Une histoire malheureusement vraie ...
J'ai depuis longtemps hésité à poster cette nouvelle ... je n'osais pas vraiment, voila qui est fait.
Fais bon voyage
Il est mort.
Là, devant mes yeux, sans un « au revoir », dans un dernier soupir. Sans trop vraiment y croire, je l’ai vu partir. Le grand voyage, sûrement sans terminus, et pourtant si loin de moi. Il n’est plus des nôtres. Terminé. Sa voix, son regard, sa présence, enfoui six pieds sous terre, de sorte à ce que l’on ne puisse plus jamais y goûter.
Que reste t-il de tout ça ?
Les photos ne sont qu’une pâle copie de la réalité, fades, immobiles, stoïques et dénuées de sens, comme une statue antique. Le goût amer en bouche, la larme à l’œil, le ventre noué, je ne peux m’en satisfaire.
Si jeune. Si naïf. Imprévisible. S’il me restait le temps … celui de lui dire mes sentiments, la douleur de le perdre, la peur de savoir ce qu’il est devenu, hormis le cadavre putride emprisonné entre quatre planches en bois, bouffé par les vers.
La Haut ? Il n’y a pas « d’Au-delà ». Une simple alternative crée par des ignorants pour se rassurer. De quoi ? Allez leur demander. De l’incertitude, probablement.Celle de ne pas connaître la suite. L’Après. Alors, on s’invente des fantasmes, des possibilités permettant aux macabés de vivre une prolongation. Toujours est-il qu’il me faudra bien plus que ces illusions pour oublier cette image.
Au sol. Agonisant, alors qu’il courait quelques secondes auparavant. Les essais désespérés pour le réanimer, à vrai dire les tentatives de faire revivre un cadavre … Inutiles. C’est cela oui … un cadavre. Il était mon ami, plus vivant encore que n’importe qui, réduit en un corps froid, pâle, triste. De la simple chair, rien de plus.
Et pleurer sa mort, encore et encore, avancera t-il à quelque chose ? Torturer mes pensées, au point de regretter, culpabiliser, une faute que je n’ai pas commise. Mon erreur est celle d’être vivant. Lui mort. Moi chanceux, lui parti. Sans billet de retour, les bagages définitivement boucles, prêtent à embarquer pour le dernier vol. L’ultime. Interminable, allant vers l’inconnu.
Ce poids, lourd à porter, me suit sans cesse. Un boulet accroché à ma cheville. Souvenirs effroyables, abominables, tant ils me font mal. Cette pensée, chaque soir avant de me coucher. Endurer son absence … Ca n’a pas de sens. Et pourtant, je ne peux tirer de trait là-dessus.
Tout se reconstitue à chaque fois, dans les moindres détails.
La cassette est remise en route.
Il court, insouciant. Il chute, au ralenti, pourtant sans gravité apparente. Il rigole même.
Pause.
A cet instant précis, tout devrait aller pour le mieux. Il devrait se relever, continuer sa course, sa journée, sa vie, comme chaque fois où il est tombé au sol. Sourire aux lèvres, la journée serait aussi banale que les autres, et je dormirais le soir, sans mal et sans ressasser mes peines noires.
Play.
Il reste au sol. Je ne me préoccupe plus de lui, l’ayant vu rire il y a à peine quelques secondes. Pourtant, un cri retient mon attention. Il se tort. Respiration saccadée, yeux révulsés, il est à ce moment précis aux pieds de la Mort. Aux portes du Paradis pour les ignorants. Il devient bleu, puis violet, gémit mais quitte peu à peu notre monde.
Pause.
J’en suis incapable. Je ne peux plus supporter cette image dans ma tête. Je n’ai aucun moyen, aucune possibilité de le sauver, le tirer des bras de la mort,. Rien. Si ce n’est l’attente, l’espoir de le voir enfin respirer, ouvrir à nouveau les paupières, bouger un membre, donner un quelconque signe de vie. Il faut que je le fasse. Plus qu’une habitude, ça devient presque une tradition chez moi. Courage.
Play.
Son poul s’est arrêté. On est en train de le perdre. Je me crois dans un film, ou dans un cauchemar interminable. C’est pourtant bel et bien réel. Les massages cardiaques n’ont aucun effet sur lui, le bouche-à-bouche ne fait que retarder le moment, celui de lui dire adieu. Le livrer à la Mort, qui n’attend qu’à achever son travail. Et mon ami.
C’est la fin. Précipitée, abominable. Je pleure.
Le sauveteur se relève, secoue la tête, les pupilles humides. Il aura tout essayé. Là, mon cœur vacille, prêt à dégringoler dans un ravin de souffrance, dans un enfer sans nom. Mon ventre se tord en des nœuds solides, coriaces, mes espoirs se retrouvent détruits en un dixième de seconde.
C’est pour lui maintenant la fin. Fais bon voyage.
Il est mort.
Pourtant, chaque soir à mon chevet, devant moi, sanglotant la tête entre les bras, il est plus que jamais vivant.