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Héritier du Temps

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 08 octobre 2013 à 00:06:30

Voici une fiction que j'ai écrite il y a quelques temps et que je comptais reprendre incessamment sous peu. Je me suis donc dit que la poster ici serait un bon nouveau départ.
Merci d'avance pour votre lecture.

Mémoires d'Owen : Chapitre Premier

Mes tympans vibraient. Au même titre que l'entièreté de mes sens.

- Owen ! Réveille-toi !

L’homme qui avait hurlé ces mots me semblait flou. À vrai dire... Tout autour de moi était flou. Je ne voyais plus le décor qui m’entourait qu’à travers un voile opaque. Seule la douleur lancinante qui frappait sans relâche l’arrière de mon crâne me permettait de rester conscient.

- OWEN ! BON SANG !

Mes paupières se fermèrent lentement, alourdies par ma souffrance. Je ne me souvenais pas de cet homme. Je ne savais pas ce que je faisais là. La seule chose à laquelle j’aspirais, c’était le sommeil. La libération.
Alors que je me laissais aller dans l’inconscience, quelque chose attrapa ma cheville avec violence, me faisant ouvrir les yeux. De ma bouche ensanglantée sortit un cri étranglé alors qu’un membre visqueux et froid m’enserrait la gorge. Au bord de l’asphyxie, un réflexe me revint.
Mes Crocs. En une fraction de seconde, je tirai d’une poche à ma ceinture une petite lame, pas plus grande que l’un de mes doigts. Avec le peu d’air qui emplissait encore mes poumon, je soufflai :

« Soropeya... »

Ma voix s’amplifia, comme portée par un vent venu des cieux et l’incantation résonna longtemps dans mon esprit tandis que j’enfonçais le Croc dans mon avant-bras. Une vague de chaleur emplit mon être tout entier et mes pupilles s’étrécirent à la manière de celles d’un chat. Le goût métallique du sang dans ma bouche s’atténua, de même que mes douleurs s’apaisèrent et je pus enfin prendre conscience de la scène des plus singulières qui s’offrait à moi.
Un tentacule géant s’enroulait autour de mon corps et me trainait dans le sable à une vitesse vertigineuse jusqu’au bras de mer duquel il sortait. Non loin de moi, sur une dune surélevée, celui qui avait crié mon nom se relevait tant bien que mal, un fusil muni d’une baïonnette à la main. Jenkins, mon frère de l’Ordre. Mon épée était plantée au milieu de quelques herbes jaunies par le soleil, devant un rocher couvert de sang, probablement le mien. Je m’étais cogné, ce qui expliquait la perte de mes sens.
Le brusque contact du bas de mon corps avec l’eau me ramena face au coeur du problème : ce membre des plus gigantesques qui, avouons-le, ne m’inspirait pas vraiment de sympathie envers son propriétaire. Je sortis d’une autre poche un coutelas pour chacune de mes mains et en plantai un dans le sable pour me retenir à la surface. Serrant mes phalanges à les faire blanchir sur le second, je le plantai entre les écailles de l’appendice qui serrait avec force ma gorge. Un frémissement parcourut l’infecte chose, qui me lâcha en se tordant dans tous les sens, projetant des gerbes d’écume tout autour. Frénétiquement, je me hissai en arrière, juste à temps pour éviter de recevoir le tentacule sur le corps. D’un bond, je me relevai et projetai le poignard qu’il me restait sur le membre avant de reculer pour mieux prendre connaissance de mon environnement.

- Tu vas bien ? lança Jenkins dans mon dos, une once d’inquiétude dans la voix.
- Disons que j’ai connu pire, répondis-je en observant les lieux.

Face à moi, l’océan bouillonnait puissamment, la créature contenue dans ses eaux s’agitant de plus en plus. De part et d’autre de la langue de mer s’élançaient deux jetées pierreuses, sensées briser les vagues venant assaillir la plage sablonneuse. Loin sur ma gauche, un petit village de pêcheur.
Je m’écartai jusqu’au niveau du fameux roc sur lequel j’avais dû me cogner et ramassai mon épée, ainsi que mon tricorne qui trainait un peu plus loin. Epoussetant ma veste à longs pans, je me rapprochai de mon allié, qui était occupé à recharger, ses longs cheveux poivre et sel attachés par un bandeau flottant dans la brise marine. Ses yeux noirs jetaient des éclairs.

