Realistic Madness , par Zulfikhard
Généralement, les romans et histoires d’amour finissent bien , en dépit de toute logique et vraisemblance. Mais que fait on alors de la célèbre phrase de Stendhal : « Le roman est un miroir que l’on promène le long d’un chemin »?
Je vais donc m’essayer au curieux exercice de la romance (aux antipodes de mes aspirations littéraires) , en y ajoutant bien sur ma touche personnelle, et en essayant de tenir à l’écart toute niaiserie importune.
Le lycée est un bien curieux endroit, socialement parlant. En effet, ce lieu publique, qui à le modeste de but de décider de la voie que votre vie future va devoir emprunter, mélange l’espièglerie du collège, avec le respect du monde du travail. Les insultes et railleries fusent bien moins souvent qu’au collège, on se complait plus facilement à palabrer avec ses camarades après les cours, on est plus enclin a se socialiser.
Bref, on devient adulte. C’est aussi au lycée que l’on remarque les personnalités divergentes, les trublions, ceux qui se refusent à la vague inéluctable de socialisation, en un mot comme un cent :
Les gens étranges.
Aymen en faisait partie. Véritable loup solitaire, dédaignant le paisible troupeau paissant tranquillement dans l’enceinte du lycée, il préférait de loin une place douillette au fond de la classe, non loin du chauffage qui le bénissait de sa chaleur bienfaisante. Sa mine renfrogné ne pouvait se muer qu’en mine rêveuse, quand son esprit se décidait -ce qui arrivait souvent- de quitter ce corps raccroché à une réalité ingrate, ne laissant aucune place a l’imagination, pour aller tutoyer les cieux.
Il n’avait aucun ami, et n’en voulait aucun.
Plusieurs fois, quelques amical individu vint essayer de lier amitié avec lui, mais déchanta bien vite devant son apathie et son mutisme.
Il se contentait de regarder d’un œil morne son interlocuteur, et de ne répondre que par des grognements indistincts.
Il ne savait pas lui-même pourquoi toute sa vie il n’eu aucune envie de lier connaissance avec qui que ce soit. Et la réponse ne l’intéressait pas.
En fait, la réponse était tellement enfouie en lui que même s’il la cherchait, il ne la trouverai pas.
Il était né doté d’une imagination débordante, au sens premier du terme. Durant son jeune âge, friand de contes et livres utopiques, alimentant son intense imagination , il voulait appliquer avec une candeur attendrissante ce qu’il avait lu. Il fut singulièrement déçu.
Mais où était les nobles princesses, où était les courageux chevaliers, où étaient les histoires d’amour impossible?
Et surtout, où était le guerrier ténébreux, cachant derrière ses ténèbres ,une maladroite, mais réelle, désir d’être reconnu et aimé ?
Au lieu de cela, il découvrit un monde morne, sans surprise, ou toute tentative de s’élever dans le firmament du merveilleux était réprimandé sévèrement.
Toute amitié ou amour du « vrai » monde lui semblait singulièrement fade, toute discussion sur la pluie et le beau temps lui paraissait sans consistance.
Il voulait qu’on lui parle de lumière et de ténèbres, qu’on ne s’exprime qu’en métaphore et alexandrins! Au lieu de cela , il devait supporter les éructations de ses congénères, priant les Dieux de l’empêcher d’assouvir ses pulsions en nettoyant tout ça à coup de couteaux.
Et donc, il se fermait instinctivement au monde, sabotant toute manœuvre de socialisation mise en œuvre.
Il était en terminale L, le Français et la Philosophie étant les seules matières où il excellait. Il n’avait aucune idée de ce qu’il allait devenir, se contentant de baragouiner une réponse acceptable à quiconque lui posait la question.
Considéré par le reste de sa classe comme un anticonformiste primaire enclin à être hautain, il l’évitait tout autant que lui-même.
Les seules moments de société était avec sa famille.
Fils d’un algérien baratineur, à la langue bien pendue et au verbe haut, et fils d’une française dont il avait hérité la réserve et l’avarice de paroles.
Le métier de vendeur de voiture convenant parfaitement à son père, au vu de son amour pour la parlote et ayant une léger faible pour les arnaques bien menée, il passait son temps à taquiner sa femme et son fils , essayant de les faire sortir de leur mutisme à coup de boutades bien grasses.
Ces derniers l’ignorait généralement d’un air digne et hautain, mais cela finissait bien souvent en fou rire général, surtout du au fait que sa mère , après 19 ans de mariage, avait fini par être influencé par la bonhommie de son mari.
Bonhommie qu’il avait transmise à son 2ème fils, Osman, au antipodes de son grand frère, aussi sociable que son paternel, observant le mutisme de son grand frère avec un intérêt poli.
Si Aymen avait hérité du caractère et de la couleur de cheveux châtain clair de sa mère, physiquement, c’était son père tout craché.
Le même visage taillé a la serpe, le même regard profond, la même large mâchoire, la même taille (1m82).
Aymen enviait l’aisance de son père, son élocution douce et ferme, avec laquelle il pourrait pousser le Diable à lui vendre sa propre âme.
Dans sa tentative de se faire remarquer par son père, il s’essaya au football.
Son père était un fervent joueur de foot durant sa jeunesse en Algérie, attaquant nerveux et talentueux. Jusqu’au jour où il décida qu’il n’avait pas d’avenir pour lui dans son pays, et embarqua pour la France, où il y rencontrât la timide Susanne, qui devint son épouse.
Il regrettait cet époque insouciante, où il courrait derrière un ballon, et non derrière l’argent.
Et donc, les essais d’Aymen au football s’avéraient fructueux.
Durant le collège, il s’inscrivit au club de sa ville, où il pris ses gallons en tant que milieu central . Contrairement à son père, friand de but spectaculaire, il préférait de loin les passes décisives au but, préférant œuvrer de façon incognito à la victoire que d’en récolter les lauriers, car ça lui permettait de passer a ses yeux pour un héros incompris de tous, tel le guerrier des ténèbres qu’il adorait tant.
A partir du lycée, il rentra dans une équipe de futsal (équipe de foot en salle, composée de 5 joueur).
Ses coéquipiers ne l’appréciait guère, mais il ne pouvait nier la qualité de ses passes, et de ce fait, le tôlerait.
Son père venait souvent le voir jouer, gonflé d’orgueil en se revoyant taquiner la balle à travers son fils.
Voila la vie de l’asocial Aymen, vivant jusque là une vie agréable, mais sans passion. Jusqu’à ce fameux jour de février.