Petite histoire de la nouvelle : à la base c´était un poeme que j´avais écrit y a plusieurs années et je l´ai transformé en nouvelle ( et bien sur un peu rallongé mais c´était un poeme de 20 lignes à la base, mdr ! ), je me sens tellement plus libre avec les nouvelles qu´avec des poemes, pas vous ? bonne ( ou mauvaise mdr) lecture ; o)
LA MAGICIENNE
Un jour, j’ai regardé la salle aux murs blancs, j’ai suivi pas à pas tous les fils, comme un chemin de croix et enfin je t’ai vu sous les draps, souriant.
J’ai entendu les oiseaux dehors qui piaillaient de joie de savoir que parmi tous les gens morts qui baignent dans la terre, il y aurait bientôt quelqu’un de plus. J´ai entendu l´infirmière dire " c´est bientôt la fin" dans le couloir à sa collègue. Tu savais bien que la mort allait venir en sourdine, t’appeler à venir dehors, hors de la chambre...
On t’enterrera à cause d´une mort prématurée par une belle journée de mai. Mais pas dans une chambre, dans une caisse... Et aucune fée ne viendra te délivrer cette fois.
Ton pari de partir, de voyager enfin, tu l’as réussi ! Et au pari de mourir, tu as gagné le premier prix...
J’avais promis de ne pas faire de bêtises encore plus grosses que moi mais je n´arrive pas à me défaire de ton image sordide, ce n´est plus toi... Entre la couleur de ta peau et la couleur de ton oreiller, je ne fais plus la différence... J´en deviens folle.
Quand je te vois sur ton lit d´hôpital, j´ai envie de faire pareil, mais je ne peux pas, moi je ne suis pas malade et je ne sais pas comment attraper un cancer. J´ai beau rester dans ta chambre des heures durant pour essayer de m´en imprégner à mon tour, je suis décidément toujours indemne.
Tu n´arrêtes pas de rire et moi je cache mon envie de pleurer. Et oui, ça m’a fait de la peine quand tu m’as demandé de rire le jour de ta mort. J´ai souri pour te faire plaisir. Tu veux que je me rappelle du bon côté de toi, pas de cet homme diminué. Me souvenir de ce conquérant que tu n´as jamais été mais que tu aurais voulu devenir. Me souvenir que tu étais un artiste pas reconnu, enfin si, reconnu par moi et c´était déjà assez pour toi. Me souvenir que j´incarnais toujours l´héroïne de tes poèmes, que j´étais la valeureuse chevalière de tes romans épiques, une déesse grecque...
Enfin je rirai pour te faire plaisir quand on m´annoncera la joyeuse nouvelle, promi, juré, craché...
Tu n´auras jamais perdu ta bonne humeur, ni ton sens aigu de l´humour noire, ni ton imagination prolifique, quasi métastasique...
Tu m´as tellement forcée à sourire près de ton oreiller quand tu me racontais des fables magiques que j´ai pris le plis et que je vais en avoir des rides. Tu m´as fait vivre tes histoires si intensément, en écran panoramique. J´ai vibré. Oui, j´ai vibré comme jamais aucun homme ne m´avait fait vibrer. J´ai frissonné de plaisir mais aussi de peur, de peur, de peur !
Les mille poèmes que tu m´as laissés en héritage sur la table de chevet, après ton départ de la chambre, je les ai lus jusqu’à overdose... J´en suis encore ivre, ivre à en faire des bêtises...
J’aurais tellement aimé vivre toutes ces histoires merveilleuses avec toi, pour toi, contre toi. Sauf la dernière, que j´ai lue d´un trait et que j´ai vite essayé d´oublier, celle où une magicienne sans cœur fait chauffer dans sa marmite dorée un jeune homme qui se meurt. Et puis la magicienne doit promettre qu’elle n’aura pas mal au cœur quand le jeune homme omettra de respirer, asphyxié... Enfin vraiment une histoire, quoi...
Les jours passent et tu n´es plus là... J´ai ri à ton enterrement comme promis, les gens m´ont prises pour une folle, m´ont proposé de me faire hospitaliser. J´ai répondu que c´était une dernière promesse et ils m´ont laissé tranquille, mais je crois qu´ils pensent toujours que je suis folle.
En fait...
Décidément non je ne peux pas te mentir plus longtemps ! En fait... je n´ai pas ri à ton enterrement, ni pleurer, je suis restée froide comme ta plaque de marbre. J´étais prise en otage, entre l´envie légitime de pleurer et la promesse éternelle que je t´avais faite. Je croyais exploser de l´intérieur, déchirée en deux.
Désormais déchirée en mille morceaux, je reste en larmes dans l’escalier pendant des journées, des nuits entières ! Je me mets à croire à une vie après la mort, au paradis, je délire ! Pourtant je sais bien qu’on a inventé toutes ces légendes pour enlever les peurs aux enfants et surtout aux grands. On a tout inventé sur terre, même tes histoires étaient des mensonges ! On ne peut pas vivre heureux en chevauchant un cheval blanc, en amazone, avec une robe sublime, blanche, scintillante, sans personne sur le cheval noir d´à côté ! On ne peut pas vivre tout court.
Tous ces mensonges sont là pour apaiser les larmes amères que les petites filles ramènent dans leur lit quand elle ont un gros chagrin d´amour. Alors elles s´imaginent un prince charmant immatériel et s´endorment apaisées. Le mien s´est dématérialisé il y a un mois.
Parfois les magiciennes pleurent et elles ne connaissent plus aucun sort pour volatiliser leurs larmes.
Parfois les magiciennes sont impuissantes.
Parfois les magiciennes ne connaissent même plus de sorts pour rejoindre les jeunes hommes qu´elles ont fait cuire dans leur marmite dorée par pure cruauté.