La Pierre
Les papillons étaient si beaux dans le jardin et battaient de l’aile comme bat mon cœur en ce beau matin d’été où l’homme habillé de brun bat la mesure sans aucun cœur. Pourtant on enterre quelqu’un ce matin et c’est toi qu’on va cacher pour de bon sous la terre.
« Là-bas, derrière ces pierres qui poussent même en été, je les regarderai t’enfermer… »
Devant les pierres au milieu du jardin, il y a les commères et les touristes qui passent. Ils regardent ta pierre d’un air malin, fiers d’avoir compris que ta place n’est pas ici parce qu’à trente ans, on n’a pas le droit d’être rattrapé par le temps.
« Là-bas, derrière cette pierre glacée, comment pourrais-je t’oublier ? »
Chaque soir, je cris dans la maison puis je m’endors habillée. Tu n’es présent que dans cette prison dans laquelle je me suis réfugiée pour oublier le vide qui s’est immiscé chez nous. Chaque nuit, les enfants hurlent : « Papa, il est où ? »
« Il dort là-bas, derrière la jolie pierre en marbre doré…»
J’étais belle quand on s’est rencontré avec mon rouge à lèvres et mon rimmel, mais depuis le mascara a coulé et je ne souris plus quand on me dit que je suis belle. Et les rires de l’école d’à côté résonne dans ma tête éplorée comme des rires de folle…
« Mais jadis, je vous jure que j’avais ri et pleuré de joie le jour merveilleux où on s’était marié. »
Et j’ai beau t’attendre dans le jardin au milieu des chrysanthèmes, je sais bien que ça n’y changera rien : « t’es mort mais je t’aime. » Je vivais en plein conte de fées, pleine d’espoir, mais le prince est parti en solitaire voir les anges. Alors j’attendrai seule dans mon désert la fin de la belle histoire.
Pour m’entendre enfin dire…
« Maintenant vous pouvez embrassez le marié… »