« Le cœur d’un homme »
_" Êtes-vous sûr de vouloir faire ça ? Vous avez fait votre choix ? "
Ce choix ? Bien sûr qu'il le désirait. Chacun dans sa vie a un choix à faire. Il s'appelait Simon. Il était de grande taille, trapu mais assez charismatique, séduisant dans son genre. Il exerçait la profession de notaire et avait perdu le sourire il y a bien longtemps. A trente-sept ans, il vivait toujours seul dans un petit appartement sous le toit d’une vielle bâtisse normande.
Tout avait commencé par un appel de l'hôpital. Il était huit heures du matin.
C'était le premier jour du printemps. Les oiseaux chantaient, la nature s'éveillait de son grand sommeil d'hiver et Simon ouvrit ses yeux dans un grand halo de lumière. Tout présumait qu’une magnifique journée se préparait.
_ « Hum…. bonjour, vous êtes ? »
_ « C'est l'hôpital Sainte-Geneviève. Vous êtes bien Simon Blanchet ? »
_ « Heu… oui, bien sûr », répondit-il d’un ton peu assuré, la panique lui prenant d’un seul coup le ventre.
« Que se passe t-il… qu’est-il arrivé à Alizée ?… Vous dites, une maladie cardiaque ? Est-ce grave ?.... Comment sa vie est en jeux ? ».
Simon raccrocha et ne tenant plus sur ses jambes, il s’écroula en pleurs. Depuis la mort de sa mère, il ne lui restait plus qu'elle, plus que sa sœur Alizée.
Il se rendit donc à l'hôpital et demanda à voir sa sœur, en vain, on lui refusa la visite. Quel outrage !!! Lui le seul lien familial d’Alizée, eux qui n’avait plus de parents, ni amis, ni cousins... Il n'y avait que lui pour elle et qu’elle pour lui...
Les jours passèrent, lents, très lents, comme si le temps s’était arrêté sur ce fameux jour. Vint l'été..., puis l'automne. Simon travaillait d'arrache pied pour gagner l'argent nécessaire pour la maintenir en vie. Pour ce faire, il recevait chaque jour de nouveaux clients toujours plus riches et la tentation du vol était présente à son esprit. D’une manière plus ou moins honnête, il grappillait des sous par ci par là en augmentant ses honoraires. Il défiait la loi, mais qu’importe. La vie d’Alizée en dépendait.
Malheureusement, Simon apprit que son état de santé s’était empiré. Son sang ne fit alors qu'un tour. Il décida qu'à la prochaine affaire d'héritage, il trouverait un moyen de gagner une somme d'argent considérable.
En ce début de semaine, il reçoit la visite de Mr Darzan. Une affaire d'héritage. Sa riche tante venait de décéder, une vieille dame respectée de tous pour ses actions généreuses envers les plus pauvres. Elle était connue de toute la ville et très aimée. Elle avait été riche et elle avait su partager en donnant beaucoup de son temps et de son argent à de bonnes causes. Elle avait aussi aidé à la modernisation et au ressourcement de la cité. Une femme exceptionnelle venait de partir.
Son Neveu Alphonse Darzan était tout l'inverse de sa tante : avare et vicieux. Il voulait faire croire qu’il était bon, et on le croyait en le voyant donner parfois quelques pièces aux mendiants. Mais tout cela n’était que supercherie. Il donnait pour se faire bien voir, mais il répugnait les pauvres plus que tout.
_ « Bonjour Maître Blanchet. Comment allez-vous ? »
_ « Bien merci. Toutes mes condoléances Mr Darzan ».
_ « Je vous en prie, appelez-moi donc Alphonse ! ».
_ « Dans ce cas appelez-moi Simon..."
Simon avait un talent particulier, celui de cacher ses émotions les plus profondes pour apparaître gai et souriant devant ses clients. Les deux hommes discutèrent donc l'héritage laissé par la tante. Il s'élevait à trois millions d'euros ainsi qu'un château en Provence rempli de trésors familiaux. Ils se mirent d'accord sur un arrangement, puis Darzan partit ; ses affaires ne pouvaient attendre.
Simon entreprit aussitôt le chemin pour se rendre au château. Plusieurs heures de route entre la peur l’angoisse du délit qu’il allait commettre. Il trouva la demeure facilement puis discrètement entra dedans.
Tout se passa alors très vite. Chaque seconde comptait, il le savait, chaque seconde pouvait être la dernière pour Alizée.
Il courrait à moitié, explorant chaque pièce, chaque couloir, cherchant vainement une liasse de billets. Il ne pouvait en aucun cas voler un bien familial, il n'arriverait pas à le revendre à temps. Il allait, donc, de salle en salle, essayant de garder son calme. Et là, il le vit, le coffre, sans doute celui qui contenait l'argent de la défunte propriétaire. Il hésita, se demandant si voler l'argent d'une défunte n’était pas méprisable, surtout cette femme qui avait fait passer la vie des pauvres gens avant la sienne.
Un déclic se fit alors dans son esprit. Une dame si généreuse n'aurait pas hésité à donner de son argent pour sauver Alizée.
Cherchant partout la combinaison du coffre, il tomba sur un livre avec un marque-page qui dépassait. Il l’ouvrit et se mit à le lire n’ayant plus conscience du temps qui passait. Le héros de l’histoire se nommait Simon comme lui, et il cherchait désespérément un moyen de soigner son jeune frère atteint d’une grave maladie...
Au petit matin, Simon avait cru lire sa propre vie. Aussi, tout en bas de la dernière page, il vit un code. Il l'essaya pour ouvrir le coffre et ce fut le miracle. Simon découvrit plusieurs liasses de billets. Il s'en saisit de trois, puis courut, courut hors de la propriété, hors de la campagne, il courut jusqu'à l'hôpital.
Malheureusement, la vie de sa sœur ne tenait plus qu'à un fil... Il donna tout de même l'argent et s'assit sur un banc. Il s'aperçut alors qu'il tenait toujours le livre en main. Il se rappela alors de la bravoure de cet homme qui prenait son nom dans ce roman. Alors, il inspira et se dirigea d'un pas décidé jusqu'au médecin responsable de sa sœur pour lui faire part de sa requête. L’homme, après l’avoir écouté, s'écria :
_" Êtes-vous sûr de faire ça ? Vous avez fait votre choix ? ».
Simon inclina la tête, il voulait ressembler au Simon du livre, ce Simon si brave, si héroïque. Il voulait lui ressembler, avoir la même fin que lui.
A la fin du livre, Simon s'était sacrifié pour son frère ...