***
L’enfant marchait rapidement, la tête baissé dans les rues bondées du quartier commerçant. Il était bientôt midi, l’heure où les clients se font moins nombreux. Deemer accéléra le pas pour retrouver son amie. Il quitta la grande place pour les petites ruelles avoisinantes, nettement moins fréquentées, et entra dans une impasse déserte. Déserte à l’exception d’une jeune fille.
Elle avait 14 ans, le même âge que lui et avait de longs cheveux roux. Sa tenue se composait d’une sorte de corset fait de toile marron et de cuir et d’un pantalon de la même couleur. Deemer salua son amie et inspecta la petite cagette de bois qui attendait aux pieds de Shahara.
-« Elle est un peu petite ? Questionna le garçon.
- « Oui, mais toutes les autres que j’ai trouvé été abimées. J’ai dû faire un choix. Et je suis un peu fatigué aujourd’hui, j’ai pas envie de revivre ce qui s’est passé la semaine dernière quand on a dû transporter tous les fruits dans les bras parce que la boite a cédé.
- OK, t’as raison, ça suffira comme ça. On y va ? »
Les deux ados laissèrent leur boite et retournèrent sur la grande place. Leur tour était rodé. Ca faisait 2 ou 3 ans qu’ils s’étaient habitués à survivre dans les rues. Shahara se mit dans un coin, s’accroupi contre un mur pendant que Deemer était devant et surveillait que personne ne la voit. Ses mains disparurent, puis ses bras suivi du reste de son corps et de ses habits. Shahara se releva et commença à s’approcher des étalages, invisible à la vue des gens.
Le commerçant le plus proche vendait des fruits et légumes. Exactement ce dont on besoin les enfants. La jeune fille s’approcha des bananes, elle attendit que le vendeur ait les yeux tourné vers autre part pour les saisir. Elle en prit deux régimes qui disparurent quasi immédiatement, puis récupéra quelques pommes et kiwis qui finirent dans sa sacoche.
Elle retourna voir Deemer avec son butin. Celui-ci récupérait les fruits dès qu’elle les fit réapparaitre. Il retourna ensuite dans les ruelles jusqu’à sa cagette. C’est elle qui permettra le transport des vivres. La cagette était caché derrière des poubelles dans un cul de sac que personne ou presque ne traverse. Les risques de vol étaient donc inexistants, même en laissant la nourriture sans surveillance pendant quelques minutes. En revenant sur la place, Deemer trouva Shahara déjà en train de revenir les bras chargés de viande et la sacoche remplit de noix. Pas évident de transporter tout ça !
Mais les enfants s’en accommodèrent, ils n’avaient rien de prévu durant leur temps libre de toute façon. Ils prirent leur temps et firent un total de trois allers retours entre le marché et le lieu de dépôt du trésor.
En une petite demi-heure le forfait était commis. Les jeunes firent le dernier chargement de nourriture. Deemer venait essentiellement pour le transport. Il se saisit de la caisse et laissa quand même Shahara porter quelques fruits sur elle.
Deux enfant habillés comme des mendiants et transportant une grosse cargaison de nourriture étant plutôt étrange, ils avaient donc l’habitude d’éviter de retourner devant les magasins et vendeurs qu’ils pillaient. Après, le risque d’agir comme ça, c’etait de tomber nez-à-nez avec d’autres vauriens au détour d’une ruelle et que ceux-ci réclame votre bien durement acquis à la sueur du front !
Evidemment, jour de chance, ce qui devait arriver arriva. Deux hommes habillés de haillons, discutait adossés à l’un des murs. Shahara qui ouvrait la marche changea de trottoir suivi de son acolyte pour éviter les ennuis. Ça se passe comme ça dans les quartiers mal fréquentés de Sarasota, pour ne pas avoir de problèmes, il faut parfois changer de trottoir si on croise une personne louche.
Peine perdue malheureusement. Les deux hommes changèrent eux aussi de trottoir. Ils devaient avoir la trentaine et avaient chacun une barbe d’une semaine qui rajoutée à leur air négligé. L’un d’eux avait même un important strabisme, qui additionné avec sa respiration bouche ouverte, laissait transparaitre de grave lacunes dans le coco. L’autre portait de petites lunettes.
-« ‘Jour les djeunes, qu’est-ce que vous faites de beau ici ? Accosta le personnage aux lunettes.
-On rentre chez nous, répondit sèchement la jeune fille tout en contournant son interlocuteur.
