CONNEXION
  • RetourJeux
    • Sorties
    • Hit Parade
    • Les + populaires
    • Les + attendus
    • Soluces
    • Tous les Jeux
    • Gaming
  • RetourActu Gaming
    • News
    • Astuces
    • Tests
    • Previews
    • Toute l'actu gaming
  • RetourBons plans
    • Bons plans
    • Bons plans Smartphone
    • Bons plans Hardware
    • Bons plans Image et Son
    • Bons plans Amazon
    • Bons plans Cdiscount
    • Bons plans Decathlon
    • Bons plans Fnac
    • Tous les Bons plans
  • RetourJVTech
    • Actus High-Tech
    • Intelligence Artificielle
    • Smartphones
    • Mobilité urbaine
    • Hardware
    • Image et son
    • Tutoriels
    • Tests produits High-Tech
    • Guides d'achat High-Tech
    • JVTech
  • RetourCulture
    • Actus Culture
    • Culture
  • RetourVidéos
    • A la une
    • Gaming Live
    • Vidéos Tests
    • Vidéos Previews
    • Gameplay
    • Trailers
    • Chroniques
    • Replay Web TV
    • Toutes les vidéos
  • RetourForums
    • Hardware PC
    • PS5
    • Switch 2
    • Xbox Series
    • Switch
    • Pokemon pocket
    • FC 25 Ultimate Team
    • League of Legends
    • Tous les Forums
  • PC
  • PS5
  • Xbox Series
  • Switch 2
  • PS4
  • One
  • Switch
  • iOS
  • Android
  • MMO
  • RPG
  • FPS
En ce moment Genshin Impact Valhalla Breath of the wild Animal Crossing GTA 5 Red dead 2
Liste des sujets

Alter Ego 2.0

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
19 décembre 2012 à 13:18:27

Oh oui. Ca va bientôt péter.
Je poste la suite ?

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
19 décembre 2012 à 13:34:50

X.

La Forteresse était animée d’une tension inhabituelle. Chaque geste, chaque mot, chaque souffle humain transpiraient de cette humeur grise et lumineuse à la fois. Le pouvoir changeait de côté en ce moment même. Tous en avaient conscience.

La nuit avait disparu depuis de nombreuses heures. Lorsque j’étais ressorti du Laboratoire, aucune parole n’avait couru parmi mes nouveaux soldats. Ils savaient, en ayant répondu à l’Appel que j’avais lancé, avec l’aide de Diogène. J’avançai sans bruit, au milieu de ces cyborgs qui s’inclinaient tout aussi silencieusement à mon passage. Mais si eux savaient et avaient accepté de servir sous ma bannière encore fragile, beaucoup ignoraient encore ce que nous voulions. Mon père n’avait pas eu le droit d’être averti. Je voulais lui laisser une chance, malgré les conditions lourdes de sens qu’impliquait le Changement.

Les portes de la salle du conseil s’ouvrirent devant moi. À l’intérieur, Marcus et les trois Maîtres se tenaient au centre. Tout autour d’eux, les chefs militaires de l’Ordo Humanis s’étaient regroupés. Presque tous étaient des cyborgs, armés jusqu’aux dents et terrifiants dans leurs armures de combats.
Je m’avançais vers le Magister. Derrière moi, les chefs militaires s’inclinaient à leur tour, en prononçant à haute voix une phrase que bien d’autres reprendraient en cœur longtemps après cette journée fatidique.

— « Je servirais le Futur dans la Force et dans l’Honneur. Le Magister Kris est mon guide et je suis à tout jamais son fidèle serviteur ».

Marcus ne cilla pas. Mais son regard, aussi noir que la nuit, se posa sur moi. Les trois Maîtres se regardèrent mutuellement, évitant soigneusement de croiser la fureur noire de mon parrain. À la fois perdus et conscients de la situation.

— Magister, murmura-t-il, ironique.

Diogène lui aussi sourit ironiquement. Une vengeance qu’il attendait depuis longtemps face à Marcus Standberg. Lui qui avait tenté de le supprimer, alors que moi, son hôte, était encore un enfant.

— Assis toi, Kris. Je crois que c’est ta place à présent.
Marcus avait dit cela sans y croire. Le goût amer du vol flottait dans l’air.
— Il a raison, appuya Gorynovitch.

Prudemment, je m’avançais vers le lourd trône de pierre. Je me sentais totalement perdu, incapable d’agir. Mais au fond de moi, lui savait quoi faire ensuite. Pour quelques instants, je décidais de le laisser agir librement.

Et si effectivement c’était bien mon corps qui s’asseyait face à cette assemblée acquise à ma cause dans son ensemble, je n’étais qu’un spectateur de ma situation. Ma voix était bien celle que tous connaissaient, mais quelqu’un d’autre s’exprimait par elle.

— Le temps où nous n’avions pas de but est définitivement révolu. Le soleil vient de se lever sur un jour nouveau dont nous sommes les futurs vainqueurs. L’ordre et la justesse de nos actes doivent devenir nos objectifs les plus importants.
Il se tut un court instant, avant de reprendre.
— C’est pour cela qu’à compter de ce jour, je prends je commandement intégral de l’Ordo Humanis, avec l’aide du Magister Mark, des trois Maîtres et de vous tous mes frères.

Il s’arrêta pour de bon.

Gorynovitch, Grammard, Hasqueniet, et mon père s’avancèrent avant de s’incliner face à moi.
— Nous vous serons fidèles, Magister.
Les autres derrière eux en firent de même.
— À jamais nous vous servirons, Magister Kris.
Sûr de leur loyauté, Diogène reprit la parole. Ce qu’il allait annoncer dépassait tous que Marcus pouvait imaginer.
— Nous ne pouvons plus nous permettre de demeurer dans le secret de l’anonymat. Jusqu’à présent, nous n’avons été que de simples guérilleros que nos ennemis, cette armée stupide et aveugle, n’ont pas considérés avec l’attention nécessaire. Mais tout cela va changer, mes frères. Nombreux sont ceux qui nous rejoindront d’ici quelques jours. De la Terre entière, ils viendront grossir nos rangs au-delà de toutes vos espérances. L’armée ne pourra rien contre notre force, et elle devra se plier à notre Loi.
— Et quelles actions envisagez-vous, Magister ? Demanda Marcus.
— La première de toute est déjà en cours, Magister. Nos troupes se redéployent en ce moment même sur des sites plus stratégiques pour la suite des événements : les nœuds de communication, les postes de contrôles des réseaux informatiques, électriques, téléphoniques, d’alimentation en énergie, des principaux points de passages. Grâce à l’apport substantiel des hommes que feu le marchandeur Zaïdar nous a « offert » dans sa mort, cet objectif sera rempli avant la fin de la journée. Ensuite, ils attendront.
— Attendre quoi ?
— À vingt-deux heures six, chaque soir, les réseaux de contrôle lancent une mise à jour de quelques millisecondes pour se reconfigurer face aux changements militaires opérés autour de Paris. Cette fenêtre nous permettra de dériver les mises à jour en notre faveur, en coupant les forces armées engagées pendant quelques heures de toute communication et de toute source d’énergie.
— Les rendre aveugles ?
— Et sourds, muet, et paralysés. Ce laps de temps permettra à ceux qui nous rejoindront de se regrouper dans la capitale, et ensuite seulement, nous prendrons le contrôle de Paris.
— Pour nous faire massacrer par les forces armées restées à l’extérieur du périmètre ? Êtes-vous fou, Magister ?
— Il ne s’agit pas de liquider les forces armées, mais de lancer un ultimatum à l’État. Si nous sommes capables de réaliser cette opération, nous le serons tout autant si nous souhaitons amorcer un coup d’État militaire et renverser le pouvoir en place.
— Et l’ONU ? L’OTAN ? Sans parler des bombes soniques qui ont explosé hier… Avez-vous oublié toutes ces données ?
— Il y a tant de choses que vous ignorez, mon cher Magister Mark. Tant de choses.
— Ah oui ? Et lesquels alors ?
— Nous ne sommes pas des combattants ordinaires. Dans nos corps, car pour la plupart d’entre nous a été améliorés. Dans nos esprits, car nous croyons en nos actions. Nous croyons que l’avenir sera nôtre, et nous faisons et ferrons tout pour que cela devienne une réalité.

Il n’insista pas. Mais son regard trahissait son mécontentement.

— Bien, conclut-il. Mais j’aimerais parler de quelques sujets particuliers avec vous… seul à seul.
— Je suis ouvert à toute proposition qui irait dans le sens de nos objectifs.

Je me levais de ce trône, désormais écrin et source de mes pouvoirs sur tous ces hommes. Les laissant seul, mais sûr qu’en sortant de cette entrevue avec mon père, je retrouverais leur loyauté intacte.

Même si Marcus était sorti après moi de la salle du conseil, c’était bien lui qui passait devant, me guidant encore quelques instants sur un chemin réel. Une dernière fois, il était au dessus de moi. Mais cela ne durerait pas.

Nous arrivâmes dans ses quartiers, soigneusement entretenus. Le sol de béton gris qui avait été ciré le matin même luisait sous nous. Nos reflets aussi gris que la surface s’y réfléchissaient. Le caisson dans lequel il se « régénérait » était refermé, plongé dans la pénombre. Semblable au mien en tout point, avec sa surface en acier poli où brillaient quelques diodes bleutées qui clignotaient par intermittence. Trois monolithes noirs étaient installés sur l’un des murs. Des serveurs informatiques, particulièrement performants, et par où transitaient les informations délivrées par le Rezo. Malgré lui, mon ancien maitre avait laissé passer l’ordre que j’avais lancé quelques heures auparavant. Un ordre qui signait son arrêt de mort, dans un terme encore indéfini.

