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Histoire II

Yukumo
Yukumo
Niveau 5
13 juin 2013 à 04:33:50

Plop.

Une petite nouvelle, écrite en cinq parties, le temps d'une parès-midi. Pas de relecture, parce que je suis un feignant. Bisous !

I.

L’Histoire.
L’Histoire est-elle indépendante de notre volonté ? Forge-t-elle les héros dont elle a besoin, ou sont-ce ces héros qui forgent l’Histoire ? L’Humanité entière était-elle condamnée à suivre un schéma tout tracé, à évoluer de la façon dont elle a évolué ?
On sait que l’esprit humain est le même pour tout le monde, mais que notre culture peut modifier notre personnalité. On pourrait donc supposer que l’Histoire devrait évoluer en fonction des gens qui la font ; que ces gens ne seraient que le produit d’une culture ; et donc, que si les cultures sont différentes, les gens seront différents. Alors, l’Histoire dépend des cultures formées.
Mais le « fond » humain est le même : les cultures sont-elles elles-mêmes déterminées à l’avance, par la façon dont nous sommes faits ?

Le clonage a évolué. Il a même explosé. Avec lui, les mentalités ont changé. L’éthique n’est plus la même ; le bien n’est plus nécessairement ce qu’il était. On a su recréer la vie biologique, dans ses moindres détails, et quelque soit la forme de vie ; on suppose cependant qu’on n’a pas pu créer pour autant l’âme. L’Homme aime croire à sa supériorité. Plus il avance, plus il se prend pour Dieu. Il a crée la vie, comme Il l’a fait avant. Le problème qui s’est alors posé est le suivant : les Hommes ont-ils su implanter une âme dans leur clone ? Si oui, alors les clones étaient nos égaux, et nous perdions notre supériorité face à des constructions. En revanche, nous devenions par la-même les égaux de Dieu. Si non, alors nous restions, comme nous l’avions toujours été, des êtres inférieurs à Dieu, mais supérieur aux clones. Bon fond de commerce pour les philosophes.
On argua à droite et à gauche que, de toute façon, Dieu n’existait pas. Sottise. Il existe. Sous forme d’image, du moins. Lorsqu’on se compare à Dieu, on ne se compare pas à un être, mais à un idéal. Ceux qui vous diront qu’on ne peut être inférieurs à quelque chose qui n’existe pas n’ont rien compris.
On décida finalement que les clones n’étaient que des constructions. Mouvements de foule. Associations pour. Associations contre. Peu importe, au final : la loi est passée. Mais face aux massacres qui s’en sont suivis, l’Etat a du se rétracter. Nuancer la loi, essayer de contenter tout le monde.
Les clones sont aujourd’hui divisés en deux catégories. Les alphas et les bêtas. Les alphas sont des êtres qui nous sont égaux. Ils vivent de la même façon que nous, mais « naissent » à l’âge de vingt ans. Ils sont formés, éduqués, mais peuvent évoluer. Ils ont un esprit vif ou lent, ils sont beaux ou moches. Il y a plusieurs types de clones. Ils sont nos égaux. Ils travaillent, fument, boivent, baisent, font des gosses, s’insèrent parfaitement dans la société. On ne peut les réduire à l’esclavage. On a du, pour eux, rajouter quelques clauses dans la déclaration des droits de l’Homme.
Les bêtas sont génétiquement modifiés pour être incapables de penser. Ce sont des animaux, formés comme des humains. On les place dans des parcs à clones. Ils servent au don d’organes, ou aux expériences. Je vous passe les détails. Pire qu’avec les animaux. Mais on l’accepte : je vous l’ai dit, les mentalités ont changé.

La Terre est la capitale du système solaire. C’est la planète de loin la plus développée, et, malgré ce qu’on a pu penser du réchauffement climatique, elle est aujourd’hui la plus vivable. L’air est pur, et ne nécessite que peu de traitements ; l’eau continue d’abonder ; les arbres poussent ; beaucoup d’animaux y vivent. Centre économique du système solaire, mais aussi centre politique. Sur Terre se jouent les combats de l’ombre pour l’enjeu de la galaxie. Chaque décision importante est prise sur un des continents de la planète.