-Attendez ça a l’air lourd ce que vous transportez. L’homme fit un signe à son collègue à la tête canine qui attrapa aussitôt l’épaule de Deemer.
- Shahara attrape ma caisse » lança le garçon.
Il tendit l’objet que son amie récupéra. Puis il se dégagea de l’emprise qu’on avait sur lui et poussa le voyou. Les insultes volèrent rapidement. Cela n’étonna guère les enfants de découvrir que l’homme avec le regard de travers avait du mal à s’exprimer. Et ils furent encore moins étonnés lorsqu’il dégaina une petite lame.
-« Heu vais vous faire ravaler vos dents, sales morfeux »
Les enfants ricanèrent. Un rire narquois plein d’arrogance, comme si la menace n’était pas sérieuse.
Deemer serra fort ses deux poings. L’homme armé s’approcha, la lame pointé en direction du garçon. Ce dernier ouvrit chacun de ses poings. L’un en direction de l’opinel, l’autre vers le visage de son compagnon. De chacune des mains sortie une gerbe de feu. Les réflexes de l’homme aux lunettes lui permirent de se protéger le visage avec ses bras. En revanche, l’autre se brula la main et dû lâcher son arme.
Deemer s’empressa de donner un grand coup de pied dans l’arme pour l’éloigner d’une dizaine de mètre. Shahara, qui avait posé la nourriture quelques secondes auparavant, dégaina un poignard de l’une de ses bottes. Elle somma ses opposants de partir sur le champ. Les deux adultes se regardèrent et reculèrent lentement avant de récupérer le couteau tombée au sol et de déguerpir. On ne rigole pas avec les enfants dotés de pouvoirs ! Deemer récupéra la caisse et traça son chemin à toute vitesse avec Shahara à ses côtés.
***
Bon comme certain préfèrent mettre des visages sur les persos, je vous donne quelques images d’illustration
Shahara
http://www.google.fr/imgres?q=drakan&um=1&hl=fr&sa=N&biw=1600&bih=683&tbm=isch&tbnid=7nuCyUI7VPF7eM:&imgrefurl=http://www.eurogamer.fr/forum_thread_posts.php%3Fthread_id%3D106714%26start%3D60&docid=CL91-2zCuFCo1M&w=1024&h=2072&ei=kGWLTvGoH87Ysgbi3cyBAg&zoom=1&iact=hc&vpx=168&vpy=131&dur=468&hovh=320&hovw=158&tx=104&ty=165&page=1&tbnh=156&tbnw=77&start=0&ndsp=22&ved=1t:429,r:0,s:0
Deemer
http://www.google.fr/imgres?q=steven+gerrard&um=1&hl=fr&biw=1600&bih=683&tbm=isch&tbnid=gPxr1QA2aLCCrM:&imgrefurl=http://gerrardlampard.blog4ever.com/blog/lire-article-446729-2428167-le_successeur_de_steven_gerrard___les_dernieres_de.html&docid=jttmOrKorYn2wM&w=300&h=300&ei=vWWLTq_lLczYsgaE3tXxAQ&zoom=1&iact=hc&vpx=541&vpy=337&dur=218&hovh=225&hovw=225&tx=141&ty=178&page=1&tbnh=140&tbnw=144&start=0&ndsp=25&ved=1t:429,r:19,s:0
La ville de Sarasota
http://www.google.fr/imgres?q=tenochtitlan&um=1&hl=fr&biw=1600&bih=683&tbm=isch&tbnid=WmqZ9hiATGyWcM:&imgrefurl=http://planetejeanjaures.free.fr/histoire/renaissance/conquistadores3.htm&docid=U4vb435gWE2vRM&w=500&h=412&ei=WWaLTtfMIof6sgaI95GuAg&zoom=1&iact=hc&vpx=417&vpy=275&dur=7363&hovh=204&hovw=247&tx=100&ty=101&page=1&tbnh=154&tbnw=194&start=0&ndsp=21&ved=1t:429,r:15,s:0
Bon après, faut les imaginer en plus jeune évidemment (non, pour la ville ça marche pas
). C’est juste pour se faire une idée des visages.
***
Quatre jours plus tard, Gia revint au repère le visage tuméfié, le nez en sang et un œil au beurre noir. Il s’agissait d’une amie de Shahara. Elle s’était faite démolir parce qu’elle trainait sur un territoire revendiqué par les membres des aigles du soleil.
C’en était trop. Il était temps de donner une bonne leçon à ce groupe pour leur faire comprendre ce qu’il en coute de se croire supérieur à tout le monde. La vengeance allait être terrible.