- Tu m’as fait peur !

Un sourire vint éclairer mon visage.

- Eh bien, je ne pensais pas être aussi effrayant que notre ami là-bas, fis-je en désignant du menton les flots.
- Ce n’est pas drôle, renifla-t-il en frottant les poils drus de sa moustache.
- Ai-je jamais signalé que ce l’était ?

Jenkins grommela quelque chose à propos de mon attitude désinvolte, puis jeta un regard à la mer agitée.

- Qu’est-ce que tu proposes pour l’arrêter ?
- Je doute malheureusement que nous soyons assez puissants pour le contrer. Même deux membres de l’Ordre comme nous ne peuvent rien face à cette créature. Il nous faudrait l’assistance de Kate.

Mon ami resserra les pans de sa cape grise autour de lui.

- Tu sais aussi bien que moi qu’elle se trouve loin d’ici. Tu ne vas pas me dire qu’on laisserait filer le fameux Kraken pour si peu ! Pareille créature nous serait des plus utiles pour notre lutte.
- Je n’ai jamais dit qu’il s’enfuirait... souris-je. Suis-moi !

Je courus dans le sable humidifié par l’écume jusqu’à l’un des deux pontons et pris position sur les dalles de celui-ci. Le bruit provoqué par les claquements des tentacules sur l’eau était insoutenable. Un tel boucan aurait rebuté la plupart des hommes sur cette terre, mais pas moi.
Jenkins me rejoignit d’un pas moins sûr que le mien.

- Et maintenant ? grogna-t-il.
- Couvre-moi.

Je me lançai dans une course effrénée vers le bout du brise-lames et dégainai Rasoir, mon épée. Il me fallut me baisser plus d’une fois pour esquiver l’énorme bras écailleux qui tentait de me happer.
J’ôtai mon tricorne, ainsi que ma ceinture et les posai sur la pierre. Derrière moi, Jenkins jura. Ses protestations ne m’arrêtèrent pas lorsqu’il me fallut plonger.
Dès que j’eus la tête sous la surface, le bruit de claquement cessa pour laisser place à un hurlement sourd. La bête rugissait avec une telle force qu’elle en devenait audible même dans les profondeurs. Je nageai aussi vite que je le pus vers le fond, dans lequel était enfoncé les piquets maintenant le ponton en place, cela non sans jeter un oeil à l’énorme masse sombre qui gesticulait à quelques mètres seulement de moi. De par mon expérience, je savais que les filets des pêcheurs s’y accrochaient facilement, et je comptais bien m’en servir. Je repérai l’un de ces fameux rets et m’y accrochai, avant de trancher la partie qui s’était fixée dans le sable à l’aide de Rasoir.
Je donnai un puissant coup de pied entre les algues qui pourrissaient là et remontai à l’air libre. Me hissant sur les pierres de la jetée, j’attrapai un autre Croc dans mon ceinturon et le plantai dans le filet.

« Axisy... »

Presque instantanément, les liens sous mes doigts devinrent plus épais, et s’allongèrent considérablement. Un coup d’oeil en arrière me fit constater que Jenkins s’était fait attraper par le bras gauche et donnait des grands coups de baïonnette dans la peau de son agresseur. Il me fallait agir vite, aussi j’enfonçai un autre Croc dans ma peau et murmurai :

« Epyaxi... »

L’adrénaline emplit mon corps tout entier et ma célérité s’en trouva démultipliée de façon exponentielle. J’empoignai ma cage de fil toute neuve et descendis une seconde fois sous l’eau pour la fixer au ponton. Sans prendre le temps de respirer à nouveau, je me propulsai vers les poutres du second brise-lames et y attachai tout aussi solidement l’autre extrémité de mon filet. Le Kraken était piégé ici.
Mais ce n’était pas tout, il fallait maintenant l’apaiser en attendant du secours. Une fois mon retour à la surface accompli, je courus vers Jenkins qui semblait en difficulté.
Son mousquet lui avait été arraché et il était compressé par un tentacule qui s’enroulait autour de lui à la manière d’un serpent. Ses yeux exorbités affichaient clairement le manque d’oxygène en ses poumons.

