La jeune fille avait de multiples surnoms. On l'appelait le dépose minute, l'aspirateur, la gourmande, l'hopital, les urgences, ou encore l'incubateur*.
Si des incertitudes planaient sur le bienfondé de certains de ses hauts faits, il fallait toutefois reconnaître qu'elle avait amplement mérité la majorité de ces Titres de Noblesses; car Nombreux étaient les pélerins venus rendre visite à son Temple, les touristes venus visiter son Palais des Plaisirs, les gourmands venus gouter les fruits de son Verger De Cypris, et les aventuriers venus explorer son Mont Vénus. Bref : a seulement seize ans, elle en avait vu**.
Pourtant, avant que la puberté ne fasse son oeuvre, Jennifer était une petite fille modèle; gentille et consciencieuse. C'était aussi, il fallait bien le reconnaître, une fille assez laide. En particulier durant sa periode de collège, époque durant laquelle sa peau était rongée par l'acnée et sa poitrine n'avait pas encore développé les formes généreuses qu'on lui connait aujourd'hui. Jennifer avait particulièrement mal vécu cette période d'isolement marquée par les ricanements et les railleries de ses camarades de classe. A cette époque aussi, elle avait de nombreux surnoms: la Calculatrice, le Boudin, Sebum, et (probablement le plus cruel d'entre tous) : « Croute ».
Cependant tout avait changé pour Jennifer au cours d'une année miraculeuse : celle de sa fin de collège. Les grand travaux dans lesquels s'était lancée Mère Nature sur son jeune corps de pucelle semblaient toucher à leur fin, et les plaques rouges (et occasionellement purulentes) qui marquaient ses joues s'étaient peu à peu résorbées pour lui faire retrouver la peau de pèche qu'elle avait petite fille. Dans le même temps, son développement mammaire avait atteint son apogée.
Malgré les sérieux atouts dont elle disposait désormais pour aborder avec sérénité sa nouvelle vie de lycéenne, elle ne semblait cependant pas encore pleinement consciente du potentiel que lui conférait sa nouvelle plastique. Dans sa tête, les sobriquets peu flatteurs de son récent passé étaient encore trop présents.
Aussi se sentit-elle toute électrisée lorsque les premiers garçons commencèrent à lui tourner autour.
La solitude ayant marqué au fer rouge son esprit ingénu, elle était désormais déterminée à ne pas répéter les erreurs de son sombre passé. Ce désir de plaire et cette soif d'attention quasi maladive la conduirent cependant à se montrer un peu trop conciliante avec les garçons qui s'intéressaient de près ou de loin à sa personne : elle cédait plus facilement qu'une branche morte par un hiver glacé. Elle avait perdu sa virginité dès son premier mois de lycée, et n'avait pas chômé depuis. Jennifer se sentait pour la première fois de sa vie au centre de toutes les attentions, et elle adorait ça. Chaque fois qu'un garçon se montrait trop entreprenant, elle imaginait le rejet et la tension que causerait un refus de sa part, et elle pensait que ce serait synonyme, pour elle, de renvoi direct dans les eaux glacées de la solitude. Ainsi, petit à petit, son incapacité à dire non et sa peur panique du rejet transformèrent la petite fille innocente qu'elle était en la créature dissolue et impie que l'on connait aujourd'hui***.
Mais, les choses avaient commencé à réellement se gâter pour elle lorsque les surnoms s'étaient mis à circuler dans les couloirs de son lycée, et il était arrivé plusieurs fois qu'elle aille se réfugier dans les toilettes des filles (ceux toujours déserts du troisième étage) pour pleurer après en avoir entendu certains. Les filles de sa classe la méprisaient ouvertement et elle s'apercevait peu à peu que les garçons qu'elle avait fréquenté, loin d'être reconnaissant des faveurs qu'elle avait pu leur accorder, ne la respectaient pas non plus et se plaisaient même à colporter les ragots les plus sordides sur son compte. Elle sentait peu à peu le spectre de la solitude planer de nouveau sur elle, et réalisait qu'elle s'était mise tragiquement dans la situation même qu'elle avait essayé d'éviter corps et âme.
