Recueil de nouvelles 4i ( sans intérêt, sans intensité, sans intention, sans importance).
Voici la 1ère, sur 15.
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Two Smiles is a long walk
C’était une rue, une rue ordinaire. Le ciel suintait de pluie, mais sans grande conviction. Il y avait 18 personnes dans la rue. Des hommes d’affaires, des gens importants, des gens qui se croyaient importants, de gens qui auraient voulus être importants. Et puis, il y avait moi.
Moi, je ne suis pas important. C’est quand même grave, ça, quand on y réfléchit. Quand on pense que mon esprit a choisi mon corps pour y établir son existence, ce n’est pas futile ; c’est toute ma vie qu’il a choisi de passer avec moi. Pourquoi a-t-il fallu que je sois moi, Marc Staunton, et pas Adrian Keller, pas Diane Newman, ni même Richard Nixon ? Sur 7 milliards, c’est moi que mon esprit a choisi. Et ça, quand on s’en rend compte, c’est une lourde responsabilité. Parce qu’on ne vivra jamais sous les traits de quelqu’un d’autre que soi.
Ma sébile n’était guère pleine, les gens s’en foutaient. Ils ne réalisaient pas que c’était moi. La société leur a dit de ne penser qu’à eux, de ne vivre que pour eux, alors pourquoi voudraient-ils m’aider ? Ils n’avaient pas conscience que je ne les verrai qu’avec ces yeux-là.
Je crois que je vais changer de rue, un de ces jours. La mentalité n’est pas à la mansuétude, par ici. Peut-être que je devrais même changer de ville, pendant que j’y suis. Je me lève en grommelant.
C’est là qu’elle est passée. Vous y croyez, vous, aux auras, aux tintements et aux coups de foudre ? Moi, je n’ai jamais cru en grand-chose depuis mes 14 ans, quand je me suis retrouvé dans les rues. 20 ans de néant, il faut quelque chose pour briser ça.
Le soleil n’avait pas paru en tant qu’astre ce jour-là, mais en tant que personne. Je lui pardonne, parce que ça valait le coup.
Elle avait une trentaine d’années, comme moi. Elle était bien habillée, sans doute riche, mais n’arborait pas le masque d’indifférence des gens. Elle les transcendait carrément de sa présence intense, de son existence. Il n’y avait qu’elle – elle et moi, parce que quand même, je ne peux pas m’oublier aussi facilement.
Elle s’est retournée, et m’a aperçue. Un sourire s’est détaché sur son visage, non pas un sourire moqueur, mais compatissant. Moi qui n’avais que faire de la pitié, ce sourire me figea le cœur sur place.
Nous étions faits l’un pour l’autre.
Elle s’approcha de moi, et je me relevai, gêné par mon aspect extérieur. Je la saluai courtoisement. Intriguée, elle me répondit d’une voix timide, et fouilla sa poche pour en sortir son portefeuille. Je me fous de l’argent, faillis-je lui dire. Après tout, un mensonge n’aurait heurté personne dans cette situation.
Elle déposa la pièce. Je veux lui prendre la main, je ne sais pas.
Elle me regarda à nouveau, et me sourit.
Je ne lui répondis pas. J’essayai, mais je ne pus qu’esquisser un mouvement dérisoire, sans doute à moitié comique, et la remercier brièvement.
Nous étions vraiment faits l’un pour l’autre.
Puis elle se détourna, jeta un regard à son montre et reprit son chemin. Sa silhouette se détachait, sous la pluie, et je voulais lui courir après, la rattraper, lui expliquer que nous étions faits l’un pour l’autre, que nous ne devions pas nous quitter comme ça. Que si j’étais moi, Marc Staunton, un clodo, ce n’était pas ma faute. Que je suis juste né moi, voilà. Que ça n’a pas d’importance.
Le coin de la rue l’a englouti, elle m’a déjà oublié. Elle n’a pas compris qu’elle et moi, nous étions faits l’un pour l’autre.
Enfin, surtout moi.
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Bonne après-midi