Bonjour à tous ! Je vous fais un rapide topo. Pour ceux qui me connaissent (ça doit faire 3 ans que je n'ai plus rien posté je crois), je reste dans mon registre de SF. L'histoire se passe sur un monde entièrement mécanisé, il y a très, très longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine (ou pas du tout). J'ai découpé l'histoire en trois axes qui tourneront chacun autour d'un personnage (les trois personnages se connaissant et se cotoyant, une partie consacrée à l'un d'eux se concentrera en fait sur son point de vue uniquement et non celui d'un autre).
Voilà, bonne lecture !
— Vous aurez probablement une convocation dans les jours qui suivent, se contenta-t-il de répondre avant de remonter dans son véhicule.
Exton fulmina en retournant vers son véhicule. Les ouvriers, qui avaient entendu toute la conversation, commençaient à ranger leur matériel.
— Désolé, fit le contremaître. Si ça ne tenait qu’à moi…
Exton fit un signe de tête pour montrer qu’il comprenait.
—Conservez les scellés tant que la cloison n’a pas été rouverte, lança-t-il au carabinier. Personne ne rentre dans cette ruelle avant que la Prétorie ne l’ait autorisée.
— Et si le Ministère décide le contraire ? risqua l’officier.
— Nos directives sont prioritaires sur les questions relatives aux Messoriens, vous le savez bien. Seul un avis express du Président du Conseil pourrait nous court-circuiter.
— À vos ordres.
Exton retourna à sa voiture ; son service était terminé. Il remâchait les mots que lui avait dits le secrétaire d’État en caricaturant son ton guindé. La perspective de passer devant le Conseil de Discipline ne l’effrayait pas plus que ça, il savait qu’il était dans son droit le plus légitime, mais aussi qu’il n’était pas à l’abri de quelques jours de suspension à cause de son entrave à la procédure, ce dont il se moquait royalement.
Plop !
Je viens d'achever le premier chapitre ! Ton niveau est parfaitement correct, il n'y a rien à redire, sinon quelques petites bagatelles dont je vais te faire part.
Concernant l'histoire, ce qui est très plaisant, c'est la crédibilité que tu sembles vouloir accorder au fonctionnement politique/hiérarchique de ton contexte. Ca marche du tonnerre pour moi. Même si à un seul moment je me suis demandé si tout cela était bien crédible... (Mais je me souviens plus où !)
Ce que je reproche à ton texte (en tout cas à ce premier chapitre) c'est un petit manque de vraie patte personnelle (mais c'est que le début donc c'est peut-être un faux-procès !), surtout sur le plan visuel ! J'ai du mal à me situer encore visuellement parlant, dans quel type de SF on va être. Le monstre m'a l'air tout ce qu'il y a de plus oldschool et perso j'adore. Mais je ne sais pas vraiment de ce qu'il en est du reste. J'aurais bien voulu que tu décrives un peu plus les courbes d'un vaisseau ou d'une architecture, rien que ça, ça en dit long sur le style visuel. ;)
Sinon, le rythme me semble un poil trop monotone. Attention, je ne dis pas qu'il est chiant ! Juste que c'est un poil linéaire et toutes les parties sont autant importantes/étirées les unes que les autres.
Au niveau de l'histoire, rien de spécial à redire, sinon que je me suis tout de même dis que c'était une petite facilité de faire venir ton prétorien tout seul sur le crime. Ca m'a paru étrange qu'il n'y ai personne d'autre, alors même qu'un carabanier est chargé de surveiller (preuve que ton prétorien n'est pas le premier arrivé sur les lieux).
Bref, je lirai la suite, ça a l'air pas mal !
Voilà quelques critiques, plus ou moins insignifiantes :
« l’information ne lui apporterait rien de plus, à part allonger un peu plus son rapport. » -> Très légère répétition de « plus ». Enfin c'est insignifiant.
« Il regarda à travers la baie vitrée du toit et vit les nuages d’humidité s’épaissir contre le dôme cyclopéen que formait le bouclier cinétique enfermant la ville. » -> Quand même un peu lourd, ça manque d'air.
« ce qui titilla Exton » -> C'est quand même un peu cocasse comme mot...J'aurais utilisé un synonyme.
« mais les gouttes de sang avaient coagulé et permettaient de les distinguer nettement. » -> Des gouttes de sang.
« pour voir si l’être réagissait. » -> Réagirait serait plus juste non ?
