Cette histoire prend place dans un univers fictif et futuriste, correspondant selon l'analyse de Nikolaï Kardashev à une civilisation de type III, où la Voie Lactée est entièrement colonisée. L'intrigue, qui se divise autours de plusieurs personnages humains ou robotiques sur diverses planètes, tend à retranscrire la situation d'un univers en proie aux Guerres Doctrinales, alors que la Paix des Créateurs n'est plus qu'un lointain souvenir.
Bonne lecture à tous.
Hyper-Insomnia
I
L'immense structure avait la forme d'un cylindre aux dimensions inédites, divisé en six panneaux de près de trois kilomètres de longs et larges de plusieurs centaines de mètres. Faiblement éclairées, les surfaces d'habitations - ou tranches « terres » - paraissaient quasiment à l'abandon, bien que son collecteur Bussard soit encore en activité. Ses voiles magnétiques, à l'allure archaïque des premiers modèles standardisés par l'entreprise Solar étaient troué par endroit mais encore utilisables : elles crépitaient par intermittences sous le flot d'énergie qu'elles captaient inlassablement. Le Gisei Misa était intact.
Plus légère et rapide, une navette longeait la surface froide du cylindre O'Neill en veillant à conserver ses distances avec les champs magnétiques de ce dernier. Frappés du nom laconique de « Shisen », ses flancs chromés obéissaient aux codes couleurs universels indiquant sa qualité de vaisseau civil et scientifique. Il évoluait de manière agile, quasi-téméraire, dans le mince champ de débris dérivant autour du Gisei Misa, et se rapprochait de la base du cylindre, le seul segment de la structure émettant encore un signal actif. D'un geste, son capitaine indiqua la manœuvre à suivre : Ils pénétreraient dans les baies d'embarquement encore ouvertes, après quoi pourraient-ils s'infiltrer plus avant dans la mégastructure, équipés des combinaisons adéquates. Vêtu d'une gabardine grise, l'officier était à la tête d'un commando réduit de trois hommes habillés de la livrée argenté des mercenaires de Lunum. Ses cheveux tirés en arrière, étaient retenu par un ruban de jais et son visage glabre lui conférait l'allure d'un homme respectant sa dignité d'officier : Il sentait l'orange et le sucre. Il était pourtant un androïde de série hansha - reflet, dans la langue de ses créateurs antiques - l'un des modèles les plus abouties, tout comme ses camarades de mercenariat.
Alors que son vaisseau s'immobilisait sur le tarmac du Gisei Misa, il rappela calmement les consignes à ses hommes : la cible était un dénommé Juri Lienhart, un civil plongé dans en biostase depuis le départ de l'arche depuis les chantiers navals de Horizon. Il n'avait aucune raison de s'opposer à l'action du commando, mais devrait dans le cas échéant être bien traité. Les mercenaires de Lunum répondirent par l'affirmative et, après avoir enfilé leur combinaison, se déployèrent en bon ordre à l'extérieur du Shisen.
L'officier avait été prévenu par ses supérieurs : Le Gisei Misa avait passé du temps dans l'espace, trop de temps. Ses fonctions s'étaient détérioré, l'alimentation était discontinue et de mauvaise qualité. Certaines portions de boucliers avaient cédé, laissant exposer des sections entières du cylindre O'Neill aux pluies de météores, heureusement rares dans cette partie de l'espace. Enfin, plusieurs segments entiers de la structure ne recevait plus d'oxygène depuis des mois. Un drame s'était noué dans les entrailles du vaisseau.
Pourtant, le tarmac était en bon état, ou plutôt, étonnamment vide, alors qu'il aurait dû être encombré de divers chargements, de réserves de nourriture ou de pièces mécaniques de rechange. L'assistance stratégique de l'officier lui apporta la clé de l'énigme : Les champs de confinement avait cessé d'être alimenté par les centres nodaux du Gisei Misa, et son précieux chargement s'était répandu dans l'espace. Les baies paraissaient énormes aux yeux de l'officier, écrasantes, même, et ses hommes, ridiculement petits dans ce désert de chrome, étaient probablement envahit du même malaise.
Pourtant, c'est bel et bien le confinement, voir la promiscuité des corridors qui désarçonna le plus l'officier de Lunum. Comment imaginer que ses couloirs froids, recouverts d'une tuyauterie archaïque, avaient un jour été parcouru par des humains en bonne santé, alors qu'ils ne lui évoquaient à lui que les entrailles sinistres d'un monstre mécanique de rouages grondants ?
