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Liste des sujets

Spetsnaz GRU

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
29 septembre 2011 à 21:12:59

- Prêt ?
L'homme encagoulé regardait fixement son camarade, attendant une réponse. Il portait la même tenue d'assaut, la même cagoule, et semblait ailleurs.
L'homme répéta sèchement sa question : « Orlov, t'es prêt ? » L'intéressé acquiesça, avant de se plaquer contre le mur, tenant fermement son fusil entre les mains. Ayant enfin sa réponse, l'homme fit de même, puis décrocha un engin de sa ceinture, et le plaqua contre le mur, à un mètre seulement de chacun des deux. Orlov appuya sur son oreillette, et lança :
- Gamma, paré.
- Bien, reçut-il comme réponse. N'oubliez pas que nous sommes là pour sauver les otages. A trois, on y va. 1 ...
Orlov se tassa encore un peu plus contre le mur, baissant la tête pour pointer son casque contre l'engin attaché au mur. Sa seule vision était son fusil An-94 entre ses mains. Il était encore neuf, mais plus pour longtemps.
- 2 ...
C'était le moment. Il respira un grand coup, évacuant en un seul instant tout le stress accumulé. Son camarade, complètement écrasé contre la paroi, rapprocha lentement son pouce du bouton rouge dans sa main.
- 3, Go !
En un seul instant, l'engin plaqué contre le mur avait disparu dans une terrifiante déflagration, ouvrant un trou béant dans le béton. A peine le souffle s'était-il propagé qu'Orlov se précipitait dans l'ouverture. Profitant de la confusion générale, il se rua sur un couvert tandis que son camarade lançait une grenade fumigène, puis inspecta rapidement la pièce dans laquelle ils étaient, à la recherche d'hostiles. Pendant ce temps, l'autre soldat avait mis son arme en joue et avançait dans un couloir. Orlov s'engouffra dans le second corridor, le doigt sur la gâchette de son arme. Rapidement, il aperçu à travers la fumée des formes humaines portant différents fusils, courant dans tous les sens sous la confusion. En un instant, il les avait alignés et ouvrait le feu. En une seule rafale, il avait fait tomber le premier. Il changea de cible en un éclair et tira une deuxième fois. Les coups se succédèrent sans riposte jusqu'à la disparition de tous les hostiles.

Au-dehors, la tension était à son comble. Les forces armées qui avaient encerclé l'usine avaient été mises au courant de l'attaque prévue, mais avaient perdu tout contact depuis que d'inquiétantes explosions avaient éclaté sur l'ensemble du bâtiment. Les nombreux soldats se tenaient prêt à charger, dès qu'ils en recevraient l'ordre. Les rares journalistes autorisés dans la zone avaient cessé de commenter les événements, et braquaient leurs caméras vers les colonnes de fumée. Il y avait d'énormes chances que la situation dégénère en un incroyable bain de sang, scénario que tous avaient en tête.
Soudain, à peine une dizaine de minutes après le début de l'assaut, les radios crépitèrent : « Ne tirez pas ! Je répète, ne tirez pas ! » Un instant après, les portes de l'usine s'ouvraient gentiment, laissant apparaître une quinzaine de soldats, avançant lentement, le fusil à la main. Ils étaient suivis par tout un groupe d'hommes et femmes pâles, tremblants, mais enfin libres. Orlov avançait un peu en retrait, portant une femme blessée.
Les autres soldats, les journalistes et les secours se ruèrent à leur rencontre. Immédiatement, les libérateurs étaient pris d'assaut par les micros et caméras, chose à laquelle ils n'avaient pas été très bien préparés.
- Belle réussite, n'est-ce pas ? lança l'un des journalistes.
- Tous les terroristes ont été abattus, cracha l'homme en tête de l'escouade, un otage a été exécuté et plusieurs ont été blessés. Je n'appelle pas ça une réussite.

« Les événements d'aujourd'hui montrent clairement ce que nous réservons aux terroristes, où qu'ils se terrent. Il est hors de question que nous dialoguions avec des monstres de la pire espèce. Jusqu'ici, nous avions peur d'eux et nous cédions trop facilement à leurs dangereuses revendications. Mais aujourd'hui, nous voyons que nous n'avons rien à craindre, et qu'au contraire, c'est eux qui devront nous craindre ! Messieurs, ... »

Orlov pressa le bouton rouge de la télécommande. Il avait à peine eu le temps de manger un morceau devant le pathétique discours d'il ne savait quel politicien. Déjà, ses camarades rejoignaient les vestiaires et changeaient leurs tenues d'assaut. Il n'était cependant pas question de quitter la caserne, car une autre mission d'importance attendait déjà les Spetsnaz.

Titimathy
Titimathy
Niveau 44
29 septembre 2011 à 22:33:43

J'ai supprimé ton dernier message, le lien doit être posté sur le topic de pub, si tu le souhaites. ^^

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
30 septembre 2011 à 10:20:08

Disons, ce n'était pas vraiment de la pub, juste un lien de download pour le .pdf complet de la fic que je poste ici ... =/

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
30 septembre 2011 à 18:48:24

Un lourd vrombissement résonna dans le ciel de fin de journée. Magnifiquement éclairé par le soleil, un avion bimoteur s'approchait lentement d'une piste bétonnée. Perdant petit à petit de la vitesse, il survola tout un complexe militaire qui, malgré un âge certain, semblait encore tout à fait fonctionnel. Finalement, les roues arrières du transport touchèrent le sol, suivies rapidement de la roue avant. Il fit un bref tour de piste, puis alla se garer vers une caserne.
De la soute de l'Ilyushin sortirent lentement les quinze Spetsnaz. Déjà en tenue d'assaut, de lourds bagages dans leur dos, ils s'avancèrent sur la piste vers les baraquements. A leur tête se trouvait le chef de l'escouade, Maksim, sûrement le plus imposant de tous. Il ne portait pas de cagoule, et laissait ainsi apparaître ses traits fermes et son regard sévère. Derrière lui, Orlov laissait également apparaître son visage, plus fin et tendre que celui de son supérieur. Ses yeux gris scrutaient la base qui les accueillait. A y regarder de près, les bâtiments manquaient d'entretien, et beaucoup d'équipements n'avaient pas servi depuis bien longtemps. De rares chasseurs et hélicoptères étaient alignés sur la piste, mais ressemblaient plus à des tas de ferraille qu'à des engins de guerre. Le tout était encastré entre de lourdes montagnes, sous un ciel particulièrement bleu.
- Chef ! appela-t-il. Où sommes-nous ?
- Une base officiellement désaffectée que nous avons utilisée dans les années 80.
- Officiellement ?
Maksim ignora la question, donnant ainsi la réponse. L'escouade continua jusque dans les baraquements, soupçonnant déjà ce qu'il s'y trouverait. Le chef poussa une lourde porte rouillée, les laissant pénétrer dans cette mystérieuse base. A l'intérieur, le contraste y était saisissant. Les couloirs étaient propres, les murs semblaient neufs, et quelques militaires traversaient rapidement les pièces sans prêter attention aux nouveaux venus. Orlov, peu surpris de la mascarade, continua à suivre le mouvement jusqu'à arriver dans des vestiaires. « Rendez-vous au briefing dans cinq minutes ! » lança Maksim avant de quitter la pièce. Et c'est exactement le temps qu'il fallut aux Spetsnaz pour poser leurs affaires et rejoindre le secteur de commandement.
« Messieurs ! » commença un officier qui leur était inconnu. « Vous avez déjà été briefé au départ de Moscou, et on vous a entre autres dit que vous recevrez un complément d'informations ici. Comme vous l'avez deviné, cette base constitue une cachette idéale pour nos opérations dans le secteur, y compris et surtout l'opération Prizrak. Ce soir, à huit heures précises, vous décollerez dans un des hélicoptères de la base, qui vous déposera près de la frontière. » Il s'interrompit et appuya sur un bouton. Une carte fut immédiatement projetée contre le mur dans son dos. Il reprit en montrant différents points de l'image. « Vous longerez cette vallée ici, puis devrez traverser ce village. Ensuite, vous avancerez vers cette montagne, qui semble abriter les installations adverses. Une fois votre mission accomplie, vous grimperez par ce chemin, et vous dirigerez vers le nord. A cinq heures, un Mil viendra vous récupérer ici. Attention, toute la zone est hostile. De plus, des patrouilles de la coalition surveillent de temps à autres ce secteur. Vous avez le feu vert pour éliminer les insurgés, mais interdiction formelle d'ouvrir le feu sur des soldats étrangers. Questions ? Parfait, alors rendez-vous sur la piste à huit heures moins cinq. Rompez ! »

Alors que ne subsistaient du soleil que de pâles rayons au-dessus des montagnes commençait la journée des Spetsnaz. Plongés dans l'obscurité, ils entraient un à un dans la soute spartiate d'un Mil. A huit heures, les montagnes commencèrent à résonner du sifflement de deux puissantes turbines. En dix minutes seulement, l'hélicoptère disparaissait à travers une vallée.

