Ceci est un récit ecrit par moi-même et publié sur ce site:
http://www.ecrituresdeguerre.com
Le recit se nomme Bienvenue En France, et porte sur la seconde guerre mondiale.
Bonne lecture
Bienvenue en France
" Promet-moi …Promet-moi de dire à ma famille lorsque tu rentreras que j´y suis allé le cœur léger "
Plus de quarante-cinq minutes à tourner en rond. Depuis quarante-cinq longues minutes, nous attendons au beau milieu de la manche. Je ne sais même pas pourquoi. La mer est démontée, le ciel est gris, tout le monde dégueule. Que rêver de plus ! Un gars derrière moi me souffle à l´oreille que nous attendons toutes les barges jusqu´à qu´elles soient toutes à notre niveau. Je le remercie d´un signe de tête. Ce gars, il s´appelle Harry. On s´est connu peu de temps avant que cette guerre commence. On avait décidé de s´engager, à dix-sept ans. Bien sûr, on avait menti sur notre âge. Aujourd´hui, quatre années ce sont écoulées depuis cet engagement. Aujourd´hui, six juin mille neuf-cent quarante quatre, j´ai tout juste vingt et un an. Et je suis là, à voguer sur une embarcation au milieu de nulle part. Le conducteur de l´embarcation fais un geste de la main pour faire signe d´y aller. Il lève la tête vers ce ciel triste et pâle, comme s´il annonçait une mauvaise chose. Harry est , lui aussi, très inquiet de ce qui nous attends sur la plage. Une plage…Comme si il n´y avait pas meilleur endroit pour se battre. On va être dirigés vers les côtes de France. La France, c´est beau, la guerre, c´est autre chose. Harry et moi avions réussi avec énormément de chance à nous glisser dans la même embarcation, en nous jurant de rester ensemble sur la plage. Ici, les soldats se penchent au dessus de l´eau toutes les cinq minutes pour vomir tout ce qu´ils ont à sortir. A voir cela, la pilule donnée avant l´embarquement n´a pas l´air d´être très efficace. Je crois même que je suis le seul à ne pas être malade. A part peut-être John la-bas devant, qui ne cesse de regarder la photo de son petit garçon en sanglotant. Je n´ose même plus compter le nombre de malades dans ce LCI. Il doit y en avoir la moitié, peut-être même les trois quarts. Il y en a qui plaisante, d´autres qui prient, d´autres qui dégueulent, d´autres qui restent silencieux, d´autres qui sanglotent,…..c´est le Jour-J. Et dire que j´étais fier d´arborer ce brassard blanc orné d´une croix rouge. L´assaut devait pourtant se passer hier. Apparemment, il a été reporté à cause des mauvaises conditions météorologiques. Elles ont pourtant l´air d´être bien présentes.
