Bonjour à tous
Ceci n'est qu'une ébauche, je n'ai pas vraiment de projet précis, juste une envie d'écrire et de partager mes écrits. Bien sur, le but est de continuer cette trame pour aboutir sur un récit de type nouvelle voir roman dans le meilleur des cas. J'aimerais principalement des conseils pour améliorer mon style d'écriture et des critiques constructives si ce premier chapitre ne vous a pas plu
Merci d'avance à tous les potentiels lecteurs!
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Cela faisait bientôt dix minutes qu’il s’était assis sur le seuil de la porte, seul, et restait là, à admirer le silence et le calme qui se dégageaient de la ville en ruine. Assez doucement pour ne pas briser son intense méditation, il sortit de sa poche une cigarette qu’il avait trouvée sur un corps quelques mètres plus loin. Il cracha à terre, expulsant sa salive sur la route brulante à cause du soleil d’été. D’un geste sec, il prit son briquet, posé à sa droite, et alluma la cigarette alors qu’il avait déjà le filtre en bouche. Il inspira. D’un œil presque navré, il observait toujours avec intérêt les corps qui jonchaient le sol des ruines qu’étaient les bâtiments de la bourgade détruite. Il exhala une grande bouffée de fumée blanche, et, avant de remettre la cigarette dans sa mâchoire, il soupira, baissant la tête.
Sa réaction était toujours la même après un massacre. Si son instinct continuait à lui rappeler les raisons qui l’avaient poussé à tuer des coupables comme des innocents, il subsistait en lui cette affection pour la vie, qui le pourchassait où qu’il aille, et qui le ramenait à de sombres pensées, le combat passé. Les remords prenaient à chaque fois possession de lui pendant quelques minutes, quelques heures, voir jusqu’au prochain contrat. Mais en bon tueur, froid et implacable, jamais ces sentiments de vieille femme sénile ne l’accompagnaient dans l’accomplissement de sa mission. Il agissait seul, tuait des inconnus pour l’argent, et ce, depuis plusieurs années désormais. Il n’avait pas compté, mais il devait approcher la dizaine d’année de service. Il s’était vu vieillir, sa barbe légèrement travaillée, il la rasait sur les côtés, ne laissant entrevoir qu’un bouc dense d’un noir terne ainsi qu’une moustache effilée de même teinte, où pointaient les premiers poils grisonnants en était la preuve. Sur sa peau tannée par le soleil du pays se creusaient les creux de l’âge. Là encore, lui-même ne souvenait pas exactement de l’année à laquelle il était né, mais il approchait vraisemblablement de la quarantaine, qu’il aurait même déjà pu dépasser de quelques années. Il était somme toute physiquement assez moyen, de taille correcte et de corpulence décente, il n’avait pas la carrure d’une force de la nature tout en étant plus imposant en tous points que les avortons de scientifiques qu’il était venu chercher ici.
Tandis que pour la première fois la journée le vent soufflait d’une légère brise qui caressait le visage de l’homme comme un souffle maternel, il observa pendant les dernières minutes de sa réflexion le soleil s’éteindre, dans un rouge sanglant, de l’autre côté des montagnes noires, il éprouvait un étrange plaisir à chaque fois qu’il voyait l’astre massif s’écraser dans l’horizon, disparaissant de son champ de vision ainsi que de celui de tous les alentours, laissant planer sur la région les ténèbres, jusqu’à son retour triomphal le lendemain matin, vainqueur au zénith des forces sombres de la nuit, comme un héros antique.
L’homme sortit un morceau de viande séché de la poche de son pantalon et commença à le mastiquer avec insistance, déformant la chair cramoisie déjà couverte de salive. Lui aussi avait voulu être un héros, quand il était enfant, comme tous les jeunes garçons. Alors que le gout salé de son repas lui emplissait la bouche, il se rappela de ce qu’il avait voulu faire, avant la guerre, avant les morts, avant son travail d’assassin. Les souvenirs qui remontaient en lui ne manquèrent pas de le faire relâcher de longs soupirs entre de bouchées de viande, comme toujours. Et comme toujours justement, après de nombreuses minutes de mélancolie, il sentait poindre dans le bas de ses yeux les premières larmes d’une longue série, prête à éclore et à dévaler la pente sombre et rouge que formaient ses pommettes et ses joues.