Il ne leur fallut qu'une petite demi-heure pour rejoindre la frontière. L'aéronef se posa sur une route de montagne, laissant débarquer l'escouade. En trente secondes, l'hélicoptère redécolla et quitta les lieux.
Les Spetsnaz étaient plongés dans leur élément. La nuit était totale, seules quelques rares lumières étaient visibles au loin. Ils armèrent leurs fusils, activèrent les dispositifs de vision nocturne, et se volatilisèrent dans la nuit. L'opération Prizrak pouvait commencer.

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
01 octobre 2011 à 19:16:39

Le sifflement du Mil disparut rapidement derrière l'imposante chaîne de montagnes, mais Orlov ne s'en soucia guère. Toute son attention était dirigée sur l'instant présent. Tous ses sens étaient en alerte, à leur maximum. Il scrutait sans cesse l'obscurité, observant les moindres détails des alentours, cherchant du regard toute chose anormale, tout danger potentiel. Il écoutait les pas pourtant silencieux de ses équipiers, il les entendait glisser furtivement sur le chemin rocailleux. De ses mains, il sentait le métal froid de son fusil silencieux. Il allait jusqu'à distinguer les moindres variations dans l'air frais de la montagne.
Il ignorait pourquoi, mais il se sentait vivant. Bien plus vivant qu'aucun homme avant lui ne l'avait été. Face aux dangers d'une telle mission, il abandonnait enfin ses préoccupations routinières, pour ne se concentrer que sur son devoir. Peut-être était-ce dû à l'adrénaline, ou peut-être était-ce l'injection faite quelques minutes auparavant, mais Orlov s'en moquait. Il ne se souciait que de cette mission, la vengeance tant désirée par son gouvernement, et le peuple derrière lui.

Peu de temps auparavant, la branche antiterroriste du FSB avait réussi à déterminer les responsables d'une série d'attentats sanglants qui avait ébranlée la Russie. La récente prise d'otage n'avait que confirmé ce que les services de sécurité soupçonnaient déjà.
Et cette nuit, les Spetsnaz se dirigeaient droit vers la cachette de l'ennemi. Ils seraient l'incarnation de cette vengeance tant désirée, une lame sombre frappant depuis les ténèbres, pour disparaître ensuite sans laisser de traces.

Leur avancée était rapide, mais non précipitée. Ils descendaient une petite route escarpée, encastrée entre de terrifiants monolithes de pierre. A quelques centaines de mètres devant eux s'étendait une petite vallée rocailleuse, ponctuée de cultures et de fermes. Là où la vallée se refermait se trouvait un petit village, signalé comme appartenant à l'ennemi.
En avançant, Orlov se répétait toutes ces informations, pour être sûr de ne rien oublier de crucial. Il se remémora qu'une équipe de reconnaissance à distance devait les assister.
- Chef ! appela-t-il silencieusement. Des nouvelles de la reco ?
- Excellente idée ! répondit Maksim, un grand sourire visible à travers la cagoule, avant d'empoigner sa radio. Prizrak-0, êtes-vous en position ? Rien à signaler ?
Une seule seconde s'écoula avant que la radio ne commence à crépiter.
- Salut chef ! fit une voix puissante mais rustique. En position, je vous ai en visuel, ainsi que toute la vallée devant vous. Ah pis, je signale qu'il n'y a rien à signaler !
Maksim poussa un profond soupir, alors que de petits ricanements s'entendaient dans l'escouade.
- C'est d'ailleurs pas normal qu'y ait rien à signaler ! continua Prizrak-0. Y a pas une seule lumière autour des fermes ni dans le village. Même pas un groupe de vieux qui jouent aux cartes, ou des gosses qui jouent à foot ! Surveillez vos fesses, ça m'étonnerait pas que ça saigne sévère !
- Bien reçu Prizrak-0, merci du conseil. Euh, vous êtes seul ?
- Ouais ouais, ils n'ont envoyé que moi. Oleg, pour vous servir !
- Dites, les noms de code, c'est pour les chiens ? On en reparlera à la caserne ! Prizrak leader terminé.

« Leur meilleur sniper ... » chuchota Maksim pour lui-même, une grimace d'inquiétude incrustée derrière sa cagoule, avant de se remettre en route. Ils n'avaient pas vraiment de temps à perdre.

En une dizaine de minutes, ils avaient rejoint la première ferme. Ils avaient avancé dans les angles morts des fenêtres, baissés et silencieux. L'un des soldats jeta un œil rapide à l'intérieur, profitant des lunettes de vision nocturne pour voir comme en plein jour. Mais il n'y avait rien. La maison était vide. Quelques rapides signes de main en guise de discussion et d'ordres, et deux soldats se levèrent pour aller inspecter l'intérieur. Fusil en joue, ils poussèrent lentement la porte, l'empêchant de grincer. Ils ne voyaient que quelques rares meubles parfaitement rangés. Les tiroirs et les armoires étaient vides. Même la cuisine avait été dénuée de ses plats, ses services et ses casseroles. Pourtant, cela semblait avoir été habité peu de temps auparavant. L'un des soldats poussa un meuble, attiré par des traces sur le sol. Derrière, il vit avec horreur une série de fils rouges …
En un éclair, les deux soldats plongeaient par la porte : « Bombe ! » beugla l'un d'eux. L'instant d'après, une époustouflante déflagration secoua la ferme, faisant voler portes et fenêtres en éclats. Les Spetsnaz se jetèrent au sol juste à temps pour éviter le souffle. Ils n'eurent même pas le temps de récupérer que la radio s'alluma.
- Chef, vous foutez quoi ?! Cette putain d'explosion a résonné dans toute la vallée, et ça a ameuté du monde. Deux jeeps armées foncent sur vous ! En plus, ces chiens sont trop loin pour que je les abatte !
- Ils nous attendaient, je sais pas comment … Merci de la reco. Prizrak leader terminé.
Maksim fit une rapide évaluation de la situation. Personne n'avait été blessé, c'était l'essentiel, même s'ils avaient perdu l'élément de surprise. Il hurla une poignée d'ordres rapide, et toute l'escouade se rua derrière un amas de roche, quelques dizaines de mètres plus loin. « Ils ne savent pas exactement où on se cache, » chuchota l'officier, « Ils doivent être maximum une dizaine, on les descend en une seule salve. Pas de précipitation. »

Moins d'une demie-minute plus tard, les deux véhicules repérés arrivèrent à côté de la ferme. Des mitrailleuses étaient installées à l'arrière, et les hommes qui en sortirent portaient d'imposants fusils d'assaut. Leur matériel était cependant vétuste, comme en attestaient les vieilles lampes torches attachées au canon avec du scotch et de la ficelle. Ils portaient des habits en tissu très fin, sans aucune protection, pas même un casque. Alors que les tireurs restaient sur les tourelles, les autres se séparèrent, cherchant en vain ceux qui avaient déclenché leur petit piège. Ils baladaient le faisceau de leurs lampes un peu partout, espérant voir l'invisible, sans se rendre compte que ça ne les rendait que plus visibles, de véritables phares en pleine nuit.
Soudain, les bruits de pas se turent pour laisser place à quelques petits glapissements, et au bruit sourd des corps qui s'effondrent. Les Spetsnaz avaient ouvert le feu exactement en même temps, une seule balle par cible. Pas un seul bruit n'avait trahi leur déploiement, et pas un seul son n'était parti de leurs fusils.
Maksim s'avança au milieu des cadavres, les dévisageant à la fois avec le mépris envers un terroriste, et le respect envers un guerrier. Il examina leurs armes, leurs uniformes, sans savoir exactement ce qu'il cherchait. Il en vit un qui avait gardé les yeux grand ouverts, dans une grimace de terreur désormais ineffaçable. Il lui ferma les paupières d'un geste lent, poussant un léger soupir. « Nous avons perdu assez temps, go. » lança-t-il en se relevant.

