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De Profundis

xbq_
xbq_
Niveau 9
15 juin 2005 à 23:24:41

Que fait le ´bq quand il a une bonne dizaine d´examens à réviser ? Il commence un nouveau texte, bah tiens. Et il espère que ça vous plaira.

---

D’abord, il y eut la fin du monde. Elle se produisit quelques minutes après 15h37, le 17 octobre 2003, alors que Nicholas Prescott remontait sans enthousiasme superflu la morne rue de Cobden, dans le quartier de Fallings Heath. Le vent automnal charriait les feuilles brunies des quelques arbres qui avaient subsisté dans le milieu urbain. L’une d’elles entra à moitié dans un sac en plastique ouvert abandonné sur la chaussé, ce qui arracha au jeune homme un sourire désabusé. Sans raison, il envoya un vigoureux coup de pied dans l’ensemble, ce qui, à défaut de provoquer l’admiration générale, dissocia les deux composants.

Après avoir regagné le trottoir, en évitant soigneusement les nombreux mégots qui parsemaient l’asphalte, Prescott poursuivit son chemin. Il sortit la main droite de la poche de son imperméable, et tourna le poignet de façon à consulter sa montre. 15h37, mais il savait qu’elle retardait quelque peu. « En tout cas, pas autant que moi », se morigéna-t-il. Son rendez-vous avait lieu à et quart.

Un bruit soudain le tira de ses pensées. En face de lui, une voiture grise venait de s’engager dans la rue, à une vitesse plus que modérée. Au son désapprobateur qu’avait émis le moteur, il déduisit que l’expérience du conducteur se basait encore beaucoup sur la théorie. « Jamais on ne devrait laisser d’aussi belles voitures à des novices », ajouta-t-il intérieurement.

Tandis que le véhicule approchait, Prescott s’aperçut qu’il n’en avait jamais vu de tel. Certes, il ne présentait aucun signe particulier, mais c’est bien ça qui attirait son attention : l’automobile était trop ordinaire pour mériter le moindre qualificatif. Amusé par cette idée, il s’approcha du bord du trottoir pour noter la marque, histoire de remercier les constructeurs d’avoir si originalement illuminé sa journée.

Il n’y avait pas de marque. Et les vitres, transparentes d’apparence, masquaient l’intérieur.

La portière arrière gauche s’ouvrit avant même que le conducteur n’ait achevé son arrêt – pour être honnête, un arrêt assez laborieux. Un homme ordinaire en sortit. Cheveux bruns, coupés au bol, de taille et de corpulence moyenne, il portait un smoking neuf et des chaussures cirées. L’inconnu prit pied sur le trottoir à deux pas du jeune homme, qui était resté figé par l’étonnement.

- Nicholas Prescott ? demanda l’homme avec un accent étonnant, mais définitivement étranger.
- Ça dépend combien d’argent il vous doit, répondit ce dernier avec circonspection.

L’homme ignora la raillerie.

- Vous reconnaissez-vous sur cette photographie ? questionna-t-il, en exhibant un cliché de la manche droite de son costar.

Prescott s’en saisit. Devant un mur à la blancheur fanée, un jeune homme souriait à l’objectif de toutes ses dents ( jaunies par les cigarettes). Le visage ovale, les cheveux châtains dressés sur la tête par une couche généreuse de gel, les fines lunettes noirâtres qui venaient s’appuyer sur un nez disproportionné à son goût – pas de doute, c’était bien lui qui avait posé. Mais il ne parvenait pas à se souvenir en quelle occasion.

- Non, répondit-il aussitôt après le premier regard.
- Non ? répéta l’autre, visiblement déçu.

Sans plus de commentaires, il prit la poignée dans la main droite et s’apprêta à regagner l’intérieur de l’anodin véhicule. Son geste se figea au dernier moment, comme une idée nouvelle lui traversait manifestement l’esprit.

- Comment pouvez-vous en attester ? demanda-t-il, d’une voix que le dépit n’avait toujours pas quittée.
- Facile, répliqua Prescott d’un ton narquois. Le type de la photo sourit. C’est incompatible avec mon caractère.

L’inconnu adressa au jeune homme un regard dans lequel se lisaient tous les reproches du monde. Il sembla prêt à agir, puis se ravisa.