— Assis toi.

Deux sièges en bois laqués étaient disposés au centre de la pièce. Des objets précieux à en juger par leur décoration habile. Mais pour l’heure, seules les paroles de mon parrain m’importaient.

— Que souhaitez-vous savoir, Marcus ?
— Ce que je souhaite ? Mais je sais déjà tout, Kris ! Et c’est bien cela le problème.

Le masque glacé de son visage se fendit aussi durement que la teneur de ses mots.

— Je sais tout, Kristian. Pour mon plus grand malheur.
Maintenant, je connais Diogène. Je connais sa force et aussi sa plus grande faille. Je sais ce qu’il envisage pour moi…
Je me taisais. Par peur et par désespoir. Oui, je venais de condamner cet homme. Définitivement.

— Kris, qu’as-tu fait ?!

Jamais je ne l’avais vu aussi désespéré. Son œil organique était grand ouvert, tremblant sous le poids de la peur qui le rongeait.

— Je… je n’avais plus le choix, Magister
— Mon dieu… Kris…

J’étais bouleversé. Je venais de condamner cet homme, qui bien longtemps auparavant m’avait sauvé. Et à présent, il prenait conscience de cela.

— Je… Je suis désolé, Marcus… vraiment, je…
— Tais-toi !
— Mais…
— Tais-toi, Kris !

La colère avait fait suite à la peur. Une rage nouvelle enflammait son regard.

— Je t’ai élevé comme mon propre fils ! J’ai… essayé de te rendre heureux ! J’ai tout fait pour que quelque part dans ce futur, tu puisses vivre ta vie. La tienne ! Pas celle de ce… monstre que tu es devenu.
— Vous… Je
— Tu as fait un choix qui te coutera cher. Même si tu es et seras toujours mon successeur sur l’Ordo Humanis, à mes yeux, tu es pire qu’un traitre.
— Marcus…
— Je ne peux pas te tuer de mes propres mains. Mais crois-moi Kristian… crois-moi, je ferais bien pire que t’assassiner.
— Je n’avais pas le choix…
— Arrête ! TU as toujours eu le choix !
— Marcus…

Une larme coula sur ma joue.

— Le pire est à venir. Préparez-vous à de sombres jours, Magister.

La conclusion fut aussi tranchante qu’un rasoir.

— Je crains que la mort ne soit la seule issue de notre prochaine rencontre.
Il sortit de la pièce en claquant la porte. Mon protecteur venait de me dire adieu.

La perte d’un être cher.
La perte de mon corps.
La perte de mon innocence.
La perte de mes repères.
Longue était la liste de tout ce que je venais de perdre en quelques mois. Et malgré tout ce que j’avais gagné en contrepartie, je réalisais à l’instant même ou Marcus sortait de cette pièce que jamais je ne pourrais tout remplacer. Et même si je devenais le guide du futur de l’Humanité, il y aurait toujours en moi ce vide cruel.
Diogène s’était retiré depuis de longues minutes. J’effleurais mentalement la sombre aura qui l’entourait, espérant secrètement qu’il me viendrait en aide. Mais la seule réponse que j’avais pu obtenir fut un mot cruel et cynique.

— Le passé est le passé. Souviens-toi de cela, Kris. Il n’est jamais bon de vouloir s’y raccrocher au-delà d’un point raisonnable. Et Marcus, ça, c’est du passé.
Après tout, il avait raison, pensais-je. On ne remue pas le passé en pensant y trouver une solution viable.
Il fallait avancer à présent. Dire au revoir et non pas adieu à ce passé et ces souvenirs parfois vivaces. Avancer, juste cela.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
19 décembre 2012 à 13:42:24

La nuit avait fini par arriver. Planqué dans une maison abandonnée depuis midi, il réservait son impatience pour l’objectif à venir. Dans quelques minutes, il remettrait sa vie en jeu, au milieu d’une arène sans spectateur. Un jeu qu’il acceptait, sans haine ni passion. Un jeu bien étrange.
Quelques parts à l'ouest de Paris, entre deux boucles de la Seine, une grosse sous-station électrique qui alimentait l’équivalent de deux millions de personnes. L’ancien quartier d’affaire de la Défense, dont les tours brûlées et décapités dominaient un paysage fantomatique, la riche banlieue ouest, désertée, là où à présent la nature reprenait ses droits sur Nanterre, Puteaux, Neuilly, Boulogne-Billancourt, St-Germain, Cergy, et bien d’autres noms encore. Là où avant cette guerre, la richesse d’un pays se trouvait coincée sur quelques dizaines de kilomètres carrés à peine. Un poids historique recouvrait ces lieux. Un poids qui finirait par disparaître, avec le temps.

Devant la maison, sur la rue qui le séparait encore du poste électrique, des frênes avaient fini par pousser. Encore jeunes, ils ne devaient pas mesurer plus de deux mètres. Mais déjà, leurs envahissantes racines défonçaient le bitume, se disputant l’espace avec une mousse verte et des dizaines d’espèces de graminées semi-sauvages. La chaleur des derniers jours avait éveillé d’agréables odeurs de foins et de fleurs d’été, ramené par le vent d’ouest qui soufflait en rafales irrégulières. L’orage était à quelques kilomètres. Dans le ciel, d’effrayantes zébrures illuminaient par à-coup le crépuscule grisonnant et lourd du bassin parisien. Il se dit que cela ne pouvait que l’aider. Avec les trombes d’eau qui s’abattraient d’ici quelques minutes, la visibilité des soldats qui gardaient les lieux serait nettement réduite.

— HQ au soldat Valérien. À vous.

Le grésillement sifflant de la radio implanté dans le neurocasque le tira de son observation.

— Soldat Valérien. Un problème, HQ ? À vous.
— HQ. Soyez prêt à agir dans cent quatre-vingts secondes. À vous.
— Soldat Valérien. Bien reçu. Terminé
— Terminé. Silence radio.

L’homme se releva en s’étirant. Dix heures à ne presque pas bouger ankylosaient ses muscles entre douleur et fatigue. Il approcha sa main auprès de sa nuque, et appuya sur un discret interrupteur. En quelques secondes, le mélange de morphinique et de stimulant musculaire réveilla son corps. Un frisson de plaisir courut sur son échine.
Il réajusta son lourd fusil à impulsion ionique sur son épaulière, en le coulissant d’un mouvement sec pour le bloquer dans une encoche. Un curseur vert apparu sur son champ de vision. Il referma le casque intégral qui recouvrait son crâne et son visage. Le combat approchait. La pluie était aussi ponctuelle que le cadran blanc qui clignotait doucement sur le côté droit de la visière. Vingt-deux heures quatre et quarante-neuf secondes.
La pluie. Des seaux d’eau balancés depuis les cieux noirs et sombres qui se vidaient sur eux. La fin de soirée était à l’image de la journée tout entière : terne et agaçante.
L’unité avait été renforcée de trois hommes seulement. « Manque de moyen » avait-on expliqué au sergent, en lui refourguant des bleus qui ne connaissaient pas grand-chose aux réalités de ce terrain. Un endroit calme, préservé de la furie ambiante qui avait ravagé le centre de Paris la veille. Le gros des renforts était massé sur la proche périphérie, à lutter contre une foule en colère qui ne comprenait plus rien. Oui, vraiment, l’endroit n’était pas agité. Trop calme parfois, si bien que l’attention des militaires avait fini par s’émousser. Le seul cyborg de l’unité avait eût un comportement étrange le matin. Il semblait absent, et s’était plaint de violents maux de tête. Avant midi, il avait été rapatrié sur le site médical militaire de Clichy. Cela n’inquiétait personne. Les groupuscules terroristes ne s’attaqueraient pas à une cible éloignée du centre des combats, et surtout aussi bien protégée.

Un éclair zébra au-dessus des pylônes, avant de s’échouer quelques kilomètres plus loin sur une tour noircie. « Une soirée tranquille », pensa-t-il. Tous ses gaillards étaient installés sous la tente, à l’exception d’un seul qui montait la garde à l’entrée principale. Les caméras surveillaient le reste de l’installation. Il était confiant dans le dispositif mis en place. D’ailleurs, il ne comprenait pas pourquoi le renforcement avait été mis en place ici.
Il jeta un rapide coup d’œil aux écrans de contrôle. Rien. La pluie brouillait la vision infrarouge. Contrainte habituelle. Personne ne se serait risqué à les attaquer sous les torrents d’eau qui s’abattaient en ce moment même au-dessus d’eux. Les légendes urbaines à propos d’électrocution sous la pluie faisaient encore leurs effets. Les guérilleros étaient suffisamment stupides pour tomber dans ces mensonges grossiers.

Sa confiance lui suffisait.

Vingt-deux heures six. Les procédures de mise à jour allaient bientôt être terminées. Ils passeraient une nuit tranquille à présent. Vraiment, il n’avait pas de quoi se plaindre. Rien ne pourrait l’atteindre en cette heure grise et sans histoire. Par pur acquis de conscience, il connecta le micro transmetteur qu’il promenait en permanence sur lui. Roulier, le première classe en quart de garde devait pester contre le temps. Rien de bien méchant. Il devait s’ennuyer sévère. Il sourit ironiquement en y pensant. Lui aussi avait connu les temps pénibles et chahuteurs des premiers jours. Un bizutage en règle. Un simple jeu. Stupide, et sans histoire.

