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La Sixième Voie

Love-Nirvana
Love-Nirvana
Niveau 8
15 mai 2005 à 16:02:51

Soyez indulgents, c´est la première fois que j´écris une nouvelle !

« La Sixième Voie »

A la sortie du lycée, les élèves se bousculaient, couraient, criaient, pour être sûrs de ne pas rater leurs bus. Paul, lui, ne se pressait pas. On peut même dire qu’il allait carrément lentement. Il attendait Annabelle, ils avaient rendez-vous à cinq heures dix. Comme toujours, elle était en retard. Et, comme toujours, il fumait une ou deux cigarettes pour tuer le temps. Il s’assit sur un banc, les jambes nonchalamment pendantes. Malgré son air désabusé, on pouvait sentir son inquiétude. Il redoutait qu’Annabelle n’aime pas sa surprise, qu’elle l’envoie balader. Dans ses cauchemars, elle le regardait avec mépris et lui disait d’aller voir ailleurs. Dans ses rêves, ils s’embrassaient longtemps.
Soudain, une jeune fille vêtue d’une courte jupe en jean et d’un débardeur rouge s’approcha de lui. Annabelle. Elle souriait, ses yeux brillaient de joie. Ses longs cheveux blonds reflétaient la lumière du soleil, lui donnant un air faussement angélique. Paul se leva brusquement, la contempla cinq silencieuses secondes puis la serra dans ses bras.
- Heureux que tu as pu venir.
- Je me suis débrouillée, pour ma mère. Je lui ai fait croire que j’allais au cinéma avec une amie.
- La nuit ?
- Et alors ? Les séances nocturnes, ça existe, hein ? Dans tout les cas je lui dirais que j’ai mangé chez Marie. Et puis, ça n’a pas d’importance. Je suis là, avec toi, j’attends ma surprise et c’est tout ce qui compte. N’est-ce pas ?
En guise de réponse, Paul lui pressa rapidement la main. Les minutes filaient, il était temps d’y aller. Ils coururent jusqu’à la station la plus proche et s’engouffrèrent dans le métro sans payer leurs tickets. Ils s’étaient installés sur la banquette arrière, à l’abri des regards et des oreilles traînantes.
- Alors, c’est quoi, ma surprise ?
- Eh, un peu de patience !
- Tu ne veux même pas me donner un indice ?
- Non.
- Allez, s’il te plaît !
Elle joignit les mains comme si elle le priait, ses yeux bleus rieurs trahissaient son manque de sérieux.
- Bon. Un seul alors.
- Génial !
Annabelle leva les bras en guise victoire.
- Ca a beaucoup de valeur, annonça Paul.
- De valeur ? Sentimentale ou matérielle ?
- Les deux. Et tu en as besoin. Maintenant, fini les questions.
Paul glissa une main dans la poche de son jean, vérifiant si la surprise s’y trouvait toujours. Oui, elle était là, n’attendant plus qu’on ne la sorte.
Après plusieurs changements de lignes, ils atteignirent la dernière station. Celle où tous les passagers sont priés de descendre. Il n’était que sept heures du soir et, comme l’hiver perdurait, le ciel était noir, chargé de lourds nuages. Paul et Annabelle sortirent dehors puis s’engouffrèrent dans une petite rue. Au bout, il y avait un petit bois qu’ils traversèrent en trente minutes. La pluie ne tarda pas, suivie d’un orage violent dans cette nuit déjà bien avancée. Ils marchèrent pendant longtemps dans un grand champ jusqu’à ce qu’ils atteignirent une grande gare désaffectée. Le lieu était abandonné depuis des années, plus aucun train ne passait. C’était sale, poussiéreux et abîmé. Dans la pénombre complète. Paul et Annabelle se faufilèrent par une petite porte et regardèrent autour d’eux, heureux d’avoir retrouvé leur endroit favori, celui où ils étaient sûrs que personne ne vient les déranger.