- Je ne vous trouve pas amusant, rétorqua-t-il simplement, la voix glaciale. Si vous êtes bien l’individu en question, je vous prie de rentrer dans ce véhicule. Après vous.

Il esquissa une légère courbette et s’écarta du chemin. Sa mise en scène fut accueillie par un hoquet moqueur.

- Merci, mais non merci, répliqua Prescott, las de tout cela.

Puis il reprit sa marche en grommelant, fâché d’avoir gaspillé quelques minutes supplémentaires. Il n’alla pas loin.

Avec une célérité des plus impressionnantes, son interlocuteur le rattrapa. Il prit de la main droite un objet qu’il dissimulait, dans le bas de son dos, coincé dans sa ceinture, et le jeune se prit à imaginer plaisamment que ce soit une arme.

Il fut vite refroidi en réalisant que c’était effectivement le cas. Un éclair bleu jaillit de l’objet et vint frapper sa poitrine, lui causant une douleur aussi brève qu’insoutenable. Il tomba à genoux, invectivant machinalement ses forces déclinantes d’un « merde… » sans entrain, et tomba dans les bras de l’inconnu qui s’était agenouillé pour le réceptionner. Tandis qu’il le transportait dans la voiture, Prescott tomba dans un état de demi-sommeil bienheureux, éclairé par une lumière blanche très réconfortante.

Si mourir engendrait autant de tranquillité, se fit-il la réflexion avant de sombrer pour de bon, il aurait dû tenter le coup auparavant.

---

C´est court, mais ce n´est qu´une introduction. J´écrirai probablement la suite ce week-end, et j´espère quelques commentaires quand même^^
Bonne nuit

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
15 juin 2005 à 23:37:24

C´est bien, c´est beau, ( c´est bosch^^), c´est du ´Biquiou!^^
Très drôle, très prenant, très tout, très trop court aussi ( enfin c´est toujours trop court quand c´est trop bon^^)(ok j´arrête).
Valà valà valà... ça fera 100 euros :hap: .

littlething
littlething
Niveau 6
16 juin 2005 à 17:11:11

Excellent.

J´admire.

Toujours autant d´humour, même chose pour le style, j´attends la suite, et j´espère qu´elle sera rapide à venir.

Ya intérêt.

KaiM
KaiM
Niveau 11
16 juin 2005 à 17:24:13

Bon...
Je ne sais pas trop où ça va mener, donc j´attends la suite pour me faire une idée.

C´est méchant de se moquer des conducteurs novices!!!

xbq_
xbq_
Niveau 9
19 juin 2005 à 15:54:13

Merci aux trois d´avoir pris le temps de lire^^
Voici la suite, j´espère qu´elle ne vous plaira pas, vu qu´il n´y a rien de spécial dedans :hap:

---

Le réveil fut nettement plus brutal. Simultanément, Nicholas ressentit l’humidité qui imprégnait la majeure partie de ses vêtements, le contact froid d’un sol de pierre sur toute la longueur de ses jambes, et des liens qui maintenaient ses mains contre le mur, au-dessus de sa tête. Levant les yeux, il s’aperçut qu’il était enchaîné au mur, ni plus ni moins, comme au bon vieux temps des cachots. Il émergea complètement en réalisant ce que ça impliquait, et la brume que l’inconscience avait insinuée dans son champ de vision se dissipa. Il resta là, hagard, scrutant fixement le lien de fer qui cliquetait à chacun de ses mouvements.

Ari ne s’étonna pas de la mine déconfite du nouveau prisonnier. Il avait été capturé voilà près de deux semaines, et était le plus ancien détenu de leur cellule. Il avait d’abord assisté à la vaine lutte de « Django », dont il n’était pas certain de prononcer le nom adéquatement : le grand et maigre noir ne parlait pas un mot d’anglais, ce qui ne facilitait pas leur communication. Le suivant, Nivan, avait plus de capacités, mais moins d’envie. Taciturne, réservé, le petit Mexicain s’était résigné à sa condition à une vitesse effarante, et avait depuis respecté un silence des plus angoissants. Ari avait eu plus de chance avec la quatrième arrivante, Thai, indienne comme lui. Ils s’étaient très vite liés d’amitié et, leur origine commune aidant, avaient affrontés leurs jours suivants de détention dans une rassurante solidarité.

