Il s'agit ici d'une oeuvre non complète, n'hésitez pas à faire part de vos critiques !
Chapitre I :
Cours Laura... Pleure et cours. Mais surtout, ne chiale pas, et ne fuit pas. Chialer, c'est digne des gamins, et fuir, c'est digne des lâches. Tu n'es ni une gamine, ni une lâche, tu ne fais que courir dans cette ville sombre, tu sèmes tes larmes sur le trottoir mal éclairé par les lampadaires qui ont plus l'air d'être des jambes fines de géants ou de monstres qu'autre chose. Mais tu ne t'en soucies pas, il y a plus important que de se faire dévorer par une créature de l'ombre. Heureusement que tu portes presque tout le temps tes chaussures basses, ça ne fait soit disant plus très féminin de nos jours, ça masculinise, il vaut mieux des talons voir des talons aiguilles si tu veux avoir l'honneur d'essuyer quelques regards dans les boulevards ainsi que des insultes proférées à voix basse. Pour ce qui vient de se passer, tes chaussures conviennent mieux, ça t'évitera de tomber par terre, de te faire quelques égratignures voir de te fouler la cheville. Et pour le moment, tu n'as pas besoin de ça, tu as déjà assez de problèmes.
Enfin, ce ne sont plus des problèmes, mais un échec critique que tu as subi de plein fouet et en face. A présent, tu as de quoi déverser toute ta haine et toute ta colère, mais le moment est aux larmes et à la course. Oui, ça fait du bien de courir, ça règle les problèmes à ce qu'il paraît, et ça apporte des solutions. Mais des solutions, tu n'en trouves pas pour le moment, et vouloir une solution, c'est se venger et donc faire un pas dans la violence et la folie. Oui, ça fait mal au cœur, mais c'est comme ça, et il faut que ça passe, parce qu'une vie de regrets finit par la détruire, tu n'es pas détruite loin de là, juste touchée, tu es perdue, mais pas échouée. C'est vrai, ce qu'on vient de te faire est impardonnable, l'envie de vengeance atteint son paroxysme, mais rien de tout ça n'apaisera le mal. Il y en aura d'autres, des moments durs à affronter, et cette fois ci, tu seras préparée pour faire face et pour résister. Tu n'es en fait, qu'une débutante dans cette vie souillée par le malheur et par le vice. Survivre est quelque chose de difficile en société, c'est ça qu'à toujours voulu l'Homme ?
Tu te retrouves à bout de souffle à force de courir, et le premier escalier que tu vois, qui mène à une gare souterraine, tu vas t'asseoir dessus, en marchant cette fois-ci, si tu tombes par terre car tu étouffes sachant que les rues sont désertes à cette heure-ci. Il fait froid, il fait nuit. Tu t'es bien couverte donc pour le froid, tu n'as pas particulièrement peur du noir, mais il se peut que tout bascule cette nuit. Que les ténèbres s'emparent de toi, que tu deviennes une de ces âmes damnées dont on ne retrouve jamais le corps et qui va hanter les lieux à l'abandon. Tout ça, c'est du paranormal, y croire ou non, ça ne cherche qu'à mettre mal à l'aise et à faire des insomnies. Et toi, Laura, tu n'y crois pas. Tu es le plus réaliste possible, même si tu t'étais créée il y a peu ton petit monde qui ne vivait que grâce à ton utopie personnelle. Ca avait de quoi te rendre heureuse, mais quand un monde s'effondre, c'est la misère et la mort qui apparaissent, au détriment du physique et du spirituel. Enfin, tu te décides à voir si il n'y a pas un train qui va passer, c'est rassurant de te dire ça, mais il n'y aura rien qui passera sur les rames, même pas ton cadavre.
Devant le panneau électronique qui affiche les prochains trains, tu restes comme émerveillée. Le premier qui va arriver sera là d'ici quelques heures, quand les gens commencent à se lever pour partir travailler jusqu'à ce que le soleil se couche, pour ensuite répéter ce cycle infernal chaque jour. En attendant, il faudrait que tu arrêtes de penser à ce qu'il vient de se passer, et il faudrait peut être que tu trouves un coin pour dormir. T'allonger sur un banc revient à être trop visible et à donner un aperçu étrange aux honnêtes gens, et te terrer dans un coin est pire. Tu te décides donc à t'allonger sur un banc non loin des rames, ton dos contre le mur.