Très vite, le flot démentiel de pensées comme de larmes se stoppa, tout comme les réminiscences de son passé trouble. Il se leva, et ramassa son fusil et sa sacoche, en prenant soin d’y reposer un petit morceau de viande avant de se désaltérer quelques mètres plus loin, dans une source conjointe à la maison d’où il provenait. Il se releva et s’avança plus profondément dans Grittburg cette fois, jusqu’à la place principale. Face à lui se tenait le bâtiment le plus moderne qu’il pouvait trouver aux alentours : un simple laboratoire, malgré tout rénové assez récemment, comme le suggérait la peinture blanche qui n’avait pas commencé à s’écailler. L’édifice faisait tâche, dans cette nature sauvage qu’était la petite ville, seulement composée d’une dizaine d’habitations, vides pour la moitié, et d’édifices classiques des villages et gros bourgs comme le saloon ou encore l’école qui trônaient de part et d’autre du faste et pâle bâtiment dont la blancheur avait des reflets opalins en journée et presque irisés au petit matin.
Comme la chaleur était toujours présente malgré la nuit naissante, il son front rougeaud avec le dos de sa main tout en avançant toujours plus vers le laboratoire. Rapidement, il arriva devant la porte d’entrée, un vestige d’avant bien remarquablement bien conservée, tout en métal, bien qu’un peu rouillée, et disposant d’une poignée rendant difficile le crochetage de la porte. Il savait qu’il ne restait, au pire, qu’une demi-douzaine de savants non-armés à l’intérieur, puisqu'il s’était débarrassé facilement des autres à l’extérieur en même temps que la petite milice de Grittburg. Il savait la porte fermée et les scientifiques bornés, ainsi ne tenta-t-il même pas de communiquer par l’interphone, d’autant plus qu’il ignorait si celui-ci était encore activé. De sa sacoche il sortit quelques bâtons explosifs qu’il avait achetés à l’occasion à un marchand véreux qui lui certifiait que c’était la dynamite de la meilleure qualité qu’il pouvait trouver dans le pays. L’homme savait pertinemment que c’était faux, mais compte te nu de la somme promise par ses employeurs, peu lui importait de dépenser une petite fortune en explosifs quand une beaucoup plus grande l’attendait, en espèces sonnantes et trébuchantes à moins d’une semaine de marche de là.
Il alluma une autre cigarette avant de reporter la flamme de son briquet, presque à court de gaz, vers les explosifs, qu’il balança vers la porte en prenant soin de s’éloigner de la zone d’explosion. Comme prévu, ils firent mouche détruisant dans un vacarme assourdissant le métal de la porte, qui aurait explosée rien qu’avec un seul bâton. Mais la possibilité d’une surprise derrière l’entrée était à prendre en compte, et l’homme exécrait l’inattendu, cette deuxième dynamite, bien qu’apparemment gâchée, eut servie d’assurance à des bandits armés au-delà du trou fumant que formait désormais l’entrée. Il patienta quelques minutes, attendant des quelconques survivants qui souhaiteraient échapper à une mort sure s’ils s’opposaient à lui. Et là encore, son instinct fit mouche. Les mains levées sortirent quatre scientifiques, habillés en blouses blanches. Il ne représentait aucune menace immédiate, c’était assuré. Mais si l’homme n’avait aucune envie de faire des prisonniers, il n’avait ni besoin ni intérêt à avoir de riches et intelligents scientifiques souhaitant sa mort à tout prix. Et même si se lisaient dans leurs regards blafards et atterrés la soumission totale à la force du tueur, même si leurs larmes coulaient sur leurs joues, même si leurs peaux crispées exprimaient, même si le spectacle désolant de ces hommes et femmes terrifiés prenait tout son sens face à l’homme, c’était fini maintenant. Il acheva sa cigarette et soupira, laissant échapper une bouffée d’une fumée lourde telle le choix qui pesait sur ses épaules quant au sort des êtres qui lui faisaient face.
Il releva lentement sa tête, et, tout en saisissant son fusil, il contempla les savants qui, désespérés et qui avaient compris leur sort, baissèrent un à un leurs mains moites, acceptant sans broncher la mort certaine.
On savait comment affronter la mort dans les terres sauvages, même quand on était un avorton de scientifique, pensait l’homme. Ils savaient tous que l’honneur, bien qu’il en ait peu, lui commanditait une exécution rapide et quasi sans douleur, tandis que s’ils s’échappaient, ils feraient face à un tireur d’élite qui n’hésiterait en rien à faire durer la chasse en visant les membres moteurs des évadés. Cinq fois, il leva son arme et tira dans le cœur. Cinq cris retentirent, cinq morts tombèrent à terre, et cinq cadavres jonchaient désormais le sol de la grand place de Grittburg.
L’homme s’avança dans le bâtiment lentement, faisant raisonner chaque pas dans les murs carrelés de l'endroit, appréciant le clapotis des robinets mal fermés après la tuerie. Dessiné assez linéairement, et ne nécessitant donc que quelques niveaux, trois au total. Tandis qu’il avançait dans le long couloir principal de l’installation, une voix peu assurée mais forte prononça, avec hâte et tension, les mots suivants :
« Ne bougez plus, ou je tire »
L’homme sentit l’arme sur sa nuque, et, lâchant son fusil, leva les mains en l’air.