Ils avaient commencé à installer les décorations de Noël quand il se mit à neiger. J'ai à vous raconter comment l'un d'entre eux est mort, le plus jeune. Son nom m'échappe car il a peu d'importance. Il avait encore enfilé son bonnet bleu marine et sa vieille écharpe tricotée autrefois par sa grand-mère. Même si elle le grattait il la gardait autour de son cou, peut-être car était-ce encore ces petites choses qu'on ne pourra comprendre jamais. Monté sur son échelle à fixer les lumières électriques il souriait à l'aspect qu'elles donneront dans sa petite rue. Quelques flocons se glissaient parfois dans ses manches tendues vers le ciel et un frisson le parcourait sous son gros manteau grotesque. On l'appelait d'en bas.
- Eh tu veux une tasse de cafe ? Il fait frisquet.
C'était un de ses collègues de travail.
- Ce n'est pas de refus, je veux pouvoir me dire d'avoir bu un café sous la neige de novembre.
Ah ces flocons ! J'avais pourtant juré de ne plus me laisser influencer, mais leur muse est plus douce que le coeur. Laissons-les donc manipuler ma main et les mots et poursuivons.
La chaleur du café lui faisait encore sourire, il regardait la neige tomber sur le pavé. Il avait froid certes mais demain ne seront restés plus que les beaux souvenirs. Ainsi finit-il sa tasse. Il la rendit, remercia poliment, puis descendit la belle rue pavée. Il était désormais dix-huit heures et les guirlandes s'allumèrent comme pour montrer à tous leur splendeur et leur fierté. Il leva les bras et tournoyait au centre du récital, la neige l'accompagnant dans sa danse furtive. Son sourire intarissable brillait de plus belle. Puis la magie disparut aussi vite qu'elle débuta au profit d'un triste moment de solitude.
Il descendit la rue et dû passer par le pont enneigé. Une orchidée sauvage fleurissait au bord du précipice, dissimulée entre la rivière et le courage du héros. Il se disait qu'elle brillerait bien plus dans le salon de sa mère plutôt qu'ici, et entrepris de la cueillir. Il dû passer au dessus du muret et se baisser doucement pour en toucher une pétale. Mais son pied glissa et c'est lui tout entier qui tomba dans la rivière meurtrière. Aucun de ses courants n'avaient jamais laissé place à la vie et aux délices, préférant aux joies la certitude d'une mort terrible et la fin d'un homme au sourire d'or.
On retrouva son corps quelques lieux plus lointains et quelques temps plus sereins, au pied d'un chêne centenaire décoré d'un tapis d'orchidées.