Fond musical: https://soundcloud.com/grimenoceros/grimenoceros-davy-jones
Sur un coup de tonnerre, se joue le premier accord, annonciateur déjà de la beauté de l’œuvre à venir.
Tout éclair resplendissant à travers la baie vitrée, témoin d'un luxe conférant une partie de sa sublimité au spectacle, illumine la scène. En accord parfait avec la vapeur s'exhalant des tuyaux de l'orgue, comme celle une locomotive à son départ. Tchouuuuu-tchouuuuuu!...
Debout devant l'instrument, le capitaine Jones caresse les touches de ses appendices visqueux et fascinants dans leur viscosité, remuant sa tête en un va-et-vient frénétique et rythmé au-dessus du clavier. Il râle, grogne, pleure, souffre. On le voit, c'est une douleur profonde et secrète qui inspire son jeu, peut-être teintée de colère, de frustration ou de regret. Le va-et-vient a perdu son harmonie et se fait plus lyrique qu'autre chose maintenant, Davy secoue sa face de poulpe comme s'il refusait d'admettre l'inadmissible, l'insupportable. Cette musique, on peut le dire sans crainte d'être pompeux, c'est la fatalité et l'inévitable marche du destin qu'elle évoque. La tuyauterie du religieux instrument crache, plus que jamais, toute sa vapeur, accompagnée par la fugacité d'un nouvel éclair.
Tirant les cordages, tournant le gouvernail et se débarrassant de la misaine, c'est l'équipage tout entier qui vibre aux sons s'exhalant de la cabine de son sublime capitaine. Le coton des voiles claque au vent, qui semble lui aussi inspiré directement par l'hymne à l'amour perdu de Jones. Un ordre est donné, deux silhouettes foncent vers un même but. Sur les dernières notes jouées du capitaine maudit et une méprise, le père décomposé et le fils solitaire se retrouvent après des années de séparation.
Le lyrisme et la puissance qu’exsude l'ensemble de la scène doit toucher même le plus exigeant, le plus rigide des aèdes.