Ce matin nous avons été réveillé très tôt pour notre préparation. Un message, ou plus précisément une lettre, du général Eisenhower nous été parvenue à chacun d´entre nous. Il nous dit qu´on est capable de réussir. Moi je n´y crois pas, cet assaut a vraiment un caractère suicidaire. Notre briefing juste avant l´embarquement m´a permis de savoir que notre secteur de débarquement était Easy Green. Durant les très longs mois pendant lesquels je me suis entraîné avec mon unité, j´ai pu étudier de nombreuses maquettes de notre secteur. Nous appréhendions tellement ce qui nous attendais, que je crois même que nous avions appris par cœur les moindres reliefs, talus de sable, et endroit pour se mettre à couvert. On avait fait des dizaines de répétitions d´un vrai débarquement, mais je savais très bien que ça n´aurait rien avoir avec ce qui nous attendait le Jour-J. Ces maquettes, représentatives de ce qui nous attendait des mois plus tard, étaient celles de France, en Normandie d´après ce que je sais. Les plages ont été nommées bizarrement, Gold, Omaha, Utah, Juno et Sword. Mon secteur si je me souviens bien est sur Omaha. De toute façon, je m´en fiche un peu puisque ce qui nous attend sera sûrement partout pareil. Maintenant je suis ici, seul au milieu de tous et sans arme dans une barge au milieu de nulle part, sans espoir d´emporter la victoire. Pour cet assaut amphibie, des millions d´hommes avaient été mobilisés. Même des incompétents, qui n´ont jamais touché un fusil de leur vie. Nous, nous sommes des soldats, des vrais, des durs. On a fait plus d´un camp d´entraînement, bien que je n´ai pas eu la même formation que les autres. En mille neuf-cent quarante deux, il y a deux ans, le vingt-deux avril plus précisément, nous faisions mouvement vers le camp A.P Hill. Quatre mois plus tard, on s´est fait transférer au camp Blanding, en Floride, où nous y sommes tout juste restés un mois, pour rejoindre ensuite le New Jersey, au camp Kilmer. Nous y avons été déployés une semaine, puis nous avons mis le cap vers Jersey City, ou un nom dans le genre. On s´est toujours demandés ce que l´on ferait si on se retrouvait par mégarde devant un ennemi. Ca, c´était la grande énigme. Les allemands sont très bien entraînés, certes. Que ferait-on donc si on se retrouvait face à face avec l´un deux ? Peut-être que nous le tuerions. Peut-être même que c´est lui qui nous tuerait. Chaque jour je prie pour ne pas avoir à connaître la réponse.
Les vrombissements des moteurs de nos bateaux nous aiguisent les oreilles. La mer est déchaînée, le temps est vraiment mauvais, mais à cette heure-ci la marrée est basse, nous ne devrions donc pas avoir trop de problèmes avec les obstacles maritimes placés par les allemands. Moi qui rêvait de voir la France et sa capitale, Paris, je vais être servis. Mais tout le monde s´en fiche pas mal. On est pas la pour visiter la France. Nous ce qui nous préoccupe, c´est seulement ce qui nous attend, c´est tout, rien de plus. Nous devons plus être très loin. L´ embarcation est menée par un soldat, plus précisément un marin, comme si de rien n´était. L´air serein, il avance en fixant son regard droit devant. Il doit sûrement être trop concentré pour ressentir la peur. Etant pêcheur, j´ai voyagé toute ma vie. Serait-ce mon dernier voyage ? Les vagues déchaînées nous font légèrement dériver. Des bruits très vagues sont maintenant perceptibles, mais c´est comme si on avait baissé le volume au minimum. Des explosions, des tirs,…..des cris. J´ai vraiment la frousse. On nous a appris que le pire ennemi des soldats n´était pas l´ennemi, mais la peur. Le courage, ce n´est pas de braver les dangers comme un héros,…c´est de se faire dans son froc mais de rester en selle quoiqu´il arrive. Ça, on me l´a répété bon nombre de fois. J´essaye tant bien que mal de me calmer, mais je tremble encore comme une feuille morte. La faim me tenaille également. Cette nuit j´ai pensé, et beaucoup prié. Je n´ai pas osé penser à ma famille, la peur de ne plus les revoir brouillant mon esprit.
c´est vraiment un nouveau style à ton autres récit " Lueur d´Espoir". J´aime beaucoup le débarquement, ce qui fait que j´ai un penchant pour ce récit.