Cehel
Cehel
Niveau 10
01 octobre 2011 à 21:12:46

J'ai tout lu. :)
Et c'est très prenant.
Je ne suis pas un très grand lecteur, mais ton texte se lit vraiment bien et naturellement.
L'action est très bien retranscrite et on se plait à suivre ce petit groupe avec une petite pensée pour des jeux comme Rainbow Six. Peut-être tire-tu ton inspiration des romans de Tom Clancy ? (Je ne les ai pas lu mais on ne sait jamais)

Enfin tout ça pour dire que j'ai vraiment apprécié la lecture et que je lirai certainement la suite. J'attends de voir ce qu'il se cache derrière tout ça :)

Sinon une petite chose m'a fait tiquer, mais je ne suis pas certains que ce soit un erreur:

"Une seule seconde s'écoula avant que la radio ne commence à crépiter. "

On ne devrait pas plutôt mettre: "avant que la radio ne commençât à crépiter."

Je ne suis pas trop sûr, mais du présent dans le récit me fait toujours tiquer :D (Même si j'ai un mal fou avec la concordance des temps quand j'écris :D )

Bonne continuation ;)

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
01 octobre 2011 à 23:36:35

Merci du commentaire :)

Non, je ne me suis pas inspiré de Tom Clancy, mais on m'a souvent dit que ça y ressemble. Mon inspiration est plus vidéoludique ... *sifflote*

Pour le coup du présent ... grammaticalement, tu as raison. Mais va savoir pourquoi, le présent me paraît bien meilleur dans cette phrase, à cet enroit.

Cehel
Cehel
Niveau 10
02 octobre 2011 à 10:01:19

Sinon j'avais oublié de le dire, mais ça serait sympa de présenter ton texte un peu, sans trop spoiler mais histoire qu'on ait une idée.

Parce que là on ne sait pas trop si c'est une nouvelle, un roman, etc... Voilà :)
Et vivement la suite :)

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
02 octobre 2011 à 14:53:36

J'avais fait une mini présentation, mais le modo est passé par là ... :noel:

En gros, c'est une petite nouvelle (~22 pages) décrivant une mission à priori normale du corps d'élite de l'armée russe, les Spetsnaz GRU.

Je la posterai au rythme d'un "épisode" (~2-3 pages) chaque soir :oui:

Cehel
Cehel
Niveau 10
02 octobre 2011 à 16:42:18

Sache que même si je ne commenterai pas à chaque fois, je lirai ;)

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
02 octobre 2011 à 17:48:26

- Y a plus rien chef ! Faut croire que c'étaient juste des gars en embuscade. Désolé de pas les avoir vu venir …
- Pas grave, on évite les fermes à présent. Prizrak leader, termi...
- Attendez, j'ai cru voir du mouvement sur le village. Je sais pas ce que c'était, ça s'est à peine montré. Faites gaffe à vous, vous m'avez promis une engueulade !
- Je n'y manquerai pas ! Terminé.

Les Spetsnaz avaient repris leur traversée de la vallée. Ils avançaient constamment à couvert, évitant chaque endroit pouvant dissimuler une charge. Ils avaient perdu leur plus grand atout, l'avantage de la surprise. Désormais, ils savaient que l'ennemi serait en alerte maximale. Ils devaient faire vite, avant qu'une défense ne soit organisée. Au moins, se disaient-ils, ils n'étaient toujours pas repérés.
Ils avaient informé le QG que les événements ne se passeraient pas comme prévu. La réponse fut rapide, et claire : l'opération Prizrak devenait l'opération Mectb : vengeance. Pas de pitié. Pas un seul hostile ne devait revoir le soleil. « Et, lieutenant ... » rajouta le commandement. « Pas de votre satané honneur martial, ou je ne sais plus quelle connerie. Est-ce clair ? » La communication se coupa.
Orlov observait son supérieur tout en avançant. Il le voyait raide, le sentait énervé. Il n'était pas ivre de rage, ce n'était en fait qu'une poignée de gestes à peine perceptibles. Cela suffisait néanmoins pour inquiéter le Spetsnaz. Si le chef n'arrivait plus à garder son calme, se disait-il, la mission risquait de très mal se passer.

Une bonne vingtaine de minutes s'était écoulée depuis le changement de statut de la mission. L'escouade avait progressé dans la vallée, sans que la moindre activité ne soit signalée, malgré le piège déclenché. Les Spetsnaz se savaient repérés, et étaient donc surpris de n'avoir aucune résistance. Ils n'en étaient que plus vigilants.
Ils arrivaient aux abords du village, lorsque la voix de la reco se fit entendre dans les oreillettes.
- Les gars, bougez plus ! La maison juste devant vous, celle en retrait du village. Y a une vingtaine de soldats lourdement armés juste derrière. Ils surveillent la route. Vous pouvez les contourner en …
- Vous avez entendu les ordres ! le coupa sèchement Maksim. C'est leur toute dernière nuit ! On se met en position, et vous, préparez votre fusil !
- B... bien reçu ! hésita Oleg avant de couper la communication.
L'escouade se rapprocha lentement de l'habitation, aussi silencieuse qu'un spectre. Ils se plaquèrent contre les murs en pierre, évitant soigneusement les fenêtres. Un rapide signe de main, et l'un des Spetsnaz s'avança jusqu'à l'un des angles de la maison. Il avança lentement sa tête, pour voir si la voie était libre. A peine ses yeux avaient l'angle du mur qu'un énorme beuglement se dégagea du groupe ennemi. En un instant, une volée de balles vint se fracasser contre le mur, ratant de peu le soldat russe, qui s'était caché juste à temps pour voir le mur se désintégrer sous les impacts.
« Bordel ! » jura Orlov avant de se ruer au combat. Cinq soldats contournèrent la maison pour prendre l'ennemi de flanc, tandis qu'il entrait de force dans la ferme, espérant profiter des fenêtres. Au même instant, une grenade vola par-dessus l'habitation.
Orlov examina en un coup d’œil l'intérieur du bâtiment, entraîné à repérer instantanément les couverts, postes de tirs et pièges éventuels. Il repéra une fenêtre qui donnait sur le groupe ennemi, juste à temps pour voir une explosion tuer deux d'entre eux. Les autres s'étaient réfugiés derrière des rochers. Il mit son fusil en joue et avança en tirant au coup-par-coup à travers la fenêtre, abattant ceux qui avaient eu la mauvaise idée de sortir après la détonation. Soudain, deux fusils dépassèrent du couvert et ouvrirent le feu en sa direction. Il plongea au sol, entendant le plomb siffler juste au-dessus de son casque. Le temps de se reprendre, il rampa jusqu'aux meubles sous la fenêtre, puis se releva juste à côté, protégé par le mur. De sa position, il vit ses équipiers qui tiraient violemment contre l'ennemi, probablement pour garder la supériorité du feu. « Continuez de les contenir ! » hurla Maksim. « Ils ne sont pas à couvert de notre sniper, empêchez les de sortir ! » En effet, depuis les montagnes bordant la vallée, Oleg avait ouvert le feu. Malgré la distance, ses tirs faisaient mouche, neutralisant un à un les hostiles, sans possibilité de riposte. Ceux-ci, cherchant à combattre en restant à couvert, laissaient parfois dépasser une kalachnikov par-dessus les rochers, et vidaient le chargeur à moitié dans le vide, espérant toucher quelque chose. Les balles partaient dans toutes les directions, et, dans le pire des cas, ricochaient contre les couvertures des Spetsnaz. Mais rapidement, les armes se turent. Les hostiles étaient toujours présents, ils subissaient toujours le tir du sniper, mais ne réagissaient plus.
Soudain, un petit groupe se rua hors des rochers, fusil à la hanche, tirant au hasard dans une tentative extrême de rester en vie. Le tout dernier bruit qui résonna fut leurs corps qui s'effondraient sur le sol. « Zone sécurisée » lança Oleg.

