Hey. Une nouvelle fantastique, qui au début est partie de l'idée d'un exercice de style. C'est la première fois que je m'essaie au narrateur à la première personne ! Bonne lecture
J'ai une douce musique dans les oreilles. Le bruit des vagues... Un lent remous, doux et rythmé. Le sable fin caresse ma jambe. J'ai froid. Mais je m'en fous. En fait, tant mieux si j'ai froid. ça veut dire que la plage est à moi, que personne ne viendra gâcher ma solitude paisible. Une légère bruine effleure ma peau, je frissone un peu. Le papier de mon carnet se constelle d'étoiles grises. Tant qu'il n'est pas trempé, je reste ici. Le mauvais temps est trop précieux pour ne pas en profiter.
La mine de mon crayon court un moment sur la feuille cadrillée. Des nuages. C'est pratique, les nuages. On peut les dessiner au crayon gris, ils seront plus vrais que nature. J'hésite à esquisser aussi la mer vaguement agitée. Elle est grise, elle aussi. Juste une autre nuance de gris, un gris-bleu. Et puis, l'écume est blanche. Blanche comme du papier. En fait, il vaut mieux que j'en reste à mes nuages. il y a tellement de beauté, de subtilité, de finesse, dans un nuage. Juste du gaz, du gaz et des gouttes d'eau microscopiques, me disait ma mère. J'avais pas voulu la croire, au début. Je lui avais ri au nez. Des palais divins, de grands chateaux dans le ciel, c'était ça les nuages.
En fait, c'est vraiment du gaz. De la vapeur d'eau, d'ailleurs, pour être précis. Pas grave, c'est joli quand même. Et rien ne m'empêche de dessiner des palais, même si je regarde des nuages. La pluie commence à délaver mon croquis, les couleurs se fondent. La mine de graphite s'arrête dans sa course. Merde, mes nuances de gris. Enfin, tant pis, ça fait un dégradé, c'est tout aussi bien. Mais ça ressemble plus vraiment à des nuages.
Bah, de toute façon, Will me dit toujours que je dessine trop de nuages. ça me file le blues, d'après lui. Il a pas tort, je crois. C'est beau, mais c'est un peu triste. Ca y'est, ma feuille est trempée. Je l'ai un peu cherché... Je ferme mon carnet à dessins, le crayon saute dans ma poche de chemise. J'ai pas d'inspiration, aujourd'hui. En plus, il commence à tomber des hallebardes. Dommage, ça aurait pu être une bonne journée. Je marche lentement vers le chemin, tête baissée. Parce qu'il pleut. On baisse toujours la tête quand il pleut, c'est con mais c'est comme ça. Et puis, j'ai pas envie de laisser vagabonder mon regard sur la lande. Je la vois tous les jours, et elle change jamais. Immense, morne, parsemée de rares buissons rachitiques. Oh, elle est belle. Mais pas très joyeuse. Un peu désespérante, aussi, parfois. Enfin ça c'est seulement en hiver, en été elle se couvre de touristes. Mais c'est pas vraiment mieux.
Je commence à sentir de petits caillous sous mes pieds, à travers mes chassures fines. Je peux lever la tête, alors. Enfin, il pleut toujours, mais c'est pas grave. Comme d'habitude, de grands pins dénudés, des buissons d'églantier touffus. Je pourrais presque les dessiner de mémoire, tellement je les ai vus et revus. C'est de vieux potes, ils me lâcheront jamais, même quand je pourrai plus me déplacer pour aller les voir. Ils me protègent de la pluie aussi, un peu. Juste les branches, on a vu mieux comme parapluie, remarque. Bah, le village est juste à coté, tant pis si je me mouille un peu. J'ai pas envie de rentrer chez moi, il me faut une bière. Ou un truc plus fort, un whisky peut être, un whisky avec une belle robe ambrée.
J'entrevois le début de la route goudronnée. Goudronnée, mais impraticable en bagnole. C'est peut être un compromis entre modernité et tradition. Ou alors, des travaux publics ratés, j'en sais rien. Je marche sur les abords. j'aime pas le goudron, ça m'oppresse. Le sable, c'est fin, ça s'imisce partout, dans les godasses, dans les jeans, ça pique, ça gratte, ça fait pleurer les yeux quand y a trop de vent. Mais au moins, ça sent pas le pétrole, et ça me donne pas la nausée quand je marche dessus.
La pluie s'est un peu calmée, elle est fine et légère, caressante. Ca me dérange pas qu'il pleuve comme ça. J'aime la douceur monotone, un peu mélancolique, qui s'en dégage. J'ai du prendre l'habitude, en dix ans. C'est ça, faut prendre l'habitude. De la solitude, de la pluie, de la lande, du pub de Will. Une fois qu'on a la routine, ça devient supportable.
De vieilles barraques un peu chic dessinent dans la brume, à quelques mètres de la route. C'est ça le village : un centre ville de cent mètre carrés, et des villas dispersées dans la campagne et sur la lande. J'entrevois le petit bar, une lumière diffuse s'échappe de ses vitres embuées. Will est là, avec son éternel torchon sur l'épaule. Il fait le planton à la porte. Sale journée pour lui aussi, sans doute. L'hiver, le hameau est presque mort, alors si en plus il pleut, les clients n'abondent pas.
