Le petit abricotier poussait. Le vent le chouchoutait de ses caresses tantôt impétueuses, tantôt douces comme du miel. Ses petites fleurs blanches annonçaient le printemps frais et prometteur de couleurs éclatantes et joyeuses.
A ses côtés, un hévéa gigantesque qui le ridiculisait et l’infantilisait de sa longue silhouette filiforme. Plus loin, près d’un tabouret disposé par l’enfant se trouvait des lentilles dans une assiette tapissée de coton, il en pousserait des plantes.
A l’intérieur de l’appartement se trouvaient trois chats de couleurs différentes. L’un était tout blanc, tel un flocon de neige, cible d'une affection démesurée de la part des petits enfants qui habitaient la villa. Les deux autres étaient roux et noir. Le chat roux ou plutôt orange était une magnifique petite boule crétine qui ne faisait attention à rien, et était empli d'une affection joueuse qu'il utilisait avec tout le monde, y compris les chiens, les souris, les hamsters, les petits rats blancs.
Il s’appellait Pop, son frère le noir, s’appellait Frayeur, parceque dès qu’il entendait un bruit sec, même pas forcément proche, il sursautait comme un idiot ou s’enfuyait la queue entre les pattes, tel un turbo ou une mouche effarouchée.
Ces trois petits chats avaient grandi ensemble, près d’une piscine. Une fois, le chat roux était tombé dedans, ce qui avait poussé le garçon à le repêcher, ce qu’il lui avait valu de presque se noyer, et du même coup apprendre à nager.
Alors qu’il était assis à contempler ses lentilles sous l’ombre de l’hévéa, avec l’abricotier dans son champs de vision, il sursauta. La nuit était tombée brusquement…
La pleine lune se montra immédiatement à ses yeux bleus, elle était énorme et son disque était parfait. Elle devenait bleue tout à coup…
Les chats, perchés dans les arbres, attendaient aussi.
Une étoile filante descendit de la lune, de la couleur de la braise, et vint atterir avec un bruit d’explosion aux pieds du jeune garçon. Tétanisé, il observa de la lave bouger, grossir et prendre forme sous ses yeux.
C’était un horrible démon, aux dents pointues et blanches comme la glace, aux yeux rouges sang, qui se mit à danser en allongeant ses bras démesurés. Il attrapa la plus haute branche de l’hévéa, s’y suspendit, raccourcit ses bras et commença à en manger les feuilles par grosses touffes, tel un monstre vorace dénué de beauté.
Un deuxième monstre émergea du deuxième cratère d'impact. Il était bleu comme une douce nuit, et avait les yeux également bleus comme son pelage touffu, et n’était pas moins terrible à voir. Il s’interposa entre le garçon et l’autre créature satanique qui mangeait l’arbre.
Les chats crachaient et sifflaient de frayeur et de colère. Le démon rouge mit le feu à l’abricotier avec ses mains. Les chats bondirent, grimpèrent aux arbres et lacérèrent de leurs griffes devenues énormes le démon rouge, puis ils décapitèrent le bleu nuit avec leurs dents devenues aussi grandes que celles d'un tigre. Mais ce n’était pas finit, d’autres monstres arrivèrent…roses, verts, noirs, qu’importe la couleur, ils étaient tous profondément sombres et diaboliques en eux-mêmes.
Les chats poursuivirent sans relâche leur combat. Mais au début du jour, il étaient tous morts. Les démons, les chats protecteurs. Seul restait le petit garçon qui pleurait.
Il ouvrit ses deux mains jointes.
Il y avait un petit chat multicolore à l’intérieur.