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
06 octobre 2011 à 17:29:24

Les Spetsnaz sortirent les uns après les autres du dortoir, toujours plus inquiets de la forme dont tournait la mission. Orlov en venait presque à espérer une fusillade, quoi que ce soit qui rapproche cette mission d'une mission normale.
Devant lui se rapprochait l'entrée du réfectoire. A seulement une poignée de mètres de là, l'escouade s'arrêta. Un des Spetsnaz s'avança, le dos plaqué contre le mur de la galerie. Il arriva à l'angle du mur, vérifiant depuis là la partie dégagée de la pièce. Il se pencha, laissant juste dépasser une infime partie de son corps.
Soudain, une détonation sèche melée à un hurlement proche sonna dans le couloir. Des gravillons de roche se détachèrent du mur avec une gerbe de sang. Le Spetsnaz s'effondra lourdement sur le sol. "Un homme à terre !" hurla Maksim en se jetant sur lui. Il s'en empara et, le voyant toujours en vie, le traina plus au fond de la galerie. Exactement au même moment, Orlov et un de ses camarades lançèrent des fumigènes devant eux, plus en avant de la pièce pour ne pas être dans la fumée. Immédiatement, le réfectoire s'inonda d'un large écran de fumée, à travers lequel fusèrent une quantité incroyable de munitions. Orlov observa les balles traçantes et les impacts, déterminant ainsi la position et le nombre des tireurs. Ils devaient être une vingtaine, probablement à couverts, dispersés. Un avantage beaucoup trop important. Orlov se retira pour ne pas être blessé par des éclats, mais restant prêt à tirer. Il jeta un oeil derrière lui. Dix de ses équipiers étaient en joue, prêts au combat, et les autres s'affairaient autour du soldat touché.

- Il va bien ! cria Maksim. Il a été touché à l'épaule, rien de grave, il va bien !
- J'pourrais aller mieux ! ironisa l'intéressé d'une voix faiblarde. Butez moi ces salopards, ça me remettra sur pied !

Bien qu'à priori négligeable, le soulagement apporté par cette petite phrase était juste ce qu'il fallait aux Spetsnaz. Orlov s'avança à nouveau et porta la main à sa ceinture, attendant une confirmation. "Flash !" hurla quelqu'un à côté de lui. Il dégoupilla une grenade aveuglante, et la lança dans le réfectoire, à travers la fumée qui se dissipait. Il aperçut quatre autres grenades filer derrière, juste avant de se protéger les yeux. Cinq détonations de tonnerre sonnèrent dans la montagne, signal pour la contre-attaque. Orlov se rua hors de la galerie, courant vers l'un des piliers. En se déplaçant, il vida son chargeur vers l'ennemi paralysé, plus pour reprendre la supériorité du feu que pour tenter d'atteindre quelqu'un. Il finit sa course par une roulade vers sa future cachette, puis se plaqua contre le béton et rechargea son arme. Il vit l'un de ses camarades faire de même jusqu'à atteindre une autre colonne. La seule chose à laquelle il pensait, c'était que l'ennemi pouvait avoir des balles perforantes. Mais ces couverts constituaient leur seule possibilité de contre-attaque, il fallait donc prendre le risque.

Orlov arma son fusil, et pencha la tête au-dehors, du côté où il estimait qu'il y avait le moins d'hostiles. Il voyait une série de tables retournées, qui agissaient comme couverts de fortune. Soudain, un ennemi sortit de derrière de l'une d'elles. Le Spetsnaz se remit aussitôt à l'abri. Il y resta une poignée de secondes, attendant une éventuelle contre-attaque. Mais aucun coup ne siffla vers lui. Il mit donc son fusil en joue et sortit de nouveau. En un éclair, il aligna l'homme précédemment repéré, et appuya sur la gâchette. La balle traversa la salle et alla se loger en pleine tête de la cible. Le Russe ne le regarda même pas tomber et enchaîna un second tir, vers un hostile qui s'apprêtait à ouvrir le feu. Ce dernier n'eut même pas le temps d'aligner son arme qu'il fut également atteint à la tête.
Orlov se cacha de nouveau derrière la colonne, évitant de justesse une imposante rafale de plomb. Il reprit son souffle et jeta un oeil à ses coéquipiers. Ils étaient quatre à pouvoir combattre : trois derrière des piliers, et un à la sortie de la galerie. Les autres restaient en retrait, pour ne pas gêner leurs camarades. Chacun d'entre eux devait rester à couvert, car une quantité impressionnante de balles sifflaient juste à côté d'eux.

La situation semblait bloquée. Orlov avait profité du fait que l'ennemi ne connaissait pas sa position exacte, mais ce n'était désormais plus le cas. Il posa machinalement la main sur une des petites boules métalliques attachées à sa ceinture, mais il ne continua pas plus loin. Si l'un des piliers cédait, le réfectoire risquait de s'effondrer. Il jaugeait ainsi les risques, alors que des balles continuaient de siffler à quelques centimètres de sa tête. Il n'y avait aucun autre moyen de s'en sortir, se disait-il, même si le risque était présent. Il décrocha l'engin de sa ceinture et entra un doigt dans la goupille.
Soudain, une détonation sèche couvrit le bruit des autres tirs. Immédiatement après, un terrifiant beuglement digne d'un guerrier qui charge se dégagea de la galerie de sortie, suivi de la même détonation. Les tirs hostiles cessèrent soudainement. Orlov en profita pour sortir, mais fut simplement estomaqué par ce qu'il vit. A quelques mètres devant lui, un fusil à lunettes volait littéralement à travers la pièce. L'arme traversa le réfectoire pour finir dans le crâne d'un hostile. A son origine, un homme dans la même tenue que les Spetsnaz traversait les lieux en hurlant, tenant un autre fusil à lunette plus petit dans la main droite, et dégainant un pistolet de sa main gauche. Il s'appuya sur une table et bondit par-dessus les fortifications de fortune, tirant de son Vintorez contre les insurgés. Il tournait dans les airs tout en libérant un véritable déluge de plomb. En ratterrissant, il lâcha la gachette de son sniper, et l'envoya contre un autre ennemi, avant de rouler vers un couvert. "Spetsnaz, GO !" hurla-t-il finalement en russe.
Ce dernier cri fit sortir Orlov de sa stupéfaction. Il laissa tomber la grenade qu'il tenait, et mit son fusil en joue en sortant des couverts. Les insurgés étaient dans la confusion la plus totale, et faisaient des cibles faciles. En un éclair, les Spetsnaz les abattirent jusqu'au dernier.

Le héros du jour sortit de son couvert. Il arborait un gigantesque sourire, visible à travers la cagoule. Les autres Spetsnaz ne savaient pas vraiment comment réagir, ils le considéraient avec un regard où se mélangeaient incompréhension et respect.