Le clonage n’est pas la seule science à avoir évolué ; en vérité, toutes les sciences ont fait un bond phénoménal. Les changements ont tous été radicalement plus importants que lors de deux premières révolutions industrielles ; et la population s’en est trouvée marquée. On peut justifier le changement de mentalité dont nous parlions tout à l’heure ainsi, je pense. On savait déjà à quel point l’Univers était immense ; mais cela n’atteignait réellement pas notre esprit. Le fait d’avoir commencé à le coloniser, nous le fait percevoir un peu plus, à chaque fois qu’un homme pose le pied sur une nouvelle planète. L’Homme prend de plus en plus conscience qu’il n’est rien ; et il continue à garder son dédain, son autosuffisance. Il veut montrer à l’Univers qu’il est le meilleur. Mais à qui le montrer ? Peu importe. Il faut le montrer. Alors, on essaie d’être le plus productif, le plus efficace possible. Et le monde accélère, encore et encore. Et finalement, ce qui est bien n’est plus ce qui est moral, mais ce qui permet d’avancer plus vite ; et si pour cela, on doit cloner des gens pour les sacrifier à la science, qu’il en soit ainsi. Peut-être est-ce aussi une forme de peur. La peur de rencontrer une autre forme de vie intelligente, plus puissante que nous. On cherche, par anticipation, à la dépasser.

Yukumo
Yukumo
Niveau 5
13 juin 2013 à 04:34:19

II.

Quatorze chercheurs, menés par le docteur Thomas Hook. L’expérience est secrète, et doit rester secrète. Tous ici sont maintenus par un serment, censé garantir leur silence. Ils savent qu’ils ne peuvent le trahir. Ceux qui les ont engagés sont puissants. Suffisamment puissant pour que nul lieu ne soit plus sûr dans tout le système solaire, et au-delà, s’ils venaient à trahir leur parole.
L’expérience se déroule dans l’un des plus gros bâtiments du monde, le CRC, le Centre des Recherches sur le Clonage. Le CRC n’est certainement pas un institut secret ; mais personne n’est au courant de tout ce qu’il s’y déroule. Ce qui est publié, les découvertes nouvellement faites, ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Des recherches bien plus importantes et bien plus cruciales se font dans le plus grand secret, et les résultats ne sont, dans la plupart des cas, jamais dévoilés.
Si la notion de bien et de mal est aujourd’hui différente de ce qu’elle a pu être, il n’en existe pas moins une morale certaine. Si l’opinion publique apprenait que des expériences sont menées sur des êtres humains et sur des clones alphas, elle s’agiterait, jusqu’à ce que de nombreuses têtes tombent ; et les têtes qui, si l’opinion publique apprenait tout ça, devraient tomber, ne voulaient pas tomber.

L’équipe du Dr Thomas Hook devait effectuer des recherches sur l’esprit humain. Et de telles recherches sur des clones bêtas ne pouvaient être envisagées, puisque ces clones avaient été défaits de tout esprit humain. Il fallait donc utiliser ou des clones, ou des Hommes, et on opta pour les clones, car ils étaient présents en plus grande quantité, et qu’ils étaient parfaits pour ce genre d’expérience.
On créa alors plus de vingt milles clones, tous différents, mais à une échelle microscopique. On créa ensuite des répliques exactes de chacune des planètes du système solaire, et de leur satellite, et du soleil, et on les plaça dans une boîte en plexiglas. Sur la réplique de la Terre, que l’on baptisa Terre II – ce qui était ridicule : cette expérience n’était certainement pas la première à faire intervenir des répliques de la Terre, et le nom de Terre II était couramment employé dans ces cas-là -, on installe les vingt milles clones, dépourvus de souvenir. On constitua une réplique de la faune et de la flore de notre planète, mais à une époque éloignée. Puis on lança la machine, reliée à la boîte de plexiglas.

Les planètes se mirent à tourner, autour du soleil, à une vitesse affolante. Un nuage noir se créa autour d’elle, qui était la réplique exacte de l’espace vu depuis la Terre.

Le Dr Thomas Hook regarda avec satisfaction les planètes danser, si vite qu’elles semblaient laisser dans leur sillage une trainée colorée. Si elles allaient si vite, c’était que le temps, à l’intérieur de la boîte de plexiglas, avait été considérablement accéléré. Une seconde dans le laboratoire correspondait à une année dans la boîte. On cherchait à voir comment les clones pouvaient évoluer en l’espace de 2,9 millions d’années, soit un peu plus d’un mois de laboratoire. Chaque innovation, chaque découverte, serait soigneusement notée et consignée, puis on effectuerait des parallèles avec la véritable histoire de l’humanité. Pour que l’expérience soit le plus juste possible, on avait atrophié certaines parties du cerveau des clones, pour qu’ils correspondent aux premiers hommes. Physiquement, on les avait aussi modifiés, à partir de l’ADN récupéré sur les squelettes de la Préhistoire.

L’Histoire II commençait.

Yukumo
Yukumo
Niveau 5
13 juin 2013 à 04:35:27

Ne postez pas d'insultes, évitez les majuscules, faites une recherche avant de poster pour voir si la question n'a pas déjà été posée...