- Tiens bon mon vieux !

Je tirai un quatrième Croc de ma ceinture, sachant que j’en payerais le prix, et le projetai sur le visqueux appendice en criant :

« Peralya ! »

Quasi instantanément, le bras cessa de s’agiter après un bref soubresaut et laissa mon camarade tranquille, le laissant choir au sol. Il repartit mollement dans les flots, à l’instar de ses semblables.

- Pas trop tôt... soufflais-je avant de m’effondrer aux côtés de Jenkins, qui me fixa avec colère.
- Combien en as-tu utilisé ? siffla-t-il.
- Quatre, répondis-je d’une voix faible.

Il se releva, furieux.

- Tu sais pourtant qu’ils puisent dans tes ressources vitales pour diffuser leur énergie ! Es-tu fou ?!
- Peut-être bien, ricanais-je. Peu importe, j’ai survécu, toi aussi, et cette petite merveille marine est coincée ici. Aussi, je considère que nous avons rempli notre mission.

Je pris appui sur mes jambes tremblantes et partis en direction du petit village de pêcheurs en lançant :

- Préviens nos frères d’armes. Moi, je retourne à l’auberge. Rejoins-moi lorsqu’ils seront au courant.

C’est ainsi que je parvins en claudicant chez les villageois, qui m’accueillirent à grands cris. Je n’étais pas sans savoir qu’ils avaient observé le combat de loin, craignant pour leurs maisons, et surtout pour leurs vies. Ils m’escortèrent tous jusqu’à la taverne, où chacun d’entre eux voulut me féliciter. J’écourtai les congratulations d’un petit discours, et montai dans la chambre que j’avais réservée quelques jours auparavant.
Je savais que le retour au quartier général de l’Ordre serait long, et je tenais à dormir avant d’entamer ce voyage.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 09 octobre 2013 à 23:51:58

Mémoires d'Owen : Chapitre Second

Le retour au QG fut, comme je l’avais préconisé, des plus longs. Il nous fallut à Jenkins et à moi quatre jours de chevauchée pour atteindre le premier point de ralliement, où devaient nous attendre deux golems façonnés par un autre Héritier du Temps. Ceux-ci partiraient vers le Kraken pour compresser l’âme du monstre marin dans un Croc spécialement prévu à cet effet. Le soir du quatrième jour, nous parvînmes à une petite auberge perdue au beau milieu de la forêt du Cressir. Ce bois des plus épais couvrait une grande partie des terres de la Thrise, pays voisin du Peryopeos, là où se trouvait notre lieu de résidence.
L’endroit était plutôt fréquenté malgré sa position assez singulière. En effet, plusieurs chariots s’alignaient sous le porche de la masure, attendant d’être attelés aux chevaux placés dans une petite étable non loin. Je fis un signe de tête à Jenkins avant de mettre pied-à-terre. Il acquiesça, descendit à son tour et saisit nos montures par la bride avant de se diriger vers l’écurie. Je jetai un regard circonspect à l’établissement, surpris de trouver une architecture si... déséquilibrée : le toit semblait s’être affaissé sur l’arrière et avoir perdu quelques tuiles. Après un léger éclaircissement de voix, je m’approchai de la porte de la taverne, et fus surpris par le vacarme qui parvenait à mes oreilles.
Des cris de douleur s’échappaient de l’intérieur, accompagnés d’un fracas terrible. Restant interdit un instant, je plaquai mon oeil contre la serrure. Manière des plus déplaisantes, je le sais, mais ma curiosité prit le pas sur mon éducation. Et ce que je vis me mécontenta au plus haut point.
Deux créatures composées de boue, hautes de deux bons mètres, se mouvaient dans la pièce principale de l’auberge, écrasant de leurs poings d’argile les tables, les chaises, et (à mon grand dam) les os. Des corps agonisants, les membres brisés, tentaient de fuir en rampant, mais nul n’échappait au duo tellurique, qui réduisait tout en poussière. Je dégainai ma lame et ouvris le battant de bois d’un coup d’épaule, me confrontant à l’entièreté du désastre. Une partie de l’étage s’était effondrée, écrasant des hommes, des femmes, mais aussi des enfants sous le poids des poutres et des meubles. De là où je me trouvais, je pouvais même apercevoir les chambres au-dessus de moi. C’était bien la cause de la forme étrange du toit.
Mon entrée chevaleresque attira l’attention des golems (car c’étaient en effet des golems) supposés nous servir. Ces derniers, interrompus dans leur travail de destruction massive, contemplèrent l’intrus que j’étais de leur unique oeil de pierre. Leurs pupilles grises se teintèrent de rouge, passant de simple caillou à rubis étincelant et leur bouche édentée s’ouvrit sur un grondement, faisant trembler la bicoque jusque dans ses fondations déjà ébranlées. Ils tendirent vers moi deux bras terreux semblables à ceux d’un être humain et, de leurs pas de géants, me foncèrent dessus.

