La nuit était tombée, c’était la pleine lune, propice aux farfadets lubriques, dénués de sentiments et de morale, violeurs en puissance, tombeurs hypocrites, lâches jusqu’au bout de la queue, bref des monstres miniatures qui se baladaient de temps à autre dans la forêt.
Nawel était toujours dans le sillage du maléfique sorcier, et faisait attention à ne pas faire de bruits en effectuant ses sauts à pied joint, qui est à la manière habituelle pour les schtroumpfs de courir. Gargamel était juste devant, le vent portait son odeur âcre jusqu’aux narines indisposées de la coquette Nawel, qui fronçait fréquemment les sourcils.
« Ah, nous y voilà, Azraël, je reconnais ce sentier…Azraël ? » Il n’y eut aucun miaulement, aucune réponse.
« Merde, c’est vrai que ce matou du diable s’est enfuit après m’avoir sauvagement défiguré…tant pis…je vais fabriquer un chat. »
Il retroussa ses manches et sortit sa baguette magique, ainsi que son grimoire qu’il avait apporté au cas où, pour s’essuyer le derrière avec les formules magiques qu’il connaissait par cœur.
Il trouva la page des félins…comment fabriquer une chouette…Zut, quel imbécile, il n’avait pas raturé les ajouts concernant la chouette, à l’époque où il croyait que c’était un félin…bon, il tourna les pages manuscrites avec délicatesse du bout de ses doigts gras. Il trouva la page des panthères…mouais, une panthère, trop lent et trop bruyant, trop visible de loin, ça ne conviendrait pas. Il me faut un vrai chasseur de lutins. Un vrai chat, un chat noir de préférence, qu’on ne le voit pas de derrière un puits.
Il trouva enfin la page et commença à marmoner des incantations :
« Chat, chat, chat noir, Bélzébuth, fils spirituel d’Azraël, monte sur Terre et accomplis en partie la vengeance de Garagmel !
« Meeeew ».
Un miaulement sourd et terrifiant se fit entendre. On aurait dit une voix en provenance des ténèbres les plus ignobles, les plus noires.
Gargamel observa sa créature d’un air satisfait :
« Oh oh, tu as l’air bien plus réussi qu’Azraël »
Nawel eut l’air terrifié à la vue de la créature, elle était en même temps si noire et si brillante, on aurait dit le diable incarné pour être le serviteur d’un sorcier sans scrupule.
« Bien, dit Gargamel, es-tu prêt à m’aider ?
-T’aider à quoi, tu veux un baquet d’eau et du savon ?
-COMMENT ? »
« Hihi » Nawel gloussait cachée dans un arbre au dessus d’eux, apparement, la créature était dotée d’une certaine insolence.
« Je suis ton maître !
-Oui, sorcier repoussant, je suis à tes ordres, commande et j’obéirais. »
Le sourire de Nawel s’évanouit.
« Nous devons trouver les schtroumpfs.
-Allons-y, pépère. »
L’œil suspicieux et l’ego légèrement enfoncé, Garagmel s’en fut avec sa créature, suivie par la petite schtroumpfette inquiète.
A quelques kilomètres de là, sur une montagne, dans une épaisse forêt, un bruit furtif se fit entendre. C’était un étourneau qui léchait son plumage rouge sur la branche fragile d’un arbre. A ses côtés était une femelle étourneau d’un beau plumage jaune qui mordillait la petite tête bien pleine de son compagon. Quand soudainement, un bruit mat se fit entendre et le mâle chut au pie de l’arbre, sous le regard horriblement paniqué de la femelle. Elle regarda son cadavre en bas et se mit à piailler très fort, signe qu’elle pleurait la mort de son bien-aimé.
« Ah schlololo.
-Tu l’as dit Poumino, ça nous fera un bon repas pour ce soir.
-la chasse no é finipol
-T’inquiètes, je vois très bien la nuit, je suis le chef après tout, tu aura une récompense, cher bras droit, pour la superbe prise que tu viens de faire.
-J’en suis déshonoré.
-On dit très honoré Poumino
-Qu’à mes excuses !
-Allez, allons-y, gros tas.
Au village schtroumpf, la fête avait presque commencé, tous les schtroumpfs étaient réunis, à l’exception de Nawel qui batifolait souvent à l’extérieur du village.
Une belle musique douce composée par le schtroumpf compositeur se fit entendre, et la fête commença réellement.