En tous cas, continue comme ça mec ! T´as de l´avenir. ![]()
Les soldats s´agitent, chuchotent, et vérifient pour la dernière fois leur équipement. J´en profite pour vérifier le mien. Ceinture de sauvetage, sacoche avec ciseaux, pansements, bandages, morphine, poudre de Sulfa, bouteilles de plasma, masque à gaz, couvertures, rations de survie et tout le reste, enfin bref tout y est. Je suis fin prêt, même si je doute fortement que tout cet attirail me servira. J´envisage de m´en séparer une fois arrivé sur le rivage. La panique commence à monter, mais j´essaye de me contrôler. C´est si terrible sur cette plage ? Après tout, peut-être que ce sera facile, qui sait. Un tintement à ma gauche me fait sursauter. Une balle vient racler le côté de l´embarcation dans un tintement à faire sursauter. Le marin nous hurle de baisser la tête. Nous approchons. Un rideau épais de fumée s´est formé à l´avant, comme une brume à couper au couteau. Les cris des projectiles s´accroissent, et fendent l´air dans des sifflements fracassants. Cette fois je me pose vraiment des questions sur mes chances de survie une fois arrivé sur cette plage. Harry récite sa prière en serrant contre lui un pendentif, au bout duquel est fixée une photo sa mère.
Notre Père qui est aux cieux
Les tirs s´entrechoquent maintenant de tous les côtés. Des obus s´abattent de tous les côtés, projetant de l´eau en nous trempant jusqu´à la moelle. L´embarcation flotte comme un bouchon de liège en perdition, les vagues viennent frapper la coque en nous aspergeant d´une eau maritime très fraîche. Un obus vient directement s´abattre sur une des barges à notre gauche dans un fracas assourdissant. Un soldat devant moi lève la tête, mais n´eut pas le temps de voir quoi que ce soit : il tombe, les yeux plissés, fusil en main. Les sergents derrière moi donnent les dernières consignes : " Quand la rampe s´abattra, courez droit devant, ne vous retournez pas, et abritez-vous ! Les ordres sont clairs : La victoire à tout prix ! " , mais personne ne les écoute. Sans doute parce que le vacarme autour de nous couvrent leurs voix, ou tout simplement parce que tout le monde est pétrifié de peur et ne peuvent pas saisir le moindre mot. Je risque un regard vers la mer. Des corps flottent, maintenus à la surface par leur ceinture de sauvetage. Il y a des morceaux de cadavres, d´équipements, mais aussi des casques. Cette eau égorge alors toutes les saletés du désastre. Nous ne somme plus très loin de la terre ferme. Les balles et explosions viennent frapper l´eau de tous les côtés, c´est terrifiant. Dans un sifflement assourdissant, un projectile vient s´abattre juste devant notre embarcation. Un éclat, provenant sûrement de l´obus, vient littéralement décapiter un soldat à l´avant, quelques rangs devant moi, et en touchant au visage un autre juste à coté. La joue d´un des deux pend, ses gencives broyées retombent sur sa langue lacérée. Je me retourne pour voir le marin faire un signe de main vers l´embarcation à notre droite. Il pose la main sur une sorte de levier. Il est environ 6h59, nous débarquons.
Que ton nom soit sanctifié
" 30 SECONDES ! ! " hurle le marin. Je tiens d´une main ferme la corde censée nous guider et éviter toute dérive , tenue à l´extrémité par le meneur. Je baisse ma tête par précaution, les projectiles de tout genre sont devenus trop dangereux. La plupart des soldats charge leur fusil, et certains l´emballe dans un sac plastique étanche, alors que pour beaucoup il ne leur servira sûrement jamais. Comme nous, esclaves du sort. Comme nous, jouets de la mort… Je pense que nous allons sûrement débarquer dans un bon mètre d´eau. S´approcher trop près serait du suicide. J´agrippe ma cartouche de CO² censée gonfler ma ceinture. Le marin reprend la parole en criant plus fort : " DEGAGEZ LA RAMPE ! ! " .La peur l´emporte, je manque de m´évanouir avant de me rattraper sur le rebord. J´ai les tripes qui gargouillent, les mains moites, les jambes tremblantes comme jamais elles ne l´avaient fait. Harry est passé devant Les boches vont sûrement braquer leur artillerie dessus. Le marin commence à tourner la manivelle d´un geste fébrile mais sûr, en retenant son souffle. L´engrenage se fait entendre, la rampe s´abat dans un raillement à percer les tympans.