Ce n'est pas très confortable, alors, tu te résignes à t'asseoir, tu n'arriveras pas à dormir, mais tant pis, si tu pouvais juste éviter de penser. Chante, danse, ou mieux même, pense à autre chose. Oui voilà, le meilleur moyen pour te guérir et faire passer le choc, c'est de penser à autre chose. Essaie de voir où tu veux aller, un endroit dans la campagne peut être, même si tu n'as nul part où loger, tu t'en fiches, tu souhaites juste passer quelques jours seule, en véritable ermite. Tu reviens vers le panneau d'affichage, décidément, tu ne pourras ni dormir, ni rester assise, parce que le temps a l'air de passer vite, très vite. Tu regardes où tu peux aller, puisque tout autour de toi, ce sont des petits villes qui étaient ouvrières il y a plusieurs décennies de cela. Avec tes vingts ans, tu n'a pas connu ça. Tu regardes donc, à chaque fois, la même gare où tu te trouves : Allentown. Et tu as du mal à savoir où tu veux aller, tu n'as jamais quittée ta ville, donc c'est un peu au hasard que tu choisis ta destination, et tu l'as enfin trouvée.
Tu vas te rasseoir, et tu attends le prochain train dans quelques heures qui partira de ta station d'Allentown, pour aller te déposer non loin de Centralia. Il faudra que tu marches un peu pour atteindre cette ville, et cette fois ci, évite de courir, et de pleurer.
Je ne poste pas tout en un gros bloc, je fais ça chapitre par chapitre, ne vous inquiétez pas, la suite arrivera bientôt. ![]()
Je trouve ça très intéressant, le suspense est très bien maintenu tandis que tu décris les états d'âmes et les actions de Laura.
Surtout, j'aime bien cette voix extérieure à l'impératif, ça donne une impression de flou, de mystère qui n'y serait pas si tu avais opté pour une première ou troisième personne du singulier. ![]()
Chapitre II :
Pour le moment, tu es en train d'attendre, et c'est ça qui est en train de t'ennuyer le plus. Au moins, tu as arrêté de pleurer et tu as su reprendre ton souffle, c'est déjà mieux que rien, n'est-ce pas Laura ? Et tu as réussi à ne pas fuir et à ne pas chialer, c'est encore mieux. A présent, il faut que tu oublies ce qui vient de se passer, et tout se passera bien pour toi. Oui, on se répète dans les paroles. Mais on répète beaucoup dans une vie non ? Pourquoi changer les habitudes quand celles-ci ne te dérangent pas ? Tu n'es pas au point d'être comme les honnêtes travailleurs qui ne vont pas tarder à se réveiller, à se lever tout en souriant et en embrassant hypocritement leur femme. Ils partiront sous la douche pour que leurs yeux soient enfin complètement ouverts. Ils écouteront la radio, regarderont la télé ou liront le journal pour savoir combien il y a eu de morts dans le Moyen-Orient. Et comme toi, ils attendront, habillés et baisés, que le pain de mie ait fini de brûler dans le grille-pain, parce que partir sans n'avoir rien mangé c'est mauvais d'après ce que disent les nutritionnistes. Impossible de savoir leur réaction, si ils savaient que tu n'as pas mangé depuis presque une journée, que tu as couru comme une folle sous les lumières de la ville, comme si tu voulais échapper à une créature malfaisante.
Tu n'es pas au point de crier famine, mais tu commences à avoir vraiment faim. Tu ne dirais pas non pour te payer quelque chose à manger ou à boire. Tu tends ta tête pour voir si il n'y a pas un distributeur de boissons, au mieux, il peut donner une barre chocolatée à un prix qui a de quoi donner une crise de foie, aussi violente que si tu te gavais de ces foutues barres chocolatées. Mais non, il n'y a rien aux alentours, il faudra peut être revenir vite à la surface pour trouver un magasin ou même un stand qui vend des viennoiseries, et même du café. Oui, du café ma muse. Pour te réchauffer le cœur. Pour réchauffer, ton corps, ton âme, tes larmes. Tu fouilles dans la poche de ton jeans, qui a subi de nombreuses épreuves, mais qui lui, a su te supporter. Le tissu est dénué de sentiments, mais si il l'était, il serait sans doute fidèle et même aimant à ton égard. Ca ne peut que te réconforter. Te réconforter, tu aimerais bien que quelqu'un le fasse, mais ce qui peut le faire est invisible.