- Mes pauvres gaillards... Je vous pensais bien éduqués !

Le premier à parvenir à ma hauteur tenta de me donner un coup de poing que j’esquivai en me baissant prestement. Le géant, emporté dans son élan, poursuivit sa course à-travers la porte, y encastrant sa main. Hélas, à peine en avais-je fini avec celui-là que l’autre essayait de m’assommer à l’aide d’un objet qu’il venait de ramasser. Mon estomac se tordit à la vue de son arme de fortune, une jambe arrachée à l’une de ses victimes. Avec un frisson de dégoût, je me hâtai de trancher ses doigts d’un moulinet de Rasoir. La main mutilée (ainsi que le membre qu’elle détenait) tomba par terre, et son propriétaire cessa de hurler pour contempler son moignon.
L’instant d’hésitation de l’homme de pierre lui fut fatal. Saisissant la poignée de mon sabre avec force, j’enfonçai la lame jusqu’à la garde dans son crâne, le transperçant de part en part. L’unique globe oculaire de mon adversaire me fixa, s’éteignant lentement avant de partir en poussière. Le restant du corps de terre trembla, comme agité par une secousse sismique, puis commença à produire une fumée au « parfum » des plus répulsifs. L’argile se mit à fondre, formant une mare de boue nauséabonde au sol. D’un mouvement sec du poignet, j’arrachai Rasoir à son carcan argileux, pour me retourner sur mon second adversaire. Il donnait des coups de pied dans la porte, espérant la briser pour libérer sa main. Souriant, je m’en approchai, essuyant la lame de mon épée pour lui faire payer sa rébellion. Mais, à l’instant où je levai mon arme, un craquement retentit. La porte avait cédé.
Conscient du risque, je fis quelques pas en arrière alors que le golem hurlait en secouant son bras dans tous les sens.

- Tu me forces à employer quelque chose de plus... Détonnant.

D’un geste, je rengainai Rasoir et saisis un pistolet à ma ceinture, pour le pointer au-dessus de l’oeil du monstre. Alors que j’allais tirer, quelque chose siffla à mes oreilles, avant de se ficher dans le mur derrière moi avec un bruit discret. Comprenant qu’on me tirait des flèches depuis l’étage, je m’abritai d’une roulade sous une table de bois renversée, attendant que l’archer se manifeste. Mais la seule chose qui parvint à mes oreilles fut un juron imagé.

- Nom de dieu, Owen, que se passe-t-il ?