« Sa cible surgit immédiatement en éclaboussant abondamment les alentours. » -> ImmediatemENt, éclaboussANt, abondammENt, alENtours, pas très élégant je trouve :p
« Exton se protégea le visage puis contempla la créature qui se tenait devant lui. » -> Pas sûr que contempler soit le plus juste choix. En a-t-il le temps à un tel moment. Plutôt : jeter un œil, apercevoir rapidement, etc...
« et aussi atroce que les autres. » -> Atroce n'est pas vraiment adapté pour qualifier un physique. Ca caractérise plus un acte. Une chose atroce = cruelle, etc... Affreuse ne serait pas plus adapté par ex ?
« Ses mains étaient affreuses » -> Bon bah autre chose qu'affreuse alors ^^
« l’exosquelette saillant » -> pléonasme
« Le gros calibre de son arme ne parvint pas à la percer. » -> Pas fan. Ce n'est pas le gros calibre du flingue qui va percer la cloison à proprement parler, même si on comprend l'image. J'aurais opté pour : « Les 12mm de la balle ne suffirent pas à la percer » Par exemple...
« les cheveux gris sur ses tempes » -> Derrière les tempes ? Ou Au niveau des tempes ? Avoir des cheveux sur les tempes c'est n'avoir aucune limite entre sourcils et cheveux non ?...Assez chaud
« centre-ville Nord » -> Contradictoire. Un Centre-ville Nord indique qu'il y a plusieurs centre villes, ce qui n'est pas possible par définition. Au nor du centre-ville ?
« La foule se dispersa très vite lors que les véhicules entamèrent leur atterrissage. » -> lorsque
«
— J’emmerde la bureaucratie ! Il y a des choses en jeu plus importantes que ces conneries. » -> Réaction un peu clichée quand même.
Merci, j'arrangerai les points signalés
Pour les descriptions, il y en a un peu plus dans le chapitre deux et j'accentuerai dans le troisième (surtout sur le plan architectural, parce qu'effectivement c'est un point important pour visualiser correctement les choses, mais on m'a souvent reprocher de vouloir tout décrire en même temps dans mes premiers chapitres, donc je fais au fur et à mesure depuis). Pour tout dire, je ne sais pas si on peut se poser la question de la crédibilité quand on invente un monde (oui, ce n'est pas la Terre) et un système étatique dont on ignore tout. Mais mes sources d'inspirations flirtent entre Blade Runner et Mass Effect pour le côté visuel.
Ah, juste une chose, le "centre-ville Nord" est en effet possible, pour des raisons administratives qui seront explicitées plus tard. Mais en gros, imagine-toi la ville comme un cercle parfait et géant au centre duquel se tient un lac. J'aurai voulu le dire dans le chapitre 3, mais au moins tu seras vraiment fixé.
Ensuite, un exosquelette, s'il est effectivement à l'extérieur comme son nom l'indique, il n'est pas forcément saillant. Saillant signifie "protubérant" ou "proéminent", or un exosquelette peut parfaitement être lisse et plat pour épouser le corps qu'il recouvre de la meilleure manière possible.
J'espère te voir pour la suite ^^
Ah je vois pour le centre-ville Nord. Je me suis posé la question si c'était étudié. J'ai quand même fait la remarque au cas où.
Pour saillant, nous avons tous les deux raison au final. Saillant peut, aussi, tout simplement signifier : visible.
Moi je l'ai pris dans ce sens là, et j'y ai vu une répétition pour le coup.
Tant mieux si tu t'attaches aux descriptions plus tard. Il n'est pas encore trop tard. Je faisais la remarque sans connaître la suite. ![]()
Ok ! Je viens de lire le deuxième chapitre, qui est carrément moins travaillé ! Désolé de te le dire ! :/
Mais ce n'est rien, on sent pas mal de problèmes d'inattention et de manque de relecture. Donc facilement corrigeables ! On sent bien que tu as moins porté d'attention à celui là que le précédent chapitre. C'est dommage, mais bon, c'est pas irrémédiable.
Concernant l'histoire, moi ça me plaît toujours, il y a des choses qui m'ont plues et j'attends la suite !
J'ai aimé les quelques moments de descriptions, notamment le bureaux !
Voilà toutes les remarques que j'ai pu faire, des plus insignifiantes au plus graves. Bien sûr, tout n'est pas à prendre, et c'est à toi d'en décider !
« sur les murs grisâtre » -> grisâtres
« quelques échos de voix qui se répercutaient sur les parois froides » -> Je trouve la formule un tout p'tit poil lourde avec le reste. Ne serait-ce pas mieux : quelques échos de voix répercutées sur les parois froides ?
