse par toi-même. »
-Je me suis posé tant de question... J´ai toujours demandé... Pourquoi fallait-il tuer pour servir Dieu... Pourquoi le goût du sang était-il si agréable, si bon à en vomir. Pourquoi j´aimais, et je détestais tant cette Justice, et mon père...
« Pourquoi tu ne vas jamais avec les autres? »
Il releva la tête. Ses yeux noirs brillaient, et -peut-être étais-ce une illusion?- ils paraissaient moins intense que tout à l´heure.
« Après ce qu´il a vécu... On ne peut pas lui en vouloir... »
-Je n´ai jamais eu les réponses à mes questions... je vais partir d´ici. Pour toujours... Je ne veux plus rien avoir avec le Purgatoire. Plus jamais...
Grar eut un petit sourire. Il se rallongea.
-Tu es fou petit. Mais je l´était aussi quand je me suis juré de battre Lucifer. Et j´ai réussi.
Il étendit le bras.
-Fuis, alors. Avant qu´ils arrivent. Mais j´ai été heureux de te rencontrer.
Necron, hébété, hocha la tête. Il s´approcha d´un chemin au bord de la plate-forme, qui menait à l´étage inférieur. Le soleil brillait de mille feux derrière lui.
Il se retourna soudain.
-Moi aussi, Grar. Ce fut une heureuse rencontre que la nôtre. Pas seulement un beau combat. Un bel échange.
Il essaya de sourire, mais n´y parvint pas. Ses yeux était encore chargé de larmes, et ses bras tressaillaient nerveusement.
-Oui, fit Grar. Adieu.
-Adieu.
Grar toussota une dernière fois.
-On se retrouvera en En...
Il s´arrêta. Puis son sourire s´élargit.
-On se retrouvera au ciel.
Necron disparut.
Le Soleil sanglant se détacha dans les cieux de Babylone.
Necron descendit lentement par les escaliers extérieurs. Il évita les patrouilles et les gardiens qui remontaient en haut de la Tour, et se cacha dans un renflement quand la délégation de l´empereur le croisa. Il les esquiva sans vraiment y penser, presque machinalement, l´esprit visiblement perdu dans ses souvenirs et sa tristesse. Son âme revenait sans cesse à cette image horrible, à cette introspection intérieure qui l´avait amené à deux doigts de la folie. Il ne se sentait pas encore le courage d´analyser ce qui lui était arrivé. Pour l´instant, ce qu´il devait faire, c´était fuir, fuir très loin, avant que les agents du Purgatoire ne se rendent compte qu´il les avaient trahis, et se mettent à sa poursuite. Il se soigna rapidement, pour empêcher ses plaies de pourrir, et acheta quelques gourdes d´eaux aux marchands de la ville basse. Ca suffirait pour la prochaine oasis. La route du sud en était remplie.
Le soleil était déjà haut quand il arriva à la limite de Babylone. Devant lui, le désert brûlant et immense dressait ses rayons et ses dunes comme autant de poignards effilés. Les dernières maisons de craie et de poutre essaimaient dans son dos. Il soupira.
-Vous voulez m´empêcher d´avancer?
L´ange de la Peste, vêtu de son armure noire, était accoudé à un petit muret, caché à la vue de Necron. Il semblait comme un point de pur ténébre au milieu de toute cette lumière.
-Non, répondit-il. Tu fais ce que tu veux.
Il souriait quand il se révéla à la vue de Necron. Son bras gauche semblait recouvert d´une étrange mixture noire, qui ressemblait à de la sève, et le garçon comprit que c´était son sang.
-J´ai rencontré un démon, quand j´ai essayé de vous poursuivre, un certain Sacrilége. Il avait l´air particulièrement attaché à Grar, fit l´ange de la peste d´un air détaché.
-Vous l´avez tué? Demanda Necron, glacial.
Altraël eut une grimace. Il avait l´air étrangement humain, une fois descendu de son trône, et sa décontraction troublait Necron.
-Non. J´aurais pu, mais il était très fort, et je n´avais pas le temps de jouer. Je devais vous retrouver, toi et le Sligr, avant que vous préveniez le monde entier qu´on les manipulent depuis la Génése.
Il y eut un silence. Le père et le fils se fixèrent lentement, les yeux dans les yeux. Ce fut Altraël qui rompit le premier.
-Ah, Necron, soupira-t-il. Quel gachis...
-Vous allez me tuer?
-Comment pourrais-je te tuer? Je suis ton pére, après tout. Je tiens à toi, peut-être même plus que je ne suis fidèle à Dieu.
Mensonge, pensa immédiatement Necron. Jamais l´ange de la peste ne lui avait montré de l´affection. Tout ce qu´il avait fait, c´était de le manipuler. Et ça n´allait pas changer maintenant.
Altraël avança lentement. Son visage était redevenu grave.
-Je l´ai toujours su, Necron. J´ai toujours su que tu te mettrais en travers du plan de Dieu. Tu as toujours attaché trop d´importance aux moyens, et non pas à la fin. Tu n´as vu que des assassinats là où nous voyons la voie de Dieu. Tu vois des morts là où nous voyons la mort. La fin justifie les moyens, Necron. Nous sommes un mal nécéssaire.
-Vous n´avez pas vécu ce que j´ai vécu.
-Si.
Necron leva les yeux, et croisa le regard livide de l´ange de la Peste. Et il eut soudain la conviction qu´il disait la vérité.
-Je ne te persuaderai plus maintenant, continua Altraël en levant les épaules. Je sais que c´est trop tard. Mais... Tu as pensé à Ankou?
