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Tera Enim Sancta

MetalShooter
MetalShooter
Niveau 10
06 avril 2014 à 14:44:58

Partie I – Prélude

An 1127, Rohan, Bretagne.

Il pleuvait depuis deux jours. Le ciel était constamment gris, un gris sombre qui ne laissait nullement entrevoir la moindre parcelle de lumière. Les quelques brins d’herbe encore présents sur la terre du royaume d’Isadore était agonisantes, trempées, piétinées. Les arbres qui ornaient le sentier boueux étaient pour la plupart d’entre eux décédés, et les autres tenaient à peine droit.
La moitié de la journée s’était écoulée, et presque tous les villageois avaient regagnés leurs demeures respectives, pour préparer un repas chaud, ou même, pour certains, pour poursuivre le travail.
Voyant que le pont-levis du château de Mornecour ne s’était pas encore relevé après le passage d’un fermier, un homme revenant d’un pèlerinage et dont le visage était sombré par une capuche suivie d’une cape déchirée fit presser le pas à son pur-sang. Cette homme était mouillé sur tout le corps, et avait de la boue jusqu’aux jambes. À la vitesse du grand galop, il eut le temps de voir de nouveaux tas de victimes de la potence regroupés et entassés sur des chariots de bois, à proximité de l’entrée du château. Le Roi fit une nouvelle fois des morts, et ce fut donc pour tous ses chevaliers une nouvelle journée macabre.
Dans la salle du trône, Gautier Lambert, le conseiller du Roi, implora la clémence des personnes qu’il jugeait innocentes :
- Sire, je vous en conjure… dit-il. Vous ne pouvez continuer à agir ainsi.
- Tu n’as rien à me reprocher. Je ne fais subir la pendaison qu’à ceux qui le méritent.
- Mais ces gens-là ne le méritaient point !
- Silence ! cria le Roi. Retourne à tes quartiers, et laisse-moi tranquille.
Le Roi, Harold Ier dit « le Sanguinaire », avait nui à sa réputation depuis près de deux ans. Il fut couronné en 1123, à la suite de promesses – qu’il n’a pas tenues – à toute la population. Il assurait une défense inégalée contre les troupes Saxonnes, ou encore un ravitaillement supérieur en nourriture aux paysans. Mais ces derniers vivaient à présent dans une misère inébranlable.
L’homme descendit de son destrier et marcha, la sangle à la main, sur le pont-levis encore abaissé. Le garde présent sur la muraille, voyant qu’il n’y a avait plus personne sur le sentier, ordonna de fermer l’entrée du château.
L’individu foula le sol plein de boue de la cour au milieu de nombreux villageois qui ne lui jetaient qu’un simple regard passager. Après quelques pas en direction des écuries, une voix l’interpella :
- Vaast ?
Dagaric Marbode, l’un des deux forgerons de la cour, semblait reconnaître la personne sous cette
piteuse capuche. Elle dirigea alors son regard vers lui, et s’en approcha promptement, en souriant.
- Par tous les Saints, Vaast. Ça fait plaisir de t’revoir.
- Le plaisir est partagé, mon ami.
Vaast enleva sa capuche, il avait les cheveux trempés, et laissait entrevoir sa cotte de mailles et son épée de chevalier. Dagaric était une veille connaissance, que Vaast fréquentait uniquement pour les armes.

Le chevalier vint alors aux nouvelles. Dagaric lui fit part de la notoriété du Roi, qui empirait de jour en jour. Le forgeron l’informa que quarante-quatre habitants furent pendus durant la matinée, et que quinze devinrent les larbins du Roi. Vaast repensa alors aux tas de morts sur les chariots, puis regarda momentanément derrière lui, et vit des enfants en larmes et des gardes d’une cruauté sans pareille. Un fermier d’une soixantaine d’années mis à terre, poussé plusieurs fois par les gardes, reçut des coups dans le ventre pour une taxe non payée. Les taxes des gardes, justement, consistent à leur verser une certaine somme d’argent en échange de quoi les forgerons, bûcherons, chasseurs, marchands ou autres garderaient le droit d’exercer leur profession au sein de Mornecour.
Une fois que Dagaric eut terminé de mettre son ami au courant des dernières actualités, le chevalier voulut s’en arrêter là :
- Merci pour ces informations, dit-il. J’emmène mon cheval aux écuries.
- D’accord. Prends soin d’toi. répondit Dagaric.
Pendant qu’il marchait à nouveau aux côtés de son cheval, il entendit que le pont-levis s’abaissa de nouveau.
- Laissez passer le messager ! cria un garde.
Un homme habillé noblement galopa à travers la cour pour se ruer vers le donjon.
Vaast eut un mauvais présage.

