Je vous présente l'ébauche d'une conversation. C'est un cours extrait.
- Je reste silencieux depuis son départ. Hier quitté, aujourd’hui esseulé, je souhaite volontairement la solitude. C’est bien que ma tristesse et son amertume sont toujours inscrites sur mon visage. Comment l’outrepasser, dois-je revenir à l’essentiel ? aux sentiments premiers, en me gardant de toute exception qui tendrait vers la passion.
C’est comme si sa présence, même sa force, me manquait physiquement, mentalement. Elle qui m’était étrangère ; à qui je ne porte guère attention, je suscite le plus la convoitise. Elle qui m’était extérieure en tout point ; à qui je n’impute pas ma destinée, je sollicite le plus la découverte de l’autre.
Du fracas, et des maux il s’en suit. De la naïveté disait le père.
- Croire que l’on peut se retrouver et conjuguer ses sentiments à travers ceux d’autrui, et y adjoindre même entièrement sa chair, son âme, sa race pour se sentir pleinement heureux, n’y a-t-il pas ici une forme de l’essentiel seulement recevable ? n’est-ce pas le propre des grands sentiments que les rechercher à travers autrui ?
- Oui, mais il en naquit un manque, créé par tes propres désillusions. C’est encore l’échec. L’essentiel doit-il te mener à tes propres larmes. Et, finalement, au silence de tes sentiments, sans réciprocité.
Évoquons, à présent, la joie engendrée par ces grands sentiments.
- Tu te sens serein, nageant dans une étrange félicité, conjointement admise en duo. Tu as fait don te ta confiance. Mais combien est-il difficile de te savoir heureux ? projette-toi, en pensant, et le mieux, et le bien.
Présentement, tu penses procréer, ou assimiler une famille, fonder une lignée. Tu t’imagines heureux par le sens de ton unique pensée.
Maintenant, tu cours à son secours, quant bien la maladie agit sur ton esprit, et encore ton fils t’intente un procès. Y vois-tu le malheur tout entier !
Est-ce que l’essentiel, n’est-il pas plutôt une question de savoir et non de perception ? de projection ?
Ne crois-tu pas que l’essentiel ne résonne pas dans l’écho de tes sens, où la joie ou le malheur se pérennise, en fonction de ta pensée, et disons-le, de l’humeur d’autrui ?
L’essentielle devrait rester une chose indépendante de la pensée – et non pas ce fier, ni se lier à hier, au jour, à demain des sentiments qui différent de la pensée instantanée.
Au bonheur imaginé, à ces grands sentiments aspirés, la réalité n’est vécue que différemment, car les grands sentiments ne sont pas essentiel aux sentiments premiers.
C’est une déception de cœur, et tu t’exposes à son malheur. Garde-toi de la réciprocité, mais également, de la dépendance vis-à vis des grands sentiments.