« Je te le dis aujourd'hui, car je ne peux plus tenir, et que c'est ainsi que les choses doivent être faites. Je ne partirai pas dans des envolées lyriques comme celles que tu me connais, je vais te dire les choses simplement, car je n'ai pas vraiment la force d'écrire, aujourd'hui.
Je t'aime, depuis deux ans, déjà. »
- On y croit, hein ? ...
- Moi, j'y crois.
- Ah, je vais peut-être partir en vacances avec mes parents, au final... Moi qui voulais l'éviter, je crois qu'une semaine de camping me fera le plus grand bien.
- Oui.
Moi, j'ai hâte d'être en vacances.
Te couper du monde.
C'est vraiment awesome.
- J'ai toujours haï les vacances, en vrai..
- Non, moi, tout le contraire.
Tu l'as jamais fait, toi, ça ?
Te couper entièrement de tout ?
- On part toujours en camping, devant le Lac Léman.
A Thonon-les-Bains.
C'est une belle ville, il fait chaud, la nuit quand t'es dans la tente, tu te fais attaquer par des moustiques immenses, on dirait des OGM, et tu te marres avec tes frères.
- Sounds nice. xD
Ouais, tu devrais y aller.
Ça a l'air cool.
- T'oublies un peu le PC, tu vas te baigner - du moins, t'essayes, avec un appareil à l'oreille c'est pas easy -, etc.
Et puis ça dure que quatre à cinq jours.
Après tu rentres.
Et tu te dis "on dirait un cours de Français avec Madame S********, un cours de Français comme cette année"...
- Comment ça ?
- Parce que c'est exactement la même chose, au final. Une pause entre deux trucs plus sombres, plus chiants. Une pause où tu prends du bon temps, et où tu oublies un peu tous tes problèmes.
Mais après t'as un cours d'Histoire avec D****.
Ou, selon la version, tu rentres chez toi et tu retrouves ton pc, ta famille dans son état "normal".
Enfin, il est pas normal cet état, en vrai. Mais c'est le plus habituel... Alors, tu t'fais engueuler pour un rien, et tu te dis "putain ce que j'étais bien là-bas".
Mais t'y retournes qu'un an après (parfois deux) et ça ne dure qu'une semaine, ou moins, souvent moins.
- Mais t'auras toujours ce souvenir, et t'auras vécu la pause. Je connais beaucoup de gens qui m'ont dis, récemment, "à quoi ça sert le bonheur ?". Y'en a même un qui m'a dit que c'était inutile, parce qu'après tu te souviens du bonheur et que ça te rend triste. Je ne suis pas d'accord. Certes, y'aura toujours un retour à la réalité. Mais le principal, c'est que tu t'en es échappée. Même pendant un court instant.
Tu penses pas ?
- Si. C'est vrai.
Tu pars en vacances, cette année ?
- Oui.
Et j'ai hâte.
- Je te comprends...
- Peut-être, tout sera comme avant, tu sais.
'Fin je pense que c'est que tu veux.
- Je sais plus trop ce que je veux...
Dans l'absolu, je dirais une paire de bras pour me porter.
Et, en l'état actuel, un chocolat chaud, ça me ferait le plus grand bien...
- C'est normal, tu es dérouté...
- En fait, je crois que tu as raison.
- Comment ça ?
- Lorsque tu dis "peut-être, tout sera comme avant".
Oui, ça sera comme avant, comme avant même que je ne le connaisse... Tout redeviendra comme avant.
Je ne le verrai plus. Je l'oublierai. On ne se connaîtra plus. Au fur et à mesure, nos sourires s'étioleront - même s'ils devraient déjà disparaître au vu de ce que j'ai avoué. Il deviendra un véritable inconnu, ou, plutôt, il redeviendra inconnu. Je crois que c'est ça, la façon dont les choses auraient dû se passer. Je n'aurais pas dû le connaître, je n'aurais pas dû l'aimer. Je n'aurais pas dû vivre des moments de bonheur avec lui.
Je me sentais heureux lorsqu'il m'appelait "mon frère". Mais je sentais que cela était faux. C'était juste faux. Maintenant, tout est redevenu comme auparavant.
Mon père me disait "Une personne comme toi ne peut rien posséder."
Je le sais.
"Tu as tout détruit."
Je le sais aussi.
Maintenant, tout est redevenu comme il aurait toujours dû l'être.