Je trouve ça sympa. Mais je trouve que le rythme super saccadé avec des phrase très courte nuit un peu à la lecture et agaçe un peu...
Pour le reste je me sens pas capable de te juger : )
Bonne continuation !
Merci de ton commentaire ! Un truc qu'il faut savoir, c'est que n'IMPORTE QUI qui sait lire juge mieux un texte que son auteur.
je me considère comme une espèce de commerçant : le client est roi... Donc surtout ne te retiens pas si tu as des critiques négatives autre que celles-ci
Tu es en tant que lecteur plus que capable de juger, par la simple sensation.
Je t'avouerai que le titre m'a beaucoup intrigué, ça m'a fait pensé à un conte pour enfant, du coup, je sais pas si ça vient de moi, mais je m'attendais pas à ça du tout comme histoire. Le rythme est assez étrange, quoique plaisant. Ca donne un style un peu " attardé/simplet " au personnage je trouve, en revanche, c'est vrai que parfois ça agace un peu comme disait doug54, au niveau des ( parfois ) trop nombreuses répétitions. Bref, je suis pas dégouté, mais pas convaincu non plus, mais ça n'empêche que j'attends avec impatience la suite ( si il y en a une, et je l'espère ! ) ou ton prochain écrit
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Il me sourit. Un grand sourire sincère. Il doit s'emmerder, lui aussi.
- Salut, Danny.
"Salut Danny" Ces deux mots, je les ai entendus des milliers de fois. Pourtant, ça me réchauffe le coeur, toujours. Ça doit être son sourire. Il sourit tout le temps, Will. Même quand il n'y a aucune raison de sourire. Et là, justement, le pub est vide.
- Salut, Will. C'est calme aujourd'hui.
C'est toujours calme. Mais il faut que j'en fasse la remarque. C'est un rituel, on y coupe pas. Ça marche comme ça, depuis dix ans. il m'invite à m'asseoir.
- Je te sers ?
Bière ou Whisky, j'hésite encore un peu. Une bonne pinte de brune c'est une valeur sure. C'est pas trop lourd, et ça guérit le cafard. Mais là, le whisky me tente, j'ai besoin de me brûler la gorge et les boyaux.
La bière suffira pas, même si c'est la brune de Will. Ça doit être le mauvais temps, ou la solitude, j'en sais rien.
- Whisky. De l'écossais.
- Des glaçons?
Il se fout de ma gueule, là. C'est ça le problème avec Will, comme il sourit tout le temps, on voit jamais quand il ironise.
- Par ce temps ? C'est moi qui vais finir en glaçon, ouais.
Will hausse les épaules. Je crois qu'il était sérieux.
- Je reviens.
Il s'éclipse dans l'arrière boutique. Je m'adosse au bois de la chaise, je déboutonne le col e ma chemise.. Il fait chaud, ici, une vraie fournaise.
Will revient, avec deux verres et la bouteille de scotch. Il a peut être besoin de boire un coup, lui aussi. Dehors, il s'est remis à tomber. Une putain d'averse, heureusement que je suis dans le pub.
J'aime bien le bruit du whisky qui coule doucement au fond du verre. Un petit clapotis discret, lointain. Et puis, ça a vraiment une jolie couleur. Un orangé un peu ocre, riche et brillant. J'ai jamais réussi à faire une vraie couleur whisky sur mes toiles. Pas faute d'avoir essayé, c'est frustrant.
On boit notre première gorgée. Sans un mot. D'abord, parce que ça gâcherait le whisky. Ensuite, parce qu'on a rien à se dire. Tous les dimanches, c'est comme ça. Le liquide amer et un peu tiède coule dans ma gorge. Ca me prend aux tripes, j'ai plus l'habitude. J'avais besoin de ça. D'un truc qui me torde bien les boyaux. Dehors, un coup de tonnerre. La pluie s'abat sur les vitres.
Avec les ampoules vacillantes de Will, j'ai l'impression d'être dans un vieux rafiot.
- Sale temps.
J'acquiesce en silence. Deuxième gorgée de whisky, ma gorge me brule un peu.
- Tu sais, il y a marée haute ce soir. Et beaucoup de vent. Tu devrais p'tête rester en ville.
Je le regarde en fronçant les sourcils. Lui, il a retrouvé son sourire. Enfin, peut être qu'il l'avait jamais perdu, j'ai pas fait attention.
- Qu'est ce que tu racontes? La marée m'a jamais fait peur, mon vieux.
Will rigole. C'est pas vrai, en fait. Au début, j'ai eu peur. la première fois qu'on voit les vagues taper juste devant chez soi, on a pas l'air vaillant. Mais maintenant, ça fait dix ans que mon tas de rochers tient bien le coup. Un grain de plus, un grain de moins...
Il hausse les épaules.
- Comme tu veux. Tu manges ici?
- Ouais, ça va me délier la langue. Il est bon ton whisky, mais il tape dur.
Sans même me demander ce que je veux, il se tire à nouveau. Remarque, tant mieux qu'il m'aie pas posé la question. J'aurais pas pu lui répondre...
Will revient avec un feuilleté à la viande chaud. Il me pose le plat sous le nez et se rassied.
- J'avais pas autre chose, aujourd'hui.
- Te justifie pas, Will, j'aime bien les feuilletés.
C'est pas dur à manger, un feuilleté. On peut y aller avec les doigts.