Pendant plusieurs jours, les enfants réfléchissaient au meilleur moyen de faire payer leurs rivaux. Pendant les repas, les idées fusaient sur les stratégies à employer. Parfois jugé trop clémentes, parfois trop compliquées à mettre en œuvre, la tactique idéale était dure à trouver. Finalement un des enfants proposa un plan qui remporta la majorité des suffrages.
L’objectif était de les calmer pour un petit bout de temps et de montrer que leur territoire n’était pas aussi grand que ce qu’ils pensaient. Le plan pouvait aussi attiser encore plus la haine entre les deux groupes antagonistes et encourager la poursuite des actes de vendetta. Mais ce genre de réflexion passait loin au-dessus de la tête des enfants.
La première étape commençait quelques jours plus tard. Shahara qui savait lire et écrire rédigea un message pour les Aigles. Il s’agissait d’un message de demande de rencontre pour se battre à la tombée de la nuit, le lendemain. Le message fut attaché à une brique par une cordelette.
L’un des enfants pris la brique et parti pour la demeure adverse. Le plus important était d’éviter de se faire attraper avant d’arriver à destination. De toute façon, il s’agissait d’un jeune. Par conséquent, les membres du gang rival ne l’avaient probablement jamais vue et ne pourraient dire s’il appartient aux Chasseurs de la Nuit ou non.
Arrivé devant sa cible, le petit pris sa brique et la lança de toute ses forces dans la porte, avant de prendre ses jambes à son cou. Il piqua le sprint de sa vie. La porte quant à elle, était trop fragile et fut transpercé par la brique dans un vacarme ahurissant.
Le temps que l’on vienne voir ce qu’il se passe l’auteur de l’acte était déjà loin. Ils ne purent découvrir que leur porte fracassé et le message qui leur était adressé. La provocation fut suffisante, ils allaient régler leur compte sous peu.
Evidemment, il s’agissait bien entendu d’un piège. Plusieurs jarres remplies de cailloux ont été déposé dans un lieu proche de la zone de rencontre prévue. Deemer et ses troupes avaient préparé cette embuscade pour se positionner en hauteur par rapport aux Aigles et les arroser d’une pluie de pierres avant qu’ils soient préparés à combattre.
A l’approche de la nuit, les deux gangs quittèrent leur maison. Mais Deemer ne se joignit pas au reste des troupes. Il prit une autre direction, celle de la base ennemie. En effet, c’est là que repose le plan machiavélique. Pendant qu’une embuscade est destinée à battre le clan opposé, Deemer doit aussi profiter de leur absence chez eux pour y ravager tous leurs biens.
Le seul point faible du plan est de savoir si les Aigles du Soleil ont bien décidé de venir pour en découdre ou non. Par chance, pour Deemer et ses amis, la haine a été la plus forte. La rencontre aura bien lieu.
Shahara dut ensuite séparer son gang en deux groupes. Le premier groupe etait celui de provocation qui devait appâter les ennemies sous un petit pont où le deuxième groupe, celui des jeteurs de pierres, les attendait. Shahara décida de se placer en haut, avec les pierres. C’est plus commode en effet, que de servir d’appât.
A quelques minutes de la confrontation, l’atmosphère était lourde. Certains enfants tremblaient de peur, d’autres d’excitation. On sentait que le combat allait atteindre une violence et une ampleur jamais atteinte jusqu’à là.
Le premier groupe commença à chercher le gang ennemi dans les rues environnantes. D’après les calculs par rapport à l’heure prévue de la rencontre, ils ne devraient plus être très loin. Ce groupe n’était constitué que de quatre personnes, armées uniquement de quelques pierres. Ils marchaient prudemment, sous la responsabilité d’Idriss.
Au détour d’une rue, ils aperçurent leurs adversaires, mais ne les attaquèrent pas directement. Leur chemin était celui qu’Idriss avait anticipé et ils reculèrent prestement pour déclencher l’attaque uniquement à proximité du lieu d’embuscade.
Deux rues traversé plus tard, Idriss ordonna à ses compagnons de balancer leurs cailloux en direction de l’adversaire. Ceux-ci, n’étant pas préparés à l’attaque eurent des difficultés à esquiver les jets de pierres et certaines finirent leur course dans les jambes ou les ventres des Aigles.
La course poursuite s’engagea. Et tout ce beau monde se dirigé tout droit vers la gueule du loup. Lorsqu’ils arrivèrent à portée du second groupe, ils ne repérèrent pas tous la volée de pierres qui prenait leur direction. Aille.
