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[Nouvelle] Truth

ray-san
ray-san
Niveau 9
30 août 2013 à 18:09:50

Ca faisait longtemps que j'étais pas passé sur le forum (*hum hum*2 ans*hum hum*) donc ça fait plaisir de revenir et voir que c'est toujours aussi vivant :-)

J'ai tenté ici d'écrire en un minimum de page une vie "entière" en essayant d'éviter le côté bâclé,j'espère que ça vous plaira. Bon ben sur ce je vous laisse avec ce très court récit glauque.

« Je n’aurais jamais voulu dire cela un jour. Je déteste l’entendre. Mais je me souviens. Oui je me souviens de cette jeunesse, de cette maltraitance. Je n’existais pas, j’étais une fourmi. Même mes parents m’écrasaient. Je vivais quelque chose de grave et de douloureux, mais l’acceptais. Pourquoi ? Je ne m’en suis rendu compte que bien plus tard.

« Les hommes ont tendance à vouloir supprimer ce qui ne leur plaît pas, à effacer de leur mémoire les instants douloureux. Je ne peux les en blâmer. J’ai aussi eu recours à ce procédé à la mort de mes parents. Je devais démarrer une nouvelle vie, sans argent, sans souvenir, sans héritage. Je voulais oublier ce que j’étais, être quelqu’un d’autre. Mais une chose m’a poursuivie. Mon nom. Cela peut sembler anecdotique, mais c’est lorsque je l’ai entendu à nouveau, quelques années plus tard, que tous mes souvenirs enfouis au plus profond se sont réveillés.

« J’ai alors perdu la raison. A ce moment précis, je ne peux toujours pas dire si j’en étais heureuse ou malheureuse. Je venais de retrouver mon identité. Celle que j’avais voulu oublier. J’étais à nouveau moi-même. Mais à quel prix ! Tout est ressorti en bloc. Je crois que l’on disait que j’étais gentille, attentionnée, à l’écoute. Mais je ne me souvenais plus de ma nature humaine. De mon addiction et mon envie de la peur. Souvenir de mon amour pour la violence et de la violence de l’amour. Se déchaîner, devenir inarrêtable pendant ne serait-ce que quelques secondes fut pour moi comme une délivrance.

« Je suis redevenue qui j’étais auparavant. J’ai laissé exploser tout ce que j’avais vécu pendant ma jeunesse, toute cette souffrance, tout ce malheur. Était-ce un don ? Était-ce un maléfice ? Qui s’en soucie ? Certainement pas moi. Ou plutôt, certainement plus moi. Je ne pourrai pas dire ce qui s’est passé. Mes deux jambes ont dû être amputées et on m’a emmené. Je me souviens, oui, de ce médecin au regard qui se voulait chaleureux et qui me demandait si j’allais bien. Avec ce regard chaleureux ironique me traitant comme une gamine qui ne sait pas ce qu’elle a fait. C’était peut-être vrai, mais je n’accepte pas d’être traitée ainsi !

« C’est après avoir tenté de débrancher ce qui me retenait à la vie que l’on m’a fait déménager. Bien sûr je ne voulais pas mourir. Je voulais juste sortir de cet endroit blanc où la pureté n’a d’égal que les égos démesurés de ceux qui vous soignent, vous prenant pour des idiots. Et pourtant c’est bien moi que l’on traitait de folle en cachette. Pensaient-ils vraiment que je n’entendrais pas leurs chuchotements ? Je voulais sortir. Je voulais… Ah, bonne question, qu’est-ce que je voulais faire à l’extérieur ? Qui m’accepterait encore avec ma personnalité actuelle ? D’autres idiots qui allaient encore me tendre la main et me dire que si j’avais besoin de quelque chose je n’avais qu’à demander ? Non, je suis bien mieux ici. Personne ne me demande de l’aide et je n’en demande que rarement.

« Oui je suis cette fille dans sa chaise roulante qui se fait pousser par une jeune infirmière borgne. Avec cette espèce de cache, blanc, recouvrant son œil gauche. Était-il encore là cet œil ou y avait-il une simple orbite derrière ce bout de papier ? A vrai dire,je dis ça sans réel intérêt. Néanmoins le rouge écarlate de son autre œil me fascinait. Elle aussi avait sûrement été traitée comme un déchet et mise de côté. Pourtant c’était une très belle fille avec sa chevelure longue et noire, ses jambes fines, son visage doux et ses proportions parfaites. On l’avait sans doute vu comme quelqu’un de différent et sûrement jetée.

