Les élèves se ruaient tous vers la sortie. Le soleil les aveuglait de ses rayons ardents, rougeâtres, conférant à cet instant un caractère presque onirique. Arthur sortit le dernier, et marchait paisiblement vers l’arrêt de bus. Il regarda sa montre, qui sonnait le glas des cours, et amorçait les vacances d’été. « Enfin, soupira-t-il »
Arthur venait de terminer sa dernière année de cours, mais celle-ci avait été si stressante, si angoissante, que même libéré de son étreinte, il ne pouvait encore s’ajourner au doux repos de la liberté. Un élément transitoire lui était indispensable, sinon quoi il ne saurait se complaire dans son relâchement.
Mais il avait tout prévu : Arthur allait se saouler jusqu’à perdre toute notion intelligible. Une intention débraillée, dangereuse, mais nécessaire.
Quand la nuit fut tombée, Arthur se rendit dans la forêt qui bordait la ville, un lieu qu’il connaissait bien, pour y être maintes fois allé ; il pouvait s’y reposer, s’y oublier, et enfin se sentir vivre. Il s’était assis, et, accolé à un arbre, sans personne, avait ouvert la première bouteille. Arthur aurait très bien pu inviter des amis, mais ç’aurait été dans un but festif ; or son but était de purger son esprit, et non d’exulter, à la venue des vacances.
Il vidait les bouteilles, buvait à une vitesse complètement irraisonnée, voulait à tout prix cesser de penser. Car malgré tout, il continuait de penser, et ce qu’il voulait, c’était se sentir libre. Un moment, il commença à voir flou, puis la tête commença à tourner, puis il se leva, hurla avant de s’écrouler par terre, incapable d’exécuter le moindre mouvement, ou d’émettre le moindre son audible. Il voulait que ça cesse, que sa tête s’arrête de tourner… Tout s’était passé très vite. Arthur était désormais seul avec lui-même et sa dangereuse insouciance. Personne ne lui viendrait en aide.
Le lendemain matin, les oiseaux sifflotaient dans les arbres, les quelques rayons du soleil filtraient au travers, réchauffant les herbes courbées par la rosée. On pouvait voir un corps inerte reposer au beau milieu de la forêt, encore bien sombre. Des feuilles s’étaient posées sur son visage, complètement blanc. Les nuages, bien au-dessus des arbres, bien au-dessus du monde, semblaient former un cercle parfait.