« Ses cheveux noirs et sa barbe de plusieurs jours accentuaient les cernes qui se creusaient sous ses yeux, mais cela ne paraissait pas l’empêcher d’être de bonne humeur. » -> Je vois difficilement en quoi le fait d'avoir des cernes empêcheraient d'être de bonne humeur ^^
« — On des problèmes plus importants que ça. » -> On a
« Exton ne pouvait s’empêcher d’imaginer que le médecin faisait ça pour se conserver lui-même. » -> Très bien ça, belle idée !
« il marchait à l’aide de supports cybernétiques sur les jambes » -> Le « sur les jambes » est de trop pour moi. On se doute très bien sans le préciser, et ça alourdi inutilement la phrase. A toi de voir.
« Il parlait d’un ton sec et était avare en lyrisme, préférant dire directement ce qu’on attendait de lui, ce qui était appréciable » -> Un peu brinquebalante cette phrase. Plutôt que « parler d'un ton sec », préfère « parler sur un ton sec », il me semble que c'est correct, mais « parler de » amène toujours au sujet de discussion. « dire directement » n'est pas super joli, alors que tu as pléthore de formulation toute prêt et très facile à lire « aller à l'essentiel », etc... Enfin à toi de voir bien sûr ^^
Pour terminer, « ce qui était appréciable » semble un peu léger et facile. Enfin ce qui m'a embêté, c'est que ce soit le narrateur qui porte un jugement de valeur (alors que je ne crois pas en avoir noté jusque là). Du coup, ça me fait étrange que ce soit pas du point de vue d'un autre, genre Exton (« Ce que Exton appréciait ou dépréciait tout particulièrement ») Tu vois ce que je veux dire ?
« Il faisait néanmoins exception sur une superstition qu’il estimait comme le déclinement du genre humain dû à des raisons métaphysiques qui tranchaient paradoxalement avec sa profession scientifique. » -> Très, très mal formulée cette phrase:/ Il faut que tu la refasses entièrement je pense. Elle n'a pas vraiment de sens et en plus on ne comprend pas de quoi il s'agit.
Déjà ce n'est pas LUI qui fait exception : c'est le sujet/la superstition. « Faire exception » est une expression un peu difficile à caler dans ton exemple précis. J'aurais donc reformulé totalement différement, genre : « Mais il y avait bien un sujet qui le mettait en verve : » Bref c'est un exemple.
Sinon, je crois que « le déclin » suffira.:p
« dû à des raisons métaphysiques qui tranchaient paradoxalement avec sa profession scientifique », là tu ne peux pas être plus vague. Et pourquoi « paradoxalement » ?
Je pense que toute cette phrase et a reformuler et à développer, surtout !
« Exton ne s’était jamais risquer » -> risqué
« — En quoi ? demanda celui-ci. » -> Qui est « celui-ci » ?
« le Messorien ponctionné » -> a ponctionné ?
« — Oui, je voulais m’assurer qu’aucune drogue ou produit divers ne lui avait été injecté pour faciliter son acte… » -> Je dois t'avouer que je suis soudainement un peu perdu...On parle de qui là ? Et de quel acte ?
« et ton suicide ? » -> Ok je viens de comprendre, j'avais oublié qu'il s'agissait d'un suicide... !
« lumières hexagonales » -> Là j'ai du mal à voir le truc ? Tu parles bien de sources lumineuses qui ont six côtés ?
« Exton actionna le GPS » -> Actionner est réservé à un mécanisme. Ca ne marche pas pour un GPS.
« — Merci ma belle, soupira Exton. »
-> Joli, j'aime beaucoup. L'homme qui commence à parler à la machine, ça fait très Blade Runner comme tu le citais..
« Exton tenta de regarda à travers » -> Regarder
« quoi que ce fut » Quoi que ce fut, ou quoi que ce soit ? J'ai un doute.
« Il remarqua la benne à ordures où il avait puisé contre le Messorien » -> Là aussi, deuxième très mauvaise phrase je trouve... J'ai dû la relire à trois ou quatre fois pour la comprendre. Il faut la rallonger si tu veux vraiment qu'on comprenne. « Il remarqua la benne à ordures de laquelle il avait tiré la barre de fer dans son combat contre le Messorien » Je sais, c'est plus long, mais beaucoup, beaucoup plus clair. A toi de voir comment améliorer ça;)
« traînées argentés que la lumière reflétait » -> argentées
Rien à voir, mais ton héros s'appelle Exton et le miens Anton !