Tu es comme éloignée du réel, du physique et tu te rapproches plus du merveilleux, du magnifique... De Dieu ? Non, lui, qu'il aille refaire son Monde. De l'esprit, voilà. De la vie même, très bien, vraiment très bien. Ainsi, le temps passe plus vite, tu n'arrêtes pas de penser et de créer des choses que les horloges avancent à un rythme rapide, et c'est visible puisqu'au loin du tunnel, tu peux voir en te levant, que le soleil se lève. Il est timide, tout comme tu l'étais en étant gamine, et comme tu l'es redevenue après cet incident. Mais comme cet astre, tu pourras de nouveau revenir à ton apogée. Tu ne te souviens pas que tu avais dit que la vie se résumait à ça ? L'Ossature. L'Apogée. La Décadence. La Désinvolture. L'Agonie. La Mort. Même si cela est triste, tu en es à la Décadence, précoce, mais tu y es. Espérons, prions même pour que ta Désinvolture soit tardive.
Pour le soleil, il subit ce cycle chaque jour, mais il revient, car il est immortel, aussi immortel que ton âme. Les lampadaires dehors finissent par s'éteindre, tu ne le sais pas, mais quand tu sortiras pour voir si rien n'est ouvert aux alentours, tu le remarqueras, en même temps que les passants de la première heure qui remarqueront qu'une jeune fille qui doit avoir la vingtaine se trouve dehors, qu'elle a des cernes, qu'elle doit sans doute être droguée et donc qu'elle ne mérite pas le moindre regard, sentiment, ou même une quelconque compassion. C'est dégueulasse, tu ne trouves pas ?
Ca a toujours été comme ça, c'est de l'égoïsme. Et ce que je dis n'est qu'un petit aperçu, un avant-goût. Car tu es taxée de choses encore pires, mais le dire ne sert à rien, tu vaux plus qu'eux, parce que toi, tu as les ailes brisées, et tu essaies de t'envoler de nouveau. Tu es l'Anté-Icare. Ses ailes de cires lui ont valu un aller simple dans l'eau et aux Champs-Elysées. Toi, tu peux encore marcher, parce que tu t'es tout simplement écrasée sur ce béton urbain. C'est plus douloureux, mais à moins que la nuque touche le sol en premier, impossible qu'on t'amène à la morgue. Rien n'est ouvert pour le moment, mais tu sens l'odeur du pain qui cuit au loin, ça donne encore plus l'appétit je sais. Il va falloir que tu attendes, le train n'arrive pas tout de suite.
Et puis, revenir dans ce sous-terrain alors qu'il commence à faire beau, ça revient à gâcher cette belle matinée qui s'annonce pour toi. Oui Laura, quand les travailleurs se dirigeront en masse vers la station, c'est que les trains arriveront. Tu as du temps, il n'y a que les vautours et les mégères qui sont dehors pour le moment. Pense plutôt à ce que tu vas manger et boire. Réconforte toi au mieux, parce que la suite, je ne peux te la raconter, ça serait jouer contre le destin. Ce que tu vivras te changeras peut être. Et je veux qu'après ça, tu ailles mieux. Un volet de fer s'ouvre, vite, soit la première cliente, et aussi... Essaie de ne pas tomber sur une viennoiserie de la veille, tu risques de ne pas aimer le goût rassis.
Tout aussi bien, tout aussi profond. ![]()
Chapitre III :
Alors, tu t'approches du stand qui vient d'ouvrir il y a quelques secondes, tu avances lentement, regardant bien dans tes poches les quelques dollars que tu as sur toi, ta monnaie n'est pas tombée, tu ne mourras pas de faim. Tu te trouves à présent en face du vendeur, qui est un homme certainement âgé d'une quarantaine d'années, et dont la fatigue se voit, elle ressort encore plus avec les quelques rides qu'il a. Ta première impression, c'est celle d'un homme qui n'a pas l'air très aimable, et en même temps, il semble comme triste. Une mauvaise nouvelle certainement. Il t'accueille juste devant son stand en disant un simple bonjour, et tu comprends tout de suite qu'il n'a pas envie de voir quelqu'un de si bon matin.