- T'as jamais pensé à retourner à Paris, des fois?
J'avale une bouchée de feuilleté avant de répondre, ça me donnera des forces. La croute est brûlante, un peu grasse. Mes doigts glissent et s'enfoncent. Je mastique un moment la viande. Une sorte de chair à saucisse, à peine parfumée, entourée d'une fine couche de graisse. Comme d'habitude.
- J'suis pas venu ici pour rien, Will. On veut plus de moi à la capitale, mes tableaux valent plus rien.
- Ouais, mais tu pourrais voir des gens. Des gens comme toi, des artistes.
Je me lèche les doigts. Il me reste une moitié de feuilleté.
- Je te vois, toi. Et puis Igor.
- J'suis pas un artiste, répond Will en rigolant.
- Ben si, ils sont bons tes feuilletés. Plus agréables que mes toiles.
Will se rassied en face de moi.
- Tu crois pas que ça te remettrait dedans, la capitale?
Un soupir. On a déjà eu cette conversation. Il est gentil, Will. Il voudrait que tout marche du feu de dieu pour moi, comme avant.
- J'suis déjà dehors, cassé, massacré. Tu comprends? J'ai été démoli. Maintenant j'suis juste un artiste raté. J'ai plus la niaque.
- Moi j'aime bien ce que tu fais, répond le barman, un peu rêveur.
Ca aussi, ça me réchauffe le coeur. Même s'il dit ça un peu par politesse, ça peut jamais faire de mal.
Je termine le feuilleté. J'ai le bout des doigts couvertes de morceaux de croute grasse. Il fait chaud, très chaud, le whisky et le repas n'arrangent rien. J'ai envie de dormir ici, mais j'peux pas. J'ai pas fermé les fenêtres en sortant. Je me force à me lever, j'ai la tête qui me tourne un peu. Je me sens lourd. Il est bon, le feuilleté de Will, mais il est nourrissant.
- Tu rentres?
- Ouais. J'dois fermer les volets. Vu le grain qui s'prépare.
Will fait oui de la tête. Je paie.
Il fait nuit noire dehors. On voit même pas la lune... Fourbe. C'est à cause d'elle qu'on va prendre la sauce, cette nuit. Par contre, y a une ou deux étoiles. Elles brillent pas fort, mais elles sont là, avec leur petite lanterne qui éclaire un peu la pénombre. La pluie s'est calmée. Pour le moment. J'ai intérêt à me dépêcher... Avec la marée et le vent, le chemin va vite devenir impraticable. Je presse le pas, un peu. Pas trop. J'aime bien voir l'eau monter et dévorer peu à peu la lande. C'est dangereux, mais ça a quelque chose d'hypnotique. Faut bien trouver du piment quelque part, quand on vit ici. Sinon, on crève d'ennui.
Je sors du village. Les dernières lumières s'éloignent. Y'en avait déjà pas beaucoup, mais là il fait nuit sombre. Mes yeux s'habituent un peu. Je distingue plus clairement les abords du chemin. Du sable, du sel. Stérile, rien n'y survit, même pas un buisson d'herbe rase.
J'entends la mer. Je l'entend qui s'approche. Au début, c'est de la musique, cette drôle de symphonie des vagues qui s'écrasent sur la plage, tranquille, entêtante. Mais aujourd'hui, tout est plus fort. La musique devient un bruit, puis un vacarme. J'ai sous-estimé l'océan. Il est affamé, ce soir. J'aurais du écouter Will, tant pis pour mes fenêtres. Je marche à grandes enjambées.
Le vent me fouette le visage. Un vent chargé de gouttes d'eau salées. Une petite vague hésitante va mourir aux abords du chemins, écrasée sur le talus.
C'est pas bon. Normalement, je suis presque déjà chez moi, quand le spectacle commence vraiment. Là, je suis plus vraiment spectateur. Je suis acteur. Mais j'aime pas ce genre de pièce.
Un peu d'eau sous mes chaussures. Une odeur de sel de mer, de poisson, de crustacés, qui me prend à la gorge. Une autre vague. Plus forte, celle là. Elle déferle sur le bas-coté, un peu d'écume ruissèle sur le chemin. Trop tard pour revenir au village.
J'ai peur. C'est pas naturel, que ça arrive si vite. Ou alors je suis resté trop longtemps chez Will. Ca doit être ça, plutôt. Le tas de rochers se dessine dans le noir, au milieu de la lande. J'y suis presque. J'accélère encore, je bute sur une pierre. J'ai failli trébucher. Une vague s'écrase devant moi, délavant le sable du chemin. J'ai des chaussures en toile... Quel imbécile. Ouais, un imbécile, j'aurais du prendre mes bottes. Un rapide coup d'oeil derrière moi. Le chemin ressemble plus vraiment à un chemin, il est assailli par les flots.
Dans la nuit ça fait une sorte de flou artistique, un peu surréaliste. Des nuances de noir, de bleu marine, de gris, mêlées au marron foncé du sable. Le paysage danse devant mes yeux, mélange d'écume, de sel, de sable, d'eau. Une danse effrayante, une danse de mort. Si j'avais le temps, je le peindrais, ce drôle de ballet. Mais là, j'ai d'autres priorités. La marée, c'est dangereux. C'est beau, mais c'est dangereux. Comme une satanée fleur carnivore, prête à te dévorer, à t'avaler, à te digérer dans ses profondeurs. Et je suis l'insecte.