— Roulier, votre sergent vous parle. À vous.
Pas de réponse.

— Roulier, je sais que ce n’est pas drôle avec ce temps, mais c’est la vie. Allez, répondez.

Toujours pas de réponse.
Le sergent ne s’inquiétait pas. Une simple boutade, rien de plus.

— Roulier, je vais devoir sévir si ça continue, plaisanta-t-il.

Un bip grave indiqué que la connexion venait de s’établir. Le haut-parleur dans son oreillette grésilla quelques secondes, avant qu’une respiration profonde ne l’ait remplacé.

— Alors, on veut jouer les malins, Roulier.
— Non.
— Ah ?
— Jouer avec ta mort, hérétique.

Le sergent n’eut pas le temps de comprendre. Une rafale de flashs bleutés transperça les bâches marron de la tente. Les hommes qui s’y tenaient convulsèrent, avant de se raidir. Tous morts. Roulier le premier.

Le Valérien finit par surgir dans la tente. Son regard neutre inspecta la tente. À part lui, plus personne n’était vivant. Il s’approcha du sergent écroulé au sol et s’empara de son micro transmetteur, avant de le connecter sur son casque. Une tige métallique s’y ficha, lançant un ordre vers l’état major. La soirée était calme. Sans incident notable. Il s’arrêta sur le tableau de commande des caméras, chercha le lecteur multiports et y inséra une plaquette de verre fumé. L’image sauta, avant de se stabiliser sur des écrans désespérément calmes. Aucun homme ne trainait dans l’enceinte de la sous-station. Aucun homme que les caméras seraient en mesure de détecter.
Le soldat s’installa sur une chaise, et se connecta sur le canal crypté assigné pour cette nuit.

— Ici le soldat Valérien. L’objectif a été pris. Je répète, l’objectif a été pris. À vous, HQ.

Le silence radio dura quelques secondes.

— HQ au soldat Valérien. Beau travail.
— Merci, Magister Kris. A jamais je vous serais fidèle.
— Nous vous envoyons les renforts.
— Merci. Terminé.
— Terminé.

Le contact fût coupé. Oui, Valérien avait réussi. L’Ordo allait remplir sa première action d’envergure. Et il y avait pris part.

Cent trois cibles. En l’espace de quelques minutes, elles étaient toutes tombées, sans exception. Les pertes de notre côté s’élevaient à deux morts et une trentaine de blessés. Mais l’armée en avait souffert bien davantage. La prise des cent trois points stratégiques s’était soldée, à de rares exceptions, par la liquidation pure et simple des soldats qui tenaient leurs positions. Le premier bilan faisait état de plus de mille morts et cinq cents blessés, graves pour la plupart. Un succès total pour nous. La première partie de ce gigantesque test était concluante.

Il n’était que vingt-deux heures quinze. Mais déjà nous étions sûrs que nos positions ne seraient pas reprises avant le lever du soleil. Cela laissait une marge de manœuvre suffisante pour permettre aux dizaines de milliers de cyborgs qui affluaient de toute l’Europe de se regrouper autour de zones précises, attendant l’ordre d’assaut suivant. Si l’État refusait de se plier à ce siège virtuel, la prochaine offensive serait bien plus destructrice.
— Magister.

— Oui, Erwin ?
— Magister, ils vous attendent.

Je lui faisais un signe de la main.

— Je sais, Erwin.

Il ne répondit pas, et retourna dans le couloir. Le lourd siège s’insurgea en grinçant lourdement, tandis que les liens d’aciers se retiraient de mon corps. Je savais que mes hommes me réclamaient. Diogène le savait lui aussi, et, conscient du message que nous représentions sur leurs esprits, il décidait de me laisser faire.

— Nous serons toujours avec vous, Magister.
Febus était là. Un discret sourire effleura ses lèvres.

— Merci Febus, lui répondis-je en mettant ma main sur son épaule. Je saurais m’en souvenir.

Il savait que son rôle était capital. Les prochains jours seraient une source de travail énorme pour lui et les cybernéticiens de l’Ordo Humanis. Bien plus que de réparer des corps-machines, ils scelleraient l’issue de la bataille.
Mes pas me guidaient vers les étages inférieurs. L’afflux massif des Arrivants rendait la salle du Conseil, ainsi que n’importe quelle autre salle de la Forteresse inutilisable. La foule qui se tenait calme au pied du sombre bâtiment n’était qu’une part infime du raz-de-marée humain qui déferlerait sur Paris en quarante-huit heures.
Dans le hall, mes Fidèles. À peine en poste et déjà héros de guerre, les trois colonels se tenaient au garde à vous.

— Vous avez fait du très bon travail, messieurs.
— Nous ne faisons que vous servir, Magister.

Je souriais faiblement. Comment tout cela était possible ? La journée n’était pas terminée, mais je dirigeais une armée forte de plusieurs milliers d’hommes, réagissant au moindre ordre lancé sans discuter. Et plus que tous les autres, ils avaient la foi.

Léo ouvrit la voie. Nous franchîmes les portes métalliques qui gardaient l’entrée de ce sanctuaire de guerriers, grandes ouvertes pour l’occasion. La nuit se faisait sentir, tandis que des litres d’eaux nous lavaient de toute culpabilité. Il devait en être ainsi. Nous étions les sauveurs de l’Humanité.

L’avenue s’était transformée en place militaire. À droite comme à gauche, des centaines et des centaines de cyborgs se tenaient droits. Le regard neutre, immobile sous la pluie grasse et sale. Ils attendaient. Ils m’attendaient.
Je m’avançais jusqu’au pied d’un lourd piédestal, composé de multiples éléments métalliques. Des projecteurs et des relais de connexion WiFi à hyperdébit avaient été installés en à peine quelques minutes. Vingt-deux heures vingt-trois. Je ne cessais de m’émerveiller devant cette puissance que je venais d’éveiller, que je tenais à présent au creux de mes mains.

— Magister.

Léo me tira de ma torpeur, et fixa le haut du piédestal. Oui, ne pas oublier pourquoi je me tenais au milieu de cette avenue remplie à craquer d’hommes et de femmes. J’escaladais cette pyramide étonnante, faite de technologie à la beauté brute et sommaire, semblable à une nature réinventée. Les trois colonels me suivirent, avant de se placer derrière moi. Du haut de mes deux mètres, je dominais une foule qui m’apparaissait plus importante encore qu’au premier regard. Diogène s’insinua dans mes pensées sans crier gare. Il ne fallait pas perdre la tête.
Je levais les bras en signe d’apaisement. Mais le seul bruit qui courrait avant ce geste était déjà celui de la pluie qui arrosait dru le goudron de la rue.

— Mes frères, je tenais à vous remercier d’avoir mis vos vies en jeux pour nous rejoindre. Pour cela, je vous serais à jamais redevable.
— Nous servirons le Magister Kris à présent et pour toujours.
L’écho des voix humaines et synthétiques résonna plusieurs secondes. J’en profitais pour me concentrer davantage.
— Ce soir, nous faisons l’Histoire. Non plus comme les parias, mais comme les futurs maîtres de ce Monde qui se meurt. Nous aussi, nous sommes humains et croyons sauver l’Humanité.
Avec vous, frères et sœurs, je veux sauver l’Homme de sa propre destruction. Entendez-vous cet appel désespéré qui vient du cœur de chacun d’entre nous ? Entendez-vous, ces quelques mots fragiles que tous nous disent ce soir ?
— Oui, nous l’entendons.
— Ils crient : sauvez-nous ! Toute cette folie qui ravage en ce moment même Paris et la France n’est que l’étincelle d’un incendie qui détruira notre belle Terre si personne n’agit avec discernement. Le chemin dangereux qui s’ouvre à nous ne sera pas facile. C’est un combat qui s’annonce sous de bien sombres auspices. Mais nous avons la foi. Nous voulons et nous croyons en ce changement.
— Nous suivrons cette voie. Nous serons les Sauveurs.
— Sauverons-nous l’Homme ?
— Nous le sauverons !
— Sauverons-nous la Terre et la Vie qu’elle porte ?
— Nous la sauverons !
— Sauverons-nous l’avenir ?
— Nous le Sauverons ! Tous, nous les sauverons !

Le silence s’installa à nouveau pour quelques instants.

— Je m’en remets à votre jugement, frères et sœurs. Devant votre libre arbitre, je vous demande de choisir, à présent, quel futur sera le vôtre.
— « Je servirais le Futur dans la Force et dans l’Honneur. Le Magister Kris est mon guide et je suis à tout jamais son fidèle serviteur » récita la foule d’une seule et même voix.
La lumière diffusée par les projecteurs se fit plus forte. Erwin fît un signe, et quelques hommes, et deux caméras hautes résolutions se retrouvèrent face à moi. À présent, l’État devait savoir à qui ils avaient à faire.
Des mots murmurés s’échangeaient. Les réglages furent rapides, et on me fît signe de commencer.
Nous ne pouvions plus reculer. La guerre était inéluctable.

azc
azc
Niveau 10
19 décembre 2012 à 14:59:38

C'est amusant de faire le bilan de tous les camps dans lesquels est passé Kris. Et tous les postes qu'il a occupé en si peu de temps!

On a donc Lyon contre Paris. Paris aux mains de la machine. La machine contre l'homme et le tour de force, c'est qu'on prend parti pour l'homme.

Finies les réflexions sur les états d'âmes du cyborg. Le regalium prend la tête des armées et devient le chef d'un puissant groupe de terroristes à qui rien ne semble pouvoir échapper.

