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Je guette devant une laverie. Dedans, je peux distinguer un mec, à l’air à moitié paumé qui discute à une blonde assisse à côté de lui, tout en regardant avec attrait sa poitrine quelque peu volumineuse étant caché sous un mini T-shirt dévoilant le nombril. Je rentre. Le mec étant tellement occupé à sortir ce qui ressemble vaguement à des blagues qui faisait rire la femme, mais d’un rire creux, sans aucune consistance, sonnant faux. Bref, il parlait tellement qu’il ne s’était pas rendu compte que son linge était déjà prêt et ne tournait plus derrière son petit hublot en plexiglas. Une aubaine. Je lui empruntai donc une sorte de gros truc vert qui doit être un gros pull en laine gorgé d’eau, et un jean. L’idéal pour ma petite recrue. La blonde me voit et m’adresse un sourire en coin tandis que l’autre continu à parler de tout et n’importe quoi en me tournant le dos. Je lui fais un petit clin d’œil. Merci. Merci de ne pas m’avoir balancé.
Bon, il est vrai que j’avais dit que la chance n’était pas un facteur à prendre en considération, mais là, il faut bien avouer que la Providence était de mon côté. Une ambulance qui se renverse devant soi, ça n’arrive pas tout les jours. Et lorsque les portes arrières s’ouvrent sous le choc pour laisser apparaître une glacière de couleur rouge, juste quand j’ai besoin de glace pour faire des explosifs, je peux dire qu’un peu de chance peut être la bienvenue dans certains cas. Bref, je m’empare de cette alléchante petite boîte et je me casse en courant, sans me soucier de savoir ce qu’il y avait à l’intérieur ou si des infirmiers me poursuivaient, ou bien si le réservoir d’essence de l’ambulance allait exploser.
C’est donc ainsi que je retournai à l’entrepôt., la glacière dans une main, les vêtements dans l’autre. Je me demandai bien ce que Sarah et David avait pu faire ensemble, je présume que ce ne fut que de la discussion, connaissant Sarah. Ah oui, j’avais omis de vous dire que ma recrue se nomme David, mais bon, ce n’est pas très important, juste un simple détail. Je confiai la glacière à Sarah qui l’ouvrit et en sortit un sachet plastique contenant une sorte de truc grisâtre. J’avoue ne pas savoir de quoi il s’agit, un organe humain sans doute. De toute façon, je m’en fous un peu et l’organe grisâtre finit sur le sol poussiéreux de l’entrepôt.
Toute la nuit, nous avons fabriqué des explosifs. D’abord à deux, puis, par la suite, avec l’aide de la recrue qui avait besoin d’être initiée. Travail à la chaîne, toujours les mêmes gestes, un de travers et tout explose. Ce n’est vraiment pas marrant de faire de la nitroglycérine. Et dire que toute celle-ci ne servira à faire exploser qu’un vulgaire bâtiment appartenant à la direction d’Interflora… On avait déjà tout prévu. Sarah y travaillait en tant que femme de ménage, et elle avait ainsi, en sa possession, un trousseau de clés nous permettant d’atteindre le parking souterrain du bâtiment. Il suffisait ensuite de piéger les piliers de fondation et dire au revoir à Interflora. Enfin, juste cette vulgaire firme servant juste de rite d’initiation.
C’est alors qu’il devait être vers onze heure que David prend la parole.
_J’ai faim.
Bébé demande son biberon? J’lui balance une perfusion qui se trouvait dans le sac. Avec du glucose dans le sang, ça lui évitera les coups de barre. Encore mieux que Actimel.
_Voilà qui va te nourrir.
Puis en plus, lui qui aime tant le milieu hospitalier… Il pose la perfusion sur une pile d’explosifs fraîchement fabriquée. Il plante l’aiguille dans une de ses veines, je sais pas trop laquelle, c’est pas moi le médecin. Ce que je sais par contre, c’est qu’il faut un truc ressemblant à du sparadrap pour maintenir tout ça. Il y en a justement dans le sac, je le lui tends et il attache le tout avant de reprendre le boulot. Ça a l’air de lui plaire de fabriquer de la nitro. J’ai fait un bon recrutement, je suis fier. C’est ainsi qu’à 21 heures, la table fut jonché de pavé de nitroglycérine.