Le bruit de la foule qui s’amoncelle dans la salle cours jusqu'au vestiaires. Il est ici, assis sur son banc, le regard fixé sur le sol. Il observe le carrelage blanc, s'approprie chaque aspérité, chaque jointure, il s'en nourri pour combler chacune de ses faiblesses. Il se concentre, dans son esprit des questions tournent et retournent. Dans son ventre se forme une boule, il frissonne, la peur s'empare de son corps et engourdi son esprit combatif.
- " Combien de fois j'ai subit cette pression ?
Combien de fois j'ai affronté un adversaire plus fort ?
Combien de fois j'ai créé l'exploit en gagnant ?
Combien de fois j'ai ressenti cette peur ?
Combien de fois j'ai été écrasé par cette pression ?
Pourquoi aujourd'hui je ressens ça d'une manière si différente ?
Pourquoi j'ai l'impression que je ne sortirai pas indemne de ce combat ? " -
Son esprit s'enlise dans ces questions, la terreur s'intensifie, le spectre de l'effroi lui plane au dessus de la tête. Ses oreilles bourdonnent de plus en plus. Et son ventre se serre, il frissonne à intervalle régulier. Plus son esprit se brouille, plus il s'enfonce dans ses souvenirs les plus obscurs ...
- " Aller, regarde, c'est une petite piqûre, pourquoi tu refuse ?
Tu sais, ça te rendra encore plus performant.
C'est pas vraiment du dopage, c'est juste un petit coup de pouce !
Le sponsort voudrait que t'en prenne un peu, tu leur coûte et il aimerait rentabiliser.
Tu nous coûte chère, soit plus spectaculaire !
Ils en prennent tous, c'est pour ça qu'ils sont si fort.
Tu sais, c'est pas grave, la fédération ferme les yeux la dessus.
Nous on aime te voir gagner, on s'en fiche de savoir comment. " -
Il repense à chaque moment ou il a refusé de se corrompre, il se souviens de tout ces moments ou sa force de caractère l'a fait refuser de plonger dans l'illégalité. Il a fait le vœu de pouvoir rester pur jusqu'au bout. C'est pour ça qu'il à redoublé d'efforts à l'entrainement, qu'il s'est donné corps et âme pour son sport. Il a désiré plus que tout devenir un grand dans ce monde, mais il a toujours refusé la voie de la facilité, pourquoi est-ce qu'il devrait craquer maintenant.
Son esprit se torture, il hurle intérieurement, son cri résonne en son fort intérieur, les fondations s'ébranlent, ses principes s’effondrent. Son crâne va exploser, plus il cherche une solution, plus ses idées s’obscurcissent. Il a envie de pleurer, de rire, d'hurler, de se taire, de courir, de tomber, il veux que tout s'arrête, qu'un miracle illumine ses pensées et lui offre la seule véritable solution possible. Mais au fond de lui il sait, il sait que ça n'arrivera pas. Il est seul maître de cette situation, la solution est en lui. Mais il est incapable de la trouver, il s'apitoie sur lui-même. Il s'en veux d'être incapable de s'en sortir.
Il commence à faire revenir en lui des souvenirs plus clairs, des choses plus belles. Il se rappelle le sourire de ces amis, le soleil qui se couche sur les grandes tours de sa ville, tout ces spectacles qui font de sa vie quelque chose de beau.
- " Moi je fumerait jamais !
J'ai jamais toucher à la drogue, la vraie, juste de l'alcool, j'en profite !
Les arts martiaux sont des arts nobles, respecte ton adversaire et respectes toi toi-même. Une défaite honnête est infiniment plus noble que 1 000 victoires sournoises.
Regarde les ces cyclistes dopés, c'est tellement lamentable, ça terni l'image du sport !
T'es quelqu'un de bien !
T'es pas comme les autres, t'as des principes et des valeurs et tu t'y tiens.
