Ceci est une petite nouvelle, qui sera partagée en 2 . Voici la première partie. Je ne sais pas quand je posterai la seconde.
Mes amis les plus proches ne cessaient de me répéter : " Ecris avec le coeur André, ne te tourmente pas..." Mais comment ne pas être inquiet, désabusé dans une situation où l´on sent qu´elle est sans issue. Mon esprit, duquel jaillissait en d´autres temps de magnifiques histoires de dragons, de sorciers, de maraudeurs était aussi sec que les contrées du Sahara. Mon talent d´écrivain s´était donc envolé ? Je n´y voyais aucune cause... La crise de la trentaine ? Pas de femme, ni d´enfants ? Non ce n´était pas cela, je n´avais jamais voulu me marier ni avoir une famille, je me complaisais dans ma solitude, mon indépendance était la chose que je chérissais le plus au monde.
Depuis 1 an je n´avais plus rien rédigé, même pas un chapitre, ni même un scénario intéressant. Mes éditeurs, eux ne s´inquiétaient pas outre mesure, j´avais fait leur fortune. En 10 ans de métier, j´avais su me faire un nom dans ce milieu si fermé qu´est la conception d´une oeuvre d´art qui permet aux gens de s´évader de cette vie morose, terne, sans intérêt. Je n´avais écrit que trois romans -c´était une trilogie- mais j´étais célèbre dans le monde entier. Pourtant toute cette reconnaissance passait au second plan. J´aimais écrire, je n´aimais pas les gens qui lisaient mes écrits. Le plume était ma meilleure amie.
On me décrivait volontiers comme un personnage antipathique, sans aucune humanité, certains me désignaient même comme une créature qui n´éprouvait aucun sentiment. Mais si, j´étais bien un être humain, qui n´aimait pas la race humaine. Dès ma plus tendre enfance, les gens me voyaient comme un garçon perturbé. Mes parents m´amenèrent maintes fois chez le psychologue qui vit que je n´étais pas un garçon comme les autres. J´étais un type pas intégrable socialement, le suicide avait été une chose que je pouvais concevoir mais que je n´avais jamais planifié, pourtant ma vie avait été une succession d´échecs jusqu´à la parution de mon premier roman, mais se donner la mort n´était pas ce qu´il fallait faire.
Je ne dis pas qu´il faut vivre dans cette société, il faut juste survivre. Combien de personnes sont mal intentionnées dans ce monde ? Quel est le taux de criminalité dans ce monde ? Combien de fois vous-êtes vous fait agressé dans ce monde ? Sommes-nous réellement en sécurité dans ce monde ? Autant de questions auxquelles je répondais aisément, et je savais pertinemment que les autres personnes se les posaient également. Mais nos parents nous donnaient une attitude conformiste. Il faut aimer son prochain dit la Bible. Mais moi j´emmerde la Bible et tout son ramassis de bêtises. La tendance était à l´uniformisation de l´être humain, et je dérange. Pourquoi ? Tout simplement car je n´étais pas comme les autres. Heureusement je connaissais une poignée de gens comme moi qui haïssaient cette société de consommation, cette société immonde, qui n´admet que des gens vaniteux, intéressés, ces gens étaient mes seuls amis, mais je savais que c´étaient de vrais amis.
Mon dégoût de ce monde se traduisait dans mes ouvrages, qui étaient pour les enfants mais j´introduisais dans chaque roman mes idées, pour que la jeunesse ne devienne pas comme tout le monde. Bien sur personne n´avait jamais découvert cela, on prenait ce que j´écrivais au premier degré, les gens m´arrêtaient quelque fois dans la rue on me disant : « Belle bataille que vous nous avez narrée dans votre dernier livre ». Je les regardais avec une certaine pitié puis m´en allais en maudissant leur bêtise.
Mais là je n´arrivais plus à écrire. J´avais fait plusieurs voyages pour remédier à cette panne d´inspiration, en vain. J´étais de nature fataliste et me disais que je n´allais jamais plus pouvoir écrire. Mais cette situation ne pouvait plus durer et ce soir, le soir du 24 décembre, je rassemblai mes amis pour une réunion de crise. J´avais besoin de leurs conseils. Nous étions quatre, habillés sombrement. La scène était comique, on aurait pu nous confondre avec des agents secrets tant notre désir de rester dans l´anonymat était fort. Philippe, prit en premier la parole. Il était laid. Ce mot n´était pas trop fort pour le désigner, sa mâchoire était trop avancée, il avait perdu plusieurs dents et n´avait jamais pensé à s´en faire poser de nouvelles en silicone, un grain de beauté énorme était posé en plein milieu de sa joue, ses cheveux en brosse n´arrangeaient rien à son visage si affreux, son corps était squelettique, il avait du mal à bouger son épaule droite car à sa naissance on avait du lui souder deux os dans cette épaule... Et malgré cette disgrâce c´était un de mes meilleurs amis... Car c´était aussi un homme qui rejetait cette société, et qui en retour était également rejeté...
Il dit :
-Ecoute André, je te propose d´arrêter l´écriture, cela ne mène à rien, à part de te rendre plus triste.
Ces paroles me remplirent de colère. Comment pouvait-il proférer une telle énormité ? L´écriture c´est ma vie, sans cela je n´étais rien.
Après une heure de conversations intenses et souvent semées de discordes, je n´avais toujours pas résolu mon problème. C´est alors qu´Amédée prit la parole, et changea ma façon de voir les choses.
Fin de la première partie .