J'ai les pieds dans l'eau, ils s'enfoncent, s'enlisent dans le sable. Je redouble d'efforts, chaque pas est plus difficile que le précédent. La lande est presque entièrement recouverte par la mer agitée. Y'a juste quelques rochers qui dépassent encore, des silhouettes sombres, harcelées par l'écume. Un coup de tonnerre, plus fort que les autres. Il pleut, maintenant. De grosses gouttes mouillent mon visage, ma chemise est trempée.
Le vent me hurle aux oreilles. Une espèce de sifflement bizarre, un peu macabre. J'essaie de courir, je laisse mes chaussures derrière moi. Faut bien savoir lâcher du leste, et je les aimais pas trop, ces chaussures. Maintenant je cours vraiment, pieds nus. J'y suis presque. La nausée... J'ai envie de vomir. Une vague me jette à terre avec force, mon visage s'écrase sur le sable, j'arrive plus à respirer. De l'eau dans mes narines. De l'eau dans mes yeux aussi. Mélange de larmes et d'écume. Des pleurs salés. Je sens la mer m'envelopper, lentement. Elle m'embrasse avec douceur, m'emporte à elle. J'ai envie de me laisser aller, mais la douleur me réveille. Elle m'aiguillonne.
Je me relève et je cours encore. Mon genou saigne, je crois, mais je ne sens plus rien. Juste un liquide chaud qui coule sur mon tibia, et va se perdre dans l'eau glacée de la mer. je hurle, même si personne n'entendra. Faudrait que je garde mon souffle, mais j'ai pas envie de mourir en silence.
Une pente douce. ça y'est, j'y suis. Des roches protectrices se dessinent autour de moi. Elles arrêtent la mer, la repoussent. Encore un effort. Mon cœur bat comme un tambour. Je m'étale sur le pas de la porte, et mon souffle revient, ma douleur aussi. Une douleur fulgurante au genou.
L'eau a envahi la lande. La plage de sable fin s'est transformée en immense étendue noir bleutée. Un ciel sombre, sans étoile ni lune. J'entends encore le vacarme des vagues et le grondement du tonnerre... Je savoure quand même le spectacle. C'est trop rare. Machinalement, je fouille dans ma poche droite, à la recherche de mon carnet. J'ai du le perdre... Enfin, même si je l'avais, il serait dans un drôle d'état. Tant pis. Je plonge mes yeux dans la nuit orageuse. C'est beau, tout de même. La mer déchaînée assiège rageusement mon ilot. je repose ma jambe blessée sur le sol. J'ai le vertige... La nuit devient un mélange de couleurs sombres et dansantes.
Un éclair zèbre le ciel. Là, sur le rocher. Une silhouette. fine, féminine. Elle a le dos tourné, et une longue chevelure noire descend en cascade sur ses épaules. Je l'aperçois une seconde. Non, même pas une seconde... J'essaie de bouger, de m'approcher, mais mon genou me rappelle à l'ordre. Un rayon de lune perce les nuages, et je la revois. Sur ce rocher qui dépasse encore des flots, tranquillement assise. Je crois qu'elle est nue... Enfin, d'ici, je peux pas être sur. Elle se tourne vers moi. j'ai juste le temps d'attraper son regard. Et son sourire. Une lame puissante s'abat sur le rocher, s'écrase dans une gerbe d'eau et d'écume. Elle est plus là. Ma tête se repose doucement sur le sable, mes paupières tombent. La nausée, encore. La mer, le ciel, me bercent. Je tombe, moi aussi.
Donc voilà la suite, merci de vos commentaires ![]()
Bonjour,
Je viens d'achever la lecture des deux parties ![]()
Je dois dire que la deuxième m'a nettement plus captivé. Le passage chez Will m'a réellement impressionné, de par la seule description du verre de whisky, j'étais VRAIMENT fasciné quoi
Bon, je vais quand même te dire un point à améliorer : je devine que c'est dans le style de narration de parler un langage courant, mais parfois le contraste entre les belles descriptions agrémentée de jolis mots et l'absence totale de 'ne' lors de tes négations n'est pas naturel, si tu vois ce que je veux dire
Exemple : "Une lame puissante s'abat sur le rocher, s'écrase dans une gerbe d'eau et d'écume. Elle est plus là. Ma tête se repose doucement sur le sable, mes paupières tombent." Là par exemple, "elle n'est plus là" aurait été de mon point de vue nettement préférable.
Sinon, que de mystère, j'ai hâte de savoir la suite ![]()
Tout comme le narrateur dont les paroles de Will font chaud au coeur, j'espère que ce que je vais te dire t'aidera à aller de l'avant et à avancer cette nouvelle : tu écris bien ![]()
Hey !
Merci de ta lecture.
Oui, le but du jeu était d'utiliser un langage courant contrasté avec un peu de poétique.
Le but était de rendre quelque chose d'enfantin, de mélancolique.
Et oui, des fois le contraste est mal dosé, en effet
c'est une drôle d'alchimie l'écriture ! Je pense qu'une fois fini, je reprendrai le texte et le fignolerai.
Je te remercie pour ton soutien, ça fait chaud au cœur effectivement ! Cette nouvelle avance lentement, la suite viendra dans les prochains jours.