Un homme, c'est pas celui qui bat tout les autres, un homme c'est celui qui a des principes, des valeurs et qui s'y tient, c'est celui qui n'a qu'une parole et qui reste droit jusqu'à la fin. " -
Ces phrases, il les a entendues plus d'une fois, et elle lui font revenir en surface ses principes. Il a peur, il va perdre, mais il ne veux pas tricher. Malgré ça, la tentation lui brûle les doigts. Il veux tenir, mais il veux gagner. Il a tellement peur de perdre tout ce qu'il a gagner. Si il perd maintenant, son sponsor, son staff, son public, il perdra tout.
Il observa ses mains, les bandes collantes recouvrant leur surface, il les observa pendant de longues secondes avant d'enfoncer son visage dedans.
- " Encore 5 minutes. T'es prêt ?
- Non. "
Un homme entra, une sacoche à la main, il s’essaya à côté de lui et posa son bagage au pied des deux hommes.
- " Tu sais, j'en ai dans la valise. Un peu d'air dans les poumons, une piqûre et ça passera tout seul.
- ... non ... je ne veux pas ... je veux gagner par moi-même.
- Et si tu perds ? Si tu perds, le sponsor te lâchera et moi aussi. Prends-en, juste une fois pour leur faire plaisir. "
Il resta silencieux, attendant que son esprit finisse de divaguer. Puis il attrapa la sacoche, l'ouvrit et observa son contenu.
- " Juste une fois, c'est tout.
- Promis, juste une fois. "
L'entraîneur attrapa un flacon et une seringue qu'il replissa rapidement du liquide translucide. Il la déposa puis attrapa une petite bonbonne et fixa un masque à son extrémité.
- " Respire ça pendant que je te pique. "
L'homme hésita puis fixa le masque sur son visage et patienta en respirant le gaz. Pendant ce temps il regarda la seringue. Elle pénétra sa peau et déchira le tissu, entra dans la veine. Puis, appuyant doucement, il versa le produit corticoïde directement dans les veines. Une sensation de froid envahit sa veine alors que le gaz commençait à lui vider l'esprit. L'entraîneur retira le masque, l'homme n'était plus capable de réellement penser à autre chose qu'à son objectif, la victoire. Il était dans un état second, il se sentait euphorique et concentré, tout ses sens étaient en alerte, c'était comme l'ivresse du combat, de l'alcool ou de l'amour, mais par synthétisme, il ne se disait plus à ce moment qu'il venait de faire une faute, il était convaincu de sa victoire, simplement.
Il entra dans la salle, ses tympans bloqués, il entendait à peine les cris de la foule rassemblée dans la salle. Il voyait le ring, avec son adversaire dessus. Il ne sentait même pas la main de son entraîneur sur sa nuque. Il grimpa sur le ring pour se battre.
L'adrénaline monta d'un coup, l'oxygène pur fît son effet, il était concentré au maximum, ses sens venaient d'atteindre leur paroxysme. Il anticipait les coups de son adversaire, ses facultés cérébrales revigorées par l'oxygène encore actif lui permettait de se concentrer sur sa tactique. Il esquivait, bloquait et frappait dans un style parfait pour son niveau. Il sentait à peine les coups de pieds de son opposant, pourtant puissants et il ne se fatiguait presque pas à faire de nombreux mouvement. A peine la moitié du premier round achevée, il était déjà largement au dessus, les corticoïdes avaient renforcé son endurance, il ne sentait plus tellement la douleur et l'oxygène lui permettait une extrême précision. D'un direct violent, il sécha son adversaire, sonnant la fin du combat.
A ce moment là, il comprit, il avait gagner et son attention se dissipa, à ses tympans, les hurlements de la foule arrivèrent brutalement. Le bruit lui éclata le crâne, provoquant en lui un mal de tête abominable. Il fût pris de vertige pendant quelques secondes, puis savoura sa victoire malgré le bruit. Mais dès qu'il y fut autorisé, il retourna au plus vite dans les vestiaires.