Tout message d'incitation au piratage est strictement interdit et sera puni d'un banDans les années 1400 après JC II, le monde connut une véritable révolution industrielle, basée sur le charbon, puis une seconde, deux cents ans plus tard, basée sur l’électricité. A partir de là, le schéma de Histoire II reprit le cours de celui d’Histoire I. On était alors en 1700 après JC II, ce qui correspondrait à 1800 dans Histoire I. Les royaumes furent reversés en Europe et en Amérique, et le peuple prit le pouvoir un peu partout. La démocratie naquit, ou renaquit. Les scientifiques notèrent que ces révolutions se firent près de cents ans plus tard que ce qui était prévu : si Histoire II était en avance sur bien des points, sur celui-ci, elle était en retard. La Chine se coupa un peu plus du monde. L’Afrique était toujours sous domination européenne, l’Océanie sous domination chinoise, et le reste de l’Asie n’interférait pas dans les affaires du monde.
Chaque pays se préoccupa plus de lui-même que des autres, jusqu'à ce que, dans les années 1900 après JC II, donc toujours avec un siècle de retard, on connut les deux mêmes guerres mondiales que dans Histoire I. On connut l’horreur du nazisme, et la naissance de l’ONU ; la bombe atomique, et une nouvelle forme de guerre froide, mais qui opposa l’Amérique du Nord – Les Etats-Unis ne firent jamais leur apparition – à la Chine, et non pas à l’URSS ; et la bipolarisation du monde céda sa place à la mondialisation, puis finalement, à une nation mondiale. La course à l’espace démarra, la pollution devint un facteur de peur. Internet fit son apparition, et la télévision. On se retrouva avec des inventions, des innovations nombreuses et diverses, mais qui ressemblaient à celles d’Histoire I. Elles n’apparaissaient pas dans le même ordre, mais apparaissaient tout de même.
Et puis, petit à petit, on vit Histoire II rattraper Histoire I, petit à petit. La colonisation des planètes du système solaire. Le clonage. La Terre II devint le centre du système solaire.

La question que se posaient les scientifiques était la suivante : fallait-il laisser tourner la machine ?
Il était à présent évident pour eux qu’Histoire II et Histoire I étaient les mêmes, à quelques différences près. Et qui ce qui se passerait dans Histoire II avait de grande chance de se produire dans Histoire I. Mais cela n’était pas une science certaine : il y avait trop de différence entre les deux pour qu’on puisse prédire l’avenir avec certitude.
L’expérience était toutefois concluante. C’était l’Histoire qui forgeait ses héros, et pas les héros qui forgeaient l’Histoire. Eux-mêmes, ces scientifiques, prirent conscience qu’ils n’étaient que les produits d’une force qui les dépassait considérablement. Ils se sentirent un peu déprimés. Ils venaient de faire une grande découverte, qui répondait à une des questions existentielles des Hommes. Mais cela n’était finalement pas leur dû : quelqu’un l’aurait forcément découvert, que ce soit eux ou pas. Les seules choses qu’ils s’étaient contentées de faire, c’était de naître au bon moment, et au bon endroit.
Une des scientifiques lança à la cantonade : « Allons, ne déprimez pas. Certes, nous sommes nés au bon moment, au bon endroit, mais nous nous sommes battus pour arriver à ce à quoi nous sommes arrivés. Quelqu’un l’aurait forcément découvert, mais nous nous sommes débrouillés pour être les premiers ».

Et ces paroles réconfortèrent quelques peu les scientifiques.

Seul le Dr Thomas Hook n’écoutait pas. Il continuait d’observer la Terre, qui tournait à une vitesse moindre. En analysant plus en détail ce qu’il pouvait voir, il découvrit à la surface de la planète un bâtiment, et, à l’intérieur du bâtiment, il surprit des Hommes, construisant un système solaire miniature, et y plaçant des milliers de petits clones.
Paniqué, il recula d’un pas.

Si son raisonnement était juste, il venait de découvrir quelque chose d’encore plus grand, quelque chose d’encore plus puissant que ce qu’ils avaient imaginé. En courant, il sortir du laboratoire, pour la première fois depuis un mois, et se dirigea vers le bureau du directeur du laboratoire.
nissement.

Yukumo
Yukumo
Niveau 5
13 juin 2013 à 04:35:54

IV.

En sortant, les rayons du soleil l’aveuglèrent. Il venait de sortir dans un petit jardin intérieur du CRC, où poussait un pommier, et ou se trouvait un banc. Il ralentit son pas de course, et profita des quelques rayons du soleil.
Il décida finalement de ne pas aller voir le directeur tout de suite. Il préféra savourer ce moment. Il ramassa une pomme sur le pommier, et s’assit sur le banc, le nez levé vers le ciel.

Il sourit, narquois, et lança un salut de la main en direction des étoiles.

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