MetalShooter
MetalShooter
Niveau 10
06 avril 2014 à 14:47:49

Partie II – Assiégé

Le noble entra à grands pas dans la salle du trône, complètement essoufflé. Harold Ier remercia sa bonne après un apport de vin.
- Qu’y a-t-il, messager ? Parle !
- Les Saxons ont regroupés leurs troupes, Majesté. Il sont à dix kilomètres du château, ils vont attaquer.
- Sont-ils nombreux ?
- D’après moi, au moins trois mille hommes.
Le Roi fut prit de colère.
- Informes-en le crieur public et les villages voisins, dit-il. Nous n’avons pas assez de soldats pour repousser une telle offensive.
Il lâcha instantanément sa coupe de vin, qui tomba au sol, serra ses deux poings, posés sur les accoudoirs de son trône, et fut alors perdu dans ses pensées. Il se demanda alors s’il n’avait pas fait une terrible erreur : il se doutait bien que si le château n’avait pas été attaqué au cours des deux dernières années, cela signifiait soit que l’ennemi ne se souciait plus de lui et de sa tyrannie – ce qui était très peu probable –, soit l’ennemi préparait une stratégie visant à le tuer. Le Roi ne répondait plus de rien. Il n’avait que pour unique pensée « Aurais-je condamné le château ? Aurais-je condamné notre royaume ? ».
Le crieur public, suite aux informations confiées par le messager, confia à tout le monde que les Saxons approchaient à grands pas, et qu’ils pouvaient arriver dans l’après-midi. Même si les villages voisins allaient apporter leur aide, tous ne seraient pas assez nombreux pour assurer la survie du château. Il fallait fuir. Il fallait s’en aller, loin d’ici. Mais le Roi, avec son sens du sacrifice, refusait d’abandonner. Il préférait mourir, selon lui, en héros plutôt que de fuir comme un lâche. Cependant, sa mort pouvait être une chose merveilleuse pour ses habitants. Ces derniers sont, dans la majorité, conscients que leur Roi a causé leur perte, et espèrent encore pouvoir vivre dans une période de paix, dans un château où un nouveau Roi serait magnanime, responsable et respectueux, et avec des gardes compréhensifs et protecteurs. Le Rohan serait ainsi un endroit paisible.

La cloche alertait les habitants. Dans un désordre immense, ils prirent des affaires en main, telles que des seaux d’eau ou de lait, des oreillers, des fourches, des bottes de foin… Mais d’autres prirent des armes, et rejoignirent la formation des rangs devant la porte de la forteresse. À l’Est et à l’Ouest, ils virent des petites troupes de soldats qui les rejoignirent aussitôt : les renforts des villages voisins. Une fine lueur d’espoir fut la pensée commune des chevaliers de Mornecour, même s’ils savaient que leur armée ne totalisait que cinq-cent hommes.

Vaast, qui avait rebroussé chemin et remonté sur son cheval, regagna les troupes de la cavalerie. Gauvain, qui commandait les troupes, fit cabrer son destrier, son épée levée de la main droite.
- Chevaliers ! cria-t-il. Notre Roi nous a condamnés ! Nous nous battons pour une cause perdue ! Mais affrontons les Saxons, laissons parler nos armes, et faisons honneur à notre royaume, à nos familles !
Les troupes crièrent, pour montrer leur encouragement.
Gauvain se retourna. Le vent devenait de plus en plus violent, et le tonnerre commença à retentit brusquement, suivi de quelques éclairs.
Harold 1er était encore dans la salle du trône, déserte et silencieuse. Il continuait de penser à son peuple, au Rohan. Soudain, Gautier entra brusquement.
- Sire, c’est affreux ! cria le conseiller.
- Je sais.
- Les Saxons sont à deux kilomètres, nos troupes sont prêtes.
Le Roi quitta son siège.
- Et les villages ?
- Nous n’avons reçu qu’une centaine d’hommes à eux deux…
Gautier tremblait.
- Sire ?
Il constata que le Roi versa une larme de son œil gauche. Ce dernier lui demanda :
- Va me chercher mon épée.
Le conseiller alla alors chercher l’arme du Roi, qui se trouvait à deux pas de celui-ci. Gautier la luit tendit des deux mains.
Le Roi prit alors son arme et, d’un coup brutal, décapita son conseiller. Son corps noyé dans le sang, il tomba à terre. À son tour, il enleva sa couronne dorée, et dirigea la lame vers son torse, avant de se transpercer et d’embrocher son cœur. Il cracha du sang, plusieurs fois, puis rejoignit le corps de son conseiller, baignant dans un rouge sombre et brillant.