On verra s'ils sont antagonistes d'une certaine manière :D
Attention : si je tente d'être exhaustif sur ce qui ne va pas, je ne le suis jamais sur ce qui va et qui est bien ! Donc, à relativiser ! :D
J'ai lu, merci beaucoup pour ton relevé, j'apporterai les modifications
.
Concernant "celui-ci", ça me semblait clair, vu que le légiste termine sa phrase par "Mr Kezo", donc en le nommant, "celui-ci" à le même usage que "ce dernier" et on comprend de quel locuteur il s'agit. M'enfin à ce qu'il me semble
Concernant le fond, c'est pas que je l'ai moins travaillé, je l'ai intentionnellement fait plus léger parce que le suivant sera plus chargé en informations. Cela permettra au lecteur de ne pas mourir étouffé sous leur charge, d'autant plus que j'aborderai un peu tout ce qui tourne autour de l'univers.
Encore merci pour ta lecture ![]()
Ah, j'ai oublié de répondre à ceci :
"« dû à des raisons métaphysiques qui tranchaient paradoxalement avec sa profession scientifique »"
Tu précises ne pas comprendre en quoi c'est paradoxal, alors que c'est plutôt évident pourtant, au sens qu'un scientifique l'est généralement parce qu'il a un esprit logique et rationnel, donc les questions métaphysiques ne sont pour lui que des diatribes sans intérêt. Enfin ça me semblait évident à moi en tout cas, j'essaierai d'éclaircir ce point néanmoins.
Ah non ! Le fond est très bien, suffisamment correct ! De toute façon, dans l'expectative d'une suite, je ne peux que me laisser porter par l'histoire et attendre de voir.
Non non je parlais juste de la forme quand je disais que c'était un poil moins travaillé. Le reste, l'histoire et les idées de fond (notamment de fatalisme et de raison d'être) m'ont plues. Donc les éventuelles corrections ne concernent que la forme bien sûr
Ok pour "celui-ci", tu as raison. C'était un moment d'inattention de ma part ! ;)
Quand est-ce qu'on a la suite ? :p
Minute, j'en suis qu'au tiers du troisième chapitre x)
Ah pour le "paradoxalement" je ne suis pas tout à fait d'accord. Un scientifique est un esprit logique et rationnel mais rien ne l'empêche d'être philosophe, ni d'avoir des croyances ni de l'imagination.
Pour moi, les questions métaphysiques font entièrement parties du métiers, puisque ce métier vise à en résoudre certaines. On est donc pleinement au coeur du sujet en étant scientifique. ![]()
Ouch il y a de la lecture là. Je vais essayer de lire ça rapidement. ![]()
J'ai fais une gaffe en plus, j'ai oublié de préciser qu'il s'agissait du chapitre III ^^'...
Tu remarqueras que j'ai fait l'incommensurable effort d'aérer un peu x)
Chapitre IV
Exton gambergeait, affalé sur son canapé. Son premier jour de suspension avait commencé depuis quelques heures à peine, mais il avait l’impression de végéter ainsi depuis plusieurs jours déjà, avec la contemplation des multiples cubes beiges ouvragés que formaient les murs de l’immeuble où il vivait pour seule occupation. Un téléviseur mural dardait son regard vide vers lui, indifférent à son sort. Le Prétorien saisit la télécommande et regarda la chaîne d’informations continues quelques instants avant d’éteindre subitement l’écran. Regarder les nouvelles ne faisait qu’augmenter sa frustration.
Il attendait la visite de Camporellon ou de Nelsen, ce dernier vivant aussi dans l’immeuble. Les carabiniers avaient déposé au secrétariat du Prætorium une note qu’il avait griffonnée sur le trajet du retour sur un de leurs carnets.
On frappa à sa porte. Le bruit le fit sursauter et, en jetant un bref coup d’œil à son horloge atomique, il vit qu’il était encore trop tôt pour qu’il ne s’agît d’un de ses collègues. Curieux, il se dirigea vers l’entrée et regarda à travers le judas avant d’ouvrir.
— Tu n’es pas censé être de service à cette heure-ci ?
— Je le suis, répondit Camporellon d’un ton affable. Je peux entrer ?
Exton s’écarta en signe d’acquiescement.
— Ta note était plutôt évasive. Et le procès-verbal du Conseil ne donnait aucune explication en-dehors du galimatias juridique. Qu’est-ce que tu voulais me dire ?
— Le Messorien que j’avais blessé, j’étais parvenu à le retrouver ce matin.