Cool ![]()
Bon bah finalement j'ai été inspiré, donc voilà,
Je suis étendu sur le sable. Le soleil chauffe. En fait, il tape, même. C'est rare en hiver. Je sais pas combien de temps j'ai dormi, comme ça. Ma chemise me gratte. Je sens plus mon genou, ça a du cicatriser pendant la nuit. Heureusement que j'ai pas dormi dessus. J'ouvre les yeux, la lumière m'éblouit. Il doit pas être loin de midi...
J'essaie de reconstituer les évènements de la soirée. Une soirée un peu différente des autres. Enfin, elle avait commencé comme d'habitude. Un passage au pub, la pluie, la marée... Juste une marée un peu plus forte et rapide que les autres. Je savoure un moment le soleil qui me réchauffe la peau. Je me relève, mon genou me lance, un peu. La blessure devait pas être bien grave.
La lande de sable s'étend devant moi. Du sable encore mouillé par la tempête de la nuit, parsemé d'algues et de coquillages. Des rochers solitaires, un peu ternes, blanchis par l'écume. On dirait qu'elle est dévastée, la lande. Comme si y' avait eu un ouragan. En fait, c'était juste un orage un peu violent. Une pleine lune... Enfin, que la lune soit pleine ou pas, ça change rien pour la marée, je crois.
Le soleil dessèche ma peau. Enfin, ça doit faire un moment déjà, mais je le sens que maintenant. Faut que je me mette à l'ombre, sinon je risque l'insolation. j'attrape la poignée, j'ouvre la porte. Un peu de fraîcheur, c'est agréable. Une fraicheur humide et iodée. Ouais, ben j'ai pas fermé les volets hier. Le parquet est couverts de flaques d'eau, d'algues emportées par le vent, de petites pierres. J'ai de la chance que mes vitres aient pas été brisées. Un rideau arraché traine par terre, dans une flaque d'eau.
Y a aussi une flaque rouge sombre sur le sol. Du vin, ma bouteille a du tomber. Je m'affale sur un canapé mouillé. Faudrait que je remette de l'ordre, mais j'ai pas envie. Mon genou me fait toujours mal, mon dos aussi. Je jette un œil à mes murs blancs éclaboussés d'eau salée. La tapisserie, un peu jaunie, commence à se décoller... Bah, avec une journée de soleil comme ça, ça sèchera tout seul. Tant que ma maison tient debout, je m'en fiche, en fait.
Mon chevalet est resté debout, lui, avec une toile dessus. Elle est un peu mouillée, grise, posée de travers sur l'échafaudage de bois. Les couleurs sont déjà prêtes, mélangées. ça me redonne du courage. J'ai envie de peindre... La lande, peut être, qui vient de renaître après cette mort de la nuit dernière. Brute, primaire, sauvage. La nature qui reprend ses droits. Sauf chez moi, elle a pas tout à fait réussi.
Je suis fatigué, mais je me lève quand même. J'apporte ma toile, mes couleurs, mon crayon, dehors. Il me faut un café, aussi, mais j'ai la flemme d'en préparer un. Donc je ferai sans. J'enfonce les pieds du chevalet dans le sable, et je commence à dessiner les grandes lignes. Le sable, le ciel, l'horizon, la mer, les rochers... Ce gros rocher, au milieu de la lande, surtout. ça fait bizarre de le dessiner. Il est surdimensionné, à peine érodé, un peu couvert de nacre. Laissé là, au milieu de la plage, comme une épave. Une épave majestueuse.
J'ai pas fini de dessiner la lande, mais je finis ce rocher. Je crois que c'est important qu'il soit parfait. je gomme, je repasse, je colore. J'essaie de trouver le bon dosage de blanc et de gris pour rendre cette drôle de couleur nacrée. La chaleur est dure à supporter, mais je veux au moins finir mon croquis. Je le travaillerai plus tard. La tête me tourne, mais je continue quand même. Tant pis pour le soleil... Un flash. Un sourire, des cheveux noirs. Mes jambes tremblent un peu. Je la revois, sur ce rocher, assise, sous un ciel zébré d'éclairs, au milieu de la mer déchainée.
J'esquisse sa silhouette en deux traits de crayons. Drôle de rêve. Faut que j'en aie le cœur net. Je pose mon crayon sur le chevalet, et je titube vers le rocher. Il a l'air comme les autres, ce rocher, de loin. Un peu plus gros, peut être, nacré. Il doit être là depuis longtemps, mais je l'avais jamais vraiment remarqué. Même de près, il est normal. Il brille un peu au soleil. J'ai rêvé. Ou j'ai halluciné, ce qui serait plus ennuyeux. La lande est déserte. Pas un chat, certainement pas une femme. Encore moins une naïade... Bien sûr que j'ai rêvé. Quel idiot. Un idiot solitaire.
Je rentre chez moi, avec le vertige. Ma toile est restée dehors, mais c'est pas grave, je la reprendrai plus tard. Elle risque pas grand chose. J'ouvre machinalement le tiroir de mon vieux bureau, j'attrape un carnet et un autre crayon. Le visage de la jeune fille apparaît dans mon esprit, et se déverse sur le papier. Longs cheveux, sourire lointain et amusé. J'ajoute quelques tâches de rousseur, ça lui va bien, même si je suis pas sûr qu'elles étaient là. L'image est nette, précise, poignante.