Alors que se refermaient derrière lui les portes blindées séparant la section de vie des hangars du Gisei Misa, il interrogea son assistance stratégique et, constatant que la section était oxygéné, retira son masque respiratoire. Evidemment, son organisme synthétique lui aurait permit d'évoluer dans l'ensemble du complexe sans prendre de précautions aucunes, mais cette tradition qui voulait que les androïdes se comportâtes en permanence comme leurs créateurs était toujours très présente dans les mentalités de Lunum. C'était là les restes vieillissants de la morale orthodoxe des premiers constructeurs et l'officier la considérait avec bienveillance, malgré le temps passé depuis la disparition de ces derniers.
Le commando progressa ainsi le long de plusieurs dizaines de mètres de couloirs, dans le calme et la discipline. Plusieurs fois, ils rencontrèrent des sections endommagés et durent déterminer un itinéraire alternatif pour éviter les couloirs effondrés et autres corridors vétustes. L'objectif, un large tore interne renfermant plusieurs milliers d'humains biostasés, n'était plus très loin.
Enfin, l'officier et ses hommes pénétrèrent dans ce complexe. Malgré les protocoles, qui faisaient du centre de biostase le point-clé du vaisseau - et donc, le récipiendaire prioritaire de l'alimentation en cas de défaillance - il était en mauvais état. Des larges murs, couvert de sarcophages de nacre, pendaient les dépouilles de plusieurs hommes, sans doute éveillés lorsque leurs modules étaient tombé en panne, mais qui n'étaient pas parvenu à s'en extirper et étaient morts de faim ou de soif. La plupart de ces modules émettaient à intervalles réguliers un faible signal d'alarme : Leurs voyants étaient au rouge ; leurs occupants faibles, rachitiques ou morts.
Le capitaine du Shisen s'avança vers la console centrale et y connecta son propre processeur. D'une pensée, il craqua le code d'accès en entama le passage en revue méthodique du répertoire des noms, à la recherche de Juri Lienhart. Des milliers d'humains défilèrent dans son esprit, scientifiques, militaires, mais aussi artistes : ils avaient tous reçu le droit d'embarquer à bord du Gisei Misa pour une mission historique et inédite… et étaient pour la plupart mort sans même s'être réveillé.
Avec un sourire discret, l'officier parvint en fin au registre de Juri Lienhart. « Professeur en théologie, diplômé en droit robotique et en philosophie post-humaine » disait la fiche, très succincte. « Élément prometteur de la force de projection du Gisei Misa ». Il tapota l'écran de la console et fit descendre à son niveau le sarcophage renfermant sa cible.
Il pouvait discerner à travers le plexiglas du sarcophage les traits du professeur. Le teint pâle commun à tous les sujets de la biostase, les lèvres bleuis, les cheveux noirs et surtout, l'âge approximatif d'une trentaine d'années, correspondaient à la description fournie avec l'ordre de mission. D'un geste, il ordonna à ses hommes de déployer le module d'éveil qui était sensé contrebalancer les effets du mal de la biostase et extirpa le corps nue de Juri de son sarcophage.
Le glycol, injecté en masse dans son organisme, fut remplacé par de l'eau. La température de son corps, rehaussé par étapes. Enfin, le sang fut presque intégralement renouvelé. Alors seulement, l'humain se redressa subitement sur ses coudes et prit une profonde et bruyante inspiration.
- Léna, gémit-il.
Ses yeux, écarquillés, s'agitaient en tout sens. Ses membres tremblaient fortement alors que les battements de son cœur accéléraient inexorablement. Le choc était tel qu'il s'apprêtait à faire un arrêt cardiaque. Sans réfléchir, il agrippa d'une poigne faible le bras de l'officier et tenta d'articuler quelques mots, sans succès.
- Calmez-vous, lui intima ce dernier alors que les mercenaires de Lunum s'agitaient autour de Juri Lienhart. Mon nom est Yuan Péris. Vous subissez actuellement les contrecoups d'une biostase prolongée. Vous avez été entrainé pour ce moment, monsieur Lienhart. Tâchez de vous remémorez les consignes.
L'intéressé plongea deux yeux gris aux pupilles dilatées dans ceux de l'androïde. Il balbutia quelques mots, sans parvenir à inverser la tendance terrible qui le conduisait à la mort. Ses mains s'ouvraient et se refermaient machinalement autour d'objets, de personnes invisibles. Il paraissait au bord de l'évanouissement.
- Vous vous appelez Juri Lienhart, poursuivit Yuan en ordonnant à ses hommes de trouver une solution d'un simple regard. Vous vous souvenez de cela ? Vous êtes actuellement à bord d'un vaisseau-arche de première catégorie. Vous souvenez-vous ?
