Je gâte, je sèche les cours, sans cesse je réitère l'expérience. Au fond, je sais que cela me nuit ; mais aller en cours me nuit encore plus. J'appréhende sans cesse le regard des autres, certains sont gentils, la majorité ne l'est pas. Ils ne comprennent pas, ne me comprennent pas, ne saisissent pas la souffrance qui me pousse malgré moi à sécher les cours. Je laisse ma vie me filer entre les doigts quand bien même je voudrais contrôler ma destinée. Je sais ce qu'il faut faire, mais je n'ai pas l'énergie de le faire.
Pourquoi ne parviens-je pas à trouver l'énergie en moi, pourquoi ne parviens-je pas à avancer sur le chemin de la réussite, ou du moins sur le chemin qui encourage la réussite. Je reste chez moi, affalé sur mon canapé à me regarder un film choisi aléatoirement. Suis-je responsable de ce qui arrive ? Devrais-je me forcer, malgré la déprime, malgré la peur des autres, malgré toutes mes difficultés psychiques, à me rendre en cours ?
Certainement, mais je ne le fais pas. C'est un peu comme si une partie de moi me retenait là où je ne voudrais pas demeurer. Je rumine, jours après jours, culpabilise quant à la tournure de ma vie, malgré tout, je m'enlise dans ce chemin de vie qui m'est inextricablement néfaste. Et les autres, de leur vive prestance, me nargue de ces mots si entendus, si entendus : "T'es une victime ou quoi ? Bouge ton cul, sois un homme merde, tu crois que la vie est facile pour les autres ? On est tous dans la même galère alors bouge ton cul !"
Et moi je reste dubitatif face à ces propos. Je ne sais que penser, mais pense tout de même qu'ils ont raison. De cet amas confus de pensées s'extrait, tantôt, une once de volonté qui se dilue inexorablement dans une mer de peur et d'inconscience.
Et je m'y noie, m'y enfonce toujours plus, quand bien même je sais que je devrais me débattre, et remonter à la surface ; je coule.