Voila une nouvelle dont j´ai écris le scénario et quelques paragraphes. Le texte a été écrit par Tama. Bonne lecture et merci pour les commentaires. ( toutes les fautes n´ont pas été corrigées et une version remaniée sera postée ce week end ) .
« Monsieur Sortona, enchanté ! » Me fait l’homme au crâne rasé en me tendant sa main squelettique. « Ravi que vous ayez accepté le contrat ! »
Ravi, ravi… Lui peut-être, mais moi, je le suis de moins en moins. Il m’a fait venir dans une maison isolée au bord d’un lac, de nuit, me menaçant d’annuler le contrat si je n’étais pas assez discret. Je parviens à bredouiller quelques mots, impressionné par l’élégance de cet homme, si froid, si hypnotisant, si élégant. Sa voix rauque, sèche… La mallette qu’il tenait dans sa main droite, ses mains si maigres…
« Moi aussi », lui répondé-je.
Mais je n’ai pas eu le temps d’en dire davantage… Les murs sombres de la maison se mettent à tourner autour de moi à une allure folle. Une morsure violente me frappe au ventre, le vrille et le tord comme une serpillière. De mon front coulent des rivières d’eau salée. Mes vêtements s’emplissent de sueur. J’ai de plus en plus la nausée et ça tourne de plus en plus vite autour de moi. Je vois l’homme maigre par flash, je vois des éclairs, puis je ne vois plus rien.
Je vais me réveiller, je vais revenir à ma réalité banale, à ma vie d’avant, c’est un cauchemar. Non, je n’ai passé aucun contrat. C’est un délire de jeune homme un peu ivre, sans doute…
Mais soudain je me réveille, aveuglé par une intense lumière blanche. Je suis dans une grande salle, toute blanche, froide, étendu amorphe dans un coin. Au centre, une table, et à une de ses extrémités, un homme enchaîné à un bloc de pierre blanche qui ne se débat pas, qui a l’air serein. Non, dites-moi que je dors encore, s’il vous plaît…
Pendu très haut au plafond, il y a une sorte de chronomètre géant, blanc lui aussi, ou plutôt un compteur... Il affiche « 2700 ».
Je me lève, esquisse quelques pas hasardeux en direction opposée à l’homme attaché. Soudain, on me saisit par l’épaule et on me fait faire volte-face. Je crois me retrouver en face de l’homme squelettique, mais je ne vois pas clairement son visage. Plusieurs autres voix se mettent à raisonner dans la pièce et hurlent doucement mon prénom « Mathias, Mathias, Mathias » comme une meute de loups affamés.
Soudain le type squelettique se rapproche de moi, claque dans ses mains pour faire cesser tous ces murmures et me siffle au visage : « On applique le contrat, commencez à jouer, Mathias »
Il me saisit par le bras et me traîne jusqu’à la table blanche, m’assoit de force dans un fauteuil en velours blanc, pose un jeu de dames sur la table. En face de moi, se trouve l’homme attaché à son bloc de pierre blanche.
« Commencez », m’ordonne le gars prisonnier.
Il m’a laissé les noirs. Je jouais beaucoup aux dames avec mon père quand j’étais jeune. Je connais plusieurs ouvertures, j’avais même fait un peu de compétition, je me sens donc plutôt bien armé. Je jette un coup d’œil furtif sur mon adversaire avant de jouer. Il a l’air sur de lui aussi, ça sera un adversaire à ma taille, ça sera une belle partie.
Mais qu’est-ce que je fais à jouer aux dames avec un homme attaché peu recommandable dans une grande pièce blanche, blanche comme dans un asile, sauf que les murs ne sont pas matelassés ?
L’homme joue à son tour, impassible. Je bouge mon pion en le fixant droit dans les yeux. Il a bien compris aussi tout le côté psychologique du jeu et reste maître de sa tranquillité.
