Le forum
J'étais une merde dans la prison de la lassitude, un jeune chinois qu'un parent féminin incapable et riche torturait de par un monde sans échappatoire. Sans échappatoire, car cette mauvaise mère nous avait convaincu tous deux qu'elle était la reine de tous, que tous étaient à ces pieds... ET AUCUN LARBIN POUR LA DÉTRUIRE ! Tant de serviteurs, tant d'ignorants stupides et pourtant vivants, et aucun pour avoir le courage de laisser cette vie débarrasser l'avenir d'une bouffeuse d'espoir, d'une absolue crétine sans humilité. Ce serait naturel pourtant ! Arg... et je n'étais pas mieux...
Pour fuir cette réalité qui ne m'appartenait pas, pour que mon esprit ne devienne pas l'eunuque cosmique dans un désespoir dont il était de mon devoir, en tant qu'être supérieur à cette mère, de combattre, je me mis à fréquenter des forums. Parce que j'étais bien supérieur à cette mère ! Totalement ! La réalité se juge par rapport à l'avenir qu'il construit. En dehors de son gros cul et de sa folie, ma mère ne construisait rien ! Alors je m'esquivai sur les forums internationaux.
Les enfants, pour les mères de chez moi, n'étaient que les clones de leurs amours manqués.
Et les riches, sans espoir, ne pouvaient vivre sans idiotie.
Les maisons, sans intelligence, devenaient sans amour, et ma fuite ne pouvait qu'en devenir absolue.
Je devins fou, moi aussi... à ma manière.
Et ma folie vainquit facilement celle de ma réalité. J'étais le plus fort, le plus intelligent... le plus jeune et le plus espérant !
Grâce aux forums, je devins un être social, sociable et même sympathique. J'utilisai Skype pour voir le sourire de filles que je faisais rire, j'utilisai les forums pour aiguiser mon esprit jusqu'à ce qu'il devienne complètement insaisissable pour cette réalité que je manipulais maintenant avec mon petit doigt !
Je tuai ma mère... ou plutôt, l'amena au suicide. Ce fut facile et sans chagrin. Elle ne désirait plus vivre, de toute façon. Je suis sûr que son inconscient me remercia juste avant d'arriver au pied de la falaise océane du bord de laquelle notre maison était placée.
Je me lançai en politique. J'étais le plus charismatique. Mon amour pour autrui était débordant, ma ruse était parfaite, mes ennemis avaient envie de s'agenouiller devant ce monstre que j'étais, juste par curiosité de voir ce que le meilleur d'entre eux était capable de construire.
J'orientai toutes les énergies que l'oligarchie inconsciente gaspillait pour des futilités de l'égo, cette oligarchie désespérée par leur propre absurdité qu'un livre illumina de décadence et inondable monde de cette joie de pouvoir enfin en sortir, vers un système de trois principes.
Le premier principe était : « Pour qu'une société puisse rendre heureux, il faut que le plus intelligent règne ». Ce fut moi durant longtemps.
Le deuxième principe était : « Pour qu'une société puisse fonctionner, il faut que seuls les honnêtes puissent s'instruire ». Il fallut de long débat pour que les gens puissent saisir ce qu'était principe. Je fini par me faire comprendre.
Le troisième principe était : « Pour qu'une société puisse durer, il faut que sa population considère la richesse moins comme un cadeau que comme un impératif ». Ce principe-là fut impossible à expliquer. Les inconscients étaient trop nombreux. Alors je l'imposai. Ce fut une dictature sanglante menée par des écologistes. Peut-être qu'avec le temps, les gens comprendront.
Et finalement, je changeai de visage, pris une épouse et me retira dans une retraire bien mérité. Je dis retraite, mais je travaillai longtemps comme prolétaire, à la sueur de mon front. Je finis par mourir de fatigue, mais j'avais trois enfants et j'étais heureux. Nous l'étions tous.