Le coup du brouillage radar ou du piratage, j'appellerai ça comme ça, est bluffant. Reste que le grand méchant n'est pas encore entré en jeu, je pense. On attend le climax avec impatience.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
21 décembre 2012 à 09:33:38

Suite ?

azc
azc
Niveau 10
21 décembre 2012 à 17:09:12

Oui, volontiers !

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
22 décembre 2012 à 07:15:20

XI.

Le visage gras du ministre persista quelques centièmes de secondes sur mon champ de vision, me laissant seul, à nouveau. Il avait laissé la peur agir sur ses sentiments. La carapace qu’il avait tenté de former avec des mots aussi stupides que lui s’était fendue bien trop vite. Personne n’avait statué sur le cas de la Confédération. Personne n’était en mesure d’évaluer cette force grandissante qui allait peser de tout son poids dans la bataille qui s’engageait.

Il était prés de minuit quinze. Je me demandais secrètement ce qu’en aurait pensé mon père, à présent déchu de ses fonctions. Diogène m’avait conseillé de le laisser s’enfermer dans ses quartiers, en le mettant sur écoute. Simple précaution, avait-il prétexté. Mais je savais bien que nous l’isolions, pour mieux le tuer ensuite. Cette pensée m’attrista.

— Magister Kris.

Je tournais la tête vers la porte de mes quartiers. Léo s’y tenait, lourdement vêtu de sa plus puissante tenue de combat. Je ne pus réprimer un léger frisson face à une telle démonstration de force. Un trait noir et appuyé, énergie brute et ambitieuse qui s’incarnait un homme. En cet homme.

— Assis toi, Léo.

Il s’exécuta. Son regard se promena dans la pièce. Quelques spots éclairaient ici et là divers objets. Une table en métal, le terminal informatique, la cuve de régénération, et le poste de connexion où je me tenais, encore relié aux Rezo par plusieurs câbles.
D’une simple pensée, je leur ordonnais de me libérer. Sans bruits, ils se retirèrent. La porte derrière le colonel se referma en chuintant. Nous étions seuls.

— Il a refusé, lâcha-t-il d’un ton neutre.
— Tout le monde le sait, maintenant.
— Oui, Kris. Tout le monde sait cela.

Silence creux. Je me donnais le luxe de quelques secondes pour réfléchir. Refus. Refus de vivre ou de s’adapter, je ne le savais pas encore. Cette situation me rendait bien plus perplexe que mes fidèles colonels. Je sentis un pli de fatigue au dessus de ma paupière, avant de me ressaisir et de laisser le bloc massif de la non-émotion dévorer mon visage.

— Léo, nos hommes sont-ils prêts ?
— Ils n’attendent plus que le signal du départ. Nous avons soigneusement planifié l’offensive terrestre et aérienne.
— Combien d’hommes ?
— Un peu plus de quatre mille en ce moment. Surement vingt à trente mille d’ici le début des opérations. Les derniers foyers de résistance sont en train d’être sécurisés en ce moment même.
— Ce qui nous laisse quelques heures de répit… et un terrain d’opération en notre faveur.
— Oui, Magister.

Bien que sa voix reste neutre, je sentais une pointe d’excitation anxieuse au creux de ses syllabes. Les conditions étaient idéales pour notre victoire, mais rien n’était encore acquis. Nous étions maîtres que de Paris et d’une partie de sa banlieue, même si le reste de l’Ile-de-France tomberait dans quelques heures à peine. Avant le lever du soleil, nous devions être prêts à avancer. Nos ressources, bien que nombreuses, n’étaient pas inépuisables. Et le nombre croissant de cyborgs serait une arme à double tranchant. Un nombre imposant signerait une victoire nette, mais serait couteux en logistique. Logistique encore fragile, et dont l’effet serait dévastateur en cas d’offensive trop lente. Non, décidément, nous devions compter sur la nuit et le silence. Telles des lionnes en chasse, l’effet de surprise restait encore nous plus bel atout.

— Et la situation sur le terrain ? Demandais-je d’un ton à peine moins détaché.
— Sous contrôle totale, Magister. Les derniers nids de résistance sont en cours de nettoyages. D’ici une heure toute au plus, le terrain sera totalement sous contrôle.
— Pas de fuite possible ?
— Le calcul de probabilité le juge négligeable. En dessous de trois pour cent, répondit Léo.
— Et les autres ?
— Assimilation par nano-implantation.
— Ou alors ?
— Nous n’avons d’autres choix que d’abattre les traitres, Magister. C’est une question de logique.
— Une question de logique... Léo...

Je sentis la prise de Diogène sur mon esprit se resserrer. Cruel de rationalité, il exigeait par ma voix. Contraint et forcé, il m’arracha une poignée de syllabes.

— Affiche une carte sur holo, Léo. Je veux... le voir.
— Bien Magister.

Son oeil droit, totalement artificiel, projeta une série de traits dans l’espace qui me séparait de lui. Une série de points rouges et orangés clignotait doucement, sans à-coup. Douceur de la lumière, alors qu’à quelques kilomètres, les balles fusaient et les hommes tombaient.
Je me concentrais sur le centre de la carte, et je tressaillis.

— La zone interdite numéro dix-sept... Déclarais-je à haute voix, davantage à moi-même qu’à Léo.
— Oui, Magister. C’est la dernière poche de résistance qui est problématique en ce moment.

L’image se transforma. La carte devint projection plane de l’un visio-casque de mes hommes.
Et au milieu, un visage familier. Kalaz. Il hurlait à la mort, fusil en l’air. J’eus une fraction de seconde l’espoir qu’il se rendait. Pas qu’il souhaitait sa propre fin. Une rafale ionisée claqua dans l’air, et Kalaz tomba à la renverse. Pour de bon.
Diogène relâcha son emprise. En guise de consolation, il me laissa quelques mots, acides.
« Ce ne sont que des Hommes, Kris. Et ils ne sont plus notre Humanité ».

La nuit était là. Belle, pure, dangereuse.
Seuls ses yeux et son fusil d’assaut le séparaient d’une mort certaine. Il respira profondément plusieurs fois, pour se donner davantage de courage.
Il savait déjà que tout était joué. Tout était terminé. Tout, ou presque.
Il longea avec prudence un long mur gris rendu noir par l’absence de lune et de lumière artificielle, avant de s’agenouiller et de se recroqueviller sous un escalier recouvert d’une mousse poisseuse et collante. Avec un peu de chance, il pouvait encore espérer s’échapper à travers les mailles de ce dangereux filet.

Mais cette nuit, la chance semblait avoir changé de camp. Depuis le début de la soirée, plus rien n’allait. Il avait fallu laisser la position à l’ennemi, faute d’ordre de l’État major, avant de se replier et de tomber dans un guet-apens. Terrible erreur de la part du sergent, qui avait dû y laisser sa vie et celle de quatre autres compagnons d’armes, pour permettre au reste de l’unité de se disperser. À présent, cela faisait deux heures qu’il courrait, évitant du mieux qu’il pouvait ces étranges soldats, qui tenaient Paris sous leur contrôle.

Karl était encore debout. Seule la chimie complexe de son corps organique, stimulé par le stress intense et l’adrénaline en dose massive lui permettait de tenir physiquement et psychologiquement. Mais ce stratagème ne pourrait pas éternellement durer. Dans une heure tout au plus, il lui faudrait être à l’abri, pour laisser son corps se relâcher, avant de trouver un véritable plan pour fuir. La seule solution possible, se disait-il, était d’abandonner ses habits de militaires. Tant pis s’il désertait. Ce qu’il avait vu dépassait l’entendement humain.
Le bruit des pas mécaniques se rapprochait. Mais Karl ne l’entendait pas. Il se déshabillait, sans pudeur aucune, espérant secrètement que cela suffirait.

Mais tout avait changé cette nuit. Tout, y compris sa vie.
Le cyborg s’approchait de sa cachette dérisoire. Karl retint son souffle, mais rien ne semblait stopper la progression. Karl y croyait encore. Tout allait bien se passer, pensait-il. Imaginer le contraire revenait à signer son arrêt de mort.

Mais le cyborg l’avait détecté depuis plusieurs dizaines de mètres déjà. Sa façon de fuir dans le contexte de cette nuit étrange l’avait tout de suite alerté. Il l’avait pisté, conscient que le militaire se retrouverait rapidement face à lui. Alors, sans surprise, il le sortit de cet escalier, recouvert de chaires sanglantes et de substances humaines. Sans le savoir, ce soldat s’était réfugié là où, précisément, l’un de ses camarades avait cessé de vivre, déchiqueté par le souffle incandescent d’une grenade. À présent vêtu de ses seuls sous-vêtements, sacrifiant son honneur à la fureur obsédante de vivre.
Karl regarda cet ennemi hybride, si semblable et pourtant si différent. Au fond de ses yeux, seule la patience froide animait ses mouvements. Il n’avait plus peur, contrairement à lui.

— Veuillez décliner votre identité, lâcha le cyborg.
Karl resta muet. La peur terrassait sa volonté et sa langue
— Je répète : veuillez décliner votre identité.
Il déglutit. Il fallait bien affronter la vérité. Il fallait bien choisir, entre une demi-vie ou une mort complète. Karl laissa la raison l’emporter.
— K… Karl Lelier.
Le cyborg le scanna des pieds à la tête, avant de reprendre, sur le même ton, monocorde.
— Par voie de fait, vous êtes déclaré hors-la-loi, et prisonnier de guerre de la Confédération.
Karl soupira faiblement, alors que son ennemi sortit du néant une seringue translucide. Il ne sentit rien lorsque l’aiguille s’enfonça sans ménagement dans sa carotide. La substance annihila toute forme de résistance, tandis que son cerveau s’endormait dans une illusion apaisante aux couleurs pastel et aux sons en sourdines.
Karl bascula. Sans cri et sans résistance, il avait dit adieu à sa vie.