J'aime bien ce dessin. C'est rare... Je le termine en trois coups de crayon. Je tourne la page, et je recommence. Le deuxième est meilleur que le premier, je crois. Plus réel? Je sais pas. Après tout, elle n'est qu'un rêve, un souvenir fugace. En tout cas, elle a l'air plus vivante dans cet essai que dans l'autre. Je crois que j'ai mieux réussi les yeux, c'est pour ça.
Un autre? Pourquoi pas. Le corps entier, peut être, cette jolie silhouette fine. Mais d'abord, une bière fraiche. Heureusement, mon frigo est intact, et il doit en rester une ou deux. J'attrape la bouteille de verre fumé, je laisse couler le liquide amer et frais dans ma gorge. Ça me fait du bien, ça me réveille un peu.
Je me rassieds à mon bureau, et je dessine encore. Un souvenir de quelques secondes... Mon imagination fait le reste. Le temps défile devant mes yeux, les pages de mon carnet aussi. Son image se précise dans mon esprit. Elle se raffine, se détaille. De plus en plus belle, je crois. De plus en plus réelle, aussi. Y a juste le corps, que je sais pas trop comment dessiner. En fait, je l'ai pas vraiment bien vu. Elle avait l'air humaine, c'est tout. Par contre, le sourire et les yeux, ça je me souviens bien. Comme si... Comme si ils étaient réels. Comme si une jolie fille m'avait vraiment souri, hier soir, depuis son rocher au milieu de la tempête.
je ferme mon carnet et jette un œil à la fenêtre. J'ai pas vu le temps passer... le soleil est déjà en train de mourir à l'horizon. Orange brillant, avec des reflets rouges et roses. Quelques petits nuages flottent paresseusement devant lui. Je commence à avoir un peu faim. Faut dire que j'ai pas mangé de la journée...
Il me reste des pommes de terre, un morceau de lard, et du chou. Je sais pas vraiment pourquoi j'ai du chou, j'aime pas trop ça. Mais bon, tant pis, parait que ça va bien avec les patates au lard. Je laisse l'eau frémir, avec du sel. Le lard est fumé, mais il vaut mieux mettre du sel dans l'eau quand même. Sinon, le chou va pas être bon.
J'aime bien cuisiner. Ça change les idées, et puis au moins ça donne l'impression de créer quelque chose d'utile... Pas comme les dessins. Ça se mange pas, un dessin.
On tambourine à la porte pendant que je coupe mes patates. Igor, sans doute. Y a personne d'autre pour me rendre visite. A part Will, des fois. Je laisse mon torchon sur une chaise, et je vais ouvrir. La silhouette longiligne du russe apparaît dans l'embrasure de la porte. Il porte un trench coat noir, boutonné jusqu'au col, et un drôle de chapeau haut de forme, un peu ridicule. Il m'adresse un sourire. Un sourire russe, c'est à dire un faible mouvement des lèvres.
- Danny, je voulais m'assurer que tu vas bien. Will dit que tu es rentré malgré la tempête.
Voix profonde, accent prononcé. Je lui rend son sourire.
- Ouais Je vais bien, à part une égratignure au genou. Tu veux rentrer?
Igor acquiesce d'un hochement de tête. il baisse la tête pour passer l'embrasure, et pose son chapeau sur la table.
- Je dérange pas, j'espère ?
- Non, non. J'allais manger. Si tu veux, y'en a pour deux je pense.
- Ce serait grande impolitesse de refuser.
J'acquiesce en silence. et je mets les pommes de terres, le chou, et le lard à cuire en vrac. Normalement, faudrait que je mettre le lard et les patates d'abord, et le chou après, mais j'ai la flemme. Igor est resté debout, devant la porte fermée.
- Ben assieds-toi.
Il prend une chaise, sans enlever son manteau noir. En fait, je l'ai jamais vu sans son manteau.
- Je te proposerais bien une bière, mais je sais que t'aime pas ça.
- J'ai toujours réserve de secours.
Il sort un flacon terne et rayé de sa poche. La flasque de vodka d'Igor. Je crois que je l'ai jamais vu sans elle.
- Tu en veux?
Il connait pertinemment ma réponse. c'est même pour ça qu'il me fait la proposition.
- Pas aujourd'hui. J'ai eu ma dose.
Il hausse les épaules, et en boit une gorgée lui- même. Je mets deux assiettes, des couverts. C'est bien, d'avoir des invités. On se force à être civilisés.
- Tu as pas fermé les volets, cette nuit, constate Igor.
- Non. J'ai dormi sur le palier.
Il fait pas de remarque. Il respecte. Si je veux dormir sur le palier, c'est mon problème. Il est comme ça, Igor, il respecte.
On se fixe en silence, lui avec sa vodka, moi avec ma bière. Y a juste le frémissement de l'eau qui bout, rien d'autre. Un léger bourdonnement.
- Les affaires tournent?
- Comme ça, mon ami. J'ai des partenaires volatiles, tu sais, dans métier comme ça... Mais ça s'arrange, avec le temps.
Igor est expert en art. Enfin, c'est comme ça qu'il aime se présenter. Il dit toujours qu'il reconnait les "chefs d'œuvre de la nature". Il a l'œil pour ça.
Il remarque mon carnet à dessins ouvert, en tourne quelques pages.
- C'est qui, la fille ?