Une dizaine de coups plus tard, je ne comprends plus rien ! Il a déjà deux pions d’avance sans que j’aie réussi à le contrer. Ses chaînes font des cliquetis à chaque fois qu’il bouge la main pour déplacer un pion, comme un petit roulement de tambour.
Maintenant il a une dame et trois pions d’avance. J’abandonne, je vais éviter le carnage sur le damier. Le compteur émet un petit bruit strident et affiche désormais « 2699 ».
« Rejouez », ordonne l’homme squelettique.
Je m’exécute. Je pousse mon pion avec fébrilité. L’excitation du jeu se métamorphose en anxiété, j’ai déjà perdu une partie…
« 2698 »
Je ne sais pas si c’est la fatalité ou la malchance, mais mon adversaire ne sait que gagner. Et moi je perds sans comprendre…
« 2651 »
Mon front est dégoulinant, mes mains tremblent comme deux feuilles mortes prêtes à se détacher de leur arbre, de leur patrie. Mes pieds s’ancrent dans le sol, j’aimerai bien m’y enfoncer et disparaître avant que le compteur n’affiche « zéro », car à ce moment-là… Je ne préfère pas y penser.
« 2356 »
Mon adversaire me jette des regards narquois et hautains. Je n’arrive pas à gagner… Que faire ? Je dévie mon regard pour balayer la pièce. Deux portes interpellent ma lâcheté. Ce n’est qu’un mauvais rêve, il faut que j’en sorte à tout prix, tout de suite ! Je bondis de mon siège pour courir comme un guépard fou vers une de ces portes. L’œil rivé sur ma cible, je me prépare à l’assaut final. Je saute sur la poignée, la tourne et tire violemment. Peine perdue. L’immense issue de secours n’en était pas une… Fermée à toutes mes plaintes et supplications, elle ne bougera jamais. Je ne peux y échapper. A genoux face à cet obstacle divin, je pleure ma peur et mon angoisse. Soudain, une main glacée se pose sur mon épaule gauche.
« Il suffit de jouer afin de mettre fin à cela. Sans jeu, pas d’issue. Sans jeu, pas de fin. Vous devez finir ! C’est votre choix, Mathias ! »
Je reste sur place, en pleurs, déchiré, tirant désespérément sur la poignée dorée dans un espoir vain… Mais brusquement, une pensée me traverse l’esprit ! Je me lève, renverse l’homme au crâne rasé qui m’adresse un grand sourire, cours vers l’autre porte, crachant mes poumons, filant. Je la frappe de toutes mes forces, je la secoue de toute mon âme et de tout mon corps. Rien à faire. Le piège est là, bien installé. Je m’effondre sur le sol, n’attendant plus aucun secours ni espoir, tremblant et sanglotant…
« Mathias, ah Mathias ! Votre contrat ? Il faut le finir. Le contrat fini, vous sortirez et tout cela sera fini. Le contrat, Mathias, oui ! »
La voix de cet homme squelettique résonne dans ma tête d’une manière infernale. Mes oreilles me font horriblement mal et je pose mes mains en vain dessus pour contrer la douleur. Mais ses mots s’insinuent sans fin dans mon esprit : « Le contrat ! Le contrat Mathias ! Oui, vous l’avez lu et signé ! Donc accepté ! Le contrat ! ».
Ma vision se trouble, le visage de l’homme vole dans tous les sens comme un vulgaire insecte. Mon environnement s’estompe dans des couleurs pastel, plus aucun son ne vient déranger mon âme. Ma raison se perd lentement, je ne sens plus mes membres, rien, le vide.
Mes yeux se rouvrent enfin et j’aperçois en face de moi le prisonnier qui me guette. Je regarde autour de moi, inquiet, mais ma vue est encore floue. Il me lance :
« Vous avez les blancs, commencez ! »
Je continue de jouer, toujours et encore. Inlassablement, avec l’espoir de l’avoir à l’usure. J’essaie toutes les stratégies possibles et utopiques, je me donne à fond. Il faut en finir. Depuis combien de temps suis-je ici ? Je ne saurais pas répondre. Je regarde ma montre à quartz en relevant ma chemise blanche. Elle est bloquée sur l’heure à laquelle je me suis évanoui la première fois. Une sueur froide m’envahit, que faut-il en déduire ? Non, ce n’est qu’une simple coïncidence, n’est-ce pas ? Mais cette montre n’est jamais tombée en panne ! Ne plus penser à cela et jouer, voila à quoi je dois penser maintenant et ne plus m’égarer !