Alors que la nuit s’avançait, les derniers foyers de résistances étaient définitivement mis hors de contrôle. Ce fut vers une heure trente que la confirmation arriva à la Forteresse. Tous les colonels avaient rejoint leurs commandements, attendant calmement l’heure de l’assaut.
Les mouvements militaires de la Confédération se firent plus intenses à mesure que l’on se rapprochait de deux heures, massivement vers le sud et l’est de la zone sous contrôle.
Seul avec Diogène, je me préparais depuis de longues minutes à rejoindre le théâtre des opérations, à bord de l’un des transporteurs d’observations, lorsqu’Erwin surgit sans prévenir dans mes appartements.

— Magister, un appel prioritaire de rang zéro.
— Bien.

Je dissimulais ma déconvenue de voir ma sortie retardée, déconvenue bien vite remplacée par une joie froide lorsque je vis apparaître un visage qui ne m’était pas inconnu, dans le brouillard bleu de l’holo.

— Regalium… Kris ?
— Magister Kris, rectifiais-je aussitôt. Ainsi, tu as finalement choisi, Foro.
— Oui, Magister. À présent, j’ai compris.
— Sois le bienvenu parmi nous, Foro. Je t’attendais depuis de longues heures.
— V… veuillez m’excuser Magister, bredouilla-t-il. J’ai douté de tout cela.
— L’avenir intrigue, Foro. Je comprends ta réaction.
— A… alors, il n’est pas trop tard ?
— Non. Il n’est pas trop tard pour ce futur, Foro. Rejoins-nous à ces coordonnés. Nous te récupérerons d’ici une dizaine de minutes.
— Merci Magister, répondit-il non sans une certaine émotion. Je vous serais fidèle.
— Je le sais, Foro. Alors, rejoins ces coordonnées le plus rapidement possible.
Erwin, resté en retrait, s’avança à nouveau vers moi.
— Le transporteur est prêt, Magister. Nous n’attendons plus que vous.
Je sortais de la pièce, il me suivit.
La bataille nous attendait.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
22 décembre 2012 à 07:27:35

Vrombissement sourd. Aucun bruit ne filtrait dans la cabine, hormis celui, doux et puissant, du moteur plasma. Deux hommes s’y tenaient, plus concentrés que jamais auparavant.

— En position sur coordonnées, lâcha l’un d’entre eux.

Une série de bruit électronique suivit ces mots, avant qu’une autre voix, tout aussi artificielle, leur réponde
.
— Bien reçu. Autorisation accordée pour attaque.
— Merci. Terminé.
— Terminé.

Le silence des mots. Les ordres étaient clairs, indiscutables. Il fallait agir, à présent. Le pilote du transporteur d’assaut ajusta sa vision artificielle sur le terrain quelques dizaines de mètres en contrebas, tout en réduisant la vitesse et en stabilisant l’engin. Son coéquipier était le capitaine du vaisseau. Il se leva, et se dirigea vers le pont arrière, où une vingtaine de cyborgs et de soldats attendaient, froids, neutres, et armés jusqu’aux dents. Il les regarda simplement, avant de leur faire comprendre l’imminence de l’assaut.

— Largage sur zone dans soixante secondes.

Quelques bruits mécaniques résonnèrent faiblement dans la soute aux lueurs vertes, tandis que les soldats ajustaient les derniers éléments de leur mission : corps, armes, senseurs de combats, esprits verrouillés aux émotions intenses. Le capitaine laissa surgir une holoprojection de son oeil gauche, qui se figea au milieu des combattants.

— Cible à capturer vivante, je le rappelle.
— Oui, capitaine. Répondirent-ils.
— Largage sur zone dans dix secondes, reprit la voix désincarnée du pilote.

La porte de déchargement s’ouvrit sur le ciel nocturne, couleur de guerre. Le bruit lancinant des combats pénétra dans le vaisseau, et les hommes s’avancèrent vers la mâchoire ouverte, prête à sauter dans le vide.

— Largage !

Éclats brillants des corps en action. Une poignée de seconde s’écoula, et tous étaient partis, hormis le capitaine, qui resta quelques instants face au vide, avant de prononcer simplement.

— Largage effectué. Fermeture pont de déchargement.
— Oui, capitaine, répondit le pilote.

Deux battements de coeur. Boum, boum. Un bruit sourd, presque anodin, rendu inaudible par le vacarme alentour. Boum, boum. Il crie quelque chose, mais ce quelque chose reste coincé dans sa gorge, râle gargouillant et répugnant accroché à ses cordes vocales. Boum, boum. Deux contractions myocardiques disharmonieuses. Le coeur chancelle. La douleur accélère son rythme, mais son débit s’écroule soudainement. Il n’a pas d’esprit, mais son âme s’écrie devant tant de mal.
Deux battements de coeur. Boum, boum. Une fulgurance polychromatique intense a définitivement envahi le champ restreint de sa vision. De belles, de chatoyantes couleurs qui caressent ses sens, le leurrant malgré lui. Vilaine blessure que celle qui transperce son abdomen, oeuvre d’une balle à fragmentation. Le sang, noirâtre, s’écoule grassement sur la poussière de l’été. Son cerveau s’offusque, interloqué, privé d’oxygène en quantité suffisante pour lui montrer une réalité objective beaucoup moins attrayante que l’expérience psychosensorielle extraordinaire qui enchante les dernières notes de sa partition.

Deux battements de coeur. Boum. Boum. La couleur brille plus fort, son esprit s’élève vers des hauteurs insensées, son corps choit lourdement dans un sol crasseux. Regard d’azur porté vers l’infernale lueur verdâtre de l’ennemi. Ça n’aura plus jamais d’importance. Boum, Boum. Un peu de temps, et il s’en va. Boum, boum. Personne ne se rend compte de la situation, surtout pas lui. Boum, boum. Boum.
Silence, l’âme s’endort. Le guerrier est fatigué, son coeur aussi. La douleur aura eu raison de lui.
Cri. Peur. Lumière. Vie et Mort.

Il retourna le corps d’un mouvement sec du pied, s’assurant que son ennemi était effectivement passé de vie à trépas. Son bras s’abaissa vers le torse, sa main agrippa le cou de la poupée humaine, et ses yeux enregistrèrent la moindre parcelle cutanée du soldat. Le cyborg sembla marmonner quelque chose entre ses lèvres, avant de se retourner vers l’un de ses coéquipiers. Sa tête répondit par la négative, et il se contenta d’avancer encore un peu, son fusil épaulier rougeoyant encore de la dernière salve tirée voilà quelques secondes.

Le claquement sec d’un canon à impulsion vibra à quelques dizaines de mètres, et un projectile frôla leur position avant d’aller s’écraser sur un arbre mort, qui s’embrasa aussitôt.

— Cinquante mètres environ, Constantin, murmura le cyborg dans son casque intégral.
— Bien reçu Antoine, lui renvoya le haut parleur.

Ils avancèrent d’un pas lourd, mais prudent. La situation, loin d’être défavorable, restait néanmoins sérieuse. La vingtaine d’hommes parachutés depuis le transporteur était encore vivants, mais trois d’entre eux étaient déjà blessés, dont un assez sévèrement pour être hors d’état de combattre. Et la cible restait toujours introuvable. Constantin envoya une mise à jour sur son système visuel, et la les nuances vertes et noires du visuel de nuit virèrent sur de grandes taches colorées.

— Une dizaine de soldats autour du canon, deux hommes isolés dix mètres plus loin.
— Parage en arme hypodermique, ajouta Antoine.

Avancer, toujours. Une autre série de projectiles se dirigea vers eux, projectiles qu’ils évitèrent sans ciller. Ils ne devaient plus être qu’à une vingtaine de mètres du canon. Le corps d'Antoine s’activa étrangement, plusieurs plaques en carboacier prenant place sur des parties exposées son torse et de ses épaules. Les couleurs se précisaient davantage, il s’arrêta silencieusement pour activer une série de paramètres.

« Mode furtif activé » clignota en haut à droite de son champ de vision. Il s’assura que son camarade en avait fait de même, tout en déclenchant sur son avant-bras une minuscule trappe d’où sortit un projecteur à fléchette. Le taux d’anesthésique se régla sur une dose non mortelle, et un essaim de fines aiguilles fila. Une seconde plus tard, il perçut sans y prêter attention les exclamations agacées puis alarmées des soldats ennemis. Une frénésie étrange s’empara d’eux, et le canon à impulsion tira à nouveau, beaucoup plus rapidement qu’avant.

Antoine se jeta à terre, juste à temps, mais Constantin fut trop lent. Une boule blanche frappa sa cuisse gauche à mi-hauteur, en crépitant sinistrement.

— Appel unité médical d’urgence, murmura Antoine dans son intercom. Blessure par canon à impulsion sur le soldat Constantin Drivnek à hauteur de cuisse.
— Bien reçu, grésilla une voix désincarnée sur son module auditif.

Il se pencha vers l’homme, puis vers sa cuisse. Aucun trait de douleur ne déformait son visage. Il avait déjà dû s’administrer une importante dose d’analgésique.

— C’est grave ? Demanda d’une voix étonnement neutre Constantin.