Les Saxons étaient en vue. Les bruits sourds de leurs pas résonnaient à travers les plaines. Vaast fronça les sourcils, montrant un signe de haine.
Ils constatèrent au bout d’un moment que l’ennemi avait néanmoins stoppé sa marche. Puis, soudainement, ils virent un objet voler dans le ciel, dans leur direction. Une sphère noire.
Le boulet vint s’écraser brutalement sur le donjon. Ce dernier s’écroula, emportant avec lui les cadavres de Gautier et d’Harold 1er.
- Chargez ! s’exclama Gauvain.
Les cavaliers en première ligne, Vaast hurlait de toutes ses forces. Il vit de nouveau boulets bondir du sol et détruire le château. Il repensa alors à Dagaric Marbode, son ami, dans l’espoir qu’il ait fui avec les autres villageois.
Ils se rapprochaient à grande vitesse des Saxons, qui n’étaient plus qu’à environ six cents mètres d’eux.
Tandis qu’ils continuaient d’avancer, les soldats furent rapidement aveuglés par une pluie noire de flèches. Une grande partie fut stoppée sur place. C’est alors que les archers de Mornecour lancèrent à leur tour leur raid de flèches, qui fit de nombreuses victimes chez les Saxons. Ces derniers n’étaient plus qu’à une trentaine de mètres. Une vingtaine. Une dizaine. L’impact. Ce dernier fut d’une violence incomparable. Le choc de leurs armes en transperça plus d’un. Vaast, toujours sur son cheval, galopait à travers les hommes. Il réussissait à distinguer les alliés et les ennemis. Il criait, il frappait. Une décapitation par ci, un embrochement par là.
La bataille fut terrible.
Un chevalier Saxon utilisa sa hache pour couper une jambe au pur-sang de Vaast. Celui-ci, à terre, se releva rapidement, et pensa à ce qu’il allait devenir. Il esquiva rapidement les coups de son adversaire, puis lui trancha la gorge. Il sourit. Mais il subit un choc fatal, une douleur indescriptible. Il regarda sa poitrine, dégoulinante de sang, l’acier de son armure troué de part en part, tout comme son corps. Il se mit alors à pleurer, silencieusement. Seulement, ce n’était pas de la tristesse, ni de la déception.
Sa vision se troublait de plus en plus, les sons autour de lui s’entendaient de moins en moins.
Il s’écrasa par terre, vit ses alliés mourir, et le château à la proie des flammes. Il ferma les yeux, paisiblement, avec en lui la plus grande fierté qui soit : il a protégé la Terre Sainte.

MetalShooter
MetalShooter
Niveau 10
20 juillet 2014 à 23:49:23

J'ose faire un up monstrueux. Je suis fier de cette nouvelle. :oui:

:dehors:

xenesys
xenesys
Niveau 4
21 juillet 2014 à 02:20:07

C'est une belle nouvelle, un petit conseille ^^
vas au simple et décrit. "décédé" "mort"! touche le simple! après tu peux décrire l'allure,métaphore (squelette) l'aspect des écorces genre grisâtre, l'atmosphère qui s'en dégage! :) c'est pas mal sinon.

NB:"parcelle de lumière" du ciel plutôt ? faut vraiment, si tu veux faire une bonne nouvelle emploi des mots fort qui caractérise l'image que tu as en tête ou l'action,c'est important pour plus d’immersion! :bravo:

xenesys
xenesys
Niveau 4
21 juillet 2014 à 02:21:58

Oui,je fais des fautes XD personne n'est parfait :snif2:

MetalShooter
MetalShooter
Niveau 10
22 juillet 2014 à 15:32:11

Merci pour ta critique ! :) Mais je ne tiens pas particulièrement à faire trop simple, justement. J'utilise très souvent un langage soutenu, aussi bien par l'écrit que par la parole.

Après, lorsque je dis "parcelle de lumière", la lumière en question est la lumière du soleil. Le ciel en lui-même est déjà bien présent, peu importe le temps qu'il fait.

Et ne t'en fais pas pour les fautes, je comprends et c'est le principal. :p)

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