- Je sais pas. Je crois pas qu'elle existe.
Il hausse les sourcils.
- Je crois tu es un peu seul, mon ami.
Il ferme le carnet de sa main gantée, et se rassoit.
- Si tu cherches vrais modèles féminins, tu peux demander à ton vieux camarade Igor, tu sais. J'ai superbe blonde de Sibérie, elle posera pour toi si tu veux.
- Non, merci.
Le russe a un sourire en coin. Il s'amuse bien, ça se voit.
- Tu préfères jeunes kazhake brune? J'ai aussi, mais plus dur à trouver.
- J'en resterai à mon modèle imaginaire, Igor.
- Comme tu veux, mon ami. Mais si tu changes d'avis, mon offre tient toujours.
- Tu sais, ça se fait pas trop en France...
Il éclate de rire.
- Tu crois en Russie ça se fait ?
- Je sais pas.
Suite postée, plus qu'un texte avant l'épilogue.
Il boit une nouvelle gorgée de Vodka. Les patates sont prêtes, je pense. Le chou doit être un peu trop cuit du coup, mais c'est pas grave. Igor est pas regardant pour la cuisine, et moi pas tellement non plus.
On commence à manger sans bruit. J'aimerais lui demander de se mettre à l'aise, mais il retirerait pas son trench coat, ni ses gants noirs. Ça me gêne un peu, à chaque fois.
- Tu sais, je crois les dessins que tu as dans ce carnet peuvent se vendre si tu peins.
Igor s'y connait en art. Outre son activité principale, c'est aussi un excellent critique. D'ailleurs, c'est comme ça que je l'ai rencontré. Mais là, il se trompe, ou il veut me faire plaisir. On peut pas juger de la valeur d'un bête croquis.
- Ah bon?
- C'est en vogue, ce genre de chose. On se remet au démodé, dans ton pays.
J'avale une bouchée de lard en silence. J'en ai rien à faire que ça puisse se vendre. Paris c'est déjà un nid d'hypocrites, alors les artistes parisiens...
- J'ai pas envie de revenir, j'ai pas envie de me retrouver sur le devant de la scène. ça m'emmerde.
Igor hausse les épaules.
- Tu m'as jamais raconté pourquoi tu as quitté Paris.
- Ben tu le sais, non? t'étais aux premières loges.
- Je sais tu as arrêté de peindre d'un coup, et quand tu t'es remis à peindre, ça a pas plu. Mais je sais pas pourquoi.
A mon tour de hausser les épaules. C'est vrai, je lui ai jamais raconté toute l'histoire, mais j'ai pas envie de le faire maintenant.
- J'en avais marre du milieu. En dessous du vernis, la société parisienne, c'est une couche de crasse.
- Ça, mon ami, c'est pas raison suffisante ! Pour mafieux peut être, mais pas pour artiste.
- Merde, Igor. Pourquoi tu me poses la question si t'as l'air de si bien connaître la réponse ?
- Je crois c'est problème de femmes, y a rien d'autre pour renverser un homme à ce point. Tu veux pas me dire?
En fait, ça m'emmerde de me le remémorer. Mais bon, maintenant que c'est fait, autant le raconter.
- Si tu veux. Mais c'est long, pas très gai, et pas très intéressant.
Igor éclate de rire. La vodka commence à faire effet on dirait.
- Comme théâtre Russe ! Surtout Tchékov. Mais j'aime beaucoup Tchékov. Raconte ton histoire.
- Je vais d'abord te dire comment j'ai commencé à dessiner. Après, tu comprendras le reste. J'avais seize ans. Je me baladais sur les quais de Seine, c'était le soir. Pas encore la nuit, je crois. Le crépuscule. Enfin, je me souviens plus bien. Je m'étais assis sur un banc, à coté d'une fille qui lisait le journal, une rousse aux cheveux courts. Elle portait un panama, ce jour là. Je me rappelle surtout du panama.
- Le diable au Panama, commente Igor en riant. Elle était jolie?
J'acquiesce en silence.
- On a juste échangé quelques mots. Quand je suis rentré chez moi, je l'ai dessiné. J'ai recommencé jusqu'à réussir. Ça a duré des mois.
- Et tu l'as revu, ton démon ?
- Ouais. Plus d'une fois. C'est elle qui m'a inspiré, pendant les sept ans que j'ai vécu à Paris. Elle partait, elle revenait, elle repartait. Insaisissable. Belle et insaisissable en fait. Je crois qu'elle se foutait de ma gueule des fois. Et puis y a un jour où elle est partie pour de bon. Y a dix ans. Elle a disparu de ma vie, sans explications. Elle a disparu tout court en fait.
- Morte, tu crois?
- Je sais pas. Mais ça m'a cassé. J'ai plus réussi à rien faire. Paris me dégoutait, la Seine me dégoutait. L'art, les artistes, aussi. Même ce que je faisais, j'arrivais plus à l'aimer. Je voulais partir, m'éloigner de tout ça.
Je fais une pause, pour reprendre mes esprits.
- Partir loin...
Igor pose sa main sur mon épaule.
- Tu as larme à l'œil, mon ami. Laisse couler, ça vaut la peine.
Il a raison, je crois. La goutte d'eau glisse sous mes paupières, et va se perdre sur ma joue.
- Je vais te prendre un peu de vodka, je crois.