Je jetai un oeil de mon abri vers la porte, où une scène plutôt singulière m’attendait.
Jenkins était aux prises avec le golem qui essayait de lui donner de larges coups de pattes. Mon frère d’armes avait détaché la baïonnette de son fidèle mousquet et tâchait de la planter dans la tête de la créature.
Ce n’est qu’à cet instant que mon regard fut attiré par l’éclat de la pointe d’acier d’une flèche, à l’étage. Un homme vêtu de noir et muni d’une arbalète visait précautionneusement Jenkins, s’apprêtant à tirer. Le temps sembla alors s’arrêter quand il pressa la détente de son arme, décochant le trait meurtrier. La bouche ouverte sur un cri qui ne venait pas, je lançai un couteau (rapidement attrapé dans une poche) devant moi. Je retins mon souffle, sachant parfaitement que seule la chance éviterait à mon ami une mort certaine.
Or, cette chance me sourit. Le poignard vint couper la trajectoire du carreau, le déviant de quelques centimètres. Je laissai échapper un soupir de soulagement quand l’aiguillon se planta non pas dans le coeur de Jenkins, mais dans la tête du golem, qui subit aussitôt le même sort que son congénère.
Profitant de cette seconde de répit, je levai à nouveau mon pistolet et visai le tireur, avant d’appuyer sur la gâchette. Un cri étouffé retentit, et le corps tomba de son perchoir, mort.
Il me fallut un instant avant de récupérer. Si l’arbalétrier avait échappé à mon attention, je n’aurais probablement pas été en mesure d’écrire ces mémoires. Essoufflé, Jenkins vint s’adosser à la table à mes côtés.

- On l’a échappée belle...
- Allons, tu doutais de mes talents de lanceur de couteau ? souris-je, effaçant la crainte de mon visage.

Un regard noir fit office de réponse, ce qui eut pour effet d’amplifier mon ricanement. Prenant appui sur le sol craquelé, je me relevai et contournai les débris -et les cadavres- pour atteindre l’arbalétrier. Vêtu d’une tunique à capuchon, il était taillé pour l’assassinat : petit, mince; le profil typique du meurtrier silencieux. Sa chute lui avait visiblement occasionné une fracture de la colonne vertébrale, sa tête formant un angle étrange avec le reste de son corps. Je ne m’attardai pas sur le visage figé par la douleur de notre agresseur. Avec un frisson de dégoût, je fouillai les poches de ses habits et finis par trouver ce que je cherchais. J’extirpai délicatement d’un repli de sa toge un rectangle de parchemin, couvert de sang. Maudissant ma balle qui avait blessé l’homme et avait par conséquent tâché le message, je tâchai de décrypter la fine écriture qui s’étendait sur le papier.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 09 octobre 2013 à 23:52:16

- Jenkins, écoute donc cela, lâchais-je derrière mon épaule.

Mon acolyte abandonna l’observation d’un cadavre non loin de lui. Un hochement de tête m’indiqua que je pouvais débuter ma lecture.

« À maitre Gills,
Cher ami, nos relations ont connu quelques déboires ces derniers mois, et soyez assuré que j’en suis navré. J’ose espérer que cette altercation qui vous opposa à mes hommes de main a rapidement été oubliée et que nous pouvons de nouveau parler affaires, comme si rien de tout cela n’avait eu lieu.
Venons-en aux faits : vous n’êtes pas sans savoir que mes principaux détracteurs, les Héritiers du Temps, tentent d’élucider les mystères de notre monde, à tout prix. Or, j’ai récemment appris de la bouche d’un de mes amis proches qu’ils allaient aider un village de paysans à se débarrasser d’un Kraken, probablement pour s’attribuer ses pouvoirs et poursuivre une quelconque fable sous-marine, comme à leur habitude. Cette annonce me mit en joie, car j’y vis une occasion de me débarrasser de l’un ou l’autre trouble-fête. En effet, je sais qu’ils emploient des golems pour transporter la puissance des créatures qu’ils parviennent à capturer. Ces fameux hommes de pierres sont modelés en argile, puis on leur inculque une ligne de conduite en introduisant un morceau de papier rempli d’instructions au-dessus de leur oeil unique.
Vous comprenez donc, mon ami, quelle est ma demande. Si vous acceptez d’accéder à cette requête, rendez vous à l’auberge du Macheon, dans la forêt de Cressir. Vous trouverez dans l’enveloppe les ordres pour les golems, ainsi qu’une somme d’argent en accompte assez conséquente, comme vous pourrez le constater.
Cordialement.
PS : Restez dans l’auberge le temps que les Héritiers arrivent. Assurez-vous de leur mort, puis contactez-moi. Je vous verserai une seconde bourse aussi remplie que la première. »

Jenkins resta interdit un moment, puis fronça ses sourcils broussailleux.

