Salut. 
Donc, tout d'abord, pourquoi j'ai pas mis de balise ? Car je ne savais pas laquelle mettre.
Bonne lecture.
Je suis un chien.
Les portes claquent derrière moi, je dois avancer. Chaque bougie est soufflée par cette ombre. Cette ombre dévorante qui me fait avancer. Il y a des bruits de claquements derrière moi : des portes, ou le bruit de ma mâchoire ? Je ne sais pas, mais c’est assourdissant. Peut-être les deux. Ce vent est glacial, quand il m’effleure ce sont comme des lames de rasoir s’enfonçant dans ma peau. Je ne veux pas que cela recommence, je dois avancer. Plus vite. Mes poumons me glacent de l’intérieur à chaque respiration, mes muscles n’avancent plus, ma vision se trouble, mais j’avance, car c’est ça ma destinée et celle de tous les autres : courir pour échapper à la mort, se fatiguer et mourir, car elle est immuable. On sait tous qu’on va mourir, à quoi bon courir ? Pour avoir une place dans l’histoire, ou de manière moins ambitieuse rester dans les mémoires de nos proches ? A quoi bon ? Les vies, les actes et les espoirs coulent sur la toile du temps, car il y a la mort comme gravité. Le tableau se lève, la course devient marche, fatigante, et nous finissions par perdre toute notre dignité en marchant comme des chiens, et notre maîtresse nous récupère. La vie n’est en fin de compte que quelques minutes dans le néant, où nous réussissons à casser notre laisse. Mais la maîtresse récupère le chien, car elle est bonne et qu’elle sait qu’il se perdrait et mourrait, s’il était seul, sans elle. Il doit cependant avoir dans les troupeaux de cette bergère quelques moutons moins dociles que d’autres. Où sont-ils ? Où sont les chiens errants ? On ne les voit pas, mais ils sont quelque part. Nous autres, canins bien éduqués, nous rêvons de liberté, et nous pourrions l’avoir, si l’on courrait comme le font certains de nos chiens, mais nous avons peur. Les ordres dictées par la voix mielleuse de maîtresse nous font revenir à elle – Viens vieux cabot. Que feras-tu sans moi ? – et nous revenons à elle, perdant ainsi notre seule chance, notre seul espoir. Les regrets viennent premièrement à nous, mais nous sommes faits la maîtresse de manière à ce que l’on préfère vivre avec de la viande bonne et de l’eau potable, mais entravés, qu’avec des charognes et un liquide stagnant, ne pouvant plus être nommé eau. Je vois enfin la réalité. Ces immeubles, ces gens, tous, ne sont que des illusions. Quand je me vois dans un couloir obscur illuminé par des bougies et poursuivie par l’ombre – la maîtresse – je commence à me rapprocher de la vérité. Et les bougies s’éteignent, je m’en approche encore plus. Je vais bientôt arriver à la vérité, cette aveuglante lumière noire et sinistre. Et lorsqu’avançant encore dans ce noir, puis atteignant ce cul-de-sac, je l’ai atteint : je vais me faire rattraper par la maîtresse. Finalité de la fugue. Je commence à sentir ce froid, ces lames lacèrent ma peau. Puis plus rien, l’œil du cyclone. Je suis le chien docile, je ne subis plus de souffrance, tant que j’avance au même rythme que la maîtresse. Elle accélère ? J’ai de plus en plus de mal à la suivre. Je sors de la zone de sécurité, les lames me lacèrent. Elle est partie, je suis seul, dans l’ombre. La maîtresse continue d’avancer, elle ne bouge plus. C’est une impression ou… Elle revient vers moi ? Non. Ce n’en est pas une. Je ne veux pas ressentir cette douleur glaciale ! Je ne voulais pas que la laisse casse ! Ce n’est pas de ma faute ! Excusez-moi ! Elle avance vers moi, ne s’arrêtera pas. Je dois courir, je le fais, mais elle est trop rapide. C’est comme la dernière fois : mes poumons me glacent de l’intérieur à chaque respiration et mes muscles n’avancent plus. J’avance encore et toujours dans cette obscurité. Un mur, un cul-de-sac… Pitié ! J’en ai marre de ces lames, de mes larmes de douleur ! Je suis dos au mur, elle avance sans se soucier de mes suppliques. Bientôt, dans quelques secondes, je sentirai de nouveau ces lames, je souffrirai, je souffre déjà. C’est sûr. On ne peut rien y faire. Je veux une laisse plus solide. Ferme les yeux, protège-les. Plus que dix secondes. Neuf. Huit. Sept. Six. Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un. Zéro... Zéro. J’ai dit zéro ! Attendez… Je ne sens pas de douleur, je sens du vent, mais pas glacial, je chute ! Ouvre les yeux. Je suis dans un puits sans fond. Regarde au loin, un minuscule point lumineux. Il s’agrandit. C’est une sorte de cube, fermé de tous les côtés sauf en haut. Dedans il y a quelque chose. Des formes… Humaines. Oui ! Des corps humains ! Des humains ! Comment vais-je faire pour ne pas mourir à la chute ? Tu vas trop vite. Dix mètres. Ferme les yeux, n’aie pas à voir l’angle visuellement douloureux de ton corps durant la fraction d’instant avant que tu meures. Tu es mort. Non, vu que je pense. Je suis vivant ? Pas sûr. Attends avant d’ouvrir les yeux. Un deux trois quatre cinq six sept ! Pas si vite… Uuuun… Deeeeuuuux… Troooiiis… Quaaaaatreeeee… Ciiiinq… Siiiiix… Seeeeept… Ridicule. Quoi ? Rien… En attendant tu es arrivé. Ouvre les yeux. Je suis bien vivant. Au dessus de moi, un plafond blanc. Le trou s’est refermé ? Je me relève, il y a deux personnes, qui dorment… Moi aussi, comme un chien sans son maître. Je suis un chien.
Etage un.
Une violente lumière apparaît, un instant, réveillant ainsi le chien. Lorsqu’il ouvre les yeux, il voit les trois autres personnes réveillées le regardant.
« Vous… »
Il ne termine pas sa phrase, une femme appose son doigt sur ses lèvres et sa bouche prend une forme par laquelle on dirait « Chut » si on expirait de l’air, mais elle ne le fait pas, et son regard aussi parle, il dit « Tu ne comprends pas, tu es perdu, moi aussi au début. ». Le docile serviteur obéit. Est-ce la douceur dans ses gestes ou bien son regard qui lui rappelle sa maîtresse ? Un grand silence s’installe alors. Chaque personne observe on-ne-sait-quoi, d’un air passif. En fin de compte elle ne regarde peut-être que ses pensées. Lui, il fixe la femme et un cadran au dessus de la porte, où est placée une échelle allant de 0 à 7, et l’aiguille avance doucement. Soudain, l’ascenseur accélère. Ce phénomène dure bien plusieurs dizaines de minutes. Elle s’arrête aussi soudainement qu’elle est venue, et la porte s’ouvre. Il y a comme une sorte de brume. La femme s’avance en silence et sort, l’autre personne, un homme aussi. « Ils ne paraissent pas effrayés, pas humains. Ils ne le sont pas. », pensa-t-il.