C’était frais, agréable, plaisant, innocent.
Marcher entre les rues grises, grises comme quelque chose qui s’est vidé.
Il n’y avait nulle volonté, maintenant il n’y a plus d’espoir ni volonté, en fin de compte. Oui, il faut le dire, j’ai toujours pensé peu. Il est dans ma nature d’avoir un esprit vide sans pensées ni réflexion, et d’ailleurs, ma mémoire est quasi-inexistante.
Je n’ai jamais pu effleurer l’amour propre de quelqu’un, mais enfant déjà, je sentais que j’avais quelque chose de différent, d’inférieur.
Soit les autres l’exploitent, soit ils l’ignorent, et je sais au plus profond de moi que je comprends beaucoup plus lentement que les autres.
Qu’auraient-t-ils fait d’un être tout juste capable d’exister dans un lac immobile ? Il fallait donc écarter l’inutilité, et saisir ce qui nous procure de la jouissance.
Il est des êtres peu favorisés cérébralement, mais qui, dotés d’une certaine volonté, parviennent à s’en sortir et à devenir autonomes dans un monde où on a besoin d’eux.
Les mêmes personnes, mais qui elles n’ont pas de volonté, et vivent au dépend des autres - qui les aiment absolument sans raison- ressemblent à des êtres qui suscitent un mépris et une énorme violence chez ceux qui les observent. Ils le savent et rougissent de honte en permanence, désireux de se trouver ailleurs, sans personne pour les regarder, pour enfin respirer.
Ces êtres-là respirent la laideur et en ont pleinement conscience tant ont leur a signalé dès leur plus tendre enfance qu’ils n’étaient bons absolument à rien, sauf pour la casse. On ne les avait pas réussi, et ils ne leur restait plus qu’à crever.
Toutefois les jolies couleurs de la vie sont apparues devant mes yeux ultra-sensibles d’humain impotent, et j’eu envie de plonger au cœur des choses et de les maîtriser. Mais c’était sans compter mon incapacité inée.
Les années ont passé, j’ai connu des rêves ambulants, dont je ne me suis jamais rassasiée. Puis la prison mentale est venue, quelque chose de déglingué le devient forcément encore plus avec le temps. Les nazis ne me connaissaient pas, je ne suis même pas digne du terme de sous-homme.
Mais le monde s’agitait, les êtres venaient, je croyais enfin par un miracle m’extirper de mes gènes, mais le temps a passé et je suis retournée à mon état antérieur, peu avant que la réalité me gicle à la gueule. Et le dégoût de tout est dans mon sang, il n’y a plus d’espoir et peut-être n’a-t-il jamais eut de raison d’être.