- Tu es bien sûr qu’il n’a pas signé ?
- Sûr et certain. Notre ami ici présent semblait le connaitre, et pas seulement en bien, de ce que je peux comprendre.
- Effectivement... Cette histoire d’altercation m’intrigue. Une fois au QG, j’entamerai des recherches sur cette lettre.
- Fort bien, approuvais-je.

Jetant un oeil sur le carnage qui nous entourait, j’ajoutai :

- Mettons le Kraken de côté pour le moment. Nous avons des problèmes autrement plus importants, et plus aucun golem pour récupérer son énergie. Je te propose donc de rentrer au plus vite, et d’alerter les autres Héritiers.
- Je ne peux qu’être d’accord avec toi. Partons au plus vite, cet endroit me donne la chair de poule, grogna Jenkins.

Je pliai la lettre et la plaçai précautionneusement dans l’une de mes poches, avant de me diriger vers la porte arrachée et de sortir. La nausée m’envahit alors que je récupérais mon cheval. La mort n’était pas passée loin, et elle annonçait un retour fracassant...

C’est ainsi que nous reprîmes la route, chevauchant nos montures aussi prestement qu’elles pouvaient le supporter. La traversée du Peryopeos ne nous prit que trois jours et deux nuits, au lieu des quatre annoncées. Les seules haltes que nous fîmes à l’un ou l’autre village furent pour nous ravitailler. Enfin, après trois longues semaines d’absence, nous rentrions au QG. Alors que nous allions au trot sur les routes vides et bordées de champs qui nous ramenaient chez nous, Jenkins ralentit l’allure de sa jument et me regarda d’un oeil inquiet.

- Owen... J’aimerais avoir ta promesse.

Je me retournai, et lui jetai un regard interrogateur.

- Ne parle pas à Cathlyn de ce qu’il s’est passé à l’auberge. Depuis qu’elle est enceinte, elle s’inquiète beaucoup pour moi, et apprendre que j’ai failli mourir de la main d’un tueur à gage n’arrangera rien... Tu comprends ?
- Tu peux compter sur moi, mon ami, et tu le sais, répondis-je calmement, en dirigeant à nouveau mon regard vers le sol.
- Merci, Owen.

Je ne répondis pas, absorbé dans mes pensées, le regard perdu dans les volutes de brumes matinales qui flottaient paresseusement sur la route. Le temps s’écoulait si vite... J’allais déjà sur mes trente ans, et, contrairement à tous les autres Héritiers, je n’avais toujours pas trouvé d’épouse pour assurer la descendance des Stendor. On m’avait déjà à plusieurs reprises reproché mon manque de contacts avec les jeunes femmes qui peuplaient le QG et ses alentours. Qu’adviendrait-il de ma famille si je restais seul à jamais ?
Ma réflexion prit fin quand Jenkins s’exclama d’un ton satisfait :

- Nous y voici enfin !

Je levai la tête et plissai les yeux pour apercevoir, quelques kilomètres plus loin, plongée dans le brouillard, une énorme masse sombre. Nous étions revenus à la maison.

Purplecoat
Purplecoat
Niveau 6
11 octobre 2013 à 02:49:31

Éviter les descriptions clichées, genre les yeux qui lancent des éclairs, etc, surtout quand ça n'ajoute rien.