Mais ce ne fut que lorsqu'elle appris par une rumeur de couloir que le grand Daril, (un élève de terminale qui lui avait donné rendez vous chez lui un samedi soir pour « l'aider à réviser le bac de français ») avait fait plastifier son canapé en prévision de sa visite prochaine, qu'elle se dit qu'il était plus que temps que les choses changent.
Elle se promit désormais qu'elle n'accepterait plus de céder à qui que ce soit. Bien sûr, tout ne se passa pas comme elle l'avait prévu. Loin de lui faire regagner le respect des garçons, son entêtement à leur refuser l'entrée de son Atelier de Vénus ne fit qu'augmenter le mépris qu'ils avaient pour elle. Elle découvrit qu'être rembarré par la fille la plus facile de tout le lycée semblait être quelque chose de particulièrement mal vécu par les Jeunes Mâles en Fleur des environs****.
Elle se sentait redevenue la même paria qu'elle avait été toute sa fin d'enfance et son début d'adolescence. Pire encore, nulle plaque d'acnée disgracieuse n'était la cause de son malheur cette fois-ci: elle ne pouvait blâmer personne d'autre qu'elle même.
Ce fut le début d'une longue descente aux enfer pour Jennifer. Autant dire que rien ne s'arrangea lorsqu'elle découvrit que le jeune Dylan de la 1ère L B avait filmé leurs ébats à son insu en dissimulant habilement son Nokia Lumia à objectif inclinable dans la manche de son blouson pendant qu'elle lui administrait une fellation avec toute l'expertise et la dextérité que l'on peut lui connaître (vidéo admirablement bien cadrée au vu des conditions dans lesquelles elle a été prise, et dans laquelle bien sûr rien ne manquait, de l'introduction à la gélatineuse conclusion).
Cela suffit à faire d'elle la vedette non désirée du Lycée Saint Justinien de Baumont en Champagne, où l'on racontait que l'Enregistrement jouissait d'une popularité certaine jusque chez les professeurs.
S'en fut trop pour la jeune fille qui commença à se noyer dans une mer de désespoir, d'amerture et de dégout, maudissant le jour où les garçons avaient jamais pu s'intéresser à elle, haissant le monde entier, mais aussi et surtout elle même pour tout ce qui avait pu se produire.
C'est ainsi que les scarifications commencèrent. D'abord sur les cuisses, avec une fine lame de rasoir, là où personne ne pourrait les voir (il y avait probablement quelque chose de Freudien là dedans). Puis sur les mollets, et enfin sur les bras. Cela lui donnait l'impression d'expier; il fallait que quelqu'un paie pour tout ça.
Malheureusement pour elle, l'une de ses blessures (une plus profonde que la moyenne) avait eu la mauvaise idée de se rouvrir pendant le cours d'éducation physique de Mr Jenkins, et le sang était rapidement venu tacher sa tenue de sport qui, par malchance, était plutôt claire, et plutôt moulante. Mr Jenkins, qui faisait toujours particulièrement attention à l'intégrité physique de ses élèves filles (surtout celles en tenue moulante) accourut aussitôt et s'empressa de demander son transfert rapide à l'infirmerie escortée par le délégué de classe et par lui même (car « Sait-On Jamais »).
Ainsi prise en charge, elle n'eut guère d'autre choix que d'exposer son corps tailladé à la vue de l'infirmière scolaire tout en éclatant en sanglots, tandis que ladite infirmière, en bonne professionelle en tirait rapidement les conclusions qui convenaient et contactait le service psychiatrie de l'hopital le plus proche pour demander le transfert d'une Jennifer qui semblait de plus en plus hystérique de seconde en seconde, et que les élèves du Lycée de Saint Justinien de Baumont ne reverraient, après tout cela, plus jamais autrement qu'en format vidéo.
Non mais ça va pas ?
J'avoue avoir bien rit un peu. C'est moche
...