Il me tend cordialement la flasque, sans un mot. J'en bois une gorgée. Ça me brule la gorge, et ça met un peu de chaleur dans mon cœur, aussi.
On finit de manger en silence. Je crois que ça m'a vraiment fait du bien, de raconter ça à Igor. Après tout, il s'y connait en femmes.
- Tu l'aimais vraiment ?
- Je crois.
- Et elle?
- Je sais pas.
Le russe s'enfonce dans sa chaise.
- Tu veux faire partie d'échecs, Dan? Avant fin de la soirée? Je vais bientôt devoir partir.
Ça va me changer les idées. J'ouvre le placard, je sors l'échiquier. Un bel échiquier en bois noir, avec des pièces d'ivoire peint. On commence à placer nos pièces. J'ai les blancs. Igor est meilleur que moi aux échecs. Le sang russe, peut être... Mais c'est bien de se concentrer sur quelque chose de totalement stérile. ca occupe la tête. ça chasse les idées noires, à la place on a des idées neutres. On réfléchit au sacrifice de sa tour, on calcule. Et pendant ce temps, on évite de penser au sens de la vie ou de rouvrir les vieilles blessures.
Le tonnerre gronde, dehors. La marée est en train de remonter, lentement. La soirée s'écoule au compte goutte, entre verres de vodka et gambits indiens. Cette fois, faut que je ferme les volets. Je jette un regard à la mer avant de ramener les battants de bois. Elle est là. Elle me regarde, elle me sourit. Je la vois, plus clairement. Sur le rocher, étendue, vêtue d'une jolie robe blanche diaphane. Ses longs cheveux sombres tombent sur sa nuque et ses épaules. Elle a vraiment des taches de rousseur, je crois.
J'ai envie de lui rendre son sourire, je la contemple un moment, devant la fenêtre. Elle soutient mon regard de ses yeux rieurs. De jolis yeux bleus-vert.
- Qu'est-ce qu'y a?
Igor s'approche de moi, l'air un peu inquiet.
- Regarde, Igor. Elle est là.
- Qui ça?
Je laisse ma place au russe perplexe, qui se penche à la fenêtre.
- Il n'y a personne, Dan.
- Là, sur le rocher !
Je m'approche de la fenêtre pour lui montrer. Je l'ai vu, c'est sur. Mon regard balaie la mer en quelques secondes, je retrouve le rocher. Elle est plus là. Disparue. Emportée par une vague, comme hier?
- Elle était là. Je l'ai vu, sur ce rocher, je te jure. La fille que j'ai dessiné cet après midi.
Igor me regarde en fronçant les sourcils, et rouvre mon carnet à dessins.
- Dis moi, mon ami. Ton diable au panama, il lui ressemblerait pas?
- Si, un peu. Le visage, les yeux, le sourire. Mais pas les cheveux. Et je suis pas fou, Igor. Je vais très bien.
Je prends le ton le plus ferme que je peux. J'essaie de me convaincre moi même. Le russe fixe d'un air amusé sa flasque de Vodka presque vide.
- Pas fou, non... Je dois partir, avant que le chemin soit encore inondé. La partie est finie de toute façon. Mat en deux coups.
Je regarde mollement l'échiquier. Il a raison. Il remet son chapeau, et je l'accompagne jusqu'à la porte. Il m'embrasse pour me saluer, dans l'embrasure. Dehors, il commence à faire froid, et une douce pluie s'abat sur la lande. Mais cette fois, la marée est pas trop forte.
- Tu sais, des fois, à problèmes de femmes, il y a solutions simples. Surtout quand on connait Igor. Réfléchis à ma proposition.
- J'y manquerai pas, camarade.
Il s'éloigne, disparait lentement dans la nuit. Longue silhouette noire, avec un haut de forme. Je rentre au salon, je vais à la fenêtre, machinalement. Je plisse les yeux, je fouille la nuit. Pas besoin de chercher loin. Elle est toujours là, sur le même rocher. Toujours ce sourire. Enjoué, moqueur. Je lui souris, moi aussi. J'ai pas envie de dormir. J'ai envie de dessiner. Je m'installe à mon bureau, j'ouvre un nouveau carnet. Mon crayon court sur le quadrillage. Je la dessine encore, avec ses longs cheveux lisses et ses taches de rousseur.
Salut à toi, j'ai poursuivi ma lecture à l'instant
Je tiens d'abord à signaler qu'il y a beaucoup de répétitions de mots, attention ! Sinon la suite est dans la lignée des chapitres précédents : un récit très lyrique, fort agréable à la lecture ma foi, une bonne maîtrise de l'art des descriptions, et néanmoins quel dommage que tu aies choisi un langage parlé pour toute narration... Certes cela rend la chose plus vivante, mais l'absence de négation (c'est surtout ça qui me chagrine) fait mal aux yeux, à force...
"Danny, je voulais m'assurer que tu vas bien" SHOCKED ! La conjugaison...
"En dessous du vernis, la société parisienne, c'est une couche de crasse" Très joli
C'est fini ? Si oui, j'attends impatiemment un autre écrit de ta part, car j'apprécie ton style !
Hey ! merci de ton commentaire. récit lyrique, parce qu'il est en partie vécu...
La faute de conjugaison est voulue ![]()
Pour les répétitions, je les chasse à ma relecture, j'en vois quelques unes effectivement. ![]()