Que ton règne vienne
Je n´ai même pas le temps de réfléchir à un endroit où aller. La peur l´emporte, je manque de tomber en arrière avant de me cramponner au rebord. La corde se fend en l´espace d´un instant. C´est l´horreur absolue. Tous les soldats se ruent à l´entrée puis se font faucher par les mitrailleuses. Je tourne la tête et aperçois le conducteur inanimé. En guise de réflexe, je saute la paroi gauche en fer. J´atterri dans une eau froide. Je me sens couler lentement. Je cherche ma cartouche de CO², mais l´eau est tellement rougeâtre que je ne la trouve pas. Je la cherche désespérément, en espérant la trouver. Je parviens finalement à l´attraper, je l´enclenche, et je remonte lentement à la surface. Jamais de ma vie je n´ai été aussi content de respirer une grande bouffée d´air. Le spectacle est pétrifiant. Des soldats n´arrivent pas à retirer leur package, et coulent. J´en vois même un à l´eau avec un mortier sur le dos. Des centaines de bunkers, de sacs de sable équipés d´une mitrailleuse, de kilomètres de barbelés et encore de gros morceaux de fer soudés et hérissés sur la plage sont présents. Les balles claquent sur la surface de l´eau. J´essaye tant bien que mal d´atteindre en nageant le rivage qui est à environ cinquante mètres. Je ne parviens pas a faire un seul mètre sans voir un camarade, flottant à la surface, les yeux grand ouverts, rivés sur l´aube jaunâtre sans avoir pu se débattre. Les tirs sont puissants et incessants. Qu´est-ce que je ne donnerai pas pour que tout s´arrête, que le silence reviennent en faisant taire tous ces cris de pauvres hommes. Tout ce qui était autour de moi , toute cette horreur défilant devant mes yeux, tous ces cris, ces explosions, tout cela n´avait aucune importance pour moi. Je voulais vivre, seulement vivre. Durant ces longs mois d´entraînements, on nous avait dis tout ce qui allait arriver. Mais les voir arriver tous en même temps est vraiment terrifiant. Des soldats allongés sur la plage se servent de leurs camarades morts comme parapet. D´autres courent à perdre haleine, puis s´écroulent sans bruit. Une seconde ils sont là, l´autre ils ont disparu. L´eau atteint mes genoux et teint mes affaires d´un pâle violet. Je cours vers le premier obstacle venu. Je m´accroupi et retire ceux qui reste de mon package. Je m´aperçois avec effroi que la bandoulière de ma poche de secours s´est fendu. J´ai sûrement du perdre cette sacoche une fois tombé dans l´eau. Le sable vole, je sais très bien que ce sont des balles. Je me cale le plus possible sur l´obstacle, pour éviter d´exposer la moindre partie de mon corps. Je lève la tête pour repérer un peu l´endroit. C´est à partir de ce moment, et seulement à partir de ce moment là, que je me suis aperçu que tout avait planté.
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel
La plage, parsemée de cadavres et de blessés criant de tout leurs poumons, était intacte. La mer, d´un rouge sombre virant au violet, charriait des membres de toutes sortes. Des jambes, des têtes, des bras, tout ce qui pouvait composer un corps. Aucun trou d´obus n´était présent, exceptés ceux qui venaient d´être causés par les mortiers allemands. Des dizaines de bunkers abritant des pièces d´artillerie étaient debout. Pourtant, on nous avait bien précisé que la plage allait être bombardée quelques heures avant l´assaut. A ma grande surprise, un seul char était sur la plage. La porte de la cale était ouverte, et un soldat immobile, brûlé, semblé être en train de sortir. Le feu l´a sûrement rattrapé alors qu´il sortait. Des embarcations explosent en touchant je ne sais quoi, sûrement des mines. Un caporal légèrement en retrait par rapport à ma position hurle ces quelques paroles à un autre gars : " SOLDAT LEESTER, EMMENEZ VOS MUNITIONS EN AVANT DES LIGNES ON A BESOIN DE VOUS ! !! " . Le soldat s´exécute sans protester. Ici, on ne se faisait jamais répéter. Il se lève, commence à courir et explose après avoir parcouru quelques mètres. Les quelques kilos de TNT que transportait le soldat venaient d´être atteint. Le fameux mur de l´Atlantique était la devant nous, et crachait le feu comme jamais je n´avais vu. Les barges des vagues d´assaut suivantes arrivèrent. L´ennemi retenait son tir : les soldats présents dans ces dernières se firent littéralement faucher par les MG42.