- Je ne vois pas, répliqua le professeur entre ses dents serrées. Mes yeux !
- C'est là un des symptômes les plus répandues, au réveil, monsieur Lienhart. Vous devez vous concentrer, vous détendre.
- Léna, où est Léna ?
La tension du professeur était redescendu, mais l'ensemble demeurait inquiétant. Sans attendre d'ordre de l'officier, l'un des mercenaires lança une recherche sur son assistance stratégique et, le temps de consulter les résultats, répondit négativement aux regards interrogatifs de Yuan Péris.
- Léna est en sécurité, monsieur Lienhart, mentit ce dernier. Elle va bien. Vous vous en rappelez, n'est-ce pas ?
Le visage de Juri retrouvait peu à peu de sa couleur. Lentement, ses yeux semblèrent changer de ton : ils s'éclaircirent, et la pupille se rétracta. Le sujet était stabilisé.
- Monsieur Lienhart, il faut que vous m'écoutiez. Vous vous trouvez actuellement au sein d'un cylindre O'Neill endommagé, vous savez ce que cela veut dire, n'est-ce pas ? La mission… a rencontré quelques complications. Nous nous trouvons actuellement à près de quarante-neufs mille années-lumière du Soleil. Parvenez-vous à considérer ce nombre ?
Le professeur se passa la langue sur les lèvres.
- Nous sommes encore au sein de la Voie Lactée.
L'officier Péris fut surprit d'entendre ce nom archaïque, mais ne le corrigea pas. Ses hommes autour de lui, commencèrent à remballer le matériel utilisé. L'opération s'était déroulé comme prévu par les augures de Lunum. Alors qu'il détournait le regard du professeur, celui-ci le questionna :
- Quelle est la date ?
Yuan Péris ne pouvait éviter la confrontation plus longtemps.
- Il est impossible d'établir une datation exacte, monsieur. Cela n'aurait, à vrai dire, plus beaucoup d'intérêt. Mais si votre question sous-entend une interrogation quant au degré de civilisation dans lequel vous émergez, nous nous trouvons, d'après l'analyse de Nikolaï Kardashev, dans le type III.
Le professeur ne répondit pas.
- Monsieur Lienhart, nous allons vous déplacez à bord d'un autre vaisseau. Vous pourrez dormir et satisfaire votre faim. Il vous reste sans doute d'autres questions, mais elles devront attendre. Êtes-vous d'accord ?
Juri avait hoché la tête. Avec précaution, le commando plaça l'homme sur un brancard et entama le retour vers le Shisen. Derrière eux, l'officier se connecta une nouvelle fois sur le terminal du centre de biostase : Il n'existait pas de Léna Lienhart dans les registres, ni de Léna tout court. Son hôte venait de pénétrer dans le futur, d'y pénétrer seul.
Euh... Que dire? J'pense que là, y a pas grand-chose à critiquer, c'est nickel. Tout est là, tout est clair, c'est super bien écrit, c'est logique, ça s'enchaine impécablement. J'ai pas vu une seule faute. L'ambiance est là, tout parait plausible. ![]()
Et j'ai adoré
Merci beaucoup Scarytaupinet, c'est un plaisir de satisfaire un lecteur. Je posterais la suite (déjà écrite) de ce prologue dans la semaine, et j'espère qu'elle te plaira aussi.
Evidemment, le rythme peut paraitre lent dans cette première partie, mais l'intérêt pour moi et d'introduire le plus pertinemment possible les différents personnages : Péris, le mercenaire de Lunum, Lienhart l'ex-savant d'Horizon et très prochainement, la Dame d'Eosphoros.
Si tu es toi même auteur, tu peux m'envoyer par MP des liens vers tes textes. J'essayerais de trouver le temps de les lire et de les commenter. ![]()
Nan nan, le rythme est parfait, pas lent ni rien, c'est vraiment bluffant
´tain j'ai l'impression d'en faire des tonnes
Bah j'suis arrivé y a une semaine environ, tu tapes scarytaupinet dans la barre de recherche et tu trouves 4 petits oneshots, rien d'aussi imposant qu'un bouquin, ça se lit en 10 min les 4 ^^
Top ! j'attends la suite asimov!
Asimov ? Tu me flattes. ![]()
J'avais déjà lu, en privé. Je relis encore une fois, et je reste à nouveau pantois devant ta maitrise.
C'est dense, mais ça reste très fluide. Les dialogues sont vachement bien menés. Rien à redire sur l'univers, tu introduis pile ce qu'il faut de mystère et d'information.
En un mot, de la très très bonne SF. Suite
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