Donner plus de consistance au héros, une personnalité. Là il apparaît beaucoup trop froid, avec ses phrases explicatives, telles que « Je m’étais cogné, ce qui expliquait la perte de mes sens. » ou alors « Ses yeux exorbités affichaient clairement le manque d’oxygène en ses poumons. » Les deux situations sont beaucoup trop intenses pour qu'il puisse avoir ce genre de réflexion. L'intensité doit se transcrire dans le discours du héros. On doit ressentir l'adrénaline, la peur. Si il est particulièrement froid et calme, et si c'est voulu, il faut insister à mort dessus, montrer le calcul, le recul, etc, parce que là on dirait des maladresses.
En plus j'ai l'impression qu'il est du genre tête brûlée et un peu taré (un autre cliché fantasy, d'ailleurs), donc ça aussi ça doit apparaître. On doit sentir qu'il aime le risque dans la manière dont il décrit les scènes, on doit sentir qu'il y prend plaisir. Là il est beaucoup trop neutre.
Ah, ça c'est bien, il sourit pendant les combats ! Ça, c'est cool, ça en dit sur sa personnalité, ça renforce le côté tête brûlée tarée. Voilà, c'est comme ça qu'il faut faire à mon avis ! Mais fais-en plus, vas-y à fond, ajoute des « c'est trop facile ! » ou je ne sais quoi :noel : Sur la fin, y a enfin un peu de personnel. Mais pas encore de vraie pause. En fait, je me suis plus attaché à Jenkins qu'au héros, c'est dire...:noel :

Donner un peu de consistance au héros est particulièrement important dans une scène où il est en danger. Ce type de scène fonctionne lorsque le lecteur se sent proche du héros, s'y attache, s'implique, et pour ça, pas le choix, faut bosser le personnage. C'est pourquoi j'aurais tendance à conseiller de commencer doucement pour que le lecteur aie le temps d'apprivoiser le protagoniste. Pas d'épées, de magie, toussa, tout de suite.
Raah ! Après lecture du second post, encore, et encore de la baston ! Ça c'est le meilleur moyen de perdre le lecteur. La baston n'a aucun intérêt sans contexte. Si je te décrit une bataille entre les ouglalglas et les zaboulous, ça ne te touchera pas, même si la bataille est très bien décrite... Faudrait que tu connaisse bien un des ouglaglas ou des zaboulous, que tu connaisse leurs motivations, leur situation... Sinon, t'es juste extérieur et tu t'emmerdes. Donc FAIS UNE PAUSE, nom de bleu ! Arrête toi de deux seconde pour un dialogue, un repas, un temps de voyage... Typiquement juste avant, y a une scène de félicitations par les villageois. Bah voilà, c'est ça l'occasion ! Vas-y, profites en pour développer le caractère de ton personnage, pour apporter de l'épaisseur à ton univers, pour inviter le lecteur dans ton monde ! Le in medias res ça marche, mais pas trop longtemps.

A propos : éviter le « placement de détails », du genre : « Ses yeux exorbités affichaient clairement le manque d’oxygène en ses poumons. » Les deux personnages le savent, visiblement. Le gars aurait sans doute juste dit « «'spèce de taré » ou un truc comme ça. Là on voit bien que ce détail est adressé au lecteur, ça briserait presque le 4ème mur...
Une autre manière de l'introduire, que je trouve plus fine, serait de le faire « penser » au protagoniste, qui revient sur son action, la regrette ou du moins en pèse le pour et le contre, avec le recul. En plus, ça serait une occasion de développer le personnage. Après, j'ai l'intuition que ton personnage n'est pas le champion du recul, si ?

« Le retour au QG fut, comme je l’avais préconisé, des plus longs. Il nous fallut à Jenkins et à moi quatre jours de chevauchée pour atteindre le premier point de ralliement, où devaient nous attendre deux golems façonnés par un autre Héritier du Temps. Ceux-ci partiraient vers le Kraken pour compresser l’âme du monstre marin dans un Croc spécialement prévu à cet effet. ». Aïe. Trop, trop de noms et de concepts inexpliqués. Le lecteur ne sait pas ce qu'est un croc -il en a une petite idée, mais bon -. Il sait pas ce qu'est un héritier du temps, les golems il sait pas trop à quoi ils ressemblent ni à quoi ils servent, ni qui ils servent... Je veux bien que tu fasses du « teasing » d'univers, mais là y a trop, trop d'un coup. Le lecteur, en lisant cette phrase, se dit juste « ouais, et alors ? ». à ce moment du récit, elle n'apporte rien. Ça rejoint ce que je disais plus haut : le lecteur est extérieur, tu ne l'invites pas assez. Et si il continue à se sentir con devant tant d'action dans laquelle il n'est pas impliqué, tu vas l'ennuyer.

