Ils étaient agglutinés dans un espèce de chariot en fer rouillé - Joshua soupçonnait d'ailleurs une des roues d'être plus grande que l'autre - ce qui avait rendu fort inconfortable le voyage, surtout en compagnie d'un homme aussi stupide que Barry, et les routes étaient devenues presque impraticable avec le temps, transformant le moindre déplacement en un simulateur de séisme. Mais cela n'a pas d'importance, pour le moment il faut remonter le temps en arrière pour mieux comprendre. Pas la peine d'aller jusqu'à la colonisation de cette planète par la race humaine, et les siècles de péripéties ayant amené ce chariot de fer rouillé à déambuler sur la quatrième route, mais jusqu'à la modeste dernière semaine, qui a brutalement chamboulée la vie de milliers de gens.
Barry, Joshua et tout les autres vivaient dans le village de Sandoor, dans la Campagne 72, au sud du pays. La Campagne 72, c'est brut, c'est un paysage désert et aride où il fait mauvais de vivre, il n'y avait d'ailleurs aucune source d'eau à moins de quinze kilomètres au sud, au-delà de la frontière. Et au sud de la frontière, c'est ce qu'on appelle communément le Tumulus, une région désertée de toute civilisation pour une raison qui a échappée à la plupart des sudistes. Il est préférable d'employer le mot "civilisation" que "forme de vie", car il y a bien des humains dans cette contrée - les tumulusiens - mais il est vrai qu'ils s'apparentent plus à un peuple de sauvages, de nomades et de pillards qu'à une véritable civilisation culturellement épanouie, et se rapprochent plus du chacal que de l'Homme. Entretenir des relations avec de pareils voisins n'est clairement pas une mince affaire pour les habitants de la Campagne 72, faute à leur langue sauvage et leurs traditions violentes. Sandoor était donc régulièrement privée d'eau pendant plusieurs jours, puisque la source se trouvait en territoire sauvage, et que ceux-ci ne lui laissaient que peu régulièrement l'occasion de l'utiliser. Malgré tout c'était un paisible village, et même si la vie était parfois - très - dure, les habitants ne manquaient jamais d'eau plus de trois jours, ni de nourriture plus d'une semaine. La mine à l'ouest, la collecte de ressources naturelles ainsi que les exploitations bovines étaient les seuls revenus direct des habitants, les caravanes marchandes ne passaient que rarement mais achetaient suffisamment pour permettre à la centaine d'habitants de survivre.
Mais le jour où les tumulusiens décidèrent subitement et sans raison apparente de priver définitivement le village d'eau pendant une semaine, pour ensuite piller allègrement les lieux en mettant brutalement à mort la moitié de la population locale, tout fut bouleversé. Le bétail fut abattu ou volé, plusieurs habitations incendiées et les installations minières détruites. Les quelques survivants, dont Joshua et Barry, dépêchèrent immédiatement des messages vers le nord, indiquant la situation. Ce n'était pas la première fois que les tumulusiens attaquaient - la troisième fois à vrai dire - mais à chaque fois Sandoor fut reconstruite et repeuplée. Cela faisait presque vingt ans que les sauvages n'avaient pas lancés d'attaque.
Trois jours après le raid, alors que les survivants Sandooriens avaient passés les dernières heures à prospecter la région à la recherche de nourriture, trois émissaires de La Citadelle étaient arrivés. Montés sur leurs chevaux noirs, vêtus de noir, gantés et masqués, comme la tradition le veut, ils étaient suivis de trois vieux chariots en fer rouillés, conduits par des hommes aux yeux épuisés par la vie et tractés par deux bœufs chacun, ainsi que deux charrettes en bois chargés de nourriture en boîte, de bidons d'eau et de couverture de fortune. Un des émissaires s'était approché du Docteur Magraine - considéré comme le doyen du village - et lui avait silencieusement remis un papier où était inscrit à la machine : "Départ pour La Citadelle maintenant. Vous avez quatre heures pour embarquer. Escorte armée et provisions pour cinq jours de route."
En dessous du texte, le sceau de La Citadelle concluait le message.