Maman.
Je t'aime tellement fort. Bisous. Câlins. Maman.
Je veux tant te rendre heureuse, maman. Cet amour que je te porte, il est tellement immense, tellement fort que j'en ai les larmes aux yeux. Si tu savais, maman...
Je ne pense pas toujours comme ça. Quand tu m'engueules, quand tu me sembles injuste, je ressens moins cet amour. Mais tu n'es pas souvent injuste. Parfois tu me regardes et tu t'excuses d'être parfois trop dure avec moi, et moi je culpabilise de te faire culpabiliser.
C'est con, non ?
Je sais que tu fais ce que tu peux. Tu n'as rien à te reprocher envers moi.
Je ne suis jamais rassasié de tes bisous, de tes étreintes. C'est drôle dit comme ça, ça fait penser à un jeune atteint du complexe d’œdipe. Mais non, aucun rapport. Je t'aime à en pleurer, c'est tout.
Papa ne comprend pas, lui. Il se moque de moi. Seize ans et encore dans les jupes de ta mère, il me dit. C'est parce qu'il s'est cassé la gueule d'un escabeau, qu'il est resté deux mois dans le coma et que maintenant toute la moitié gauche de son corps est paralysée, qu'il me dit ça, ou est-ce que tous les pères sont comme ça?
En tout cas je l'aime de moins en moins, lui. Il m'est même arrivé de souhaiter sa mort. Tu ne sais pas combien je suis mal à l'aise les soirs où tu n'est pas là, les soirs où je mange tout seul avec lui. Il veut que je lui raconte ma journée au lycée, mes amis, ce qu'il y avait à manger à la cantine...moi je n'ai rien à lui dire, je n'ai pas envie de lui parler. Pourtant lui aussi fait ce qu'il peut, enfin je pense.
Ma dyspraxie n'arrange rien. Elle m'a déjà tant fait souffrir...saloperie de merde, que je vais devoir me trimbaler à vie. J'ai du mal à discerner ce qui me vient d'elle de ce qu'un autre ressentirait à ma place, mais une chose est sûre: elle me cause bien des emmerdes. Sur le plan scolaire par exemple. Et toi tu prends réunion sur réunion avec mes profs, et le proviseur, pour mettre des aides en place, leur expliquer ma différence...t'es vraiment une maman en or. Je pleure en écrivant ces lignes.
Si on omet mon hyperactivité, et les soirées où ça dégénère entre papa et moi (et c'est toi qui subis ces disputes, ces violences...), je n'ai plus rien à dire.