« 95 »
Je vacille, manque de m’évanouir, tant je me sens fatigué, vidé.
« Puis-je signer à nouveau le contrat ? demandé-je subitement.
-Non, répondit impassiblement l’homme maigre.
-Par pitié, je promets d’être meilleur cette fois ! supplié-je, moitié criant, moitié suffocant, hoquetant.
-Non.
-Vous avez peur que cette fois je le batte ? crié-je.
-Non.
-Il a triché ! hurlé-je.
-Non. »
Il ne savait dire que « non » et « rejouez », il allait me rendre dingue ! Je bondis de mon fauteuil, me tourne vers l’homme squelettique et lui crache au visage :
« Ce n’était pas précisé dans le contrat que je me retrouverais face à un expert des dames, un champion international !
-En effet, répond-t-il, rien ne nous empêchait de faire cela…
-Ce n’est pas très juste, crié-je. D’où vient-il ? De quel pays ?
-Je suis le champion du jeu de dames, Mathias », souffle le joueur de dame, toujours assis, calme, en face de moi, sans se préoccuper de ses chaînes et des marques qu’elles faisaient à ses poignets.
Où l’avaient-ils déniché ? Ils l’avaient dopé ou quoi ?
« Jusqu’à quelle heure dois-je rester ? demandé-je d’un ton plus calme.
-Jusqu’à la fin du contrat.
-Mais quelle heure est-il ?
-La notion de temps est absurde ici, Mathias, répond mon adversaire. Rejouez, nous avons encore 95 parties à faire. »
Je me rassois, déplace un pion. L’homme enchaîné reste inflexible, calme. Moi je commence à devenir résigné et fataliste. Mon cœur bat si vite que je crois bien qu’il va transpercer ma poitrine d’un instant à l’autre, sortir de mes entrailles et courir vers la sortie. La sortie. De l’autre côté, il n’y a pas de jeu de dame, pas de joueur invincible, pas de perdant paniqué par son sort, pas de gars squelettique au crâne rasé à côté de vous qui vous surveille de près…
« 12 »
La situation reste obstinément la même. Il gagne avec une facilité incroyable et moi il ne me reste que douze parties pour faire mes preuves.
« 6 »
Mon adversaire laisse enfin transparaître son contentement, il me sourit, l’air narquois, sûr de lui. Je l’aurais ! Il ne faut jamais être trop sûr de soi, même quand on est un champion des dames…
« 1 »
J’ai deux pions de plus ! Il a craqué. Je dois saisir ma chance. Mais soudain, il me prend un pion sans que je m’en aperçoive. Aller, j’ai encore un pion d’avance ! Il étouffe un petit rire quand je déplace mon pion vers le bord du damier. Deux coups plus tard, il se retrouve avec… un pion d’avance. Puis une dame. Et je perds à nouveau.
« 0 »
Je saisis le damier et le fracasse par terre. Il se brise en mille morceaux, mille morceaux comme ces milliers de parties perdues. Je bondis de mon fauteuil, cours vers mon adversaire en hurlant, le saisit à la gorge, mais aussitôt une puissante convulsion me fracasse contre le sol. Derrière moi, j’entends le champion des dames rire de toutes ses forces, j’entends ses chaînes danser sur le marbre.