Ca à fait beaucoup de casse. La plupart se sont pris des cailloux de plein fouet. Certains se sont pris des roches dans la tête, sur le torse ou encore sur les bras. Le sang se mélangea aux larmes dans les cris et les pleurs. Ils arrêtèrent leur course et furent contraint de battre en retraite. Certains lancèrent en retour les pierres tombées au sol. Mais sans grand succès à cause de la position en hauteur dont bénéficiaient les assaillants.
Shahara et son groupe décida de quitter le pont pour couper la retraite des adversaires et engager le combat au corps à corps. Deux minutes plus tard, les gangs se retrouvèrent et entrèrent dans une mêlée au chaos indescriptible.
Personne n’avait apporté de couteaux, mais les bâtons, barres de fer et autres massue en bois étaient fréquentes. Personne ne retenait ses coups que ce soit une fille en face ou un garçon plus jeune de plusieurs années.
***
Chapitre 2 La prisonnière modèle
La vie suivait tranquillement son cour pour les enfants qui évitaient ceux des autres gangs depuis la dernière grosse bataille. Mais au centre de la ville, une décision fut prise qui allait changer la vie de tous les orphelins.
Au cœur du palais se tenait une réunion entre le roi, ses conseillers et le chef de la police.
-«Une guerre se prépare et nous manquons de main d’œuvre dans nos mines de fer.
-Je sais mon seigneur, nous avons vidé toutes nos prisons pour les garnir, mais ce n’est pas suffisant.
- Pourtant, mes sujets se plaignent de l’augmentation de la violence dans les quartiers pauvres.
- Les gangs et la mafia se sont accaparé le territoire. Mais, mes meilleurs agents sont sur le coup. Nous préparons une série de descente pour mettre fin à la criminalité.
-Bien, bien, quand auront lieu ces actions ? Vous savez que chaque jour compte.
-Le premier des raides est prévu pour après-demain. Nous allons les traquer sans relâche mon roi. »
La décision était prise d’éradiquer la vermine de Sarasota, la capitale de l’ile de Cartan. Et la principale raison était la menace de guerre qui planait au-dessus de la tête du roi. En effet, Chaba, le roi d’une ile situé dans le nord de la Grande Archipel d’Horevève, avait des vues sur Cartan.
Les terres fertiles, grâce au climat très doux, presque tropical, sur Cartan, attirait la convoitise de nombreux souverains. Mais les murailles et le fleuve entourant Sarasota ont toujours permis de repousser les vagues d’envahisseurs.
Certains disent que ce sont les dieux eux même qui protège l’ile. Cela ne serait que guère surprenant quand on connait l’importance de la religion au sein de l’ile. La capitale ne contenant pas moins de quatre grands temples. Et en période de guerre, le sang des sacrifices humains coule à flots sur les marches de la grande pyramide du dieu de la guerre. Bien souvent, les sacrifiés sont des prisonniers de guerre ennemie. Mais quand les prêtres réclament de nouvelles âmes, on ne regarde pas toujours l’origine des sacrifiés.
Mais à plusieurs centaines de Km plus au Nord, on ne pensait pas pareil. Chaba, le nouveau roi du peuple Viking avait réussi à rassembler les différentes tribus autour de lui. Et avec l’aide de ses chamanes, il ne comptait pas s’arrêter là.
-« Alors où en est notre jeune prodige ? Demanda le roi Chaba.
- Skadi continue sa progression, elle arrive désormais à soulever et stabiliser dans les airs trois drakkars simultanément, répondit le grand prêtre du roi.
- Parfait, avec cette stratégie, j’ai remporté de nombreuses victoires. Les murs de Sarasota ne me résisteront pas longtemps.
- Mon premier assistant, Loki, s’entraine également pour améliorer sa capacité de communication mentale. Les erreurs de transmissions survenues la dernière fois ne devraient plus se reproduire.
- Son pouvoir pour coordonner mon armée est lui aussi indispensable. Avec ces deux Izaïr, la victoire est assurée. »
Loki, le plus terrible des Izaïr, c’était lui le vrai responsable des grandes réussites de Chaba. Contrairement à ce que pensait son entourage, son pouvoir ne se limitait pas à la communication télépathique. En fait Loki était capable d’insuffler des idées nouvelles dans l’esprit des gens, voire même de contrôler mentalement les esprits faibles.