— Tu as percé la cloison ? répliqua Camporellon, pantois. Tu sais ce que tu risques si tu te fais balancer ?
— Il n’y avait personne dans la ruelle, j’ai bien fait attention.
Exton retourna à son canapé, suivit de son collègue.
— Bon, tu es allé dans les égouts, et tu l’as donc retrouvé dans la galerie ?
— Oui, il commençait à se décomposer…
— Se décomposer ? On n’a jamais vu des Messorien se décomposer, ils sont synthétiques.
La remarque lui rappela Nelsen. Exton développa ses explications.
— Ce n’est pas le bon mot, il était plutôt en train de se dissoudre… J’ai trouvé un bras avant le corps principal, et ils se liquéfiaient, tous les deux… En-dessous il y avait une espèce d’ossature qui chauffait, c’est à cause de ça qu’il fondait peut-être…
— Il bougeait encore ?
— Non, mais il agonisait, je l’ai entendu pendant la moitié du chemin. Il ne ressemblait plus à rien, juste à une bouillie informe…
— Ils ne ressemblent pas à grand-chose à la base, commenta son interlocuteur.
Exton haussa les épaules en signe de réponse.
— Il n’y a pas que ça, celui que j’ai vu n'était pas comme ceux qu’on avait l’habitude de croiser.
— Je sais, ton rapport a déjà fait le tour du service.
— C’est justement à ce sujet que je voulais te parler… Est-ce qu'ils ne seraient pas en train d'évoluer ?
— Si c’est le cas, ça veut dire qu’ils stockent ce qu’ils récoltent sur nous pour leur propre usage.
— Ça n’explique pas d’où ils viennent.
Ce fut au tour de Camporellon de hausser les épaules.
— Exton, ils peuvent être une forme de vie qui a évolué sous la ville et qui commence à sortir parce qu’elle a trouvé une nourriture plus appétissante, on n’en sait rien !
— Alors qu’est-ce qu’on attend pour descendre explorer les bas-fonds ? Qu’est-ce qu’on n’y risque ? Ils ne s’attaquent pas aux êtres humains, et là-dessus, part des rouages et des moteurs, on ne risque pas de rencontrer grand-chose…
— Celui que tu as vu n'a pas eu peur de toi, je te rappelle, et le Ministère de l’Urbanisme ne nous laissera jamais creuser ! Tu le sais aussi bien que moi !
— Les Messoriens doivent bien sortir de quelque part ! insista Exton avec véhémence. Il y a forcément une ouverture quelque part ! Si ça se peut, ils viennent des carrières, près du centre-ville Sud !
Camporellon haussa les épaules à son tour.
— Exton, je ne demande pas mieux ! lança-t-il avec une pointe d’exaspération. Mais pour ça, il faudrait une autorisation qu’on n’aura jamais de la part d’un Ministère qui nous met des bâtons dans les roues depuis le début ! Le seul moyen, c’est de le court-circuiter par le biais du Primarque lui-même ! Et depuis le décret Prætoriae, je crois qu’il n’a plus trop envie de se mouiller !
— Alors il faut qu’on agisse en marge de la ligne jaune. On n’a pas le choix, ce n’est pas une question politique, on parle d’une forme de vie qui commence à devenir hostile ! Je n’ai pas envie d’attendre que les Messoriens sortent en masse pour nous pomper la moelle osseuse pour agir !
L’omnipad de Camporellon bipa alors qu’il s’apprêtait à ouvrir la bouche. Il sortit l’appareil de son imperméable noir et lut les données affichées à l’écran. Son regard s’assombrit.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Exton, intrigué.
— On vient de nous signaler la présence d’un Messorien. Ce n’est pas très loin du Prætorium…
— Je viens avec toi.
— Certainement pas ! répliqua Camporellon d’un ton ferme. Tu veux quoi ? Te faire radier, et moi avec ? Tu vas rester chez toi, je reviendrai te tenir au courant demain !
— Je veux que tu m’amènes autre chose.
— Je crois que j’en fais déjà beaucoup…
— Je veux une copie des rapports de Rick et les tiens, et tous ceux que tu trouveras qui font état d’un changement de comportement des Messoriens. Sur papier, si tu me les envoies par courrier électronique, le Ministère de l’Intérieur l’interceptera.
— Je suis assez grand pour le savoir. Je ferai ce que je peux. Évite de t’attirer des ennuis. Rick a bientôt fini son service, il devrait passer te voir en fin d’après-midi.