Il est un peu comme toi, loin de la société, même si lui, il a un travail et le cœur qui n'est pas en miettes. Tu peux te tromper, pourtant tu ne ressens que ça face à ce vendeur. De ta petite voix, tu lui demandes un café et une viennoiserie quelconque, le tout, c'est qu'elle ne soit pas rassie d'hier matin, il arrive que ce genre de boutique refile de la camelote, n'épargnons pas aussi les boulangers, ils sont encore pires que cet employé dont le but est de te vendre tout ce qui sort de l'industrie alimentaire.
Tu lui donnes l'argent, il te donne ta commande, tu lui donnes un merci, il te donne la monnaie. Tu t'éloignes à présent, décidant qu'il fait trop beau pour revenir dans le sous-terrain, tu t'assois, fais attention que le café ne tombe pas sur tes jambes, il est brûlant. Par précaution, tu le déposes à côté de toi, et tu goûtes la viennoiserie. Elle n'a pas un goût rance ou moisi, le vendeur ne t'a pas arnaqué, il n'avait pas l'air gentil, mais au moins, il n'a pas voulu t'empoisonner, ça t'évitera un aller-retour à l'hôpital. Tu mords dans la pâtisserie, ça apaise un petit peu la faim mais ça ne pourra pas te caler. Tu regardes aussi la monnaie qu'il te reste, tu as encore pas mal d'argent, assez pour un sandwich, et peut être une boisson si tu arrives à marchander. Tu n'es pas très bonne pour les négociations, autant abandonner cette idée tout de suite.
Tu seras arrivée à Centralia de toute façon, le train ne mettra pas longtemps pour te déposer à côté de cette ville que tu as choisi au hasard pour ton petit séjour de remise en forme. Si tu arrives à trouver un lieu abandonné et qui ne soit pas squatté là bas, tu auras même l'hôtel. Tu remarques que ton café refroidit et tu le goûtes aussi. C'est du café américain, de l'eau marron, rien de plus. La température est quand même idéale, ce qui ne t'empêche pas de le boire en seulement deux gorgées, il était petit de toute façon, mais ça a pu te réchauffer le cœur un peu. Tu termines ton gâteau tout en contemplant les gens qui sortent petit à petit de chez eux pour rejoindre leur travail, certains vont dans la station.
Tu te lèves aussi, pour ne pas rater le train qui te déposera à Centralia, il arrivera un peu plus tard que les premiers trains, mais tu ne peux pas t'empêcher de descendre, juste pour te rassurer, qu'il est impossible d'être en retard pour le prendre. Il y a beaucoup de voyageurs, ils ne doivent pas aller à Centralia eux, mais dans les villes plus grandes aux alentours comme Harrisburg ou Philadelphia. Il vaut mieux partir vers des lieux moins habités et moins urbains, c'est mieux pour les poumons et pour le cerveau. Les premiers trains arrivent, une majorité de voyageurs se massent à l'intérieur, se retrouvent presque collées les uns aux autres, c'est un spectacle absolument comique, en plus, il est gratuit et assure à chaque fois un show exceptionnel. Oui, ça prête à sourire.
Ainsi, les trains s'enchaînent les uns après les autres et les gens se montent dessus les uns après les autres pour ne pas arriver en retard au travail. Ca se déroule comme ça pendant de nombreuses minutes, et on annonce enfin que le train qui passera par plusieurs stations dont celle non loin de Centralia va arriver. Tu es enfin prête pour partir loin de cette ville et de son urbanisme qui ne cesse de s'étendre et de dévorer petit à petit l'âme de chaque habitant, dont toi.
Le train est là, à quai, tu montes à l'intérieur pour te trouver une place dans un wagon où il n'y a pas âme qui vive. Tu t'assois, et regarde une dernière fois la station que tu vas quitter dans les minutes qui suivent. Le mécanisme s'enclenche, et après qu'un tunnel soit franchi, te voilà, en train de regarder depuis la fenêtre la ville, bientôt, tu ne verras plus d'immeubles et plus d'usines, mais de vastes champs, des arbres. La nature qui n'est pas complètement réduite en esclavage par l'Homme. Tu aimerais bien faire un petit somme, mais tu n'arrives pas à dormir dans un transport. Ton regard reste donc rivé sur le paysage en face de toi, qui petit à petit, change pour t'offrir des véritables visions d'artistes. La nature, dans son plus bel habit.