« Nous étions suivies par deux jumelles. Deux filles qui n’arboraient jamais d’expression et dont je n’avais jamais entendu les voix. Elles se ressemblaient vraiment comme deux gouttes d’eau. Les bras ballants dans leur robe blanche, elles pourchassaient la chaise dans laquelle j’étais assise. Je me demandais si on ne leur avait pas piqué leur âme. Elles ne semblaient pas méchantes, même si je ne pouvais pas réellement me faire une idée précise de qui elles étaient.

« Les couinements de ma chaise roulante étaient interrompus fréquemment par le bruit désagréable des roues sur le sol à l’endroit où les dalles, posées n’importe comment, ressortaient, ce qui créait, en plus, un espace difforme peu agréable. L’asile n’était pas entretenu et, laissé derrière, à l’abandon, tout comme nous du reste. Les faibles ampoules qui nous éclairaient ne produisaient presque pas suffisamment de lumière pour atteindre la partie basse des roues de ma chaise, je roulais sur les ténèbres. Mais nous le connaissions par cœur ce couloir. Il reliait nos cellules à la salle de repos où l’on allait passer nos journées à ne rien faire.

« Les portes marrons rouillées s’enchaînaient sur ma droite. Le temps les avait peu à peu détruites, mais elles étaient encore assez résistantes pour nous empêcher de sortir. Le petit trou au trois-quarts nous permettait cependant d’avoir de l’air, que nous considérions comme nouveau. Cependant les barreaux à la fenêtre nous enlevaient toute idée de liberté. Nous étions enfermées à tout jamais dans cette prison qui est censée nous aider à aller mieux.

« Les rats couinaient dans les canalisations au-dessus de nos têtes et sur les grilles qui nous servaient de plafond. Cela commençait à titiller le petit chat noir somnolant sur mes genoux. Cette créature encore jeune et pleine de vie dont le regard était empli d’amertume et de noirceur. L’envie de tuer les rongeurs prenait parfois le dessus et après des miaulements aigus et répétés, il se jetait sur les rats, les déchiquetant sous nos yeux passifs à l’idée de voir un être vivant mourir. Nous avions déjà dû vivre toutes cela dans cet établissement.

« Ma main me grattait, alors je la frottais. L’infirmière parlait aux deux jumelles sur un ton dépressif, tentant malgré tout de garder un contact direct. Personne ne voyait le sang s’écouler de ma main, que je commençais à déchirer à force de la râper avec mes ongles. Sûrement le personnel s’en fichait-il, tant que j’étais en vie. C’était le seul point important, ici. Garder les patients en vie, tout en faisant le strict minimum. Après tout, nous n’étions que des déchets de la société. Alors pourquoi s’embêter à nous fournir un service luxueux ? D’autant que cela ne collerait pas du tout avec l’image de l’asile.

« La chaise s’arrêta soudain devant une cellule. Mon chez moi, la 213. L’infirmière ouvrit la porte, qui émit un grincement strident plus fort que d’habitude. La borgne me regarda, un sourire au coin des lèvres. Lève-toi et marche. C’est bien ça qu’elle voulait me dire ironiquement. Je pris son sourire à la lettre et me mit à ramper sur le sol froid. La poussière entrait dans mes vêtements amples et s’accrochait au tissu blanc. La sensation de salissure, d’être une simple rature m’envahissait. J’ai finalement atteint le bord de mon lit, ai usé de la force de mes bras pour me hisser sur le matelas, aussi moelleux qu’une planche de bois, et me suis allongée.

« Et maintenant je vais tranquillement me laisser mourir en regardant le plafond, en négligeant le sang qui s’écoule de ma main. Je crois que je vais mourir avant de revoir la pluie ou le soleil et je pense que j’en suis heureuse. Avant de voir ce don, celui d’avoir véritablement existé ne serait-ce que quelques secondes, devenir une malédiction. N’essayez pas d’effacer qui vous êtes, vivez de vos erreurs. Il est temps pour moi de tout oublier, de redevenir ce que j’étais, c’est-à-dire rien. Et sans jamais avoir marqué personne, ni manqué à personne. Je serai certainement oubliée, mais ne serai pas déçue… Parce que la vie ne se résume pas à de simples souvenirs.»

Merci d'avoir lu :3

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