Il faut que je trouve un médecin. Je me lève et cours le plus vite possible vers l´obstacle le plus proche. Je tourne frénétiquement la tête et fus tout heureux de voir un médecin administrer des soins à un soldat. Je m´approche de lui, le tapote dans le dos. Il se retourne et me demande, ou plutôt me crie, ce que je voulais. " J´ai perdu mon attirail, est-ce que vous pouvez m´en prêter ? ?? " . Il n´a pas l´air de me comprendre. " EST-CE QUE VOUS POUVEZ ME DONNER DU MATERIEL ? ?? " . Il hoche la tête de haut en bas. Il retire sa sacoche, en ressort quelques fournitures. Un obus d´artillerie viens s´abattre juste derrière lui. Il s´effondre sur moi et meurt sur le coup. Je lui prends son équipement en me doutant qu´il n´en n´aurait plus besoin. Je me relève, attache la sacoche sur mon épaule et commence à ramper en direction d´un grand poteau orné d´une mine, devenu inutile puisque nous sommes à marée basse. Mais je rebrousse vite chemin. A trois reprises, une explosion me souffle tout l´oxygène. Je n´avais pas remarqué que la Navy avait commencé à pillonner les blockhaus depuis la mer, mais à en juger par l´endroit où les obus atterrissent, ils ont l´air de tirer trop court. Je peux déjà sentir la chaleur des canons dégagée des obus au dessus de nos têtes. Les tirs se stoppèrent l´espace d´un instant, pensant à un repli, mais reprirent de plus belle, percutant parfois le béton des casemates. Je lève la tête et fus étonné de ne constater aucune présence d´aviation boche. Dieu merci. La pluie d´explosif et de balles soulève le sable et la terre dans un nuage de poussière. On respire mal, les yeux nous pique, le sable crisse sous les dents. Ces valses de feu tournent autour de nous dans un bruit étourdissant. Il faut pourtant faire face à ces hommes, au cœur aussi dur que le béton armé de leur abris. Leurs canons crachent, tuent, blessent, tandis que le sable colle aux semelles.
Le temps passe, et nous sommes là, sur cette plage, impuissant face au désastre de l´opération. Je ne peux pas rester là sans rien faire. Je ne peux pas me déplacer pour aller soigner les autres, je me ferais tuer. Je n´ai pas d´arme, je ne peux pas tuer…Je cherche dans les alentours un fusil ou n´importe quoi. J´en trouve un, je le prend, le porte à mon œil et appuis sur la gâchette en direction des postes de mitrailleurs. Rien ne se passe. Le chargeur est pourtant plein, mais je m´aperçois que l´arme est encrassé de sable. Furieux, je lance l´arme au loin. J´en ramasse une autre. Pareil. Il faut faire quelque chose. Je prend l´arme inactive, et la met sur mon épaule, avant d´enjamber deux camarades. Je cours à toutes jambes à la recherche de blessés. Je n´ai pas besoin d´aller bien loin, les blessés se comptant par milliers. Tous les cris de ces soldats en détresse se perdent dans ce vacarme d´explosions. Je m´accroupis et demande au soldat touché où est-ce qu´il ressentait la douleur. Il me fait un signe de main en direction de son bras, puis de son pied droit. J´attrape donc son bras et l´enroule d´un bandage pour stopper la légère hémorragie. Pendant que je presse ce dernier, j´appelle un gars qui tirait en direction des différents bunkers avec sa Thompson. Je peux lire sur