Il se leva et repartit. Exton n’avait pas bougé. La monotonie revint à la charge dès que la porte claqua derrière son collègue. Sans s’en rendre compte, il sombra dans une torpeur interrompue par des soubresauts de temps à autres, pour être finalement réveillé une nouvelle fois par des cognements sur sa porte. Il se redressa en maugréant et s’y rendit en pensant voir Rick Nelsen en l’ouvrant.
Il n’y avait personne derrière la porte. En revanche on lui avait laissé un origami en forme de lapin sur le panneau, fixé à l’aide d’une punaise. Exton la retira et retourna à l’intérieur, après avoir scruté les alentours.
Il déplia la feuille blanche et ne vit qu’une pauvre note imprimée dessus, indiquant un lieu et une heure. L’auteur lui donnait rendez-vous en périphérie d’Éthernheim en début de soirée.
Exton consulta l’heure. Les chiffres digitaux indiquaient qu’il était à peine en fin d’après-midi. Il ne lui fallait qu’un quart d’heure pour arriver à l’endroit prévu ; il avait tout le temps devant lui.
Résigné, il alla se faire un café quand on le sollicita encore une fois à l’entrée. En ouvrant, il eut la bonne surprise de découvrir qu’il s’agissait cette fois de Rick Nelsen.
— Armor m’a mis au courant, fit-il sans préambule. J’ai pu prendre plusieurs clichés du Messorien signalé.
Il saisit son omnipad et pianota sur l’écran tactile avant de le donner à Exton. La photographie était floue, mais la créature restait parfaitement reconnaissable.
— Il est identique à celui que j’ai vu, lâcha-t-il d’une voix blanche.
— Et son comportement confirme ce que tu avais mis dans ton rapport. Ils commencent à devenir plus teigneux. Celui-là s’est attaqué à un étudiant qui rentrait chez lui.
— Quel âge avait-il ?
La question servait avant tout à savoir si les statistiques corroboraient.
— Pas vraiment plus jeune que les cadavres qu’il moissonne. Il avait vingt-sept ans et entamait la dernière année de thèse de son doctorat.
— Un intellectuel, marmonna-t-il.
— Comme la plupart des étudiants, renchérit Nelsen. Ceux qui meurent avaient au moins leur maîtrise, ou s’apprêtaient à passer les derniers examens.
— Il faudrait comparer ça avec les personnes plus âgées qui ont été moissonnées.
— S’il y a confirmation, on pourra affirmer que seuls les bébés échappent à la règle, conclut Nelsen. Il nous restera alors à savoir pourquoi.
— Le Messorien, vous l’avez tué ?
Rick parut légèrement embarrassé. Il se passa la main dans les cheveux avant de répondre :
— Je ne sais pas. J’étais le premier à être arrivé sur place. Quand j’ai vu qu’il était déjà en train de pomper la moelle du gamin, j’ai tiré tout de suite. Il s’est mis à rugir comme une bête sauvage et je l’ai poursuivi jusqu’au lac…
— Et ?
— Il a plongé, et plus rien. C’est comme si le contact de l’eau l’avait fait disparaître. Je ne sais pas s’il est aussi dissous comme un cachet d’aspirine.
Il prit la tasse de café qu’Exton s’était servie pour lui-même, renifla et en but une gorgée sans prendre la peine de lui demander.
— Armor et moi sommes d’accord avec toi, il faut agir en marge. Le problème, c’est le Ministère. On ne pourra pas se balader avec des pelles sur l’épaule sans se faire voir et encore moins creuser où on veut.
— Tu proposes quoi ?
— Je propose qu’on se rende aux carrières. C’est sans doute de là que ces bestioles doivent sortir et c’est le seul endroit qui fait l’objet de toutes les exceptions du précieux code du Minsitère. Mais on ne fera rien avant que ta suspension n’ait pris fin.
— Logique, grommela-t-il.
— Je sais que c’est frustrant la première fois, rétorqua Nelsen. Je suis aussi passé par là, et Armor aussi, et on avait écopé d’une semaine entière, tu peux encore t’estimer heureux !
— Qu’est-ce que tu avais fait ?
Nelsen se montra évasif. Il éluda brusquement la question.
— Il faut que j’y aille, j’ai à faire. Je ne pourrai pas repasser demain. Évite de faire l’andouille ces deux prochains jours.
Il partit aussi sèchement que Camporellon, sans prendre la peine de le saluer. Déconcerté par son départ abrupt, Exton resta quelques secondes sans bouger avant de se resservir un café.
