Encore un nouveau projet. Celui-ci n'a pas grand chose de précis et sert plutôt de recueil de nouvelles diverses, plus qu'autre chose. Faut que j'écrive sinon je vais rouiller, dooonc... Y'aura pas que cette nouvelle-là sur ce topic, c'est un peu un fourre-tout.
-Coeur léthargique-
Il crie à l'intérieur de sa cage. Il tente de sortir à tout prix, il se débat. Une plainte s'échappe tant il frappe contre les parois de la cage. Puis il se calme et s'endort. Ce coeur léthargique que personne ne voudrait réveiller. Trop dangereux. Bien trop dangereux, même. Il s'agit de ne pas laisser ce coeur sortir de sa cage. Il s'agit de calmer les assauts de cet organe qui bat de toute sa fureur dans un maelström de veines et d'artères. Il s'agit surtout et avant tout de calmer son porteur, celui qui se tient au sol en ce moment même.
Les yeux révulsés, les dents serrées, le visage crispé dans une expression de haine profonde. Il hurle intérieurement, seule une plainte étouffée sort de sa gorge. Son flux vital coule à grands flots depuis son avant-bras droit. Ce même bras droit qui serre le pauvre tissu qui sépare la peau de son torse de ses doigts. Il voudrait s'arracher le coeur. Il espèrerait pouvoir s'ouvrir le sternum, pouvoir prendre son coeur dans la main et tirer, l'écraser. C'est la douleur qu'il ressent, à genoux sur le sol, une main crispée sur le coeur et un poing serré sur le sol. Tout se tient dans ses mains. Son futur, son passé, son présent également, mais surtout son choix.
Ses yeux exorbités se relèvent lentement, prenant une dangereuse teinte de vengeance. Son coeur s'est arrêté, il peut continuer. Ses tempes continuent à battre la mesure tandis qu'il se relève, chancelant. Il voit trouble. Sait-il réellement ce qu'il voit ? Il ne saurait le dire. Son coeur a cessé de penser. Une bête emplie de haine s'est soulevée, et le moindre battement pourrait la calmer. Est-ce ce que veut ce coeur ? Il ne veut rien dans sa léthargie profonde. Tout tient dans sa main, pourtant ses mains ne tiendront jamais rien. Il s'élance, dans un hurlement bestial. D'où a-t-il sorti ce couteau ? Qui sait. La personne en face ne le saura qu'au moment du coup, lorsqu'elle verra que son arme a disparu de sa main.
Un bruit fort plaisant et sauvage. Celui d'une lame s'enfonçant avec difficulté entre deux côtes. Bruit du sang qui s'éclate contre le sol. Remontées volcaniques, vision sanglante d'une bouche qui se vide de son essence écarlate. Quelque chose s'est brisé, quelque part. Dans un esprit et dans un corps.
Quelqu'un a été brisé. Et quelqu'un d'autre en a fait les frais. Le coeur léthargique ne bat pas. Il n'a pas utilisé l'arrêt d'un autre coeur pour se relancer. La bête sauvage se tient debout, les yeux fixes. Les bras de cet animal pendent tout contre son corps, et la vision du sang ne le calme pas. La chaîne du destin s'est brisée, et personne n'a tenté de la réparer. Pas même ce coeur léthargique, qui consent à émettre un léger battement. Choeurs apocalyptiques, mille voix résonnent dans un esprit qui revient peu à peu à lui. Comme Il le proclama, le monde sera détruit par le son de sept cors. Son monde avait été détruit par la sensation d'une lame dans sa chair. Un long soupir exalté par la bouche, comme le réveil d'une âme perdue. Le soulagement de s'être retrouvé, en sorte.
Il regarde en bas. Ne jamais regarder en bas. Il voit ce visage couvert de sang, cette bouche et ce menton couleur carmin. Ces yeux sans vie, révulsés pour l'éternité. La lame dépasse. Il prend peur. Sueurs froides. C'est tout un autre monde qui s'ouvre à lui : sens la nourriture, car tu ne pourras pas même toucher le plateau. Il recule d'un pas. Puis d'un deuxième. Sa respiration se fait plus rapide, elle se bloque. Elle reprend rapidement. Il commence à trembler, ses mains se placent devant sa bouche. Encore un pas en arrière, suivi d'une longue plainte venant directement de la gorge. Il régurgite dans un concert de bruits de gorge étouffés, de râles de désespoir et du bruit de la bile s'écrasant sur le pavé.
Son coeur était si bien en léthargie. Avait-il réellement à se réveiller ? Avait-il réellement à voir qu'il avait tué ? Ce coeur comptait-il réellement s'infliger une telle peine accompagnée d'une telle douleur ? Il reprit le couteau de sur le corps et traça une légère entaille sur son torse. Plutôt profonde, assez pour y rentrer le bout des doigts. Il força, dans un cri de douleur abominable. Il souffrait le martyr, mais il tenait à le faire. Le sang giclait. Sa main s'enfonçait parmi ses organes, avant de trouver ce qui l'intéressait. Il crie à l'intérieur de sa cage. Il tente de sortir à tout prix, il se débat. Une plainte s'échappe tant il frappe contre les parois de la cage.
Soit, se dit cet homme. Sors donc.
Une main attrape ce coeur léthargique et le broie. Quelques secondes plus tard, un spasme nerveux arrachera ce coeur léthargique de sa cage.