- Prizrak zéro ! rugit une voix terrifiante derrière l'escouade.
Les Spetsnaz s'écartèrent pour laisser passer un Maksim dans une colère noire. Il retira sa cagoule et la jeta sèchement à terre, dévoilant un visage rouge vif, où en ressortaient les veines.
- Présent ! lança le sniper Oleg en se mettant au garde-à-vous, à mesure que son chef s'approchait de lui.
- Mais vous êtes malade ?! lui tonna l'officier au visage, crachant jusqu'à chaque syllabe. Ca va pas de charger comme un gros malade mental, un barbare décérebré ?! Vous avez mis en péril votre propre vie et le succès de la mission !
- Ca va chef, je ...
- Silence ! Je devrais vous envoyer en cour martiale et vous faire enfermer comme fou dangereux ! Une fois rentrés, je vous colle ma petite spécialité, vous allez supplier Satan de venir vous chercher sur place !
Maksim laissa s'écouler une longue seconde.
- Bon ... continua-t-il d'une voix largement plus calme. Maintenant que vous êtes là, vous faites partie de l'escouade. Prizrak zéro, faites moi votre rapport !
- Avec plaisir chef, dit-il comme si rien ne s'était passé. Donc, je vous ai vu rentrer dans la montagne, et je suis resté à proximité pour surveiller. Quelques minutes après, j'ai vu un groupe de ... ouais, une vingtaine d'hommes armés qui sont rentrés derrière vous. J'ai essayé de vous contacter, mais vous répondiez pas, j'imagine que c'est la montagne. Alors j'ai décidé de les suivre ! En descendant, j'ai vu d'autres hommes qui sortaient d'une autre grotte plus loin. Ils étaient cinq, dont notre colis. Ils sont montés dans une jeep et sont partis.
- Et vous l'avez laissé partir ?! le coupa l'officier, de retour dans une colère noire.
Oleg leva un doigt contradicteur et laissa paraître un léger sourire à travers la cagoule. Il décrocha un engin électronique de sa ceinture, et le tendit à son supérieur. Sur l'appareil se trouvait un écran, où était montrée une carte de la région. Au milieu, un point rouge vif clignotait lentement.
- Ca ne se met pas à jour à cause de la montagne, continua le sniper, mais dès qu'on sortira, on aura sa position en temps réel ! J'ai pensé à contacter le QG, ils ont également la position, et vont envoyer des hélicoptères pour venir nous chercher.
- D'accord, nous n'avons donc plus rien à faire ici. La suite de votre rapport ?
- Négatif chef ! On doit continuer à explorer pour voir ce qu'on découvre, ordres du QG. Et je les ai enregistrés au cas où vous ne me croyez pas.
Maksim laissa échapper un grognement entre ses dents, mais le laissa continuer.
- Donc, j'ai descendu de la montagne et j'suis entré derrière les gars qui étaient derrière vous. Et comme d'autres pouvaient venir derrière, j'ai miné l'entrée.
- En condamnant la seule sortie sure que nous connaissions ! mugit l'officier, de nouveau hors de lui.
- Négatif, des rapports font état d'une autre sortie, celle par laquelle s'est enfui le colis.
- Je vous hais, cracha Maksim.
- Et donc, une fois que j'ai miné l'entrée - qui est également une sortie - j'ai rejoint ce réfectoire à la course. En vous voyant au combat, bin j'ai chargé. Si mes comptes sont exacts, j'ai abattu deux hostiles au Sv-98, assommé un troisième, sept au Vintorez, et achevé l'assommé au Grach.
- D'accord, d'accord ... repos, fit l'officier, plus calme, en retournant vers les autres soldats.
- Et je vous ai quand même sauvé la vie ! lança-t-il comme un gosse en manque de reconnaissance.
- On se débrouille très bien seuls ! cracha de nouveau Maksim, sans même se retourner.
Oleg se tourna et vit l'un de ses frères d'armes, pâle, avec un bandeau légèrement ensanglanté qui lui serrait l'épaule. "M ... mouais" dit-il pour lui-même, peu convaincu des paroles de son officier.

Le silence n'était tombé que depuis deux courtes secondes qu'un nouveau "Chef !" retentit. L'intéressé se retourna et vit l'un de ses hommes debout au milieu des corps ennemis. Il avait à sa main un fusil d'assaut inhabituel, le tenant suffisamment haut pour le montrer à tout le monde. L'arme était d'une couleur bleue-noire. Le canon était surmonté d'une poignée, partant de l'avant de la crosse jusqu'au dessus de la gâchette. L'arme n'avait pas une conception habituelle, car le chargeur se trouvait au centre de la crosse.
- QBZ-95, continua le Spetsnaz. Fusil d'assaut bullpup, construit par les industries nationales de Chine.
- Intéressant ... dit l'officier en remettant sa cagoule. Photographiez moi ça, et pour les croyants, faites une petite prière. Je sens que la situation internationale va se dégrader d'un coup, d'un seul.
Il s'éloigna, laissant le temps nécessaire à immortaliser les preuves. Puis, il se dirigea vers l'entrée d'une galerie. Il s'arrêta, dos au réfectoire, et leva la main, paume ouverte.
- Spetsnaz, fit-il, on a assez perdu de temps. Prizrak zéro, posez encore une mine, et aidez Cinq à marcher. Les autres, derrière moi, on fonce.

Maksim resserra le poing, et s'engouffra hors de la pièce. Derrière lui, les Spetsnaz s'avancèrent les uns après les autres, alors qu'Oleg minait un terrain par lequel ils ne voulaient plus jamais passer.

Milleuros
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Niveau 11
08 octobre 2011 à 19:10:30

La jeune femme s'effondra dans un bruit sourd, inerte. Une lourde botte se glissa sous son épaule ensanglantée, pour la retourner et la mettre sur le dos. Maksim se pencha, et retira la cagoule de l'inconnue. Ses yeux étaient fermés, et sa bouche entrouverte. La plaie sur la joue achevait de saigner. Une poignée de cicatrices étaient visibles çà et là, et ses cheveux étaient noirs comme la suie. Curieusement, malgré la férocité avec laquelle elle s'était battue, la guerrière arborait un regard serein, innocent, presque attendrissant. Mais surtout, ses yeux étaient bridés, et sa peau arborait un léger jaune pâle.
- Orlov est blessé ? demanda Maksim sans se retourner, le regard toujours fixé sur ce visage.
Derrière, deux Spetsnaz aidaient leur camarade à se relever. Il avait retiré sa cagoule, montrant un visage très pâle et quelques gouttes de sang qui perlaient sur ses lèvres.
- Ca va chef, lança-t-il, essoufflé. Donnez moi une minute pour récupérer …
Haletant, il se laissa tomber dans une chaise intacte. Il étendit ses jambes, pencha la tête en arrière. Il sentit sa botte buter contre quelque chose. Il se redressa et se saisit de l'objet en question. C'était l'épée qu'il venait d'utiliser. Il passa sa main gantée sur la lame, et se regarda dans le métal lisse. Puis, il se tourna vers l'un de ses équipiers, lui montrant une grimace d'hésitation. Son camarade haussa les épaules : « Comme tu veux ... » Orlov sourit, se redressa et accrocha l'arme à sa taille.

- Bon … commença Maksim dans un soupir avant de hausser le ton. Après le gars qui fonce dans le tas avec un sniper dans chaque main, voici la fille qui nous attaque à l'épée ! On est déjà tombé sur deux embuscades de mecs lourdement armés, mais là non, des épées, des armes blanches ... En plus, c'est pas vraiment leur style d'engager des femmes, et encore moins des étrangères ! Et après, j'apprends que l'un de mes soldats, que je pensais connaître, se bat à l'épée comme les gars qu'on voit dans les films ! Qu'est-ce qu'on va encore avoir de bizarre ?!
- Il y avait encore le village entièrement vide ! rajouta Oleg d'un ton moqueur, comme pour piquer encore une fois son supérieur
- Et encore ! J'ai l'impression d'être dans un mauvais roman, ceux qu'on met sous la table pour pas qu'elle bouge. Je me demande encore ce que va inventer cet enfoiré d'auteur !

Maksim eut à peine le temps de finir sa phrase que la radio se mit à crépiter.
- Escouade Otlichie, vous me recevez ? Répondez bon sang !
- Ici Prizrak leader, répondit Maksim, soudain bien plus calme. On vous capte difficilement. A vous.
- Ah enfin ! Ici Vihodnoï, on tente de vous joindre depuis bien dix minutes ! On arrive pour extraction, cinq minutes, soyez prêts !
- Bien reçu Vihodnoï, on se bouge. Prizrak Leader terminé.

La communication se coupa. Maksim ferma les yeux et porta la main à son front. Comment sortir de là en moins de cinq minutes ?
- Chef … hésita Orlov, visiblement déjà rétabli. Si on a pu recevoir le signal radio, c'est que la sortie est toute proche.
Maksim resta comme paralysé une courte seconde.
- Mais c'est parfait, pas de temps à perdre ! hurla-t-il, l'enthousiasme retrouvé dans les lèvres. Huit, les explosifs ! Noyons cette horreur sous la roche !
- Et elle ? demanda l'intéressé en montrant la jeune femme au sol, toujours inconsciente. On peut pas la laisser là, quand même …
- Un petit attachement ? lança-t-il d'un ton moqueur.
- Non, c'est pas ça ! répondit-il immédiatement, gêné. C'est que … continua-t-il, hésitant. Ca se fait pas … pis faut savoir ce qu'elle fait là. Elle doit être chinoise, on a trouvé des armes chinoises, c'est bizarre quand même.
- Vous avez raison ! Puisque vous vous proposez, attachez la et transportez la jusqu'à l'hélico, après que vous ayez posé les charges.