Le temps avança avec une lenteur presque sadique. Exton maudissait son horloge à chaque fois qu’il posait le regard dessus quand il ne jurait pas intérieurement sur sa suspension. Avoir tourné la procédure à son avantage avait au moins servi à alléger sa peine, mais cela ne représentait pour lui qu’une piètre consolation. Il ne restait plus que ce rendez-vous qui lui permettait de penser à autre chose.
L’heure daigna approcher. Les minutes s’écoulèrent petit à petit, dans un sadisme abstrait qui tortura Exton. Il fut plusieurs fois tenté de donner un coup de pied au meuble autour duquel il faisait les cents pas pour se défouler. L’inactivité n’était pas la chose qu’il supportait le moins en comparaison d’être dans l’attente de quelque chose, et fixer le défilement des secondes sur l’horloge ne l’aidait guère à conserver son calme.
Le temps venu, il passa son manteau sur les épaules et sortit. Son impatience atteignit sa quintessence. Il ne se rendit même pas compte qu’il marchait à pas précipités et ouvrit la portière de son autplane par gestes nerveux, sans se soucier de la présence d’un éventuel sycophante envoyé par le Conseil ou le Ministère.
Éthernheim était morose. Même si la condensation avait enfin pris fin, les rues humides qui réfléchissaient la pâleur morbide des lampadaires donnaient un ton spleenétique aux vieux édifices. Le cœur du centre-ville renfermait les bâtiments les plus anciens, qui affichaient des colonnes aux fûts hypertrophiées aux motifs torsadés qui soutenaient des galeries marchandes aux allures de souk. Des odeurs de viandes et charcuteries trop grillées s’échappaient de certaines gargotes, rappelant à Exton qu’il avait l’estomac vide.
Le rendez-vous devait avoir lieu à proximité d’un restaurant qu’il connaissait de réputation. C’était le seul luxueux du Centre-ville Nord, où l’on retrouvait habituellement le Proconsul d’Éthernheim et patrons d’entreprises ou juristes locaux. Exton était plus attaché à sa circonscription qu’il n’aurait pu l’être pour une autre. Il appréciait l’atmosphère prolétarienne qu’il dégageait, son esthétique austère et parfois décrépite. Il y sentait une force de caractère qu’il ne décelait pas à Elysium, malgré toute la somptuosité que le siège du pouvoir de Numina pouvait arborer.
Exton se gara à deux-cent mètres du restaurant, pour ne pas attirer l’attention sur place, à un endroit démuni de parcmètres afin de ne pouvoir être localisé en payant son droit de stationnement.
Le boulevard sur lequel donnait l’établissement qu’il cherchait avait à peine besoin des lampadaires pour son éclairage. D’immenses panneaux publicitaires exhibaient leurs égéries à l’aide d’hologrammes photogènes qui faisaient machinalement la promotion d’un produit quelconque.
L’enseigne lui apparut enfin. L’entrée était sobre et se contenait de néons cérulescents pour former son nom. Deux vigiles en trench-coat aux boutons opulents discutaient et s’échangeaient une cigarette. Exton ne savait où chercher et était peu enclin à l’idée d’entrer dans le restaurant et de prendre une table, d’autant plus qu’il fallait faire une réservation.
Un petit détail attira son attention. Depuis le trottoir face à l’entrée du restaurant, il venait de remarquer une forme blanche et irrégulière dans la haie bordant les portes vitrée. Faisant mine de flâner, il traversa et s’en empara discrètement. Il était à peine humide, ce qui indiquait qu’on l’avait déposé depuis peu de temps. Exton le déplia fébrilement et ne vit qu’un seul mot.
Prætorium.
Y aller représentait un sacré risque pour lui. S’il était vu et dénoncé, il pouvait dire adieu à sa fonction et probablement à toutes celles qui touchaient de près ou de loin la cohésion de l’ordre public. Il devait cependant faire un choix. Peut-être que le jeu de piste se révélerait n’être qu’un piège de la part du secrétaire d’État, mais si ce n’était pas le cas, Exton savait qu’il regretterait de ne pas être allé jusqu’au bout.
Il s’empressa de revenir vers son véhicule. Il conserva précieusement l’origami en le rangeant aux côtés du premier, dans la poche intérieure de son manteau, puis démarra.
Le Prætorium était lugubre la nuit. C’était l’un des plus grand gratte-ciels d’Éthernheim, et incontestablement le plus vieux. Ses façades délabrées exhibaient encore quelques colonnes métalliques rongées par la corrosion. Les soudures qui les liaient aux murs étaient craquelées et Exton craignait à chacune de ses venues de les voir lâcher.