Même s’il n’avait que 16 ans, il connaissait déjà toutes les subtilités des stratégies militaires. Et dans la plupart des batailles, il forçait les chefs ennemies à déplacer leurs troupes de façon incohérente. C’était là que résidait le secret des victoires obtenues, mais lui seul le savait car même ses ennemies ne s’en rendaient pas compte.
Un matin, lors d’une belle journée ensoleillée, Shahara décida de s’occuper de son griffon. Elle connaissait l’animal depuis sa naissance. L’œuf fut donné au propriétaire de l’orphelinat par un de ses amis. A l’éclosion, les enfants furent émerveillés par cette bête légendaire et l’animal devint la mascotte de l’établissement. D’ailleurs Shahara découvrit ses pouvoirs d’Izaïr par l’intermédiaire du griffon. En effet, avant de pouvoir devenir invisible, Shahara apprit d’abord à communiquer avec l’animal. Ce lien étroit qui s’est noué entre eux deux permettait même à la jeune fille d’appeler la créature même à plusieurs Km de distance.
La bête n’avait que 4 ans et mesurait déjà 1m50 de hauteur. Des légendes racontes que certains griffons ont mesuré jusqu’à 5m de hauteur. Difficile de savoir si cela était vrai, les griffons extrêmement rares et aucun griffon à part lui n’était recensé sur l’ile. Shahara constatait cependant que son bébé, comme elle aimait l’appeler, continuait de grandir régulièrement.
Le gang ne souhaitait pas que l’animal attire l’attention. Il fut donc dressé pour aller chercher sa nourriture l’extérieur de la ville durant la nuit. Il s’attaquait principalement aux vaches ou aux moutons présents dans les fermes aux alentours. Parfois, il s’aventurait dans la forêt pour y chasser la biche ou le sanglier.
Pendant le jour, Shahara aimait le voir, lui faire sa toilette, peigner et caresser sa fourrure ou s’assurer que son plumage soit resplendissent. En fait, beaucoup de jeune fille rêvaient de s’occuper d’un cheval ou d’un poney. C’est ce que faisait Shahara, sauf qu’il s’agissait simplement d’un griffon.
L’après-midi, Shahara sortit en ville avec Deemer. Elle avait noté que cette semaine, la troupe du cirque itinérant du Nez Rouge s’installait en ville. Elle avait donc utilisé ses compétences pour obtenir quelques piécettes et s’acheter deux places pour aller assister au spectacle. Ce n’était pas très courant de voir une fille invité un homme à sortir, mais Shahara savait se montrer généreuse avec ses amis ; bien que ce ne soit pas tout à fait son argent qu’elle ait utilisé.
Le spectacle était varié : des clowns, des acrobates, des illusionnistes ou encore des lanceurs de couteaux. La partie la plus dérangeante, mise-à-part les clowns qui ont été de tous temps des gens un peu glauques, était la présentation de la galerie des horreurs. Il s’agissait de personnes difformes exhibées devant la foule. On trouvait pêle-mêle la classique femme à barbe, un nain présenté comme l’homme adulte le plus petit du monde, ou encore un homme né avec une malformation dont les jambes étaient inversées par rapport au corps et qui se déplaçait comme une araignée. Il y avait même un pégase. En fait, pas exactement, il s’agissait plutôt d’un cheval blanc à qui l’on avait accroché grossièrement deux ailes en carton recouvertes de plumes d’oie.
A la fin de la journée, les deux acolytes rentrèrent chez eux, des images plein la tête. Ils profitèrent du repas pour raconter à leurs camarades ce qu’ils avaient vu. Les discussions se poursuivirent tard dans la nuit.
Certains des enfants étaient allés se coucher. Idriss, lui, continuait d’écouter, mais d’une oreille seulement. Il pensait à partir se coucher quand il entendit un hennissement de cheval. Curieux, il alla à la fenêtre pour voir ce qu’il se passait.
Dans la rue, marchait une petite troupe d’une vingtaine de personnes accompagnées d’une charrette. Certains se déplaçaient à cheval, mais la plupart marchaient à pied. Grâce aux torches qu’ils transportaient, Idriss pu apercevoir à quoi ils ressemblaient. Les hommes portaient un glaive ou une lance et étaient vêtus d’une toge vert-pale.
Pas de doute possible, il s’agissait de la police de Sarasota. Idriss couru prévenir ses amis sans perdre une seconde. Etaient-ils là pour eux ? Ou s’agissait-il d’autre chose ? Pas de prise de risque, tout le monde devait être debout immédiatement. Deemer chargea ses compagnons de réveiller tout le gang et de se réunir en bas. Pendant ce temps il alla voir à la fenêtre ce qui se tramait dehors.