— Tu auras une belle jambe toute neuve, ironisa Antoine en lui injectant un cocktail coagulogène quelques centimètres au dessus de la blessure béante. L’abondant saignement s’arrêta presque aussitôt, tandis qu’il appliqua un antiseptique sur les chaires sanglantes et noircies par la décharge ionique.

— S’il n’y a que ça...
— Je continue, coupa Antoine.

L’autre hocha simplement la tête. Il ne pouvait rien faire d’autre que rester allongé, à attendre les secours.
Antoine ne regarda pas en arrière. Son camarade survivrait, c’était l’essentiel. Sa concentration se reporta à nouveau devant lui, tandis qu’il entendait nettement le bruit de corps chutant au sol. Les fléchettes avaient été efficaces. La cible serait capturée dans une poignée de minute.
Le canon resta muet. Seul le froissement des feuilles dans le vent généré par les combats et le sourd grondement de l’artillerie résonnait à présent. Son pas soulevait de faibles nuages de poussière, tandis que le canon se précisa devant lui. Sans faire attention, il le dépassa. De la dizaine d’ennemis visée, aucun n’était debout. Tombés, sans douleur. Il détourna son regard, vers un escarpement de deux ou trois mètres qui le surplombaient. Son viseur détecta aussitôt la présence des deux hommes, qui, paradoxalement, ne cherchait pas à fuir. Il grimpa, foulant de ses bottes mécaniser l’herbe séchée, avant de se retrouver nez à nez avec eux. La consigne était claire, il fallait absolument garder la cible en vie, même au prix de mort dans les rangs de la Confédération.

Ils se tenaient raides et dignes, le regard porté vers les soldats, étalés au sol. Antoine fixa le plus vieux d’entre eux, le forçant à détourner ses yeux vers la lourde armure blindée. La cible, pensa-t-il en une fraction de seconde. Il arma son projecteur pour l’empêcher de fuir, lorsqu’une voix l’interpella.

— C’est inutile, Antoine

Un individu s’avança. Regard lumineux caractéristique des cyborgs, attitude sûre, mais non arrogante, corps brillant de métal. Antoine se recula d’un pas.

— Veuillez m’excuser, caporal...
— Il n’y a aucun ma. Sans votre précieuse manoeuvre, nous n’aurions pu les capturer vivant.
La cible lança un regard froid vers le capitaine de l’escadron.
— L’armement ennemi a été neutralisé. Dix-sept morts, vingt-trois blessés, et douze indemnes, continua le caporal. L’opération est un succès.

Maurlez ne répondit pas.

— Le colonel Dernec’ h souhaite voir la cible au plus vite. Deux transporteurs seront sur zone d’ici quelques minutes...
— Mon caporal, Constantin est blessé, coupa Antoine.
— En danger ?
— Non, mais sa cuisse gauche est amputé. J’ai réussi à stopper l’hémorragie, mais il ne pourra pas...
— Ce ne sera pas un souci, Antoine. Il a bien combattu, et il survivra. Le cybernéticien et le chirurgien arrangeront cela rapidement.

Quelques cyborgs de la Confédération arrivèrent derrière eux. Eux aussi, portés par cette expression sans joie ni haine qui peignait leurs visages.

Maurlez sourit, ironique. Pas la mort, pour lui et ses hommes. Il devinait qui était le commanditaire de cette mission, pour son plus grand déplaisir.
A côté de ce qui l’attendrait sûrement, il regretta amèrement de ne pas figurer au rang des disparus.
L’ironie de la situation. Voilà ce qui lui restait.

azc
azc
Niveau 10
22 décembre 2012 à 08:05:48

Wahouuu ! Y en a à lire ! Je fais ça dans la journée!

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
27 décembre 2012 à 11:57:54

Je poste la suite sous peu :hap: ...

Dsouls
Dsouls
Niveau 11
27 décembre 2012 à 12:04:32

C'est ici que tu relâches ton sphincter ?

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
27 décembre 2012 à 12:05:51

Ma boite à MP est grande ouverte.
Je te prierais de ne pas venir troubler la quiétude de mon topic. De toute manière, je ne répondrais pas ici à tes piques.

Typhoon666
Typhoon666
Niveau 10
27 décembre 2012 à 12:05:56

Salut toi :-)
Je ne crois pas t'avoir déjà vu sur e forum,t'es nouveau?

Dsouls
Dsouls
Niveau 11
27 décembre 2012 à 12:26:01

Pas pour longtemps.

haloff1
haloff1
Niveau 8
02 janvier 2013 à 15:13:37

Et après une longue pause aléatoire, je lis enfin la suite!
A savoir le chapitre trois.

Je crois bien qu'il est mon préféré. Il y avait moins voir beaucoup moins de description à la fin du chapitre mais en ce faisant, le rythme s'est retrouvé accéléré. Les évènements ont pu s’enchaîner.

A plus tard ++.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
02 janvier 2013 à 15:25:49

Merci pour ta lecture haloff :-) .

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
09 janvier 2013 à 13:31:23

XII

Léo enregistra les informations sur son cortex cybernétique, avant de vérifier le taux de probabilité, qui se révéla excellent. Les coordonnées suivirent la même procédure, avant d’être retransmises via le Rezo sur la ligne de front. Les noeuds de communication furent pris d’une intense frénésie, dédoublant et multipliant la retranscription du colonel sur autant de postes de commandement avancés. Évry, Poissy, Versailles, Créteil purent assistés au spectacle étrange d’hommes vêtus d’armures effrayantes cesser leurs implacables marches quelques secondes, avant de repartir vers une autre direction. L’ordre, toujours identique à la première retranscription, s’approchait toujours plus du front, ne cessant jamais sa division. En quelques dixièmes de secondes, des milliers de soldats avaient accès à ces coordonnées, devenues objectifs de priorité absolue.
Le capitaine Keller, dont l’escadron enchaînait les succès depuis le début de l’offensive, cru d’abord à une erreur d’encodage. Mais les relais de transmission étaient trop fiables pour commettre une aussi grossière faute. Il fixa attentivement la série de chiffres, de symboles et de lettres rouges qui clignotait sur l’écran du neurocasque, avant de se diriger d’un pas rapide vers le poste de transmission.
— Melanchter, c’est quoi ce message ? Une série de coordonnées ?
— Oui, capitaine répondit l’opérateur. Le message vient directement du colonel Jurdard.
— Un codage crypté ?
— Pour cortex cybernétique, poursuivit le soldat. L’I.A de transmission nous a retraduit une version compréhensible.
Keller pesta intérieurement. De précieuses minutes gâchées par la faute de son corps organique. S’il voulait atteindre la perfection du sang et de l’esprit qu’il vénérait tant, il allait falloir redoubler d’effort.
— 47. 805 Nord, 3.571 est, débita le soldat. Centre-ville d’Auxerre.
— Merci, Melanchter.
Le regard de l’officier s’assombrit. Un objectif de priorité absolu à cinquante kilomètres du front. Sens tomberait dans les minutes, grâce aux transporteurs d’assaut et aux troupes d'élite.
La ligne du jour se dessinait déjà, très loin à l’est. Le temps jouerait en leur défaveur, et la couverture technologique déployée ne s’étendait pas indéfiniment au-delà de Sens.
Il retourna vers la tente, et demanda à 48 G de contacter le centre de commandement d’Évry. S’il fallait agir, ce serait dans les minutes et non dans les heures à suivre. La connexion fût établie, et le visage d’un officier apparu.
— Capitaine Keller au commandeur Lothart, déclara Keller.
— Bien reçu, capitaine, répondit l’officier. Pour quelle raison me contactez-vous ?
— L’ordre de priorité absolu, commandeur. Aucun ordre précis n’a suivi les coordonnées.
— C’est une mission de rang absolu, capitaine. Seuls des cyborgs de classe supérieure sont aptes à réaliser cette mission.
— Nous ne les appuyons pas ?
— Bien, au contraire. Vous couvrirez la périphérie de Sens jusqu’à la prise de l’objectif.
— Bien compris, commandeur, fit Keller d’une voix résignée.
— Quelque chose ne va pas, capitaine ? Demanda Lothart.
— Est-ce là la seule chose que mes hommes soient capables d’accomplir ?
— Votre courage et votre ténacité ont joué en votre faveur, capitaine. Ne doutait pas que le Magister et les Colonels se montreront plus que généreux envers vous, au moment voulu.
— Excusez-moi de vous avoir importuné, commandeur.
— Ce n’est rien, capitaine. Ce genre d’imprévu ne se reproduira plus.
— Compris, commandeur. Terminé.
— Terminé.
Keller coupa la connexion, avant de soupirer. Le détail des ordres allait sans aucun doute suivre les coordonnées. Déçu, il lança un regard empathique vers Melanchter.
— Vous avez fait un travail admirable, soldat.
— Merci, capitaine.
— Ne relâchez pas votre attention. Nous ne devons pas faillir à la tâche que le Magister nous a confiée.
— Oui, capitaine.
— Nous levons le camp. Tout doit être prêt dans une demi-heure.
— À vos ordres, capitaine !
Keller se détourna vers l’aurore encore naissante. Hasarde ou non, celui qu’il vénérait comme un héros avait de peu dit les mêmes mots, six mois plus tôt. Keller l’ignorait.