Blague à part, malgré le thème bien polémique de la chose, j'aime bien ce texte. C'est vrai qu'on y retrouve l'esprit d'un conte, même si on a pas vraiment de petite morale bien dissimulée à la fin (à part "Ne baisez pas au lycée
" ? ). Le style est sobre, mais efficace. Ca coule tout seul, c'est relativement fluide. Le rythme y est, l'ambiance aussi. Et l'humour est décapant.
Bravo
.
"Ca coule tout seul, c'est relativement fluide"
Il y a que moi qui ai pensé à un truc franchement dégueulasse, en rapport avec le texte ?
Sinon ce genre de texte me laisse de marbre en général. Donc heu... Voilà.
Tu pensais que c'était innocent
?
C'est pas joli-joli comme histoire.
Heureusement que l'humour noir est là, sinon on pourrait vraiment pas s'amuser. ![]()
Tanil : j'avais bien cru comprendre la même chose.
Joli coup, Marty !
Sur ce texte : quelques fautes qui traînent, à relire.
Sur le fond : ce pourrait être un texte tout à fait horrifique, délicieusement glauque, si ton style véhiculait plus d'émotion !
Sauf qu'ici, on sent que tu te dissimules derrière l'humour pour te garder d'aborder frontalement l'horreur brute des faits.
Le mélange des genres m'a donc gêné : si tu veux faire une fable/conte comique, alors moins de détails crasseux, si tu veux faire un texte vraiment "moche", plus d'émotions et moins de carapace humoristique.
À toi de voir pour quel genre tu penches le plus. Tu oscilles entre tendresse et moquerie envers ton personnage, et c'est le maltraiter inutilement que de ne pas choisir son camp.
Liljok==> Bah, en ce moment pas trop non
crazy==> Content que l'humour t'ai plu, on sait jamais trop ce que ça va donner lu par quelqu'un d'autre. Mais ne te sens pas coupable, rejoins donc le coté obscur
Tanil==> Pourquoi de marbre? J'en déduis que tu n'est pas sensible à la richesse de mon champ lexical vaginal et à mes métaphores imagées
? (et puis c'est un vrai sujet pourtant; la difficulté de grandir et de devenir une femme équilibrée et épanouie dans une société patriarcale dominée par la perversion,la pornographie et le désir masculin
)
Undead==> Bah oui, c'est la période de noël alors je me suis dit qu'il était à propos d'écrire quelque chose de joyeux
.
Al-Tes==> Très possible pour les fautes, malgré les nombreuses relectures, y en a toujours qui glissent entre les mailles.
Sinon le but du texte était justement de faire quelque chose de comique, mais de crasseux. Le coté humoristique empêche (selon moi) le lecteur de trop s'emmerder en lisant un truc qui serait ultra pesant et lourd l'humour en moins (et alors là tout le monde lui passe dessus, et alors là elle devient dépressive, et alors là elle se taille les veines, et alors là elle finit en asile, ça fait lourd m'voyez
). C'est juste ma vision du texte bien sur.
Pour le coté oscillation entre tendresse et moqueries (ou même noirceur et moquerie) je dirais que ça correspond assez bien à ma personnalité d'aujourd'hui, c'est peut être ça qui transparait dans le texte. Ce moment ou quand il arrive une avalanche de m*rdes suffisamment considérable, t'hésites entre le désespoir et l'humour cynique. Un peu comme le personnage du Comédien dans watchmen d'une certaine façon.
Oui, je vois tout à fait ce que tu veux dire, mais je trouve que ton texte ne traduit pas très bien ça. Je pense que ça vient d'un certain décalage entre toi, auteur-narrateur, et ton personnage.
Parce que, si toi tu optes pour le rire nerveux face à cette avalanche de tuiles, ton personnage, elle, déprime à mort, et il ne lui viendrait jamais à l'idée de rire de sa situation.
Tout ce qu'elle pense, elle, c'est "pas de veine" (si je puis me permettre ce jeu de mots pour rester dans le ton
).
