bon je me lance avec le premier chapitre d'une nouvelle que j'avais commencé à écrire intitulée Les Nécronautes ; l'histoire de deux jeunes adolescents qui tentent un voyage vers le monde des morts d'après le journal de bord que leur a laissé leur grand-père... J'aimais bien l'idée, mais impossible d'imaginer ce monde des morts
Les Nécronautes :
« Dans le temps, y'avait cette connexion. Tu vois, les humains savaient pourquoi ils étaient là, ils luttaient pour leur survie et pas contre leur nature. C'est l'intelligence qui nous as fait perdre la tête. Tu me diras c'est logique, on a pas idée de foutre une conscience dans un corps de primate, tu parles d'une blague, hein, saloperie de créateur. C'est pas un cadeau du tout, c'est une erreur où une espèce d'expérience qu'a mal tournée. 'Fin bon, quoiqu'il en soit, on sera toujours limité pour titiller la vérité, ne serait-ce que du bout des doigts. T'es content d'être là, gamin ? »
Lobo observait son grand-père. Assit au bord du vide, sur le toit d'un immeuble qui surplombait la cité, il avait l'air d'un vieux fou. Qu'est-ce qu'il voulait dire par, « content d'être là. » ? Là, sur le toit avec lui ou là, sur Terre, parmi les autres humains ? Il n'en savait rien et chaque année, c'était le même manège. Ses parents traversaient le pays pour lui rendre visite, insistant pour qu'il vienne, une fois sur place, le papy réclamait une ballade et il finissait toujours ici, sur ce toit. Songeant à cela, il voulait répondre que non, il n'était pas spécialement heureux d'être là, qu'il aurait préféré passer sa semaine de vacance devant son AlterEgo™ et qu'il se foutait par dessus tout de ce baratin ; le vieux radotait, il connaissait son sermon par cœur. D'habitude, il se taisait, observant les carrés lumineux des bâtiments alentours, mais cette fois, il eut envie de répondre.
« Oui papy, la vue est belle d'ici.
- Belle ? Répéta le vieux en grimaçant. Tu trouves que la vue est belle ? C'est ignoble, ça me donne envie de gerber et en plus ça pue. C'est plus d'la pluie qui tombe, c'est de la merde. »
Sur ce point-là, papy n'avait pas tort. A l'horizon, des tours se dressaient et gesticulaient comme des tentacules de bétons. La lueur acide du soleil artificiel irradiait la Cité depuis la stratosphère accentuait l'aspect sale et décrépit de l'ensemble. Lobo tendit sa main et une goutte finit tomber dans sa paume. En effet, elle avait l'odeur et la texture de la merde.
« Tu vois, reprit le vieux, c'est bien ça, gamin. De la merde qui tombe du ciel, c'est quand même dingue, tu crois pas ? Et le pire dans tout ça, c'est que je suis né trop tard pour éviter le carnage. 'Fin bon, même si j'étais né il y a mille ans, j'aurais pas pu l'éviter. Personne peut changer la face du monde, ni même sa propre face. On peut tout juste changer notre esprit et notre imagination, c'est le seul truc qui peut rendre notre condition moins douloureuse.
- Pourquoi tu ne déménages pas ? Tu aimes ça, les gouttes de merde ?
- Parce que, gamin, on est pas obligé de s'en aller pour partir. J'ai passé toute mon existence ici, je suis plus ancien que la plupart de ces murs et j'ai connu le vrai soleil... »
Lobo sourit. Depuis huit ans qu'il subissait cette balade annuelle, c'était la première fois que la conversation allait aussi loin. Il se dit que son grand-père attendait le jour où il répondrait enfin et se sentit un peu idiot. Le vieux leva les yeux. Au-dessus, les nuages ne cessaient de s'assombrir dans un drôle de tourbillon qui aspirait les divers détritus, au sol depuis le ciel.
« Tu n'as jamais voyagé ?
- Une seule fois, il y a longtemps, avant d'avoir ton père. C'est là-bas que j'ai apprit à aller plus loin que n'importe qui sans bouger les fesses de mon bon vieux fauteuil. C'est ta grand-mère qui m'a forcé à faire ce voyage. Ah, soupira-t-il, ta grand-mère, un sacré bout de femme. »
Le vieux se mit à tousser comme s'il avait avalé son dernier mot de travers. Pendant qu'il récupérait du souffle, Lobo écouta le sifflement du vent et le vrombissement des moteurs, sept cent mètre plus bas.
« Tu poses les bonnes questions, gamin. Je commençais à perdre patience mais on arrive exactement là ou je voulais en venir.
Pourquoi ? »
Le vieux fouilla sa besace et tendit précautionneusement un vieux carnet à son petit-fils.
« Prends-le, je te l'offre. »
Lobo hésita un peu. Son grand-père ne lui avait jamais fait un seul cadeau. Ce truc avait peut-être l'air d'un cahier de brouillon en voie de pourriture, mais il l'intimidait.
« Vas-y, qu'est-ce que tu attends ?
- Qu'est-ce que c'est ?
- C'est un journal de bord. Expliqua le vieillard, écarquillant les yeux pour amplifier le mystère. Nous l'avons écrit, ta grand-mère et moi, lors de notre voyage. »
Doté d'une curiosité parfois envahissante, Lobo aimait à fourrer son nez un peu partout et plus c'était poussiéreux, mieux c'était. Son empressement fit qu'il ouvrit le carnet un peu trop brutalement, arrachant un morceau de la première de couverture.
« Attention, sale gosse, c'est pas un journal comme les autres, m'enfin ! S'exclama le vieux, sourire en coin. C'est un périple très particulier et je pense qu'aujourd'hui tu es capable d'en capter l'essence... »
Lobo ne l'écoutait que d'une oreille tandis que ses doigts caressaient le papier jaune. Il huma l'odeur aigre qui en émanait. Il n'avait jamais vu d'écriture manuscrite auparavant et lorsqu'il eut habitué son œil à la plume anarchique de son aïeul, il déchiffra le titre : L'outre-monde.
« C'est là-bas que t'es allés ? C'est où, l'outre-monde ? »
Aucune réponse, rien que le vent et les moteurs. Lobo releva la tête.
« Papy ? »
Sur la couverture du carnet, quelque chose avait été inscrit à l'encre.
à bientôt.