La vitesse retomba brusquement. Du moins, ce fut l’analyse qu’en tira Foro lorsque la pesanteur provoquée par la puissante poussée du moteur à plasma cessa, et que l’holo-transpondeur qu’il promenait dans ses mains lui échappa, pour finir sa course au sol, sur quelques images étranges. Des enregistrements de vieilles coupures de presse datant des années deux-mille-dix, sans liens évidents entre elles, défilaient de manière aléatoire sur un pan anguleux de la cabine.
— Encore ? Lâcha Foro, excédé.
Depuis qu’il avait rejoint l’équipe chargée de cette délicate mission, le transporteur affrété par la Confédération avait déjà interrompu par trois fois son vol monotone et bourdonnant en direction de Lyon.
— Une autre procédure sécurité ? Demanda un des hommes.
— Oui, répondit nonchalamment le pilote au regard de verre et d’acier.
L’homme, âgé d’une trentaine d’années, s’assoit en soupirant lourdement. Cela faisait à présent prés de deux heures qu’ils avaient quitté Paris. Il passa une main abimée de cicatrices dans sa barbe châtaine, avant de suivre les courbures de son visage et de laisser ses phalanges s’échouer sur une nuque large et musculeuse.
Foro lui tendit une main amicale.
— Foro, déclara-t-il.
— Julian, répondit l’homme. Ravi de te rencontrer.
— Moi aussi.
Foro fit mine de s’intéresser à l’holo, simple cube aux faces d’acier poli, avant de se redresser brusquement.
— Par le Magister ? Débauché, je veux dire ...
— Juste une holovidéo. Je ne l’ai pas vue, enfin, pas comme je te vois tout de suite ...
— Et le contrat ? Coupa Foro.
— Président du Conseil, continua Julian, ne prêtant aucune attention aux questions de son cadet. « «Un objectif attrayant. Et toi ?”
— Ministre de la Défense.
Julian haussa un sourcil, avant qu’une moue faussement intéressée ne vienne s’y ajouter.
— Une première ?
Foro nota la curiosité aiguisée de l’homme. Dans cet univers malsain, il y avait certaines limites à ne jamais franchir. S’il n’y avait eu les ordres du Magister, il aurait été bien inspiré de liquider ce tueur à gages sitôt le contrat rempli.
Julian remarqua le regard flamboyant que lui lança le jeune homme. En empiétant ainsi sur ce qu’il convenait d’appeler “la marge de sécurité”, il en apprenait un peu plus sur les autres agents. Julian, comme tous ses collègues d’une nuit n’utilisaient que des noms d’emprunt. Cela faisait à présent une bonne décennie qu’il pratiquait cette profession, ou misère et richesse se côtoyaient bien trop souvent.
— Tu devrais savoir qu’on ne pose jamais cette question, répliqua Foro d’un ton glacial.
Julian se contenta de hausser un sourcil, et se détourna du jeune criminel. Sa main droite se déplaça encore, pour s’arrenter sur une des nombreuses poches de son large pantalon noir, et en sortit une modifier trousse en cuir, usée. Il l’ouvrit, saisit l’injecteur hypodermique qui s’y trouvait, et se planta le dard en étain sans scrupule, malgré les regards intrigués ou irrités des autres passagers du transporteur. De la S-neurine, à vingt-et-un pour cent. Sa dépendance le forçait à prendre des doses considérables, qui se rapprochaient du seuil mortel des vingt-cinq pour cent. Ses pupilles se contractèrent, et il inspira profondément.
À part Foro, le pilote et lui, deux autres personnes se tenaient dans l’espace réduit de la cabine. Une femme et un homme, d’âgés moyens, au regard concentré et calme. Aucune expression ne courrait sur leurs visages, hormis celui de l’attente. La femme, habillée de façon à masquer ses formes, lançait un regard insistant sur Julian, alternant entre le regard bleu roi de l’assassin et son injecteur, encore rouge de la S-neurine.
— Un problème ?
— Oui, répondit la femme. Je ne bosse pas avec des camés.
— Sauf que le camé pourrait bien te tuer avant que tu n’aies le temps de dire quoi que ce soit, mademoiselle.
— On m’appelle Maria. Et je sais que tu fais nommer, Julian, pas vrai ?
— Oui, grommela-t-il.
— Quelque chose à ajouter, Julian ?
Le ton méprisant avec lequel elle avait prononcé ce prénom lui fit détourner le regard.
— Non, Maria.
— Alors, tais-toi, tu veux. On sait tous dans quelle galère on est. On sait tous ce qu’on a à faire. Et j’ai pas spécialement envie de faire ami-ami avec vous quatre.
Elle se tut un instant.
— C’est juste un contrat un peu plus gros.
— Ne te justifie pas, coupa l’homme assis à côté d’elle.
— Maria, répondit-elle simplement, en lui tendant une main.
— Monsieur Zen, enchaina le grand blond tout en serrant cette main à la peau couleur de café au lait.
Il fût surpris par la poigne de fer de ce petit bout de femme d’à peine un mètre soixante. Son regard noisette dériva vers Foro, qui avait repris l’holo dans ses mains, et recommençait à le faire aller et venir.
Comme s’il avait compris que le moment était opportun, un cinquième homme entra dans la cabine. Il était bien différent des agents recrutés par le biais du Magister Kris. Vêtu d’une armure de combat aux armes de la Confédération, il était bien difficile de savoir s’il était un homme de sang ou un cyborg.
— Gardez votre calme, s’il vous plait. La situation l’exige.
— Qui êtes-vous pour nous considérer comme des enfants ? Ricana Maria.
— Le sergent Iverson.
Foro le dévisagea discrètement.
— Vous faites parties de la Confédération ?
— Trés juste, répondit Iverson. Le Magister m’a envoyé pour superviser la mission “Nuit de Silence”. Il ne veut aucun débordement... à commencer par ce genre de scène.
Son regard gris les toisa sévèrement.
— Je pense que vous avez suffisamment conscience de la situation.
— Oui, Iverson, on connait la situation, coupa Julian. Mais ce n’est pas votre statut de cyborg lèche-botte qui va l’arranger.
— Même si j’ai dû “améliorer” quelques fonctions cérébrales et remplacer mes rétines par des implants, je n’en suis pas un, du moins encore. Mais là n’est pas le problème.
Un holo était soigneusement attaché à la ceinture du sous-officier. Il s’en saisit, l’alluma, et le posa sur la table basse autour de laquelle tous étaient installés.
— Il y a eu un changement de dernière minute. Des changements, pour être précis.
Sans qu’il n’appuie nulle part, l’holo s’activa, et lança son faisceau blafard sur la paroi située derrière Julian et Foro.
— La loi martiale vient d’être étendue au gouvernement.
— Mais... elle l’était déjà ? Remarqua Maria.
— Oui, mais pas avec les restrictions que viennent de prendre les généraux. Plusieurs ministres ont été destitués de leurs fonctions, dont celui de la défense.
Un portait s’afficha.
— Et alors ? Demanda Foro.
— Julian, Monsieur Zen et Maria conservent leurs cibles respectives. Mais pas vous, ni moi, Foro.
— Vous êtes le cinquième agent ?
— Oui, continua Iverson. J’étais chargé d’abattre le premier ministre, mais les... circonstances récentes ont fait qu’il n’est plus de ce monde.
— Par les militaires ?
— De toute évidence, oui. Ce qui nous oblige à considérer d’autres cibles. Premièrement, vous, Foro.
Nouvelle image sur l’holo. Un homme d’une cinquantaine d’années, cheveux gris et ras, au port de tête relativement fière bien que son ossature révélait une certaine maigreur.
— Général d’armée Nimond. Cinquante-sept ans, dont neuf en temps que général. Un homme de terrain particulièrement intelligent. Je ne vous cache pas qu’il sera très difficile de l’abattre par surprise.
— J’imagine qu’il y a un point en notre faveur, n’est-ce pas, sergent ?
— Le lieu. Toujours le même.
— Seule la cible change ?
— Seule la cible change, confirma Iverson.
— Et pour le “remplaçant” du premier ministre ? demanda d’une voix faussement naïve Monsieur Zen.
— Je m’en occupe personnellement. C’est un point sur lequel le Magister et Diogène ne peuvent transiger.
Pour la première fois depuis son arrivée, Iverson laissa un sourire percer son visage. L’éclat gris de ses yeux insista sur la personne de Foro, avant qu’il ne reste de lui que le souvenir de sa longue cape grise et de ses bottes exosquelettiques.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
09 janvier 2013 à 13:33:25