La charrette s’était arrêtée et les force de l’ordre commencèrent à encercler le bâtiment. Les ennuis ne faisaient que commencer. Deemer descendit au rez-de-chaussée à son tour.
-« Alors ? Questionna Idriss qui avait fini de réunir le groupe.
- Ils encerclent le bâtiment. On va devoir tous passer par derrière et une fois dehors, c’est chacun pour soi.
- Dans ce cas dépêchons nous », dit Gia en commençant déjà à partir.
Les autres enfants lui emboitèrent le pas. Lorsqu’ils furent tous à l’extérieur, un bruyant « Attention, ils s’échappent »
résonna au cœur de la nuit. Ils s’étaient fait repérer.
Tous les enfants piquèrent un sprint dans un désordre invraisemblable. L’arrière de l’immeuble était occupé par un vaste terrain vague composé de hautes herbes et quelques arbres ou buissons disséminées ça et là. On ne faisait plus attention de vérifier que les autres ne tombaient pas, la seule chose qui comptait était de fuir. Dans les rues ou les propriétés voisine, peu importe, juste fuir.
Shahara fut la première à interrompre sa couse. Elle alla dans un buisson et utilisa son pouvoir pour devenir invisible. Elle aperçut les gardes qui affluaient dans le pré à la poursuite des enfants.
Shahara n’était pas en danger. Lorsqu’elle utilisait son pouvoir, seul un œil attentif pouvait déceler sa présence. En fait, elle n’était pas complétement invisible. La lumière subissait une petite altération lorsqu’elle traversait son corps, comme une trop grande chaleur rend flou ce que l’on regarde derrière. Cependant, il était très difficile de la voir en pleine lumière, alors avec seulement l’éclairage de la lune et quelques torches, c’était mission impossible pour la police.
Elle décida de revenir sur ses pas. Elle attendrait au sommet de l’immeuble, rappellerait son griffon et déciderait ensuite de l’endroit où aller. En retournant chez elle, elle vit trois gardes resté pour inspecter les lieux.
-« On a finis de fouiller le bâtiment. Il n’y a plus personne ici sergent, dit l’un d’eux.
- L’étage est meublé, celui du dessus est désert et le toit contient un peu de paille avec quelques os d’animaux. Il faudra qu’on envoie demain des transporteurs pour opérer la saisi des biens » ajouta un autre.
Shahara monta les étages, puis sur le toit sans se faire repérer. Elle se concentra pour appeler son animal et attendit son retour en pensant à ce qu’il était advenu de Deemer.
Au même moment, Deemer entrait dans des ruelles pour semer ses poursuivants. Il fit une grossière erreur car il tomba sur une impasse. Arrivé au bout, il se rendit compte qu’il était cerné. En face, un portail surplombé de piques Sur les côtés, des murs trop hauts pour être escaladés. Et derrière, trois gardes bien armés.
-« Tu es fait comme un rats, rends toi et on évitera de te faire du mal »
Deemer avait deux choix. Les combattre pour se frayer un chemin et s’enfuir ou se rendre. Il hésita quelques secondes. Même avec ses pouvoirs d’Izaïr, il ne pouvait faire le poids face à trois personnes entrainés à combattre.
Finalement, il leva les mains en signe de reddition. Les policiers s’approchèrent lentement du garçon avant de l’entourer. L’un d’eux se mit derrière Deemer et lui fit une balayette. L’enfant qui ne manifestait plus de signes d’opposition, chuta violemment contre le sol avant d’être menotté et fouillé.
La violence de l’intervention le mit complétement KO. Les policiers le transportèrent alors sur leur dos avant de le ramener à un poste de police à proximité.
Deemer se réveilla au petit matin. Il se trouvait par terre, bavant sur le sol, les mains attachées. Après s’être redressait, il sentit une vive douleur au niveau du nez et s’empressa de vérifier qu’il n’était pas brisé. Ça avait l’air d’aller.
L’inspection de la salle dans laquelle se trouvait Deemer fut rapide. Il était dans un petit cachot complétement vide. La porte comprenait une petite ouverture au niveau des yeux qui laissait passer un peu de lumière. Deemer aperçu la salle d’en face par la lucarne. Elle était déserte. L’enfant décida donc de se rassoir et d’attendre.
Quelques heures plus tard, un garde fini par arriver. Il entra dans la cellule pour apporter un peu d’eau et de nourriture.
