Bonjour ; j'ai écrit ça comme ça ; c'est une scène de guerre ; il n'y a pas d'indications de lieux ou d'époque car c'est dans un univers fictif avec des fusils, mais aussi des armures ; bref, bonne lecture.
Le prince, sans attendre les ordres, se porta en avant, animé par un mouvement de bravoure qui lui valu d'être suivit par tout le régiment ; les hommes, reprenant espoir, courraient à ses côtés, la baïonnette au canon ; un jeune officier avait repris l'étendard rouge et or et, malgré son poids, refusait les aides proposés de toutes part par les soldats. Les balles pleuvaient, tantôt ricochant sur les cuirasses, tantôt les pénétrant ; les cadavres se firent rapidement plus nombreux et une odeur de poudre, mêlée à la puanteur des excréments, et à celle de la mort, envahit bientôt le champ de bataille ; mais B. s'en souciait fort peu ; il continuait les gourmandes, et tous étaient derrière lui, comme si l'idée de la déroute, malgré le terrible carnage, ne se présentât pas la moindre fois à leurs yeux. Bien plus, d'autres forces les rejoignirent, dont celles du jeune T., qui sortait d'un bois, à main gauche des troupes du prince ; la clameur se fit plus forte ; mais la distance les séparant de leur ennemis devint si faible qu'un flot de mitrailles fut tiré ; ce fut un charnier ; l'un, le bras droit déchiqueté, suppliait la mort de venir le chercher pendant qu'un autre pressait ses mains sales contre son estomac pour éviter que ses entrailles ne se déversassent. Par chance, ni B. ni T. n'avait été blessé ; leurs hommes encore debout se ruèrent sur les artilleurs, et un corps à corps violent s'engagea ; les servants tentaient vainement d'écarter leurs adversaires avec leurs refouloirs, qu'ils agitaient en reculant, abandonnant leurs pièces. Cela sonna comme une victoire pour les alliés ; mais celle-ci fut de courte durée car, derrière, arriva un régiment ennemi ; une série de salves fut tirée de chaque bord, mais les alliés, fatigués, inférieurs en nombre, finirent par céder du terrain. "Nous sommes perdu !", "Chacun pour sois !", "Partons !" : telles étaient les brides de phrases prononcées par les hommes. Ils se mirent à tirer en l'air et à abandonner leurs armes, fuyant et se cachant dans des massifs situés à proximité. Ce fut un bien triste spectacle pour B., qui, l'épée à la main, tentait de rassembler ses forces ; hélas, le grégarisme finit par avoir le dessus sur sa raison et, sans qu'il en eût pleinement conscience, ses jambes finirent par le porter en arrière ; un mouvement indescriptible de terreur l'envahissait. Il se sentait redevenu un animal primitif, luttant pour sa survit et rejetant, à ce moment, la notion humaine qu'était l'honneur ; il en avait cure. soudain, une violente explosion se produisit : la terre se souleva, charriant décombres et corps, et le faisant chanceler dans la boue et sang - celui des autres et le sien ; il tenta de se relever, méprisant la forte douleur qu'il sentait au niveau de son genoux ; il parvint à marcher quelques mètres, puis s'effondra ; T. passa alors devant lui ; le prince l'appela et le supplia de lui porter secours ; T., s'arrêtant, le considéra ; il parut hésiter, jusqu'à ce qu'un obus frappa proche de lui ; alors son visages blêmit et il détala, abandonnant à son sort son camarade. B. n'en pouvait plus ; il rampait sur le sol infect, sanglant et pleurant ; un nouveau projectile éclata à proximité, l'ensevelissant à demi. Entre les cris, la douleur, la puanteur et la mort; il n'en pouvait plus ; son esprit lutta encore quelque peu, mais une chape d'ombre finie par voiler ses yeux.