La fraicheur nocturne les saisit. La fournaise régnant à l’intérieur du transporteur était désagréable, et le peu d’air pompé à l’extérieur ne rafraichissait pas grand-chose.
Maria fut la plus rapide. À peine le ponton de déchargement s’ouvrait-il qu’elle était déjà sur le sol, cachée sur le côté de l’appareil.
— Du calme, intervint Iverson. Ce secteur est en silence radio, personne ne peut nous détecter.
Elle le fixa amusée, tandis qu’il s’avançait un peu plus loin dans la nuit, laissant aux trois hommes le soin de suivre. Le pilote fût le dernier à sortir, il ne pipa mot.
— Et maintenant ? Demanda Julian en s’étirant bruyamment.
— Maintenant ? Eh bien, tout commence, répondit sous officier en soulevant un sourcil amusé. Vous connaissez vos cibles, non ?
— Mais l’armement ? La couverture radio ?
— L’équipe logistique n’a pas attendu votre arrivée, mes très chers amis. Cela fait douze heures qu’ils sont en place. Vous les rejoindrez ici.
Il décrocha l’holo de sa ceinture, et l’enclencha. Un point rouge clignota sur le centre-ville de Lyon.
— Au milieu des loups, ricana Julian.
— Peut-être, coupa froidement Iverson, mais vous serez directement sur le terrain. Au fait, nous sommes ici.
Un autre point s’afficha sur la carte virtuelle, au-dessus de l’ancien parc de la Tête d’Or.
— Une belle petite marche à pied, si je vous suis, continua Julian.
— Nous avons une heure pour y parvenir. Aucun délai supplémentaire.
— Et si l’un de nous se fait prendre avant d’arriver ?
Monsieur Zen venait de l’ouvrir pour la première fois depuis longtemps.
Iverson sortit d’une de ses poches une capsule de la taille d’une bille.
— Cyanure d’hydrogène. Rien ne filtrera. C’est clair ?
Ils se regardèrent tous, avant de hausser les épaules ou de soupirer d’impatience.
— Et bien dans ce cas, en route.
— Quelles nouvelles du front ?
Question inutile, j’avais déjà la réponse. Le simple désir de l’entendre de sa bouche motivait ma demande.
— Excellentes, Magister, répondit Derne’ ch. Le secteur de Sens est sécurisé dans des limites acceptables.
— L’assaut sur Auxerre ?
— En cours de préparation. Les premiers convois décolleront d’ici une demi-heure.
Je consultais l’horloge digitale qui faisait défiler les minutes devant moi. Huit heure quarante-neuf, ce qui signifiait une avance sur le calendrier non négligeable.
— Parfait, colonel.
— Magister, j’ai un projet à vous soumettre. Enfin, un projet... Une réalité dans quelques heures devrait-je dire...
Julien avait aiguisé ma curiosité.
— Le capitaine Javier Keller, trente-troisième section.
Diogène afficha une série de données que j’ignorais, hormis une : cet homme avait fait parti des sujets potentiels concernant des changements de grades majeurs. Des capacités de commandement plus que notables, et un tempérament à la fois froid et proche de ses hommes.
— Il souhaitait une cybernétisation maximum, continua le colonel. Je sais que ce genre de décision vous revenez, d’habitude. Mais les nécessités concernant l’offensive m’ont fait décidé à votre place.
S’il avait s’agit d’un autre homme que lui ou l’un des autres colonels, je l’aurais sommairement remis à sa place. Peut-être même l’aurais-je abattu.
— Effectivement, ce n’était pas de votre ressort.
— Cette décision vous irrite sans doute, Magister.
Julien marqua une courte pause.
— Les paramètres prérequis relatifs à une cybernétisation se sont révélés excellents chez le capitaine Keller. Bien meilleur que les normes acceptables. Pour être francs, Magister, nous avions tout à gagner à ce qu’il subisse cette intervention le plus rapidement. Il est le sujet idéal pour cela...
— Ce qui nous amène à quelle conclusion ?
— Le capitaine Keller rejoindra la Forteresse avec les premiers retours de transporteur. J’ai fait muter un autre capitaine sur la section trente-trois pour la durée de son « adaptation ».
— Vous dépassez vos prérogatives, colonel, fis-je remarquer, ironique.
— C’est vraiment un élément à surveiller, Magister. Son commandement a permis à sa section des prises de terrain significatives.
— Vous attendez mon approbation, Julien ?
— Je ne suis pas infaillible, Magister.
— Si, maintenant, vous l’êtes. Pour avoir fait ce choix à ma place, vous aviez bien conscience que je n’aurais jamais dit non à une demande de cybernétisation avancé concernant l’un de nos officiers.
Je souris, Julien aussi.
— Vous avez ma plus totale approbation. Mais j’ai une seule faveur, colonel.
— Laquelle ?
— Faites-en le meilleur cyborg que je n’ai jamais connu.
— Je comptais bien agir dans ce sens, Magister, conclut Julien, léger sourire en coin sur son visage habituellement dénué d’expression.

La situation n’échappa à personne. Par le biais du Serment, le nous que je formais moi-même et les cinq colonels, ce nous formait une conscience à la fois collective et individualiste. Rares étaient désormais les sentiments, les émotions, les doutes ou les certitudes que nous ne partagions pas. La parole n’était plus qu’un exercice d’humanité, dans un flux binaire crypté où chaque mot était devenu totalement superflu.
Aussi, personne n’était sans avoir conscience de la présence à demi dissimulée de Diogène. Cet être hybride, né intelligence artificielle et consacrée par un versant de ma personnalité. Conscience venue au monde par la violence de ma schizophrénie, vecteur et garde-fou contre le décrochage de cette réalité, désormais chaque jour plus proche de la vérité.
Et Diogène avait droit de vie en ce cercle restreint. Sa « parole » valait l’égal de la mienne, comme celle de mes cinq frères de coeur. Glacé de logique, retranchée derrière des conclusions rectilignes et sans ambages, exposant avec clarté causes et conséquences, il possédait sa propre opinion. Son propre raisonnement. Ses propres valeurs.
Grâce où à cause de cela, je m’étais dissocié de lui, pour conserver de justesse la conscience de mes choix les plus intimes.
L’Humanité.
Lui n’était qu’un superprogramme, certes étonnant par sa pseudopsychologie humaniste, mais trop éloigné de la vie pour en comprendre la richesse.
Le cas du capitaine Keller, aussi bruyamment et brutalement exposé l’avait ravi. Le monde onirique, ce cyberespace anarchofantaisiste, retrouvait aussitôt sa place en moi. Ou plutôt, devrais-je dire que je retrouvais ma place en lui.
Julien m’avait à peine quitté que les couleurs fades du non-espace surgissaient. Avant que je n’aie eu le temps de protester, je me retrouvais flottant au-dessus d’un océan de débris et de ruines. Diogène se tenait assis, raide mais trop joyeux pour paraitre crédible.
Un rire glacé résonna autour de nous. Ma peau se tendit désagréablement, frisson depuis longtemps oublié.
— Tu ne voulais pas, lâcha-t-il. Je le sais, Kris.
— Alors pourquoi avoir fait cela ? Lui demandais-je, calmement.
— C’est une nécessité. L’exemple unique et archétypique du futur. Javier Keller devait subir cette cybernétisation, tout comme toi tu devais subir la tienne. L’ordre des choses, si tu préfères...
— Il n’a rien demandé, je suis sûr que...
— Que quoi, coupa mon double virtuel. N’as-tu donc rien écouté ? N’as-tu donc pas ouvert les yeux ?
— Tu l’as manipulé, j’en suis certain.
— Non, trois fois non, Kris. Des réalisations abjectes à ton sens, j’en ai réalisé, je l’avoue. Mais jamais je ne pourrais conditionner un homme à ce point. J’en suis techniquement incapable, du moins pour l’instant.
— Alors pour quoi, Diogène ?
— C’est son choix le plus profond, Kris. Keller est ici depuis plus de trois ans, déjà. Et ta venue a radicalement changé sa vision du corps et de l’esprit. D’une certaine façon, on pourrait considérer ton existence comme la transfiguration de la sienne. Sans jamais t’avoir vu de ses yeux, il te voue une fidélité que tu n’es même pas en mesure d’appréhender. Tu es son modèle. Dans ta droiture extérieure. Dans ton inémotivité quasi permanente. Dans ton corps de métal, tellement plus puissant que la chair et le sang de tant de « pauvres mortels ».
Diogène fit mine de soupirer.
— Il demande TA perfection, Kristian. Est-ce si dur d’accepter cela ?
— Il est tellement loin de MA réalité, ricanais-je.
— Mais pas de ce qu’il espère.
Diogène sortit un holo d’une poche de son pantalon. Il l’enclencha, et une photo du capitaine s’afficha sur un pan de mur délabré.
— Lui désire cela. C’est bien différent de ton cas.
Nouveau silence.
— Que te faut-il, Kris, pour que tu me croies ?
— Tu pourrais cesser d’être fourbe.
— Mais je ne suis que te TOI, Kris, répliqua Diogène.
— Tu n’étais que moi. Mais à présent, tu as muri. Tu es autre chose qu’un simple morceau brisé de ma personnalité.
— C’est toi qui as fait ce choix, Kris, continua-t-il. Je n’ai nullement agi, cette fois-ci.
Nouvelles images sur l’holo. Des fragments d’abord, puis des clichés de plus en plus stables. Javier Keller, moi, une cybernétisation dans le bloc numéro trois. Tout s’enchainait de plus en plus rapidement, jusqu’à ne plus être que le visage de Keller. Son futur visage, de chair et de carboacier où une opaline rougeoyait, telle une précieuse braise incandescente.
— Non, murmurais-je, sans trop y croire.
— Il sera tellement mieux ainsi, Kris. C’est son rêve. Son espoir de lendemains meilleurs.
D’autres images, dans ma conscience cette fois. Keller en bribes accélérées, hurlant des ordres sur une foule de cyborgs. Un autre magister ?
— Non, ta plus formidable arme, Kris.
Je hochais imperceptiblement la tête.
— Aussi fidèle que toi ?
— Bien plus que cela, conclut Diogène.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
19 janvier 2013 à 16:58:09

Poste sous peu. Watch up.

Cyberpunk
Cyberpunk
Niveau 10
20 janvier 2013 à 19:53:53

J'aime bien le premier chapitre :-p bon dosage des dialogues et de la description qui va d'ailleurs droit au but tout en gardant un style assez cynique, y a-t-il une influence célinienne :question:

Sujet fermé pour la raison suivante : Version antérieure
Sous forums
  • Ecriture
  • Modélisme
  • Modélisation 3D
  • Montage vidéo
  • Arts Graphiques
La vidéo du moment