Le soldat huit hésita entre un grognement et un sourire, mais s'exécuta sans un bruit. Pendant ce temps, Orlov fit rapidement le tour de la salle, examinant les trois galeries qui en sortaient. La première était en descente et semblait s'enfoncer encore plus au cœur de la montagne. La seconde revenait en arrière, c'était celle qu'ils avaient déjà empruntée. La troisième enfin montait légèrement sur quelques mètres. Une échelle était visible au fond, et un semblant de lumière filtrait d'en haut.
Il communiqua rapidement l'information aux autres soldats. Maksim vérifia que les charges étaient posées, puis appela ses camarades. « Rentrons chez nous, » dit-il simplement. Il se rua en un instant dans la troisième galerie, suivi de près par les autres Spetsnaz.
Orlov ferma la marche. Il lança un dernier regard à l'étrange salle ronde, s'assurant que personne ne les suivrait, puis fonça derrière l'escouade. Il parcourut rapidement la distance jusqu'à l'échelle, puis bondit et s'accrocha à un échelon à mi-hauteur. Il se hissa d'un bras, l'autre tenant son arme, jusqu'à une petite ouverture au-dessus de lui. Il arriva dans une minuscule grotte, ressemblant plus à un trou au sein de la montagne. Devant lui s'ouvrait la roche pour donner sur un petit plateau, qui redescendait ensuite vers le désert. Dans le ciel, les étoiles laissaient lentement la place aux prémices de l'aube.

« Les hélicoptères ! » entendit-on. Deux imposants Mi-24 s'approchaient du sol à une centaine de mètres, dans un vrombissement de tonnerre. Les Spetsnaz quittèrent la grotte en un éclair, et se ruèrent en leur direction. Les lourdes bottes frappaient le sable froid à une cadence folle, tandis que l'air s'écartait pour laisser passer les soldats. Soudain, ils entendirent un puissant cri derrière eux, dans une langue étrangère. Ils n'eurent même pas envie de se retourner et continuèrent leur course effrénée. Maksim sortit un petit cylindre noir de sa poche. D'un doigt, il en retira un capuchon, dévoilant un bouton rouge sang. Alors que les premières balles commençaient à siffler, il pressa sèchement le détonateur. Un grondement sourd sembla émaner de la terre, avant qu'une fantastique secousse ne manque de projeter l'escouade au sol. Le sable sembla se soulever alors que d'époustouflantes déflagrations brûlaient l'air derrière eux. Instinctivement, l'escouade se sépara en deux au moment où ils approchaient des hélicoptères. Ils bondirent les uns après les autres dans la soute des engins, qui restaient à un demi-mètre du sol, prêts à repartir. Orlov ferma la marche. Il aida Cinq, toujours blessé, à embarquer dans le premier Mil, puis grimpa et s'assit au bord, osant enfin se retourner. Il vit un groupe d'une quinzaine d'hostiles, sonnés par l'explosion, qui tentaient d'aligner les Russes. Instantanément, il ouvrit le feu en leur direction, vidant son chargeur à mesure qu'il sentait le sol s'éloigner sous ses pieds.
- D'où ils sortent ?! hurla-t-il suffisamment fort pour couvrir la turbine.
- J'sais pas, répliqua une voix dans le cockpit, mais je sais où on va les envoyer ! Accrochez-vous là-derrière !
Orlov roula à l'intérieur et s'accrocha à la première poignée à portée. Il regarda au-dehors et vit l'horizon descendre jusqu'à disparaître sous le sol. L'hélicoptère fit un virage serré tout en reprenant de l'altitude. Soudain, un puissant sifflement électrique se fit entendre, suivi d'une série de violentes détonations qui secouèrent la carlingue. Le canon gatling était entré en action, frappant les hostiles quelques mètres plus bas. Orlov jeta un œil par le cockpit, et les vit tomber les uns après les autres, noyés dans un nuage de poudre et de sable.
Le sifflement s'interrompit, et le canon cessa de cracher le plomb, pour qu'on n'entende plus que le bruit de la turbine. Au-dehors, la montagne continuait de trembler. Soudain, un fantastique panache de fumée se souleva. D'énormes morceaux de roche quittèrent les parois, et se précipitèrent dans le nuage dans un fracas apocalyptique. La base n'était plus.

Mais il restait un petit détail à régler. L'hélicoptère se mit en formation à côté de l'autre Mil, et tous deux foncèrent vers le désert. Le colis avait quitté la base au début de l'assaut, il était hors de question de le laisser s'échapper. Les deux appareils perdirent le maximum d'altitude possible, afin de rester en-dessous de la couverture radar, jusqu'à soulever le sable sous leurs pales. Au loin, le ciel était déjà rougeoyant, de la couleur du sang versé pendant la nuit.
« Véhicule en vue ! » hurla le pilote. Au loin, une jeep noire ouverte roulait vers le soleil, seule au milieu du sable.
- Ici Vihodnoï-2, continua-t-il à la radio, cible en vue. Demandons permission d'attaquer.
- Négatif Vihodnoï, répondit une voix. Assurez vous de l'identité du colis.

Le pilote grogna et poussa légèrement sur les gaz, accélérant un peu plus son appareil. Le Mil était au ras du sable, avançant à toute allure comme un prédateur se ruant sur sa malheureuse victime. La cible était déjà verrouillée par les systèmes d'armes, et le canonnier gardait la jeep au centre de son écran, cherchant la confirmation attendue. L'hélicoptère se rapprochait toujours plus, attendant l'ordre de frapper. On pouvait maintenant distinguer cinq individus à l'intérieur, qui semblaient inconscients du danger. Soudain, l'un d'entre eux se retourna, montrant son visage aux caméras des Mi-24.
- Ici Vihodnoï-2, confirmons l'identité de la cible ! Demande permission d'attaquer ! Je répète, nous avons la cible en visuel !
- Vihodnoï, vous pouvez tenter une capture ?
Un petit silence envahit alors l'appareil.
- QG, ici escouade Otlichie ! fit la voix de Maksim à la radio. Nous avons déjà un colis important, et celui que nous traquons nous serait plus utile mort !
Un nouveau silence, bien plus lourd.
- Vihodnoï, ici QG. Permission accordée, attaquez !

Le pilote du Mil tira sèchement sur le manche, freinant d'un coup son appareil et le faisant prendre de la hauteur. Il revérifia qu'il avait bien le verrouillage, et abattit son index sur un bouton, laissant un puissant missile filer droit vers sa cible ...

Un timide soleil apparut derrière les montagnes, réchauffant lentement le désert. Inconscient de ce qui s'était joué à la faveur de l'obscurité, l'astre du jour ne vit que deux hélicoptères qui filaient vers le nord, l'équipage empli de la satisfaction du devoir accompli.

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
09 octobre 2011 à 22:44:43

- Muette comme une tombe …
L'homme se tenait en retrait, caché dans l'obscurité de la pièce. Il portait un impeccable costard noir sur chemise blanche, indice de son importance dans ces lieux. A côté de lui se trouvait Maksim, splendide dans un uniforme gris-bleu. Tous deux regardaient à travers une grande paroi vitrée, se savant invisibles depuis l'autre côté. Dans la petite chambre qui captait leur attention étaient assis, face à face, un autre homme en costard et la jeune guerrière.
- Je vous le redemande, lança le premier, qui êtes-vous, d'où venez-vous, et que faisiez-vous dans cette base ?
L'interrogée ne répondit que par un sourire provocateur, sans quitter l'enquêteur des yeux.

