Mme ma mélancolie,
Je t’écris en ta compagnie, ayant définitivement renoncé à me débarrasser de tes voiles gris qui assombrissent si bien mon regard.
Je te dois bien des choses, une certaine résignation, un certain état d’esprit plus confortable à gérer pour moi que la ritournelle du bonheur au rythme très irrégulier, et je te dois aussi mes écrits, piètres, certes, mais jouissifs à relire…
Tu vas de pair avec nostalgie, et tu m’évoques tant de souvenirs heureux, que je ne puis décemment te donner pour synonyme désespoir.
Je te suis reconnaissante pour toutes ces soirées passées à contempler le ciel bleu noir, par ma grande fenêtre, un oreiller coincé contre mon cœur, les genoux ramené en cocon sur ma poitrine, ta musique m’emplissant les oreilles…
Les yeux perdus au fond de l’horizon, tentant d’y rechercher une nouvelle vie, un nouveau pays, de nouveaux amis.
Tu n’es pas méchante avec moi, tu n’es pas meurtrière.
Seule la colère peut m’être néfaste en ce gouffre profond que me semble être ma poitrine.
L’impression étrange d’être aspirée par cet abîme, près du cœur.
Je respire très doucement, en longues goulées d’air qui durent tout le temps que dure ma remontée, suivie par la descente, profonde, reposante, incitant mon corps au repos.
Ces instants là sont extrêmement précieux.
Même s’il m’est impossible de les partager avec qui que ce soit.
C’est étrange.
Tu es comme une sorte de pause pour moi, dans ce monde dont je n’ai pas encore totalement compris le fonctionnement.
Je suis perdue.
Et contente de l’être.
Perdue dans ton fond, perdue dans ton noir.
Je ne veux pas de la tristesse emphatique de Chateaubriand, qui me hérisse le poil, je ne veux pas du cynisme résigné de Desproges.
Je te préfère toi, comme tu es, avec tes drôles de conditions, ton envol que je me dois d’effectuer à chacun des débuts de nos rencontres.
Tu as toujours été là pour moi.
Tu m’as protégé contre la colère, me calmant brusquement, m’endormant en me soufflant ta berceuse à l’oreille.
C’est une lettre de remerciement.
C’est une lettre écrite avec toi.
Lettre de toi à toi.
Ne faites pas attention à moi...
( je fais des lettres à tout le monde en ce moment... J´en mettrais d´autres de différentes sortes...)