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Franchement, je sais pas quoi dire, je suis soufflé. ![]()
Chapitre IV :
Le train ne mettra pas très longtemps pour arriver à la station proche de Centralia. En plus, tu es seule dans le wagon, peut être même dans le train entier. C'est la semaine après tout, ce n'est ni le week-end, ni les vacances, et voir des gens faire un tour dans la campagne environnante, c'est rare, ils vont plus dans d'autres Etats, là où il y a du soleil ou un calme ambiant. Pourtant, tout est calme aux alentours, c'est un silence de mort et pesant qui n'a jamais cessé de régner par ici. Un monde sans un seul bruit deviendrait vite un Enfer, même un tir de fusil, peut rendre le silence moins morbide et meurtrier.
Décidément, tu préfères quand même quand il y a un minimum d'ambiance. Même horrifique, ça ne te dérange pas. Tu n'as rien à faire, tu n'arrives pas à dormir, alors tu balances tes pieds comme une enfant, en regardant toujours le paysage et en pensant qu'il n'y a que toi dans ce train. Tu regrettes un petit peu aussi d'avoir pris une décision trop vite, car il est vrai que d'autres Etats sont beaucoup plus beaux que la verdure et les forêts de Pennsylvanie. Mais tu as toujours vécu à Allentown, et il serait peut être temps que tu découvres ce qui entoure cette grande ville assez proche de New-York. Tu essaies aussi de deviner dans combien de temps tu seras arrivée, tu es impatiente, ça se lit sur ton regard. Il faudra ensuite que tu marches, mais ton rythme est rapide, tu ne mettras pas une journée pour rejoindre Centralia, et tu ne feras pas de pause non plus, tu te permettras d'en faire une quand tu seras à destination et que tu auras trouvé un parc ou un lieu abandonné pour prendre un peu de repos l'espace de quelques heures et de partir à la découverte de la ville.
Là bas, les gens ne doivent pas être comme les citadins, ils doivent tous se connaître, et voir une étrangère qui arrive dans un drôle d'état ça peut très vite lancer des rumeurs. Personne n'aime ça les rumeurs, même toi, tu détestes qu'on dise des choses fausses à ton égard. Tu n'a jamais trop subi ça, mais tu serais prête à te tuer si des gens s'amusaient à te construire une fausse vie avec des fondations assez solides pour que des personnes y croient et se mettent à en parler à leur entourage. Ca ressemble un peu à la vie d'un village quand quelqu'un de nouveau arrive et ne plaît pas forcément. Ne te fais pas trop remarquer à Centralia, c'est tout. Le train ralentit, il va bientôt arriver, le voyage n'a pas été très long.
Les mains dans les poches, tu te lèves et va jusqu'à la porte la plus proche qui s'ouvrira quand la machine sera complètement arrêtée. Il n'y a vraiment personne, même pas un employé de bureau qui passe sa vie dans un open-space, dopé au café et aux menaces de son patron pour qu'il soit plus productif, et qui, a décidé de prendre quelques jours de congés pour évacuer la pression avant qu'il ne fasse un massacre dans son entreprise et qu'il égorge son employeur. Le monde du travail, c'est quelque chose que tu ne connais pas, pas encore en tout cas. Tu vas devenir comme les autres un jour ou l'autre. Le train s'arrête enfin, la porte s'ouvre et tu descends.
L'arrêt n'est que de quelques secondes, le temps que tu t'étires, il est déjà parti pour s'enfoncer encore plus dans la campagne. Histoire de déposer quelques fantômes dans les autres patelins sans doute. La station n'est pas situé dans un sous-terrain, c'est déjà moins étouffant. Alors, tu te mets en marche, il faut que tu passes par une route pour arriver à Centralia qui n'est qu'à quelques kilomètres d'ici. Un panneau l'indique. Il n'y a personne sur la route, il faut juste que tu fasses attention qu'un camion ne passe pas ici et te fauche par inadvertance, il n'y a pas âme qui vive par ici, et agoniser sur la route, ça doit être quelque chose d'épouvantable. Cette route, c'est pour le moment la seule trace humaine dans cette végétation.
C'est vraiment étrange, cet air qui paraît un peu plus pur et moins pollué. Il manque juste quelques animaux, des lapins, des oiseaux, et tout pourrait presque ressembler à un endroit paradisiaque. En plus de cela, il fait beau, le soleil, couvre chaque parcelle de terre malgré les quelques nuages qui ne tarderont pas à passer devant lui. La température est idéale, tu es bien couverte aussi, tu ne prends pas froid et ça t'arrange. Le seul problème, c'est pour tes chaussures, peut être qu'elles ne tiendront pas la route et qu'elles finiront par s'abîmer, voir par ne plus avoir de semelles dans le pire des cas. Ca te motivera pour en acheter une nouvelle paire au moins.
