Une nouvelle très courte écrite à l'instant.
Ne me demandez pas pourquoi, ou plutot comment j'ai eu l'idée de faire ce récit, je ne saurais vous répondre.
J'appréhende un peu les réactions, peut-etre ce sera un texte complètement inutile, qui ne plaira pas du tout, mais je me risque à le publier.
Dans le bus
Tantôt dans le bus, le conducteur freina si brusquement que l’on s’est vu chacun déséquilibré. La scène fut bien comique.
Un homme balança ses bras tel ou moulin à vent pour tenter de recouvrer stabilité, comme si brasser l’air lui permettrait d’éviter la chute. Un pied levé, le corps tendu en arrière, la mine déconfite, il allait passer un mauvais quart d’heure.
Ce qui me marqua chez lui, c’est son nez protubérant.
Le ridicule allait le percuter en plein dans le cœur. Il se devait de réagir. Il empoigna sans réfléchir, surement rattrapé par un instinct de survie farceur, la tignasse grisâtre d’une vieille dame passant par là. C’était à vous tordre de rire.
Mais ce nez se fit plus fort que tout. Il capta mon attention mieux encore que le gag en direct. Un nez comme il fait bon de ne pas en avoir.
La vieille peau cria un coup, telle une machine à café enrayée, et elle bascula à son tour en arrière. Ses cheveux semblaient perruque. Et pourtant, sa toison resta bien rudement accrochée à son crane. Son visage se crispa comme si on venait de lui mordre le mollet, et elle tira sur la laisse qu’elle avait dans la main. Pauvre chien.
Un nez, c’est moche. Un nez, c’est laid, le plus souvent. Il est rare d’être séduit par un pif. Certains peuvent être corrects, mignons tout au plus, mais c’est aussi rare que d’apercevoir une buse forniquer avec une limace. Cette montagne en plein milieu du visage reste loufoque, incongrue.
Le canidé couina à la manière de son maitre, puis grogna violemment lorsque son cou se contracta sous la laisse.
Quel spectacle. Une véritable foire. Les trois acteurs criaient, tout cela en seulement quelques secondes, et les spectateurs se retenaient de rire, mais certains ne pouvaient s’empêcher de glousser discrètement, devant ce sketch.
Un nez, c’est inutile. Ca gène pour embrasser et ça renferme parfois des trésors peu enviables. Le sien était trop visible pour être acceptable.
L’homme heurta la vitre du car, tandis que la mémé n’eut pas cette chance. Elle vacilla et heurta de plein fouet le sol, ne laissa que peu de chance à son col du fémur. Ou sa clavicule. Ou les deux à la fois. A son âge, qu’elle idée de prendre le bus ! Autant rester chez sois à croupir.
Le chien ne fit pas le fier, pour sa part. Il se retrouva sur le dos, et rencontra difficulté pour se remettre sur pattes.
Le nez de l’homme ne fut pas touché. Comme quoi, la malchance continua son acharnement jusqu’au bout.
La vieille dame gémit.
L’homme s’excusa et essaya de relever cette dernière. Quelle honte, il devait ressentir.
Ce nez ...
On ne sort pas de son domicile, lorsque l’on est doté de cette monstruosité.
Le conducteur stoppa le moteur, nous privant peut-être de nouvelles gamelles, et appela une ambulance.
Tout ça pour un nez.
Le monde bougeait. Moi, je restais là, à contempler le spectacle d’un œil amusé. Trop de politesses pullulaient, dans ce bus. « Comment allez-vous, madame ? ». « Tenez-vous à moi, madame ». « Toutes mes excuses, madame ». Elle n’avait qu’à pas passer par là, simplement.
Et le chien, personne ne s’en occupait. Pauvre bête. Il devait déjà avoir oublié l’incident, mais ce n’est pas une raison pour le laisser solitaire dans cette solitude.
Et puis, un bus à l’arrêt, en pleine rue, ça fait embouteillage.
Ce n’est me donne la chair de poule.
Les portes s’ouvrirent enfin, et nous pûmes repartir, comme si l’accident ne s’était jamais passé.
Ce nez n’est point nait d’un hasard. Il veut dire quelque chose. Il veut nous soumettre une idée. Un quelque chose. Une information. Et pourtant, il ne servira au pauvre homme qu’à respirer et se moucher. Et sentir.
Ce nez est curieux.
Curieux.