Prologue
Je déteste ce genre de soirées. Ce genre de soirées où on va voir des amis des parents. Eux ils s'amusent ! Mais pas moi. Je suis resté toute la soirée sur mon portable, et ils ont quand même trouvé le moyen de me reprocher cette attitude. Malheureusement, je suis un faible incapable de répondre. A mes parents, mais aussi à tout le monde. Je suis un faible, j'assume. Taillé comme une allumette, 80% d'os, 20% de chair et 0% de muscle. Mais je me dis que de toute façon, c'est dieu qui a choisit pour moi, on ne m'a pas laissé le choix et je dois faire avec.
Au lycée c'est ma gentillesse et mon innocence qui me sauve. Gueule d'ange, petit sourire malicieux. C'est mes seuls atouts. Sans ça, je me ferais littéralement troncher au bahut. C'est la sélection naturelle, tant pis. Même si cette sélection naturelle m'empêche d'être populaire, une notion inscrite dans les codes des jeunes. Je me dis que si j'attends d'être plus vieux, ce passé sera derrière moi et je pourrais profiter pleinement de la vie : avoir une copine, des amis pas geeks, pouvoir m'éclater en soirée sans vérifier toujours qu'on me dévisage pas.
Si seulement je vivais plus vieux.
On est dans la voiture, en chemin pour retourner à la maison. Une clio grise, tout ce qu'il y a de plus banale. Comme ma famille d'ailleurs : un père blagueur, une mère attentionnée … J'étais fils unique. Je ne sais pas si je m'en serais mieux sortit avec un grand frère... Sûrement ! A part si il serait comme moi, c'est à dire un déchet.
Casque sur les oreilles, portable dans les mains … Je traînais sur le 18-25 en écoutant du dubstep. Sur le 18-25 je ne faisais que « trainer ». J'observais … Parfois pour me lamenter sur cette communauté de puceau descos (désolé les gars mais faut avouer que c'est un peu le cas). Au début, quand j'ai découvert ce forum, je l'ai trouvé d'une débilité profonde. Que des topics sur le pron, sur la taille du z, et je vous parle même pas des TOAST sur le 15-18, qui est à mon avis dix fois pire que le 18-25. Mais à force de regarder les topics, on s'attache à cette communauté, quelque peu ignorante, certes, mais possédant, à quelque chose près, les mêmes attraits que moi. C'est l'effet Tétris, comme j'aime si bien le dire : qui se ressemble s'assemble. Et c'est exactement le cas ici.
Mes paupières descendent lentement … J'ai toujours trouvé ça fascinant le fait que des hormones dans le cerveaux arrivent à faire fermes les yeux ! J'éteins la musique, enlève le casque, et pose ma tête contre la vitre.
J'entendais mes parents parler. Ils parlaient de salami. Je ne rigole pas ils parlaient de salami, de comment ils faisaient du salami ! C'est vrai que rendu à 25 ans de vie de couple, les sujets de discutions ont sûrement tous déjà été utilisés.
Mes paupières se sont fermées définitivement. Le vide total. Pas le noir, non, car quand vous fermez les yeux, ce n'est pas du noir que vous voyez. C'est du rien. Aucune couleur car les yeux ne voient plus. Cette notion m'a toujours perturbé quand même.
« Chéri, regarde la voiture la-bas ».
Cette phrase est rentrée par une oreille et sortie directement par l'autre à cause du sommeil. Je n'y prête pas attention.
« Je … Je crois qu'il roule à contresens ».
Cette phrase, au contraire, a atteint mon cerveau. Mes yeux s'ouvrent, pour voir une aveuglante lumière de phare approchant. Aucune réaction de personne. C'est le choc, normal. Le cerveau est paralysé et reste juste spectateur de la scène où il est justement l'acteur.
Cette lumière est à deux mètres de notre voiture. Le temps se fige. La lumière immerge l'intérieur de la voiture. Bruit sourd. Vide complet.
C'est fini pour la vie de Bruno.
Mais le début du Prototype A-02.