Tu continues d'avancer encore et encore, tu remarques aussi un brouillard naissant sur la route. C'est étrange cette brume, d'autant plus qu'à présent le soleil est vraiment bien couvert par ces satanés nuages. Tu lâches un juron, rien que ça, ça peut foutre en l'air la bonne humeur. Tant pis, tu ne rebrousseras pas chemin et tu t'enfonces dans le brouillard.
Bienvenue à Centralia, Laura.
J'ai lu le premier chapitre et je ressors un peu mitigé. Il y a quelques maladresses, notamment des phrases étrangement construites, des petits détails de çà et là, mais je dois avouer qu'il y a quelque chose de particulier qui se dégage de ce premier chapitre. Tu as réussi à créer une ambiance, une atmosphère étrange (ce n'est pas péjoratif).
"[...] les lampadaires qui ont plus l'air d'être des jambes fines de géants ou de monstres qu'autre chose."
Je trouve que la construction de la phrase est gênante et lourde. Il serait peut-être bon de virer quelques informations et de réagencer le tout.
"Tu regardes où tu peux aller, puisque tout autour de toi, ce sont des petits villes qui étaient ouvrières il y a plusieurs décennies de cela."
Je ferai la même remarque pour cette phrase.
C'est non exhaustif, mais cela illustre mes propos.
J'ai beaucoup aimé les premières phrases:
"Cours Laura... Pleure et cours. Mais surtout, ne chiale pas, et ne fuit pas. Chialer, c'est digne des gamins, et fuir, c'est digne des lâches. Tu n'es ni une gamine, ni une lâche, tu ne fais que courir dans cette ville sombre, tu sèmes tes larmes sur le trottoir"
Le rythme est là, le vocabulaire, bien que simple, fonctionne parfaitement ici et on entre directement dans le récit !
En somme, c'est un texte que l'on sent travaillé (en tout cas un minimum, et pour ça merci !), il y a de petites maladresses, mais tu as réussi à créer une ambiance et c'est assez rare (suffisament pour que je le souligne) ! ![]()
Lu le premier chapitre. En vrac:
"Tu n'es ni une gamine, ni une lâche, tu ne fais que courir dans cette ville sombre, tu sèmes tes larmes sur le trottoir mal éclairé par les lampadaires qui ont plus l'air d'être des jambes fines de géants ou de monstres qu'autre chose" Cette phrase est assez longue, et comparé à la phare précédente, qui est courte, ça tranche au niveau du rythme.
"Tu t'es bien couverte donc pour le froid, tu n'as pas particulièrement peur du noir, mais il se peut que tout bascule cette nuit." donc pour le froid quoi?
En gros:
Intéressant. J'aime bien le suspense créé, notamment par cette voix et cette narration à la deuxième personne. C'est efficace, et c'est ce qui compte. J'ai juste peur que cette tension tombe à plat si l'on découvre qu'en fait, l'événement en question est en fait un truc qui ne soit pas à la hauteur de toute cette tension. Mais bon, ça c'est personnel et ça n'entache pas la qualité du récit.
Voila.
Merci pour toutes vos remarques, je ferai en sorte d'améliorer tout ça.
La suite !
Chapitre V :
Centralia est le genre de petite ville typique du coin. Tu n'y as jamais mit les pieds. Mais tu es déjà mal à l'aise. Typique, je te le dis, une ville qui ne met pas mal à l'aise, ce n'est pas une ville, c'est un cimetière. La brume est toujours aussi épaisse. Tu ne vois rien devant toit. Ce n'est pourtant, une affaire de seulement quelques minutes. Puisque le brouillard disparaît petit à petit pour que ton regard se focalise sur les premiers bâtiments de la ville. Certains sont délabrés, d'autres ressemblent plus à des squats... Tu ne t'attendais pas à ça. Même un village de pêcheurs, est moins glauque que ça. Tu fais quelques pas en direction du premier bâtiment à ta portée. Il s'agit d'un café, le genre d'endroit qui ressemble à un bar qui a environ cinquante ans. Les jeunes raffolent de cette architecture, alors qu'ils crachent sur les anciennes générations. C'est le monde à l'envers.