Necron tressaillit, et baissa instantanément les yeux. Mais c´était trop tard. Altraël avait surpris dans son regard un début de culpabilité.
-Je ne peux plus, père. Je ne peux plus tuer. Je ne crois plus en notre cause, et je ne peux pas continuer à me mentir. Il faut que je parte.
-Trés bien, très bien, fit l´ange de la peste. Je suis malgré tout déçu. Tu aurais pu faire un agent magnifique.
Necron ne répondit rien.
-Je te laisse partir maintenant, parce que je te connais bien, et je sais que tu ne t´entraveras pas à nos projets, continua Altraël. Tu as connu Byblos, et tu ne prendrais pas le risque de causer un second massacre. Mais je préfère te prévenir, Necron: a partir du moment où tu n´es pas avec nous, tu es contre nous. Tous ceux qui savent doivent mourir un jour ou un autre. Nous enverrons des assassins après toi, et la Terre entière est bien trop petite pour que tu puisse te cacher.
-Je connais nos lois, père, fit Necron. Merci de me prévenir. Il faut que je parte, maintenant.
Il se remit en marche. Quand il arriva au niveau d´Altraël, celui-ci soupira une nouvelle fois. Puis:
-Shar´Ada.
-Quoi? Demanda Necron tout en continuant à marcher.
Ils étaient désormais dos à dos. Necron face au désert, Altraël face à la ville. Ce dernier se retourna;
-Shar´Ada. C´est un royaume elfe, situé bien loin au sud-est de Krasnia. Il y a quelques mois, un nouveau régent s´est auto-proclamé Grand Kahn de droit divin, un vieillard au nom d´Aknamenra.
-Et?
-Certains de mes informateurs m´ont prévenu qu´il possédait un bâton nommé « Ozaras ». C´est peut-être un détail, mais je pense qu´il s´agit d´un des artefacts issus de l´Arbre d´Ozaras, celui-la même qui est au Purgatoire. A ce que je sache, le Seigneur Suprême ne connait pas cette information. Cet Aknamenra a tout l´air d´un déséquilibré, mais si tu lui montre ton bâton, il te croira. Bref, tu pourras trouver du soutien là-bas.
Necron se retourna, stupéfié.
-Là, j´ai vraiment du mal à vous comprendre.
Altraël éclata de rire.
-Disons que je donne un bon conseil à mon fils unique. Et j´ai quelques comptes à régler avec le Dieu des Dieux, moi aussi.
Necron le jaugea longuement. Dans ses yeux sombres, les larmes brillaient encore.
-Comme vous voulez, finit-il par dire.
Il allait repartir, quand Altraël parla de nouveau.
-Tu sais, Necron... Même si ça m´a servi au final... Je n´ai pas voulu ce qu´il s´est passé à Byblos. Personne ne l´a voulu. Tout comme ce qui s´est passé aujourd´hui, et comme tout les actes du Purgatoire. Personne ne le souhaite vraiment. Mais tout le monde y contribue. Car c´est la volonté de Dieu.
Une nouvelle fois, Necron garda le silence. Il revoyait le sourire de son père adoptif dans la grange, et le sang qui s´écoulait...
Altraël se retourna vers Babylone
-Je t´ai aimé, Necron, lança-t-il.
-Moi aussi, pére.
Ils se remirent tout deux en marche. L´ange noir. L´ombre Blanche. Le Seigneur du Jugement. Le Génie du Purgatoire. Avec, en tête, l´image d´un enfant serrant la main d´un assassin.
Ainsi, Necron quitta définitivement le Purgatoire.
Notre histoire s´arrête ici.
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Snif...n´ayant lu que la fin, j´ai vu que tu ne m´avais pas cité... ![]()
Je lirai le tout plus tard...
Sinon, puis-je me permettre de upper la Salle des Duels Aux Héros Inventés?
Mouais. Déjà de un, je trouve que le fait de faire écouter des musiques pendant la lecture totalement bidon. Beaucoup de gens écoute de la musique en écrivant, et ils arrivent à faire coïncider ce qu´ils entendent avec ce qu´ils ressentent. Seulement, en faisant écouter aux autres gens, ça gâche le plaisir de lecture puisque les sentiments sont d´hors et déjà formatés, et il faut espérer écouter le bon passage au bon moment... Déjà ça...
De deux, les premières phrases ont un rythme atroce. Courte, longue, courte, longue. Brrr...
Après, certaines phrases sont au passé simple, d´autres au présent,certaines expressions sont très subjectives,redondantes parfois, caricaturales même ("j´en avais entendu parler"),...
L´explication d´Ankhou sur les phénomènes d´assauts qu´ils utilisent est totalement idiote, ça casse l´atmosphère établie...
Certaines phrases narratives tuent le suspense dans l´oeuf, point négatif je trouve.
Je trouve les duels très mous et hachés aussi. Ce qui fait que quand je lis: "et la fureur du combat reprit", ça me fait assez rire.
Après ça, il n´y a plus que des points positifs. Le scénario du duel est plein de rebondissements (même un peu trop) même si le combat Necron/Grar ne fait qu´une petite partie du tout. Le scénario est assez bien fait (on attendait pas moins vu le temps qu´on a attendu) et ça reste globalement assez fluide, malgré quelques passages qui gagneraient à être remanier.
(formulaire expiré, dans ma face
)
Si l´oeuvre devait se réduire à un simple reflet du monde observé, elle ne livrerait qu´une image confuse de la vérité.