Hello !
Ca fait un moment maintenant que ce que j'écris est plutôt du genre à prendre des centaines de pages, mais j'avais besoin de taper un truc (beaucoup) plus court, pour une fois, un truc totalement libre, en espérant que ça plaise à certains
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Marc n’avait qu’un seul but dans la vie. Se faire reconnaître pour ce qu’il était, c'est-à-dire rien. Marc n’était rien. Il était un vide dans la vie des autres, une vacuité dont chacun disposait à sa guise. La vie de Marc était tellement plate et morne que ses connaissances ne le voyaient que pour se sentir valorisés. Il n’aimait rien, ne faisait rien, n’était pas satisfait, et n’espérait rien pour améliorer sa situation.
Rien, sauf de se faire reconnaître.
Il était hors de question pour Marc de faire. Il n’aimait pas cet état, pas davantage que le reste, mais il était là, et en avait au moins le mérite. Il n’était rien. Il se complaisait dans le néant.
Lorsqu’il se réveillait le matin, à midi vingt-et-une – toujours à cette heure, il avait une alarme spécialement réglée pour s’assurer de son éveil – il ne bougeait pas un poil. Il gardait les yeux clos pendant cinq minutes, puis l’Entretien lui soulevait les paupières et lui humectait les globes à intervalles réguliers. Il ne bougeait pas les pupilles, et ne regardait pas autour de lui. Sa vision périphérique l’obligeait à voir le reste de la pièce, mais jamais il ne prêtait attention à quoi que ce soit. Autour de lui, des ombres défilaient avec leur lot de commentaires.
- Mon Dieu, disaient-ils, comment est-ce possible d’en arriver là ?
Ils ne savaient pas de quoi ils parlaient. Ils n’étaient là que pour remonter leur ego ; s’apercevoir que, malgré tout, il y avait pire qu’eux.
Il y avait Marc.
Très tôt, il avait décidé d’être le sauveur du monde. Ca avait toujours été son objectif sous-jacent. Sauver le monde. Sauf que nombreux étaient ceux qui avaient essayé sans succès – il n’y avait qu’à voir l’état dans lequel la terre était pour s’en persuader – alors que jamais ceux qui en avaient vraiment eu la volonté n’étaient restés sans rien faire.
Et c’était ça, le grand changement de Marc, la raison pour laquelle on se souviendrait de lui. Parce qu’il était plus finaud que tous ceux qui l’avaient précédé. Le premier, à la limite, on aurait pu l’excuser. C’était un coup d’essai, il était normal que ça ne marche pas, mais ils auraient dû se rendre compte que la méthode n’était pas bonne. Faire, ce n’était pas la solution. Pas plus que défaire.
Au lieu de ça, le second avait voulu tout changer, tout réformer, apporter des solutions différentes, sans même se rendre compte à quel point il avait tort.
Evidemment, l’action avait été aussi efficace qu’un coup de marteau dans le mur pour planter son clou. Les suivants avaient été du même acabit.
Dans un monde que tous rêvent de sauver, le seul vrai changement possible est de laisser le clou dans le mur. Pas d’attente, pas de déception. Pas de joie non plus, mais l’absence de malheur était bien plus importante. Une fois que tout le monde l’aurait compris, il n’y aurait plus le moindre chagrin sur la terre, ce qui était le but de tous les sauveurs.
Le hic, c’était que personne n’avait saisi la subtilité de son œuvre. Sa vie n’était maintenue que par l’Entretien – qui donnait même ses pulsations à son cœur – et il n’en profitait pas. Il n’entrevoyait que de la pitié autour de lui, chez tous ceux qui venaient observer l’homme qui n’était ni vivant, ni mort.
Tout ça, c’était juste un problème de compréhension, rien de plus. Des choix de mots, un concept à saisir. Une fois que les gens auraient compris, et adopteraient son mode de non-vie… Alors Marc pourrait dire « Je suis Rien », et cesserait de l’être.