-« Où est-ce que je suis ? Demanda le garçon.
- Il s’agit du poste de police Sud.
- Et je vais rester enfermé ici longtemps ?
-Nan t’inquiètes pas pour ça. Dans la journée des gardes vont te récupérer et t’emmener dans une prison à l’extérieur de la ville.
- C’est pas vraiment rassurant. Tu sais si je vais être jugé ou quelque chose comme ça ?
-Houlà, tu m’en demandes trop. Aucune idée, désolé.
Le garde commençait à partir.
-Attend, dernière question. Tu sais s’il y a d’autres enfants par ici ?
-Nan t’es le seul. Mais un couvre-feu vient d’être établi. Les gamins des rues dans ton genre vont vite quitter la ville. Avec un peu de chance tu retrouveras tes amis après ton transfert, dans la soirée. » Sur ces mots, le garde referma la porte du cachot.
Quelques heures plus tard, le garde revint.
-« Ca y est, c’est l’heure.
- Je peux aller aux toilettes avant de partir ? J’en ai vraiment besoin.
- Ouais, suis moi mon petit. »
Après s’être soulagé, on posa un sac en papier sur la tête de Deemer. Puis on le conduisit à une charrette qui allait effectuer le transport. Pas moyen de savoir qui l’accompagnait dans le charriot. Y avait-il d’autres prisonniers ? Très certainement.
Le voyage fut long, sans pose et inconfortable au possible. Deemer était assis dans un coin, les mains attachées dans le dos. Puis finalement, le trajet de la charrette pris fin. On fit sortir Deemer sans lui enlever son sac devant les yeux.
Il fut conduit à l’intérieur de la prison. On l’assit avant de lui enlever son sac. Un homme l’attendait pour rédiger une fiche de renseignements. On prit son nom, son âge, sa taille, son poids, la couleur des yeux etc. On lui demanda même s’il était un Izaïr. Question à laquelle il répondit par la négative.
L’examen dura une bonne trentaine de minute. Une fois tout cela terminé, Deemer demanda :
-« Et maintenant, qu’est-ce que vous allez faire de moi.
- On va te garder ici pour le moment. Dans cinq jours nous enverrons une partie des prisonniers vers les mines de fer, tu seras certainement du voyage.
- Et vous allez me garder comme forçat pendant combien de temps ?
- Une guerre se prépare, tout le monde devra travailler dure dans les prochains mois. Après la guerre, le roi pourra se montrer clément et libérer une partie des mineurs. »
Deemer ne comptait certainement pas rester prisonniers durant les prochaines années. Mais à l’heure actuelle, avec les mains attachées il ne pouvait pas faire grand-chose. Il se laissa ensuite conduire jusqu’à sa cellule. Les couloirs étaient gris et sales. A chaque pas, des monticules de poussières s’envolaient. Visiblement, on ne passait pas souvent le balai par ici.
Deemer passa devant des dizaines de cellules. La prison était composée d’un seul bâtiment sans étage et d’une cour pour permettre aux prisonniers de prendre l’air. En temps normal, entre 300 et 400 prisonniers vivaient ici. Mais en cette période de troubles, beaucoup furent envoyés aux travaux forcés et il ne restait qu’une centaine de personnes dans cette prison. Celles-ci étaient d’ailleurs réparties en trois zones. D’abord les prisonniers peu dangereux, auteurs de simples délits. Ensuite, les prisonniers condamnés à de lourdes peines qui allaient rester pendant plusieurs années à l’intérieur de la prison. Et enfin, les prisonniers dangereux. Il s’agissait soit des gens en attente de la peine capitale, soit de personnes violentes qu’on préférait éloigner des autres détenus, soit des Izaïr qu’on attachait soigneusement et auxquelles ont place un bandeau de répulsion magique. Ces bandeaux étaient censés prévenir l’utilisation des pouvoirs par les Izaïr, mais ils se révélaient souvent inefficaces.
Deemer se trouvait dans la partie réservé pour les détenus peu dangereux. Il n’était qu’un adolescent après tout. Le surveillant finit par s’arrêter devant une cellule en bout de couloir. A travers les barreaux, Deemer entraperçu la silhouette d’une jeune fille. La prison n’était pas réellement séparée entre hommes et femmes. On essayait simplement de ne pas laisser une femme dans la même cellule qu’un homme. En revanche comme Deemer n’avait que 14 ans, ça ne posa pas problème.
Il entra dans la cellule où il trouva trois lit-superposés, un contre chaque mur. La fille était assise sur le lit de droite. Deemer choisit de se mettre en face.