Tu te décides à entrer à l'intérieur. Une musique se fait entendre, à travers un poste de radio. Ca grésille parfois, mais ça reste largement audible. I don't want to set the World on Fire, des Ink Spots, un vieux groupe, tu ne connais que cette musique, c'est la plus connue. Tu n'es pas très branchée sur la vieille musique. Je te vois mal en connaître un rayon dessus. Mais c'est rassurant, tu vis avec ton époque, tu ne te raccroches ni au passé qui était trop beau, ni à l'avenir qui sera trop laid. Tu vis l'instant présent, c'est déjà suffisant. La musique, continue de battre le rythme, le chanteur fredonne ses paroles. Le café est désert, il doit bien y avoir quelqu'un pour mettre cette musique... C'est désert. On dirait qu'on a fui ce lieu. Il y a des tasses de café posées sur quelques tables, parfois même un petit-déjeuner complet, qui n'est pas pourri, mais devenu froid. Le bruit de tes pas, bat aussi un rythme, celui de l'anxiété. Tu regardes vers le comptoir.
Personne. Tu n'oses pas parler. Tu ressens quelque chose de dangereux. Et ça l'est. Dangereux, et mortel. Tes pas se font plus lents, plus mesurés et tu continues d'avancer dans le silence pesant de la musique. On dirait presque une cambrioleuse. Tu avais cette idée en tête, de fouiller la caisse ou les frigos, histoire de voir si il n'y a pas de l'argent ou de la nourriture. Seulement, tu es ici pour quelques jours en tant que simple touriste, pas en tant que vandale. Tu te résignes à faire ce qui est mal vu par la société. Tu ne t'assois même pas pour reprendre ta respiration et faire le point sur toi même. Tu avances jusqu'à l'autre bout du bar, lentement. Au moment où tu as presque atteint l'autre côté, la musique s'arrête, laissant un grésillement.
Au début, tu l'ignores. Puis, il t'agace vite, tu te diriges vers le poste radio, et après avoir trouvé le bouton d'alimentation, tu l'éteins tout simplement. Le silence à présent, le vrai. Ca a l'air de te calmer... Pas pour longtemps. Une alarme... Au loin... Un bombardement ? Non, le pays n'est pas en guerre. Un incendie ? Non, tu aurais vu les pompiers en train de quadriller la zone... L'alarme se fait de plus en plus forte, ça ne te vrille pas les tympans, mais ça doit s'entendre à des kilomètres à la ronde. Tu as peur à présent, ce bruit n'est pas rassurant, il est loin de pouvoir annoncer quelque chose de bien. Par réflexe, tu te diriges derrière le comptoir et tu te baisses dans la pénombre.
Tu n'as jamais fait ce genre d'exercice à l'école, à défaut que des adolescents avaient lancé une rumeur comme quoi le gothique de ta classe voulait faire une fusillade, tout le monde l'évitait, par crainte qu'il ne soit réellement une bombe à retardement, on avait fait de la prévention, puis on avait viré le gothique de l'établissement. Qu'il veuille faire un massacre ou non, on ne t'a jamais appris à te cacher sous un objet en cas de danger. C'est un réflexe humain, tu le maîtrises parfaitement. La peur t'aide énormément.
L'alarme continue de sonner. C'est un chant qui est loin de celui des sirènes. C'est un chant de mauvais augure. Tu finis par te boucher les oreilles, ça ne marche pas vraiment. Quelques secondes plus tard, tout s'arrête, tout redevient calme, la radio éteinte ne grésille plus. Tu essaies d'analyser la situation, toujours planquée derrière le comptoir, recroquevillée sur toi même. Non, ce n'est pas le moment de pleurer Laura. Non, il ne faut pas que tu pleures, pas pour le moment, tu auras d'autres moment pour faire ça. Parce que des bruits de pas se rapprochent en même temps, un bruit métallique semble suivre, il frotte contre le sol durement.
C'est pour ça qu'il faut que tu sèches tes larmes. Pleurer, peut trahir ta cachette. Mais ce qui peut trahir aussi, c'est ta curiosité, tu as envie de voir ce qui approche, c'est peut être un habitant. Les bruits de pas, ainsi que le bruit métallique, s'arrêtent en plein milieu du café. Le silence revient. Ce silence est le pire de tous, car c'est celui du prédateur. Un silence de mort. Un silence aussi vide que la radio éteinte, mais aussi hurlant que l'alarme dehors...