L’enfant était allongé dans l’herbe. La nuit était pleine d’étoiles. Il les observait, un sourire enfantin sur son visage rond comme la lune.
Il venait de finir son goûter nocturne, composé d’une pizza aux anchois et de compote de pommes. On l’avait longtemps attendu, ce garçon, dans la ferme où grâce à sa faculté de déplacer des objets, il pouvait de loin emporter des sceaux pleins de nourriture pour les vaches jusqu’à leur enclos, une petite plaine qui serait bientôt couverte de rosée, quand le petit Lucas volerait de ses ailes brillantes au dessus de la plaine, après avoir grimpé aux arbres toute la nuit pour tenter d’attrapper la lune, de saisir les étoiles, d’aspirer à plein poumons la fraîcheur de minuit.
Alors qu’il se baladait limpidement en foulant Terre et herbe sur le chemin qui menait à l’enclos des vaches, il décida de courir pour se réchauffer, il fit ainsi des aller-retour entre deux portail, le froid devenait plus mordant, plus cruel. Il se frictionna les bras tout en courant.
Il vit soudain un agneau égaré sur son chemin. Dans celui-ci il vit une lueur bizarre, d’angoisse, d’anxiété évidente. Il s’approcha et lui caressa la tête. Il ressenti d’étranges vibrations dans sa main. Il se leva, quittant l’agneau, et alla voir du côté des taureaux. Ceux-ci le fixèrent quand il passa, cela le mit mal à l’aise. Il avait toujours un peu peur des bovidés
Une musique d’une douceur de fruits rouges, à la fois entraînante et délicate, lui parvint aux oreilles. Il remua l’une d’entre elle, qui devint violette, elle s’allongea, jusqu’à ressembler à celle d’un âne. Il sentit ce phénomène et la ramena devant ses yeux pour la regarder.
« Violette…hum mauvais signe »
Il remua l’autre. Qui devient également violette et allongée. La musique devint alors forte et brutale, agressive, délirante. C’était une sorte de musique baroque.
Il en détecta la provenance : là-haut, dans le ciel, un objet rond qui volait. Etait-ce possible ? Il regarda mieux, c’était une sorte de Saturne avec ses innombrables anneaux, cela en avait la forme. La coque était bleu foncée, comme pour se fondre dans le soir turquoise.
Il ressentir alors une terrible douleur, quelque chose d’atroce et d’insupportable. Il tomba à genoux et entendit des voix dans sa tête.
« Reste là et je t’enverrais les meilleurs plats du monde, de l’héroïne, une montagne de cigarettes et…
-La ferme.Gwargl…
-Ecoute lollipop
-Gnaaaaaarghh
-Ecoute « petit frère »
-Oh oui c’est magnifique !
-Maintenant couche-toi et endors-toi. »
Il ressenti un besoin terrible de sommeil et s’assoupit en tombant sur la terre humide et froide.
Il fit de drôles de rêves, il était allongé sur un nuage très doux, plus moelleux qu’un coussin rempli de plumes de perroquets et qui dégageait de l’éther. Lucas était shouté mais ne parvenait pas à en profiter, il remua sur le coussin, s’allongea sur le ventre et contempla les gouttes de miel brillantes et appétissantes qui flottaient devant lui. Il voulu se lever de son nuage mais il sentit quelque chose qui le retint. Effrayé il regarda sa main et vit que d’horribles algues rouges sang l’agrippaient et le forçaient à rester sur le nuage. Pris de panique, il se débattit. L’étreinte se resserra, lui bloquant la circulation de ses poignets. Il commençait à s’enfoncer dans le nuage, apeuré comme un porc voué à l’égorgement. Il réentendit la musique et s’aperçut qu’elle venait de lui-même. Entendait-t-il des voix ? Il se réveilla en sursaut.
A l’éveil, il vit que toutes les vaches avaient disparu. Il n’en restait pas une seule. Il ouvrit grand les yeux et la peur lui serra le cœur. Se remettant péniblement sur ses genoux, il sentit quelque chose qui lui blessa la main. Il vit qu’il s’agisseait d’un petit disque en métal. Il l’observa mieux et lu : Mission vaches sacrées, religion de la paix, et uniquement de la paix. Vaches, idiotes ou douce, indocile aux cavaliers, symbolisent la liberté et la douceur infinie.
Il courut vers la maison pour prévenir ses employeurs.