Quelques maladresses stylistiques : y'en a pas mal à mon goût, je ferai pas de relevé détaillé, juste quelques conseils
1) Aller au plus simple : pas d'inversion de propositions, pas d'adjectifs superflus, pas d'adverbes superflus. Épure ton style jusqu'à le maîtriser, réduis le au nécessaire. Tu peux écrire avec simplicité sans perdre en beauté. Un mot qui n'ajoute rien n'a pas sa place dans un récit à mon sens. Chaque petit mot doit ajouter quelque chose, et avoir un rôle autre que juste « d'être là ». Je ne te demande pas d'écrire comme duras, juste de comprendre qu'un mot inutile alourdit et affaiblit ton récit.
2) Se référer au 1.
3) Se relire pour éviter les p'tites fautes d'ortho et de grammaire.
4) De petits problèmes de choix de mots... « préconisé » par exemple, dans la première phrase du deuxième poste, n'est pas à sa place. M'enfin ça fait partie de la relecture.
5) Lorsqu'on dit que quelque chose est « particulier » ou « singulier », il faut aussi dire en quoi. Généralement, ce sont des occasions de présenter ton univers sans mettre de gros sabots, alors profites-en.

TLDR : trop de baston. Trop d'action, trop de trucs visiblement importants qui se passent devant les yeux d'un lecteur perplexe. RALENTIS. Tout va trop vite, on passe d'une scène à l'autre sans aucune ancre à laquelle s'attacher. T'as visiblement bien réfléchi ton univers, mais vas-y lentement, ne le présente pas d'un coup.

Opinion subjective : en fait, l'univers me paraît cool, et je vais lire la suite parce que je veux donner une chance à l'histoire, qui, du peu qu'on en distingue, m'a l'air de promettre quelque chose de pas mal. Mais par contre, ces chapitres introductifs manquent d'impact, ils n'intègrent pas suffisamment le lecteur, qui se perd assez vite dans un rythme complètement effréné. Honnêtement, si je n'étais pas un commentateur de forum, j'aurais sans doute abandonné la lecture à la deuxième scène de baston d'affilée.

Purplecoat
Purplecoat
Niveau 6
11 octobre 2013 à 02:50:55

raah, zut, me suis pas relu. Le paragraphe "éviter les placements de détail" fait référence à la phrase : "- Tu sais pourtant qu’ils puisent dans tes ressources vitales pour diffuser leur énergie ! Es-tu fou ?! ". Mea culpa.

Scarytaupinet
Scarytaupinet
Niveau 10
13 octobre 2013 à 13:29:57

J'viens de tout lire (y compris l'avis de Purple) et j'suis plutôt d'accord avec lui pour le surplus d'action dès le début. Je te ferai pas un avis aussi long que le sien, j'ai un peu la flemme. Toujours est-il que ton style est bon, bien que parsemé d'images téléphonées, j'aime bien les personnages du héros et de son pote, ils sont pas mal foutus (bien que répondant à des schémas assez connus : héros tête brûlée balèze et son pote un peu moins fort qui contrebalance le côté téméraire du héros :d) sherlock holmes et dr watson) Ton univers m'attire pas mal non plus, il est bien amené je trouve.

Y a beaucoup de bonnes choses mais qui sont malgré tout un peu plombées par des stéréotypes par-ci par-là. Marque bien ton univers de ta patte, ne te laisse pas envahir par des clichés faciles

Au plaisir de lire la suite

Mana_1825
Mana_1825
Niveau 7
17 octobre 2013 à 21:19:18

J'aime beaucoup !

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