Ça fait un siècle que je n'ai rien posté et deux encore que je n'ai pas écrit. Et puis voilà, plop!
A regarder le temps
- We’re lost in hell -
Il se trouve dans le désespoir de l’homme une beauté qui n’est point égalée, qu’aucun dieu, homme ou bête n’oserait ébranler. Sa force majestueuse s’exprime pourtant aisément. Il ne suffit bien souvent que de quelques traits sur le papier. Mais encore aujourd’hui, aucune mélodie ne sait la célébrer. Du tambour qui résonne aux braves délivrés de la raison jusqu’au fiel noir de la perfidie qui calomnie dame nature. On dit que de la misère naît l’espoir et de l’espoir, la volonté. Et de ce fait, dès que nous ouvrons les yeux pour la toute première fois, nous sommes condamnés à souffrir. Pour le bonheur et l’horreur.
Sur une rue sale d’un quartier sombre de novembre se dresse cet immeuble que personne ne remarque. Il ne se distingue pas plus d’un autre. Tout comme eux, il est gris et poussiéreux. De dédales de marches, il est comblé. De portes défoncées, il est souillé. Il ne paraît être qu’un mauvais rêve dont les vagues souvenirs nous reviennent. Et cet homme, lui, qui dort au premier étage sous un carreau brisé n’y est peut-être pas. Et pourtant, il est là. Rien n’est beau chez lui, rien n’est laid d’ailleurs. La tête parsemée de gris. Un visage sans âge dont les paupières closes semblent agitées. Il rêve lui aussi. Peut-être rêve-t-il à lui? Peut-être rêve-t-il à ce moment et cet endroit précis? Si un seul mot se pouvait le décrire, ce dernier serait à la fois triste et comblé. Il n’y a de réel que ce que l’on peut palper. Est-ce là ce qui donne vie aux drames les plus sombres?
Sur une rue agitée d’un quartier clair de février ne se dresse pas cet immeuble que chacun jalouse. Il ne contraste point de ses camarades par son air de parade. Non comme eux, opalin et lumineux. Ni la rue, ni les badauds agités n’existent vraiment. Il n’y a que ce calme, cette lourde sérénité qui fait descendre les flocons du ciel. Les arbres poussent sur la colline, épars, mêlant les hauts sapins aux bouleaux qui se cachent discrètement dans cette tempête qui grandit. Un renard insouciant gambade au travers des hautes herbes qui percent ce grand manteau blanc. Quelques hirondelles perchées le guettent d’un air hagard. Et les petits flocons, entre eux, murmurent en silence. On pourrait presque entendre leur joie. Ouïr cet écho d’un bonheur lointain. L’homme n’est pas en ces lieux. L’homme n’est pas Dieu. Le désespoir n’a encore retourné la terre. Et le blizzard semble être un rêve, brumeux et imprécis.
Une silhouette vacille derrière un carreau brisé. Au sommet d’une tour délabrée. Son cauchemar semble finalement prendre fin. Ses pieds tiennent à mal sur le sol jonché de déchets. Le désespoir l’envahit dans ce tout, qui est terne et gris. Tout sera terminé très bientôt. La vie la quitte peu à peu. Rien de ce qui était beau, rien de ce qui était laid ne sera plus jamais. Ne serait-ce que pour le mieux. Son corps se perd et dans un dernier élan se fracasse contre le verre. Maculé de sang et sifflant contre l’air. Le dernier fils de la terre rêve à lui pour une dernière fois.