Je me mets à pleurer, à hoqueter, à trépigner, à me cogner la tête contre le sol blanc, à saisir mes cheveux à pleines mains et à tenter de me les arracher. Je vais faire sortir mon cerveau, cet imbécile, qui n’a pas réussi à gagner une partie sur des milliers. Mon cœur bat si vite qu’il ne se remplit presque plus, il bourdonne comme une abeille qui va s’envoler. Je veux partir, revoir mon studio miteux et les araignées qui vont avec. Je veux encore emmerder les voisins en mettant la radio à fond. Je veux profiter de ma vie pourrie et même aller draguer quelques filles, pourquoi pas, ou des mecs… Je veux aller voguer sur un bateau, plonger dans l’eau et me noyer seul, couler à pic, me faire dévorer par des poissons, savoir que je gis à côté d’une épave, dans une eau à cinq degrés.
Mais l’homme squelettique me ramène à la réalité. Enfin, réalité… A mon sort. Il m’énonce lentement et distinctement les termes du contrat :
« Je choisis de jouer au jeu de dames chaque semaine de mon existence contre le possible gain de l’immortalité si je gagne une seule de ces parties, avec les règles internationales en vigueur. Si je ne gagne aucune partie, alors je vais en Enfer. Signé Mathias Sortona. »
Tu me l´as déja faite lire, il y a juste la fin d´inédite pour moi . Comme je te l´ai déja dit j´ai bien aimé, la chute est surprenante
Une petite faute dans la dernière partie, sinon le texte est bien aéré, la longueur honorable, l´idée bonne, du bon boulot ![]()
Génial, franchement, bon ya une ou 2 fautes par ci mais on s´en fout, mais pk tu dis que c´est une chute surprenante Clarence?? Je me doutais bien qu´il allait perdre, je savais pas qu´il irait en Enfer mais jme doutais que ce serait pas un bouquet de fleurs qu´on lui donnerait...
Remarquable ! Epatant ! Surprenant ! Eloquent ! Et tous les autres synonymes !
![]()
Ostramus Posté le 15 février 2005 à 21:25:54
Remarquable ! Epatant ! Surprenant ! Eloquent ! Et tous les autres synonymes !
Je ne trouve rien d´autre à ajouter, il a tout dit!!
mdr, merci, merci ; o)
pas facile d´ecrire à 2 ! !! mais c marrant qd mm :p
je pourrais pas t´aider pr la correction ce WE, petit nanar, alors bon courage :p
bravo à toi aussi Tama pour avoir écrit en co-écriture ^^ cette très bonne nouvelle ![]()
fo dire que écrire avec elnanar, c´est pas dur, vous le vénérez ici, c´est dingue, mdr ! !! :p
mais c´est un tyran, en réalité
lol !
oui je sais, j´essaye d´écrire un truc avec lui, mais il n´est pas aussi fainéant que je le croyais, c´est le premier à avoir terminé sa partie
Comment vous etes vous partagé le boulot . ?
il m´a envoyé le scénario ( écrit en chinois
et je me suis débrouillée pr écrire un truc d´une traite à 2h du mat :D, il a modifié à nouveau des trucs, rajouté qq paragraphes et après ben... il doit remodifider les derniers trucs ce WE
il était bien impatient qd je disais que je pouvais relire que ds qq jours, rhaaaaaaa ! !!
up
Pas mal, mais j´ai déjà vu cette idée quelque part hélas^^
Enfin, c´est sympa, plutôt bien écrit malgré quelques fautes qui gènent un peu et enlèvent du plaisir, et l´idée reste amusante. De plus, ça ne devait pas être facile à deux!
j´ai bien aimé !
ce jeu de dames qui signifie l´immortalité ou l´enfer . .. les sentiments du mec qui sait qu´il va predre mais qui doit continuer . ..
C´est immersif au possible, on s´y croirait, bravo ! ![]()
up
Elnanar ? Le Mathias que l´on voit là est-il le même Mathis que dans la fic mon amie la haine ?
Non.
up
Franchement, Elnanar, j´espère avoir ton talent dans le upage de fiction. Tu le fais toujours avec une discrétion et une éfficacité que s´en est subjuguant. ![]()
euh là il up un peu dans le vide quand même ![]()