De l'autre côté de la vitre teintée, Maksim observait la scène depuis déjà plusieurs dizaines de minutes. L'homme répétait sans cesse la même phrase, à intervalles extrêmement réguliers, sans laisser la moindre distraction à la prisonnière.
- Je devrais peut-être essayer … proposa Maksim à demi-voix.
- Négatif capitaine, répondit le premier homme d'une voix neutre. Vous avez déjà fait un très bon travail en nous ramenant cette pièce à conviction.
- Désolé de ne pas avoir pu capturer le chef …
- Je ne pense pas qu'il se serait avéré plus loquace. Il n'y avait sûrement pas grand chose à en tirer, si ce n'est un torrent de palabres fanatiques. Celle-ci est plus intéressante, on en tirera quelque chose, ce n'est qu'une question de temps. Je le répète, vous avez fait du très bon travail.
Maksim resta silencieux un instant, comme hésitant.
- Vous avez pensé à des méthodes plus … radicales ? demanda-t-il.
- Oui, on y a pensé. Mais on sait très bien ce que ça donne. Le prisonnier exténué aura tendance à avouer n'importe quoi, juste pour faire cesser le calvaire. Ce n'est jamais fiable.

Maksim hésita à rajouter quelque chose, mais préféra se taire et se tourna vers la vitre, derrière laquelle l'interrogateur entonnait un énième : « Je vous le redemande ... »

- Expliquez moi donc pourquoi vous avez chargé …
L'homme était assis devant un grand bureau en bois massif, la tête penchée dans un énorme dossier duquel s'éjectaient des dizaines de paperasses manuscrites. Il portait un magnifique uniforme vert recouvert de médailles et de rubans colorés. Il écrivait des dizaines de lignes, les lisant à travers d'épaisses lunettes, ne pointant que son crâne chauve vers l'interrogé.
Orlov se tenait au milieu du bureau, dans un garde-à-vous complètement statique. Il était lui dans un uniforme un peu plus immaculé, d'une belle teinte bleue-grise.
- C'est assez simple, colonel, commença-t-il le regard dans le vide. Lorsque la présence d'un hostile m'a été communiquée, je me suis immédiatement retourné et j'ai vu cette inconnue au milieu de mon escouade, menaçant de les couper en pièces. J'ai mis mon fusil en joue et j'ai cherché une solution de tir, sans succès. Je ne pouvais pas tirer alors que l'ennemi était au milieu de mes alliés, n'est-ce pas ?
Le colonel acquiesça, sans quitter son dossier des yeux.
- Comme j'étais en retrait, continua Orlov, je pouvais voir tout le combat, et mieux distinguer ce qu'il se passait. C'était clair que mon escouade risquait de lourdes pertes, s'il n'y avait rien pour occuper l'ennemi. J'ai donc décidé d'être ce quelque chose, et j'ai chargé juste au bon moment.
- Et en aucun moment vous n'avez craint pour votre propre vie ?
- Non colonel. Après coup, je me dis que ma seule mort aurait été un meilleur bilan que la moitié de l'escouade déchiquetée.
L'officier acquiesça, avant de continuer.
- Et ensuite ?
- Je ne sais plus comment, mais j'ai réussi à m'emparer d'une de ses armes. Je l'ai ensuite combattue à l'épée, la blessant légèrement à la joue et violemment à l'épaule. J'ai commis une erreur, et elle m'a donné un coup suffisamment fort pour que je m'évanouisse. Quand je me suis réveillé, l'agresseur était à terre, maîtrisé.
- Parfait, merci beaucoup. Vous pouvez disposer, capitaine Vintovsky.
- Capitaine … ? hésita Orlov, perdant sa staticité, une grimace de surprise au visage.
- On ne vous a pas prévenu ? posa l'officier tout innocemment, en relevant les yeux de son passionnant dossier. Suite à vos actions lors de votre dernier engagement, ainsi que des précédents, il a été décidé de vous nommer capitaine.
- Merci colonel ! lança-t-il tout haut en se redressant d'un coup.
- Pensez à remercier le capitaine Maksim Zelin, c'est lui qui a beaucoup insisté.

La porte de la caserne s'ouvrit, émettant un léger grincement. Orlov entra dans les quartiers des Spetsnaz. A peine les autres le virent qu'ils cessèrent leurs occupations et se dressèrent dans un garde-à-vous impeccable. Le nouveau capitaine soupira, et les fit retourner à leurs occupations. Il allait devoir s'y habituer : ceux qui étaient auparavant ses frères d'armes étaient maintenant ses subordonnés. Mais bon, se disait-il, en dehors des missions et procédures, il n'y avait aucune raison de perdre cette camaraderie.
Il s'avança à travers une grande pièce, qui était le seul endroit de la base où on pouvait espérer quelques distractions. Quelques soldats entouraient une table de billard, tandis qu'une partie mouvementée de cartes se jouait plus loin. Une télévision était allumée, diffusant un résumé du téléjournal national. Orlov s'avançait vers sa chambre, lorsqu'il s'arrêta un instant pour prêter attention aux nouvelles :
« Si le gouvernement chinois persévère dans son silence, il faudra s'attendre à de lourdes conséquences, a déclaré le premier ministre, interrogé sur les récentes découvertes des services de renseignement. De lourds soupçons sur une implication dans les récents attentats pèsent sur la Chine, principalement suite aux découvertes effectuées dans les opérations antiterroristes. Notre voisin n'a répondu a aucune des demandes d'explication du gouvernement, mais continue de mener une guerre violente contre la Corée du Sud et le Japon. Tous les détails sont sur notre site internet.
En Afrique, alors que la pluviométrie bat des records historiques, d'étranges témoignages ... »
Orlov n'écouta pas la suite, et s'en alla dans la petite pièce qui lui servait de chambre. Il accrocha son béret à un porte-manteau, et resta immobile, pensif.
- Capitaine !
Orlov se retourna, encore surpris qu'on l'appelle comme ça. Devant lui se tenait Maksim, un sourire amical au coin des lèvres. Le récemment gradé se mit au garde-à-vous par réflexe, ce qui fit rire son ex-supérieur. Gêné, il détourna le regard et se mit à classer machinalement quelques paperasses sur un bureau.
- C'est une belle arme … lança Maksim après quelques secondes de silence.
Orlov se retourna de nouveau. Son camarade fixait un mur, auquel était accroché une grande épée argentée, à la poignée noire.
- Trophée de chasse ?
- On peut dire ça, répondit l'intéressé en décrochant la lame de son support, et en la tendant vers son ex-supérieur.
Ce dernier la prit délicatement, la tourna doucement dans les airs en passant sa main sur le métal brillant. Malgré le combat qu'elle avait subi, l'épée ne portait pas la moindre griffure, pas la moindre imperfection.
- C'était de la folie … dit-il en continuant d'examiner l'arme. Charger comme tu l'as fait, dans le mépris le plus total de ta propre vie … tu n'as personne qui tient à toi ?
- Non capitaine, répondit Orlov, le nez de nouveau dans ses dossiers.
- Et elle ?
Maksim regardait une petite photographie, très discrète, juste au-dessus du lit. On y voyait une jeune femme. Elle avait une longue chevelure brune, et d'envoûtants yeux bleus. Elle arborait un superbe sourire, signe d'une joie si pure qu'on la ressentait rien qu'en croisant son regard.
- Même pas … soupira Orlov.
Il se replongea dans ses paperasses. Puis, devant le silence du capitaine, il se redressa et raconta :
- On était ensembles il y a … longtemps. Ça fait déjà plusieurs années. On est restés ensembles plusieurs mois, mais on s'est vite rendu compte que ça ne jouerait pas. Elle ne savait rien de mon travail, mais remarquait que je n'avais pas beaucoup de temps pour elle. Elle me disait que ce n'était pas grave, mais je savais qu'elle s'en lasserait rapidement. Alors un jour, elle n'a plus trouvé de moi qu'une petite lettre manuscrite. Et j'ai coupé tout contact.
- Et tu es sûr que tu ne lui manques pas ?
- Absolument. Elle s'est mariée il y a quelques mois.
Maksim resta silencieux. Il replaça doucement l'épée sur son support, puis fit mine de partir. Il s'arrêta en franchissant la porte.
- Au fait, la prisonnière n'a absolument rien dit. On l'a replacée dans une cellule, l'interrogatoire reprendra demain.
Orlov se redressa, mais son ex-supérieur était déjà parti. Il se tourna vers l'épée, une petite étincelle lisible dans son regard.