son visage cet étrange mélange de frayeur et de haine." ENLEVEZ LUI SA BOTTE ! ! " . Il s´exécute et commence à la retirer. Je fus surpris de voir le pied partir avec. Le soldat effrayé, lâche le membre puis change de position. Je fouille ma sacoche et en ressort de la poudre de Sulfa. Le médecin n´avait quasiment pas de bandages, je me retrouve donc à court. Je sors de la poche du soldat, s´avérant être un lieutenant, son bandage individuel, que j´enroule autour de son moignon sanglant après l´avoir saupoudré. Une fois sa blessure soignée au bras et lui avoir dit qu´il s´en sortirait, je me relève en cherchant des yeux un autre endroit pour tenter de m´abriter. L´ennemi couvre le moindre pouce de terrain. Un homme est étendu à quelques mètres de moi, appelant à l´aide. Je me précipite dans sa direction en courant aussi vite que je le peux, mais quelque chose me déséquilibre. Deux tintements à la suite sur mon casque viennent rompre ma course, suivi de près par un claquement au niveau de ma jambe. Je suis déséquilibré sur le coup et tombe à la renverse au milieu d´équipements divers. Une douleur aiguë sur mon tibia gauche me laisse à terre. Je tâte mon casque : Aucun trou. J´ai vraiment de la chance. A croire que la mort ne veut pas de moi. Ma jambe gauche saigne abondamment. J´entreprends d´abord de la soigner, mais je décide en toute logique d´aller le faire ailleurs. Je me met à ramper prudemment au milieu de cette pluie ardente de plomb.
Donnes-nous aujourd´hui notre pain de ce jour
Les balles fusent et viennent se perdre dans le sable dans des sifflements sans pareil. Des équipements de tout type sont présents sur la plage, partiellement détruits. Des fusils, des moteurs, des casques ou encore des jeeps recouvrent le sable. J´atteints sans dommage un trou sûrement causé par un mortier. Je me terre dedans en m´affaissant pour éviter une quelconque balle impolie. Je commence à sortir un peu de morphine, mais un objet atterri à mes pieds. Je me sens tiré par le col, suivi de près par une voix rauque et certaine : " SORTEZ DE LA SOLDAT ! ! " , puis me sors du trou, quelques secondes avant que la grenade explose. L´explosion nous projette deux mètres plus loin et blesse le gars légèrement plus haut que la partie ventrale. Je l´allonge sur le côté avant même qu´il ait pu prononcer un mot. Je le pique de ma morphine puis le rassure en lui affirmant qu´il s´en sortira. Après l´avoir enroulé d´une bande blanche tachetée de terre, je m´éloigne en me demandant combien de temps lui restait-il avant de mourir, comme tant d´hommes sur cette plage. Les coups claquent et fusent de tout côtés. Je ne suis maintenant plus très loin de l´endroit où tous les survivants se regroupent, adossés sur un banc de sable les protégeant du moindre projectile. J´avais oublié ma blessure. Le saignement s´est stoppé tout seul, mais la douleur est toujours aussi poignante. Je pique ma jambe avec de la morphine avant d´ouvrir un sachet de poudre blanche dans un grognement. Je la déverse sur ma blessure hâtivement. Je fouille ma sacoche mais n´y trouve plus de bandages. Tant pis, je continuerais sans. Un seul obstacle aux crois de fer soudées entre elles me séparent du banc de sable.