Par contre, si tu donnes à ton perso un peu d'autodérision, ça va alléger le style et la gravité des faits... ce qui, à mon avis, collera mieux à l'esprit que tu souhaites donner au texte.
En tous les cas, tu pourrais alléger le crasseux ; la partie la meilleure à mon goût est le début avec les métaphores religieuses : tu réussis à traduire le crade avec un style léger. C'est ça qu'il faudrait un peu plus.
Bah en fait, le texte était pas sensé finir si mal quand je l'ai entamé, mais j'suis pas spécialement dans une période pleine d'optimisme en ce moment et du coup, ça a dérivé plus que ce qui était prévu au départ
.
Après je sais pas, y a pas vraiment de décalage au niveau du personnage lui même: le personnage le vit mal et la narration est juste tournée d'une certaine manière. Le personnage ne vivrait pas si mal sa situation si il était justement capable de la prendre avec un certain recul et un sens de l'auto dérision donc ça rendrait l'histoire caduque d'une certaine façon (je connais des filles dont les vidéos tournaient effectivement dans ma fac : elles prenaient ça avec auto dérision et elles en avaient carrément rien à cirer. Enfin s'en était une et je la connaissais pas vraiment bien mais elle s'en foutait quoi
. Du coup il me semble que seul le narrateur peut introduire de l'humour ici. Et encore, c'est pas vraiment de l'humour au sens propre, c'est plutôt une manière particulière de tourner certaines phrases. Un mélange de narration légère pour une histoire lourde. Comme quand ils collent de la musique classique sur les scènes violents d'orange mécanique, c'est pour jouer sur les contrastes (après j'suis pas kubrick donc le fait que ce soit complètement merdé reste une possibilité
. je sais pas si ton ressentis est partagé par les autres forumeurs ou c'est aussi lié à ta sensibilité littéraire personnelle; tout est toujours très subjectif dans l'art)
Seuls les autres forumeurs pourront dire s'ils partagent ou non mon opinion. ^^
Pour moi, le décalage est dans le fait que le narrateur rie d'une situation que son personnage vit extrêmement mal ; et je trouve ça dérangeant. Si le personnage faisait aussi preuve d'un peu de dérision, ou si le ton global était encore plus léger, ça passerait encore mieux.
Mais là encore, c'est tout à fait subjectif ![]()
Tanil==> Pourquoi de marbre? J'en déduis que tu n'est pas sensible à la richesse de mon champ lexical vaginal et à mes métaphores imagées
? (et puis c'est un vrai sujet pourtant; la difficulté de grandir et de devenir une femme équilibrée et épanouie dans une société patriarcale dominée par la perversion,la pornographie et le désir masculin
)
"J'en déduis que tu n'est pas sensible à la richesse de mon champ lexical vaginal et à mes métaphores imagées"
Bof, non. Ce n'est pas forcément le problème. Disons que les déboires d'ados, ben... Je m'en fous pas mal en fait :s
Ce genre d'histoire ne me fait ni chaud ni froid. Ce qui m'intéresse, c'est de voir comment réagit un adulte avec une personnalité déjà construite. Les histoires d'ados, c'est toujours la même chose. Les mêmes thèmes reviennent à chaque fois et ça ne m'intéresse pas.
Al tes==> Je comprends la critique, mais d'une certaine façon l'aspect dérangeant était voulu. Après le but était pas pour autant que ça en devienne désagréable à lire bien sur, c'est jamais ce qu'on recherche en écrivant
Tanil==> Franchement j'ai 24 ans et je me sens pas beaucoup plus mature ni très différent de ce que j'étais au lycée niveau personnalité/psychologie
(mais c'est peut être juste moi. c'est peut être même inquiétant
). Après l'intérêt ou le désintérêt pour un sujet ça se commande pas donc je comprends tout à fait (j'ai moi même du mal à cause de ça avec un très grand nombre de livres "cultes" qui me font ch*er comme la mort parce que le thème me touche pas du tout (i.e: la vie des paysans de la campagne française en 1950 par exemple
)