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
10 octobre 2011 à 20:14:25

Un lourd bruit de pas résonnait dans les environs. Orlov, en tenue d'assaut et encagoulé, avançait d'un pas ferme à travers un long couloir faiblement éclairé. A côté de lui défilaient de lourdes portes grises, numérotées, ne laissant pas voir ce qui se trouvait de l'autre côté. Il comptait dans sa tête, tout en continuant d'avancer : 83, 84, 85, …
Il s'arrêta net. Le numéro 86. Il entrouvrit une petite fenêtre et regarda à l'intérieur. Elle était là, assise à même le sol. En costume rayé blanc et noir, elle gardait les yeux fermés, comme si elle méditait. Orlov referma l'ouverture, et s'arrêta quelques instants. Il fixa le vide pendant de longues secondes. Il se redressa d'un coup, sortit une petite pièce métallique de sa poche et l'inséra dans la serrure. La porte s'ouvrit dans un terrifiant grincement. Le Russe s'avança dans l'entrée, maintenant grande ouverte.
Elle n'eut pas la moindre réaction. Totalement immobile, les paupières figées, elle ne semblait pas prêter la moindre attention au nouveau venu. Le Spetsnaz porta alors la main à sa ceinture, et dégaina lentement l'épée qu'il avait gardé. Il l'approcha d'un mur, et la fit glisser contre le béton, laissant doucement siffler la lame. A ce bruit, elle entrouvrit enfin les yeux. Elle se leva tranquillement, sans quitter du regard les deux yeux gris de la cagoule. Elle resta droite, figée, attendant simplement ce qui allait se passer. Mais, devant l'absence de réaction du nouveau venu, elle osa briser le silence :
- Toi … hésita-t-elle dans un Russe avec un très fort accent. Tu es celui avec qui j'ai combattu.
- Orlov Vintovsky, répondit-il en ôtant sa cagoule.
Ce dernier resta en attente quelques secondes, mais en vain. La jeune femme le dévisageait d'un regard incroyablement froid, comme si sa présence ne lui importait pas plus que la couleur grise des murs.
- Et toi ? continua-t-il.
- Ça ne change pas grand chose.
Orlov soupira. Décidément, elle n'était pas d'humeur à bavarder.
- Mon arme … commença-t-elle, à la plus grande surprise du Spetsnaz. Pourquoi l'as tu ramenée ?
- C'est une belle arme … élégante, souple, légère mais solide. Comment as-tu eu une telle merveille ?
- On me l'a forgée quand j'étais petite. Pourquoi l'as tu ramenée ?
- Tu y tiens, n'est-ce pas ?
La guerrière ne répondit pas, mais une minuscule grimace, presque imperceptible, se dessina au coin de ses lèvres.
- Je te propose un marché, continua Orlov sur sa lancée. Dis nous quelque chose qu'on voudrait savoir, et je te rends cette épée.
Il la vit hésitante, peu convaincue.
- Promis, je te la mettrai dans le casier avec tes affaires. Pourquoi je la garderais ?
La guerrière effaça le doute sur son visage, prit sa respiration, et commença, d'une voix étrangement neutre.
- Je m'appelle Cao Lei, je viens de Chine. Mon père était un guerrier, il m'a enseigné tout l'art de la guerre. Ma mère était très attachée aux traditions, et m'a faite participer à des cours de Wushù. J'ai rapidement dépassé mes maîtres. On m'a alors fait prendre d'autres cours, et à chaque fois je surpassais mes professeurs. J'ai rejoint l'armée, même s'ils n'aimaient pas trop les femmes. Ils m'ont fait monter en grade. Souvent. Je me suis retrouvée parmi les instructeurs, et mes talents n'ont échappé à personne. Il y a deux ans, on m'a demandé si je voulais participer au Grand Projet Patriotique. J'ai dit oui. Mon rôle a été d'entraîner des paysans pour en faire des soldats. Je leur ai appris à se servir de nos armes, de nos stratégies et de nos techniques de combat. A une ou deux reprises, j'ai combattu à leur côté. C'est dommage, ils s'en servaient bien. Puis, vous êtes arrivés. J'ai décidé de couvrir leur fuite. Mais si j'ai compris, ils n'ont pas réussi.
- Grand Projet Patriotique ?
- Je ne leur ai pas demandé. Ils voulaient vous tenir occupés, vous et l'OTAN.
- Et pourquoi ?
- Je n'en sais rien. Vous pouvez toujours leur demander.
Orlov resta pensif un court instant.
- Merci, dit-il avec un petit sourire. Je vais vous laisser méditer, et comme promis je vais poser votre arme dans le casier.
- Où est l'autre ? demanda-t-elle, insensible, comme si rien ne s'était passé.
- Je suis désolé … je ne l'ai pas prise avec moi. Elle est restée là-bas.

Lei soupira, puis se rassit en fermant les yeux. Orlov se retira, prenant bien soin de ne pas lui tourner le dos. Il sortit de la cellule, et referma la lourde porte d'acier. Il se dirigea vers les casiers contenant les effets des prisonniers.
- Vous avez tout entendu ? lança-t-il sans se retourner ni s'arrêter.
Juste derrière lui se trouvait son ex-supérieur, Maksim.
- Très bien joué Orlov. J'aurais parié trois ans de solde que ça ne marcherait pas, et pourtant …
- Et pourtant …
Orlov ouvrit l'un des casiers, et déposa l'épée à côté d'une tenue en cuir noir, avant de le refermer.
- A votre avis, quel est ce Projet Patriotique ? demanda-t-il en se dirigeant vers la sortie.
- Je l'ignore, mais avec un nom pareil, ils ont du trouver un nouveau Mao. Soit ils vont se planter lamentablement, soit on va en prendre plein la gueule. On va aller faire notre rapport au colonel – et rendre la clé que tu as volée – puis on pourra rentrer chez nous.
- Euh oui, la clé, oui … vous avez dit "rentrer" ?
- Vu le succès de la mission, tout le groupe a un petit congé d'un mois. Ils nous ont conseillé de bien nous reposer, car ça risque d'éclater d'ici pas longtemps.
- Nous tombons de Charybde en Scylla …

La porte de la prison s'ouvrit, laissant sortir les deux camarades. Le court espace d'un mois, ils allaient pouvoir oublier le poids de la guerre, la dureté du combat. Leur rôle s'achevait, mais il ne s'agissait là que d'une entracte. Bientôt, sans que rien ne puisse l'arrêter, le rideau s'ouvrira sur un nouvel acte des Spetsnaz.

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
10 octobre 2011 à 20:17:31

Ceci termine cette nouvelle sur les Spetsnaz. Une mission s'achève, mais elle laisse derrière elle trop de questions sans réponses ...

Pourquoi la Chine a-t-elle aidé ces terroristes ? Quel est ce Grand Projet Patriotique ? Qui est vraiment Cao Lei ? Que va-t-il se passer ensuite ?

Cette mission n'est qu'un prélude à bien d'autres missions, ainsi qu'à des découvertes qui changeront à jamais la vision de l'homme sur la planète ...

Critiques, commentaires ? :)

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
10 octobre 2011 à 20:21:00

Si j'ai le temps de lire ça cette nuit, je commenterais ...

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
06 novembre 2011 à 14:33:27

Salut, merci de ton commentaire :)

C'est clair que j'ai parfois de la peine à multiplier les synonymes, mon but est de multiplier des adjectifs du même registre pour faire sentir une ambiance :oui:
Mais au bout d'un moment, bin je tombe à court de synonymes :noel:

bluelab
bluelab
Niveau 5
06 novembre 2011 à 16:11:28

Excellent! :ok:

Milleuros
Milleuros
Niveau 11
07 novembre 2011 à 23:25:21

Bin, merci :-)

Comme je l'ai sous-entendu plus haut, cette nouvelle n'est que le prologue, le prélude à toute une série d'autres récits, qui façonneront un petit univers de fiction qui trotte dans mon imagination pervertie.

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