Paul s’avança lentement, contemplant les voies à moitié détruites, les petits commerces brûlés ou à moitié effondrés. Le tableau des départs, les affiches de publicités, tout lui était familier. Annabelle sortit un mouchoir de son sac, et, prise d’une soudaine envie, frotta frénétiquement une vieille plaque accrochée à un poteau, juste sur le quai.
- Qu’est-ce que tu fais ?
- La voie six. La sixième voie ! La nôtre, Paul !
Il la regarda astiquer la plaque avec une once de folie. Aux yeux des autres elle aurait pu avoir l’air hystérique mais à ceux de son ami, elle avait juste regagné le bercail, son foyer familial. C’était ici qu’elle se confiait, qu’elle lui faisait part de son quotidien infernal entre une mère alcoolique et un père absent. Paul se demandait souvent comment elle pouvait tout porter sur ses épaules, à seulement seize ans. La sixième voie était sa maison d’accueil.
- Viens, lui dit-il. On y va, maintenant.
Ils se prirent pas la main et sautèrent en main temps sur la voie six. Ils s’assirent entre les rails, cote à cote.
- J’ai le droit à ma surprise ?
- Oui, je crois que je t’ai fait assez languir.
Paul lui sourit timidement.
- Tu as besoin de t’échapper, non ?
- Comment ça ?
- Fuir ta vie, ne plus être Annabelle.
Elle le regarda pensivement, trois cents millions de réponses lui passaient par la tête. Elle en choisit celle qui lui semblait la plus évidente, celle qu’elle voulait.
- Je crois. C’est même vital si je veux échapper plus tard à la camisole. Parce que je ne sais pas encore combien de temps je tiendrai, Paul. Je n’en peux plus, je suis épuisée, je n’arrive pas à gérer ce qu’il m’arrive. J’aurais aimé être une lycéenne comme les autres, ou même comme toi. Mais je dois être Annabelle, une fille paumée qui doit subir les accès de colères de sa mère alcoolique. Est-ce tu comprends ? Est-ce que tu essaies, au moins ?
- J’ai toujours su que ce n’était pas facile et c’est pour ça que je suis là, avec ma surprise, dans cette gare que nous aimons tous les deux.
- C’est drôle, j’avais oublié un instant pourquoi nous sommes ici. Alors, fais-moi voir !
Ses yeux reprirent leur habituelle brillance qu’ils avaient délaissés une minute, le temps de sangloter un petit peu. Paul, docile, sortit de sa poche la surprise. Un petit bout de papier. Annabelle ne pu s’empêcher de laisser échapper un petit rire stupéfait. C’était ça, ce dont il lui parlait depuis des semaines ? Un vulgaire coin de feuille Canson tout froissé ? Elle ne pu cacher sa déception.
- Oh... C’est... ma surprise ?
- Oui.
- Merci. C’est gentil.
- Attends ! s’exclama Paul en riant. Ne t´inquiètes pas ! C’est ce qu’il y a écrit sur le papier qui est important, pas l’esthétique !
Il le lui tendit avec un air soudainement grave et sérieux. Annabelle le prit, le déplia soigneusement puis le lu à haute voix.
- « La sixième voie est en marche. » Qu’est-ce que ça veut dire, Paul ?
- Ca veut dire : la sixième voie est en marche. C’est tout bête à comprendre, pourtant.
Annabelle le regarda attentivement. Elle ne l’avait jamais vu comme ça, si sarcastique, si... machiavélique. Il semblait tout à coup atteint de folie, d’une furieuse envie de faire quelque chose de mal, quelque chose de cruel. Elle s’était toujours sentie en sécurité à ses côtés mais là, pour la première fois, elle avait peur de lui.
Soudain, la voie se mit à trembler. Les rails vibraient, on pouvait entendre de vieilles roues crisser. Un coup, deux coups, trois coups de sifflets et une fumée qui vinrent enrober les deux amis. Annabelle tourna la tête et étouffa un cri. Un train ! Sur la sixième voie ! La gare était pourtant censée être désaffectée, hors service ! Elle attrapa le bras de Paul, prise de panique. Sans faire exprès, elle lui planta ses ongles profondément.
- Paul ! Lève-toi, vite !
- Non, ce n’est pas la peine, répondit-il d’une voix étrangement calme.
- Mais on va se faire écraser ! Allez, debout !
- Je t’ai déjà dit non.
- Tu vas finir sous les roues si tu ne te bouges pas ! C’est ce que tu veux, hein ? C’EST CE QUE TU VEUX ?
Elle était totalement hystérique, tremblante de peur. Et le train se rapprochait inlassablement. Paul savait ce qu’il devait faire. Il la gifla et lui mit les mains sur les épaules, la forçant à se rasseoir.
- Paul... sanglota-t-elle. Qu’est-ce qu tu fais ? On va mourir...
- Ecoute moi, Ann. Tu en as besoin. C’est le seul moyen.
- Je ne comprends pas... Elève tes mains... Je veux partir...
- C’est le seul moyen.
- LAISSE-MOI TRANQUILLE, PAUVRE CINGLE ! LIBERE-MOI ! hurla-elle, se débattant furieusement en donnant des coups de pieds à droite et à gauche.
- C’est le seul moyen, répéta Paul en la calant contre les graviers, entre les deux rails.
Le train continua d’avancer, ébranlant la gare toute entière.
Des cris. Des sanglots déchirants la nuit. Des phares éclairant deux corps allongés sur la voie.
Et le lendemain, un malheureux conducteur répétant sans cesse à des parents effondrés « J’les avais pas vu... J’les avais pas vu... »