Les histoires des deux Indiens étaient navrantes de similitude. En chemin vers une quelconque activité ( Ari allait postuler pour un nouveau travail, son entreprise de logiciels l’ayant viré après quatre ans de bons et loyaux services), ils avaient été abordés par un homme ordinaire, habillé avec soin, qui leur avait montré une photo en leur demandant de les suivre. Ils avaient tous deux coopérés, et tous deux été quand bien même assommés une fois dans le véhicule.

Mais ce qui effrayait le plus l’informaticien ne se résumait pas à la prison, mais à ses proportions. Quand il était arrivé, le garde l’avait gratifié d’un numéro, d’une voix mécanique : 6022. Django avait eu droit au 14273. Nivan, 46117. Thai, 67900 et quelques, il n’avait pas retenu le chiffre entier. Et le nouveau, dont il ignorait toujours le nom, s’était vu attribuer le 91709. Ari se demandait si 91704 autres personnes, un beau matin, avaient reçus un numéro, comme ça, pour rigoler un peu.

Le Blanc émergea tandis qu’il ruminait ces pensées. Les laissant de côté, il s’adressa à lui d’une voix claire et amicale :

- Bienvenue, vieux. Comment tu te sens ?

L’autre cessa de contempler ses menottes, et se tourna vers l’origine de cette interpellation. Ari se dit qu’il n’avait pas remarqué sa présence jusqu’alors. Mais l’autre ne répondait pas.

- Tu parles anglais ? demanda-t-il, en insistant bien sur chaque syllabe.
- Un peu que je parle anglais, répliqua l’inconnu sans la moindre hésitation. C’est plutôt à toi que je poserais cette question.

L’Indien se blâma intérieurement ; étant le seul anglophone des quatre, si l’on exceptait Nivan, il avait oublié que son accent laissait à désirer.

- Ton nom ? éluda-t-il, en se concentrant sur ce qu’il prononçait.
- John Doe, railla l’autre, en le regardant d’un œil affolé. Kurt Cobain, Richard Bachman… Qu’est-ce que ça peut faire ? Où est-ce qu’on est, là ?

Question type. Après tout, pourquoi aurait-il réagi autrement ?

- Personne ne sait, mon gars. Je suis là depuis deux semaines, et je n’ai aucune réponse, fit-il sans chaleur. On est tous dans la même galère.

C’est là que, jetant un coup d’œil circulaire, l’anglais s’aperçut qu’ils n’étaient pas les seuls à être attachés.

- Attends, Attends, répéta-t-il, rien moins que sûr de lui. Combien on est exactement ?

91709 ?

- Nous sommes 5. Reste calme, et parle-nous.
- Rester calme ? Je viens de me faire enlever par… un espèce d’enfoiré qui a échoué à son permis de conduire, et il faudrait que je reste calme ?

Ari se renfrogna un peu, bien qu’il comprît la réaction du nouvel arrivant.

- Ce n’est vraiment pas ma faute, reprit-il en haussant le ton. Et on a déjà essayé, il n’y a rien à faire. A part se faire saigner les poignets en vain.

L’autre garda le silence pendant quelques instants, regardant un point dans le vide, entre ses jambes écartées. Puis, relevant la tête, il se présenta d’une voix brisée :

- Nicholas. Nicholas Prescott.
- Ari, répondit l’Indien. Arivoli Pachaï. Voilà Django, Nivan Alvarez, et Thaiyal Nagaï.

Thai adressa un petit sourire à l’Anglais. Les autres se réfugièrent dans leur mutisme habituel.

- Thai et Django ne parlent pas anglais, expliqua Ari. Le Mexicain connaît quelques mots, mais il ne communique pas.
- Fabuleux, décréta le nouveau, sans rien cacher de son désintérêt.

L’Indien se résigna. Il fallait lui laisser un peu de temps.