Je m´accroupis, fais basculer le fusil inactif toujours suspendu à mon épaule, et le pose par terre. Je le démonte en prenant soin d´enlever tout le sable présent, notamment sur le levier d´armement qui était particulièrement encrassé. Je le remonte et vérifie une dernière fois que le chargeur est bien plein. Je prends par précaution trois chargeurs sur un soldat mort à ma gauche. Je suis prêt à courir le plus vite possible malgré la douleur. Mon caporal est allongé là, par terre, serein. On pourrait dire qu´il dort, si ce n´est ce trou béant qui lui traverse le visage. Le temps n´est sans doute pas aux larmes. Je m´apprête à changer de position, mais un homme à terre et blessé attire mon attention. Son uniforme est différent de celui des autres, son casque aussi.
Pardonnes-nous nos offenses,
Et parce qu´il est à ma droite, je serais inébranlable…
Je le hisse sans réfléchir sur mes épaules, en me disant qu´il mérite des soins comme tout le monde ici. Agir et ne pas réfléchir, tel est ce que l´on m´a enseigné. Je m´efforce de me le dire mais mes pensées vagabondent et me ramènent chez moi. Mon petit frère est sur mes épaules, il me crie d´aller plus vite…Je rigole en le voyant sourire. J´accélère le pas, en même temps que les coups de feu claquant dans mes oreilles. J´ai l´impression que ma croix d´un rouge flamboyant sur mon casque fait office de cible. Tous ces tirs partent des collines devant moi, mais j´ai l´impression que les allemands sont des ombres, toujours mouvantes et ne faisant qu´un avec la végétation ou les bunkers. Les projectiles s´abattent tout autour de moi, mais pas assez près pour stopper ma course. Ma jambe me fait souffrir mais je n´y prête guère attention. Des gars assis se protégeant du feu ennemi derrières ces gros " hérissons " nous dévisage avec un regard surpris, inquiet et parfois inexpressif. Je suis complètement à découvert avec et homme sur le dos. A ce moment-là, une explosion me souffle par derrière en me projetant au sol. Par chance elle ne m´a pas touché, mais le gars a maintenant les yeux fermés. Du sang coule le long de ses oreilles, de sa bouche et maintenant dans le dos, au niveau de l´articulation gauche. Ce boche méritait d´être soigné.
Et guidez-moi dans le droit chemin,
Maintenant et à l´heure de notre mort.
En étant sur mon dos, il m´a protégé des éclats de cette explosion. Jamais je n´aurais imaginé que ma rencontre avec un allemand serait sous cette forme, jamais…Le temps passe, les soldats trépassent, un homme à ma gauche hurle ces phrases : " SOLDATS ! IL N´Y A RIEN D´AUTRE A FAIRE ICI QUE MOURIR ! ! EN AVANT ! ! " . Ses phrases se perdent dans l´air maintenant devenu lourd en torture, puis se figent en une fraction de seconde. Il tombe avec l´élégance d´un ange, la bouche ouverte, comme si son discours continuait dans une longue danse sans fin. Le visage pâle et inerte, le regarde vide mais plein à la fois, reflétant toute l´expression du désastre. Le sable mouillé, les fusils rouillés, les casques avec des trous sur les côtés. Le déluge de fer s´abat sans relâche avec une intensité ravageuse. Les larmes coulent et l´espoir, vaincu, pleure devant l´atrocité de l´abattoir devenu irréel, où le désir de combattre s´éteint sans s´abattre. Une explosion retentit à ma gauche et me terrasse en un souffle : je me retrouve couché au sol avec une douleur intense à la tête. Le son se coupe brusquement, je vois flou et l´envie de vomir me cisaille l´estomac.
Je porte la main à tâtons sur ma tête avant de la voir avec effroi ruisselante de sang. Je n´arrive plus a bouger, ma tête me fait horriblement mal. J´entends de vagues voix lointaines, des voix d´hommes à bout portant dans l´air humide. Un homme au dessus de moi me fait des signes de mains. Je ne comprends pas, ma vue est trouble et je n´arrive plus à distinguer le visage de l´homme. Je ne serais pas capable de dire si cet homme est un médecin ou non. J´ai du mal à garder les yeux ouverts, les sueurs froides m´envahissent et la difficulté à respirer s´amplifie. Le gars sors de sa poche un objet brillant, une sorte de collier ou je ne sais pas quoi, et me le glisse dans la poche. Sa bouche est grande ouverte, il crie mais je n´arrive plus à entendre. Je sens le liquide rougeâtre couler le long de ma tempe, ce long fil froid et désagréable. Ma visibilité diminue…Je me sens traîné dans le sable par le col. Ma grande sœur m´attrape par les bras en rigolant et me fait glisser au sol le long de la salle à manger...