Il se parqua derrière l’immeuble et envisagea d’en faire le tour, mais une silhouette campée dans l’embrasure d’une des portes de garages l’intrigua. Ses mains étaient en train d’exécuter un pliage minutieux malgré les gants qui les recouvraient. Un feutre aux larges bords et le col remonté de son imperméable l’empêchaient de distinguer les traits de son visage.
— Vous n’avez pas trouvé mieux comme look ? ironisa Exton.
— Peu importe la manière dont je me présente à vous, répondit l’autre avec calme.
Sa voix était familière aux oreilles du Prétorien, mais il n’aurait su l’attribuer à quelqu’un. Son interlocuteur avait brouilleur sur la bouche qui la déformait suffisamment pour l’empêcher de la reconnaître.
— Qu’est-ce que vous me voulez ?
— Droit au but. Un bon tempérament, s’amusa l’inconnu.
Il tendit l’origami qu’il venait de finir. Exton le saisit sans décrocher son regard.
— Il n’y a rien d’écrit à l’intérieur ; ça vous fera un souvenir. Je doute que vous soyez capable de refaire les deux autres.
— On va discuter pliage jusqu’à ce qu’un délateur me voit ici ?
— Non. Je vous ai fait venir pour vous prévenir.
— Le Ministère m’a déjà à la bonne, et je sais me débrouiller tout seul, merci.
Le brouilleur filtra le rire de l’homme, lui donnant une tonalité mécanique.
— Le Ministère est le cadet de vos soucis, vous pouvez me croire.
Il tournait autour du pot, mais Exton était trop intrigué pour le brusquer et se contentait de lancer des pistes en espérant que l’une d’elle serait la bonne.
— Alors de quoi devrais-je me méfier ? Des Messoriens ? Avec le boulot que je fais, je ne crois pas que vous ayez besoin de me dire de faire attention quand j’en croiserai un.
— Je ne me permettrais pas. Je sais que vous êtes un fonctionnaire sérieux et intègre, comme vos deux collègues.
— Vous me faites perdre mon temps, s’impatienta Exton.
— Très juste, je m’en excuse.
— Alors venez-en au fait !
— Avez-vous déjà envisagé que votre pire ennemi, dans votre quête de vérité, n’étaient ni le Ministère, ni les Messoriens, mais le monde lui-même ?
— Je ne suis pas certain de bien comprendre…
— Votre dernière mission s’est soldée par un échec. Même après avoir forcé la cloison, vous en êtes sorti bredouille, hormis le spectacle d’agonie d’un de ces êtres. Mais vous êtes-vous demandé pourquoi a-t-il disparu ainsi ? Et pourquoi, jusqu’à aujourd’hui, vous n’êtes jamais parvenu en quatre ans à en attraper un seul ?
Exton n’était plus très à l’aise, mais il était malgré lui hypnotisé par ce qu’il apprenait, sans même se soucier de savoir si c’était vrai.
— La vérité n’est pas ailleurs, Mr Kezo. Elle est ici. La vérité, c’est Numina. Elle la renferme, et votre seul but, c’est de l’exhumer, de la lui arracher de force, parce qu’elle ne vous la donnera jamais de son gré.
— À vous entendre, on croirait que le monde est vivant…
Il rit à nouveau.
— Qui sait ? Après tout, que savons-nous réellement de lui ?
— L’Akhadémia regorge de bouquins pouvant vous répondre, répliqua Exton.
— Vous me décevez, Mr Kezo. Vous qui êtes pourtant réputé pour croire les théories les plus excentriques, voilà que vous faites preuve d’étroitesse d’esprit… Vous feriez mieux d’y aller à présent. Les sycophantes que le Ministère a affectés devant votre domicile doivent avoir alerté le secrétaire. Il serait dommage que vous soyez à nouveau convoqué devant le Conseil par ma faute.
Exton ne dit rien. Il regarda sa montre et constata qu’une heure s’était écoulée depuis qu’il avait quitté son appartement. Des sycophantes devaient écumer les rues à sa recherche, et il valait mieux qu’il soit vu autre part que devant le Prætorium, et ce le plus vite possible.
En relevant la tête, il se rendit compte qu’il était tout seul. L’inconnu avait filé sans le moindre bruit, à moins qu’il ne se dissimulât dans un des nombreux coins ténébreux de la rue. Exton ne chercha pas à le dénicher et partit lui aussi sans demander son reste.