Nicholas se concentra sur ses liens pendant plusieurs minutes, mais il en vint à la même conclusion que l’individu qui lui avait adressé la parole. Le semblant d’anglais qu’il parlait lui échappait encore pour la plupart, mais il supposait que cela viendrait avec l’habitude. Une fois formulée, cette idée le terrifia ; elle impliquait qu’il reste longtemps en compagnie de ce Ari, et que par conséquent, il ne sortirait pas d’ici. Il préféra ne pas envisager cette possibilité, et reporta son attention à son environnement. Il était attaché au mur est d’une pièce humide et sombre, en pierres noires, évoquant un sordide cachot. Sur sa droite, une grille d’acier rouillée interdisait l’accès à un couloir étroit très haut de plafond, tout au long duquel de larges ouvertures laissaient filtrer la lumière du jour, qui commençait à présent à décliner. Il se pencha pour tenter de discerner une ouverture, une porte qui relierait ce couloir au monde extérieur, mais ne vit rien de tel. Un simple chemin de ronde d’intérieur. Sur sa gauche, dans l’angle avec le mur nord, Django gisait, prostré dans un silence effrayant. Il ne portait qu’un pantalon en tissu, très usé, et c’est en voyant ses côtes saillantes que l’Anglais réalisa à quel point les problèmes de famine en Afrique n’avaient rien d’abstrait.

En face de lui, attaché au mur ouest, le Mexicain avait rentré la tête entre les genoux, et sanglotait par intermittences. L’orientation des rayons du soleil l’empêchait d’observer plus avant ses traits ou ses vêtements, aussi ne s’attarda-t-il pas sur son vis-à-vis. Dans le coin nord-ouest devait se trouver Thai, mais là encore, l’obscurité ne lui aurait pas permis de s’en assurer, s’il l’avait souhaité. Quant à son interlocuteur, ses chaînes l’accrochaient au mur nord, juste en face de la porte.

Il n’y avait pas de fenêtres, la hauteur de la pièce ne dépassait pas deux mètres, et l’oppressante absence de bruit excitait sa claustrophobie.

- Quelqu’un sait ce qu’on fait là ? interrogea-t-il, plus pour parler qu’autre chose.
- Aucune idée, fit Ari en haussant les épaules. Nous sommes des numéros.
- Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! s’exclama Nicholas, une pointe d’ironie dans la voix, dans l’espoir de détendre l’atmosphère.
- Hein ?
- Oh, ce n’est rien, concéda-t-il. Tu manques de références.

Et rien ne s’ensuivit.

- Comment on survit ? reprit-il, après quelques minutes.
- Les gardes nous apportent à boire et à manger, deux fois par jours. Il y a un trou à côté de toi pour évacuer.
- Oh, acquiesça l’Anglais, avant d’enchaîner : des gardes ?
- Des gardes, confirma Ari. Ils passent de temps en temps, pour vérifier que personne n’a pris la clé des champs, j’imagine.

A ce moment, Thai l’interrompit dans ce qu’il supposa être de l’indien. Ari lui répondit lentement, d’une voix rassurante. Elle se tut, et il se retourna vers Nicholas.

- Ils ont des sortes de masque, précisa-t-il. Comme des… euh, des moustiques ?
- J’en sais rien, moi, répliqua l’Anglais. Mais si c’est un problème de vocabulaire, le mot existe, oui.
- Alors ça doit être ça, confirma Ari. Des moustiques. Ils arrivent du couloir, par l’ouest.

Nicholas jeta un regard dans cette direction, mais ne distingua rien de plus que la première fois. Revenant à sa conversation, une question le frappa soudain :

- C’est Halloween ?
- Euh… pas que je sache, répondit l’Indien, avec circonspection.
- Alors pourquoi ces cons se déguisent ? demanda-t-il, assez judicieusement.

---

Comme d´hab, merci aux lecteurs, et bonne fin de journée^^

xbq_
xbq_
Niveau 9
21 juin 2005 à 20:19:26

Mais up ! :hum:

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
21 juin 2005 à 23:32:26

C´est un texte remarquablement bien écrit. Mais il y a trop de suspens et ça lasse de na pas savoir ce qui se passe. Néanmoins ça présage un scénar bien huilé.

L´allusion au prisonnier est pas mal du tout ! !!

Continue c´est vraiment bon :ok:

vierax-fan-ff
vierax-fan-ff
Niveau 10
24 juin 2005 à 16:52:01

Ahah m´a bien fait sourir cette fic ´biquiou!

Sinon ben c´est de toi

pas de faute ( aperçut), style apprécié ( de moi) histoire intéressant et brinde d´humour permanant!!

J´adore quoi ^^

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