Comme un enfant se tournant vers sa mère
Je me tourne vers toi Seigneur
……
Depuis ce six juin, le soleil et la vie n´ont pas su reprendre le terrain. La plage, silencieuse, rejette toujours des corps, équipements et bien d´autres choses. Les larmes ont séché, le cœur des soldats ne bat plus, mais le souvenir est bien là. Un souvenir, certes, mais proche du cauchemar. Deux jours se sont écoulés depuis la réussite de ce débarquement. Je n´ai pas pu savoir comment s´est déroulée la fin de l´opération, puisqu´on m´a dit avoir reçu un fragment de projectile au niveau du front. Je ne m´en souviens plus. J´aurais été soigné non pas par un médecin mais par un soldat. Peu importe, je suis en vie et je le remercie, qui qu´il soit. J´avais juré de rester avec Harry tout le long de l´opération. Je n´ai pas su tenir ma promesse, et me voilà maintenant à sa recherche. Je me rends au poste de secours improvisé, où des informations le concernant seront sûrement indiquées. La personne chargée de ce poste, après avoir brièvement hoché la tête, me fais un signe de main vers un autre endroit, près du Quartier Général. Je fus tout heureux de le voir, en position allongée, dormant en compagnie de centaines d´autres. Je me précipite vers lui puis me penche en espérant pouvoir lui parler. La tête penchée sur son épaule droite, presque souriante, paraissait joyeuse. Une pancarte ternie par l´humidité est dressée au dessus de sa tête, et porte quelques inscriptions. Il n´a plus le collier sur lui, je me demande où a t-il bien pu passer. J´aurais voulu qu´il soit prisonnier, amnésique ou paralysé dans un hôpital, mais pas ça. On a versé trop de sang pour que le temps, naïf et frivole, apporte la paix de l´oubli en envol.
Private First Class Harry Wheeler.J,
29th Infantry Division
6 juin 1944
Mort pour la France
Amen
" Lawrence Wilson.F, soldat et médecin de la 29ème Division d´Infanterie US, participa au débarquement du 6 juin 1944. Il survécu après avoir été mobilisé pendant des heures entières sur Omaha Beach au lieu d´une vingtaine de minutes. Blessé superficiellement à la jambe gauche et à la tête, il poursuivra son chemin à travers l´Europe et libérera des villes de la barbarie nazie. Il rentra chez lui dans l´Oregon peu de temps après la guerre, continuant son devoir de mémoire auprès de son ami Harry Wheeler.M, mort sur la plage…Il fut présent lors des cérémonies du soixantième anniversaire du débarquement allié sur les cotes normandes, se rendit sur la plage et jeta a la mer un objet dont il gardera le secret. Sur cette plage, il laissa échapper des sanglots soixante années plus tard, là ou tant de sang fut versé, un jour de guerre…"
Je recommence :
C´est vraiment un nouveau style à ton autres récit " Lueur d´Espoir". J´aime beaucoup le débarquement, ce qui fait que j´ai un penchant pour ce récit.
En tous cas, continue comme ça mec ! T´as de l´avenir.
Allez, vite, continue ta suite ^_^
Désolé j´ai eu un petit bug de 2 minutes... Mon message serait suposé être avant les 2 tiens ![]()
Désolé pour ce triple post mais je vien de finir le récit et vraiment... wow
J´aime comment tu finis tes récits... Vraiment, bravo ! ![]()