Elle était blonde avec des cheveux bouclés très claires, avait 20 ans environs et possédait deux grands yeux verts au milieu de son visage rond.
-« Salut, tu t’appelles comment ? demanda-t-elle.
Sa voix était monocorde, les paroles longues à venir. Les syllabes s’enchainaient difficilement, un peu comme une personne sous l’influence de drogues. Mais elle ne semblait pas méchante, plutôt sympathique même.
- Deemer, et toi ?
- Moi c’est Mirria. Elle fit une pose, avant d’enchainer :
-Alors qu’est-ce que t’as fait pour te retrouver ici ? Toujours sur le même ton, proche de l’endormissement.
- Strictement rien. La police est venue me chercher chez moi pendant la nuit et on m’a arrêté sans me donner d’explication.
-Il y a pas mal de gens ici qui disent qu’ils n’ont rien fait. La vie est trop injuste, hein ?
-Bon, OK, je faisais partie d’un gang en fait.
-Moi, je me suis fait piquer pour possession de poudre de fulma.
- Je suis pas un expert, c’est de la drogue ça ?
-Heu oui, mais c’est pas vraiment dangereux. J’en prends juste pour me retourner la tête quand je suis malheureuse et me sentir mieux.
- Qu’est-ce qu’il t’est arrivée ?
- Holà là, c’est une longue histoire.
- Je crois que je vais avoir pas mal de temps libre. Raconte.
- OK. As-tu déjà entendu parler de Solmyr ?
- Nan, jamais de la vie. C’est qui ce mec?
- C’était mon copain. Ensemble, on a écumé les mers de l’Archipel d’Horevève pendant des années. On était les corsaires les plus redoutés du monde.
- Heu tu t’emballes pas un peu là ?
-Non, c’est vrai, répondit-elle en secouant la tête.
On dirait pas comme ça, mais à l’époque j’étais une puissante Izaïr. Je pouvais contrôler le vent. Solmyr, lui, était le pro des éclairs. La foudre s’abattait sur nos ennemis. Ensemble on pouvait créer de véritables tempêtes. Mais c’était la belle époque tout ça, dit-elle d’un ton nostalgique.
-Et ensuite ?
- Ensuite ? J’ai tout perdu. D’abord mes pouvoirs. Et quelques semaines après, Solmyr m’a quitté pour une stupide greluche.
Mirria éclata en sanglot, submergé par l’émotion.
Ça fait 6 mois qu’on est séparé et je pense toujours à lui. Je me suis réfugiait dans le fulma à cause de ça.
- Je comprends que ça soit dur, mais tu devrais peut-être te confronter à la réalité et arrêter de prendre du fulma.
-Je sais, mais je suis faible, bouhouhouhou.
Les sanglots recommençaient. Deemer se leva et rejoignit Mirria pour lui faire une accolade et s’assoir à coté d’elle. Elle essuya ses larmes avant de reprendre :
- Maintenant, j’ai uniquement le pouvoir de changer la couleur de mes yeux, c’est nul.
Elle regarda Deemer dans les yeux et fit une démonstration. Ils passèrent du vert au bleu, puis à un noir intense.
-Ah oui, je trouvais que tes yeux étaient particulièrement verts, j’avais jamais vu ça.
-Hum, en fait, à la base, ils étaient amendes.
- On dit marron normalement.
-Nan, c’est pour pas confondre avec châtaigne, écorce et…
-Arrêtes, tout ça c’est la même couleur, c’est du marron. Tu peux le dire que tes yeux sont marrons, c’est pas la honte.
Un sourire réapparu sur le visage de Mirria, malgré quelques larmes encore présentes.
-Une loutre et une amende, ça a la même couleur peut-être ? Les garçons, vous êtes trop nul pour différencier les couleurs, dit-elle en éclatant de rire.
-Au fait, si tu peux encore changer la couleur de tes yeux, ça veut dire qu’avant tu pouvais complétement changer de visage ou pas ?
- Oui, et tout le corps aussi. Je m’en servais pour faire des blagues. Et des missions d’infiltration aussi... Nan j’avoue juste des blagues en fait. J’en ai également profité pour refaire mon nez, il avait une petite bosse là, dit-elle en indiquant le haut du nez.
Bizarrement, le changement a été permanant, même si j’ai perdu mes pouvoirs. Et la même chose est arrivé pour le tatouage que je me… Heu, attend t’es un peu jeune pour que je t’en parle de ça. »