ClarenceSeedorf
ClarenceSeedorf
Niveau 10
15 mai 2005 à 17:00:19

Pour une première nouvelle, c´est bien réussi, si je ne me trompe pas, c´est une interprétation de la mort des deux jeunes écrasés par un train hier ?

Bien sur tout n´est pas parfait ( faute sur les participe présents ou subjonctif et quelques formulations maladroites ) , et peut etre qu´il aurait fallu étoffer mais c´est assez émouvant et bien amené.
Le vocabulaire et la bonne langue francaise sont employés judicieusement.

En bref j´ai bien aimé et t´encourage à écrire d´autres choses :)

redsissi
redsissi
Niveau 10
15 mai 2005 à 17:02:19

On embarque dans le trip en tout cas et la fin n´est pas prévisible tant que ça enfin en partie quand tu parles qu´il devient un peu déjanté mais on imagine pas que ça dégénère autant...

y aura une suite ou ça se termine là???

Bon style en tout cas... ça se lit bien...

Love-Nirvana
Love-Nirvana
Niveau 8
15 mai 2005 à 17:03:30

Merci beaucoup ! Pour les fautes d´accord, oui, c´est vrai, je doi encore travailler mais j´espère qu´il n´y en a pas de trop flagrantes ( sinon dites-le moi) et continuez à me donner des conseils ( comment étoffer ? )

Oui, il s´agit de la tragèdie survenue hier... j´ai essayé de m´imaginer ce qui avait pu se passer...

redsissi
redsissi
Niveau 10
15 mai 2005 à 17:05:09

oki c´est une nouvelle... bon alors je comprends que ça se termine là... oui j´ai bien aimé... je t´encourage à continuer d´écrire...

Love-Nirvana
Love-Nirvana
Niveau 8
15 mai 2005 à 17:05:12

Red : non, il n´y a pas de suite. Je pensais que ce n´était pas nécessaire.

Love-Nirvana
Love-Nirvana
Niveau 8
15 mai 2005 à 17:05:49

Il faut que j´apprene à dégainer plus vite ! :rire:

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
15 mai 2005 à 17:08:46

Mais qui es-tu à la fin???????????????? lol^^

J´avais lu mais pas commenté, donc je le fais là quand même parce que bon voilà et puis zut.

Très bon, j´ai beaucoup aimé. Comme ça a été dit, qques pb d´accord mais rien de trop gênant.
La chute est bien amenée et on imagine vrt pas que ça ira aussi loin ( je pensais juste qu´il voulait lui faire peur, lui montrer que la vie pouvait ne tenir qu´à un fil... et j´avais pas fait le rapprochement avec la tragédie des infos...).
Un texte très agréable à lire donc, mici à toi!

Love-Nirvana
Love-Nirvana
Niveau 8
15 mai 2005 à 17:36:32

Oulàlà il y a vraiment beaucoup de fautes ! C´est la faute au correcteur de Word, ça ! Je ne lui ferais plus confiance ! Merci Skysoft pour tes encouragements !

Seskoisa
Seskoisa
Niveau 10
15 mai 2005 à 22:31:00

J´ai trouvé une autre faute:

" Elève tes mains" :d) " Enlève tes mains"

Un style fluide avec de rares lourdeurs ( notamment la phrase citée par Clarence).

J´ai bien aimé, quoi que je n´ai pas entendu parler de l´accident dont vous parlez... :non:

Love-Nirvana
Love-Nirvana
Niveau 8
16 mai 2005 à 18:29:05

Justes quelque spetites modifications mais qui sont très importantes à mes yeux ( plus de fautes d´orthographes, supression des éventuelles lourdeurs, de certaines répétitions...)

Love-Nirvana
Love-Nirvana
Niveau 8
17 mai 2005 à 18:40:43

Oui, je sais, je suis perfectionniste mais je viens de repérer une grosse faute que je répare aussitôt :

Un coup, deux coups, trois coups de sifflets et une fumée qui vint enrober les deux amis.

Voilà pour la petite intervention ! ( c´est pas dans le texte, ça, attention ! )

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